vendredi 13 mai 2011

BEASTIE BOYS- Hot Sauce Committee Part.2

Finalement, il est sorti. Et si le disque a longtemps été retardé, il n'a pas trainé: à peine un mois entre l'annonce de sa sortie avec date précise et la date de disponibilité. Les Beastie boys ont fait les choses vite et bien, comme pour rattraper 2 années de merde. Vu qu'on risque de s'étaler un peu, on va tout de suite aller à l'essentiel: cet album est une réussite. Rendez- vous en bas de page pour les pressés.

En 2009, les Beastie boys s'apprêtent à sortir Hot sauce Committee Part. 1, qui sous entend une "part. 2", effectivement prévu pour le printemps 2011. Le principe est simple: après Hello Nasty (98), les Beastie se sont rendus compte que leur album était alors bien trop important, et refusent dorénavant de s'aventurer dans un album trop long et pire, un double disque. Donc le choix est fait d'étaler sur 2 sorties à 2 ans d'intervalle. Hot Sauce, premier du nom est présenté à la presse, le trio assure un peu de promo, notamment en France où le groupe participe à un shooting photo dans les rues de Paris (disponible sur le net). Dans la foulée, "Too Many Rappers", se fait entendre sur le net, sur scène (quelques concerts sont d'ailleurs donné dont un peu glorieux où le groupe peine à rentrer Sabotage en rappel), suivi de Pop the balloon (pour un jeu vidéo), ou encore "Lee Major comes again" disponible sur quelques 7" gentiment distribués sur l'édition collector de "Check Your Head". La presse est assez claire: l'album semble dense, loin de "To the 5 boroughs" et ces extraits ont tendance à le prouver. En rentrant de promo pourtant, tout se plante, comme l'avion de la pochette de leur premier album: Adam Yauch découvre qu'il est atteint d'un cancer au niveau de la gorge, et tous les projets du groupe sont avortés jusqu'à nouvel ordre- si ce n'est la sortie du 12" de Too Many rappers, comprenant une apparition de Nas (cf. la chronique ici).

2010 s'avère relativement calme pour le trio, MCA semble suivre un traitement qui lui permet progressivement d'envisager l'avenir. Début 2011, la machine s'accélère. Des photos d'un trio d'acteur (Elijah Wood, Seth Rogen, Danny McBride) habillé exactement comme les Beastie Boys dans la vidéo de "You gotta fight for your right (to party)", premier tube/clip débile du groupe en 86 laissent entendre qu'une version "revisited" va être projetée au festival de Sundance. La vidéo est en fait un court métrage de 30 minute, stupide et affichant un casting colossal (Will Ferrell, Susan Sarandon, Steve Buscemi, Laura Dern, Orlando Bloom, Krinsten Dunst, Chloë Sevigny... entre autre). La vidéo est réalisé par MCA, qui se fait un énorme plaisir en conviant tout le monde, et faisant figurer les 3 déguisé en flics, alors qu'au fond du décor, comme un signe de ce qui vient ensuite, l'échoppe "Paul's Boutique" est reproduite.

Outre le plaisir coupable du trio, et la joie de revoir le groupe en pleine forme, se pose, ici et là, l'évidente question de l'utilité du trio en 2011, soit plus de 30 ans après leur début et 25 ans après leur premier carton à l'heure de ce (seulement) 8ème album. La toile fleurit en trentenaire qui ne comprennent pas le retour du groupe, de plus jeunes ne saisissant pas cette musique, ou encore de blogueurs se demandant si le groupe ne devrait pas se renouveller.

La première question est d'une tristesse assez incroyable, sous entendant qu'un groupe qui n'a jamais particulièrement fauté avec un album médiocre (encore que je me souviens parfaitement de mon énorme déception à la première écoute de To The 5 boroughs, le 15 juin 2004) ne peut, finalement, continuer éternellement sans fatiguer son public, essentiellement constitué de trentenaire ayant saigné les disques du groupe dans les années 90. Les Beastie Boys n'ont jamais fait d'album vraiment faible, et n'ont surtout jamais fait de grosse erreur, ou de faute de gout. La fin des années 90 aurait permis au groupe de venir se servir dans le bain "fusion" mais le trio n'a jamais cédé à aucune mode, continuant à faire sa propre mixture. Et c'est sur ce point que l'interrogation du renouvellement peut également être plié: dans les années 90, les Beastie Boys étaient les créateurs de mode et de tendance. Combien de magazine aujourd'hui doivent beaucoup à Grand Royal ? Combien de groupes sont passés par Grand Royal (le label) ou se réclament d'une façon ou d'une autre du trio ? Combien de marque de fringue doivent leur statut à X large ? Les Beastie Boys ont été un moteur de la culture populaire des années 90, et ce , sans jamais faire la moindre concession. Le besoin de se renouveller apparait de toute évidence complètement stérile, de plus, au regard de leur carrière. Reprenons: En 86, ils sont le premier groupe de l'histoire du rap à arriver en tête des charts avec leur premier album. En 89, ils sont parmi les premiers groupes (De La Soul au même moment, et Public Enemy arrive dans peu de temps) à élever le sampling au rang d'art et à ce titre, l'abstract hip hop, le trip hop et la musique électronique en générale tout comme le hip hop au sens très large leur doivent énormément- influence allant ainsi de Dj Shadow à NERD en digressant du coté des Chemical Brothers. Ils sont aussi parmi les premiers à se payer un procès pour les mêmes raisons. En 92, ils sont un des premiers groupes de rap à se produire sur scène avec de véritables instruments (on y reviendra lors d'une chronique de Check Your Head), chose assimilé par la suite aussi bien par les Roots que par Cypress Hill. En 94, ils s'engagent à reverser l'ensemble des droits d'auteurs de certains morceaux de leur nouvel album (ill communication) à une association pour le Tibet, Milarepa, fondé par MCA. En 2000, ils inventent l'utilisation moderne du DVD en étant le premier groupe à proposer un système de multi angle et de changement de bande sonore sur la quasi intégralité de leur clip. En 2006, ils révolutionnent le concert filmé en proposant à 50 personnes du public de capturer eux-même le film.

Alors pourquoi font ils encore de la musique ? Tout simplement parce que ces 3 là ont dépassé le simple stade de "groupe", ils sont juste 3 potes qui produisent de la musique quand ils ont le temps. Et ils n'ont pas besoin de se renouveller puisqu'ils sont perpétuellement en train d'inventer. Personne ne fait de la musique comme eux, ils n'ont pas de pairs. Ils font du Beastie Boys, ils sont seuls. Ni plus ni moins.

Hot Sauce Committee Part. 2 est donc finalement le "part. 1", légèrement modifié, remixé (au sens premier, le mix a été refait) par Zdar (Cassius, MC Solaar), et sort donc à la date initialement prévu. Et que propose-t-il concrètement ? Peut-être l'album le plus Beastie Boys-esque depuis Hello Nasty, tout simplement, et peut-être un de leur meilleurs albums. Après une certaine forme de sécheresse dans la production de To The 5 boroughs et après la petite parenthèse que fut "The Mix Up" (qui aura eu au moins le mérite de ré-injecter le punk dans leur show et leur musique), HSC reprend les choses là où Hello Nasty les avait laissé. Ce dernier était un album à la production royalement complexe, d'une richesse des textures vertigineuse. 13 ans plus tard, son écoute reste un défi pour l'oreille tant il fourmille de milliers de sons enfouis dans les beats. Avec la tournée ayant accompagné The Mix Up le groupe ressortait ses morceaux punk, et ce détail semble avoir ici toute son importance: le son des Beastie Boys est littéralement crade mais ample. Comme au temps de Check Your Head, les morceaux semblent massivement construits sur des squelettes élaborés par le groupe lui-même. Les beats ne sont pas issus de boites à rythme et de boucle, mais de jams. Les lignes de basses sont parmi les plus massives que le groupe ait jamais enregistré. Lorsque l'on compare la version originale de Too Many rappers avec celle obtenu suite au passage de Zdar, on ne peut que féliciter l'apport du Français dans la production du trio. Il y ajoute aussi un clavier grassouillet et entêtant. Say It propose un hip hop atypique, posé sur une ligne de basse qui rappelle forcément les vieux jours hardcore du trio, tout comme "the ratcage" sur l'album précédent. Sur Lee Major Comes Again, la musique est ouvertement punk et pour la première fois (de mémoire, sauf peut-être sur Mullet Head) les 3 chantent par dessus. On se surprend même à réaliser que les B Boys n'ont pas enregistré le moindre morceau punk depuis Aglio E Olio il y a 16 ans. Long Burn The Fire est un morceau à la lourdeur remarquable mais surtout, et c'est assez rare, d'une noirceure peu commune pour le groupe. Mais la constante de l'album est cependant maintenue: guitare fantômatiques, éloignés, mais salement présente, basses rondes ou distrdues et cycliques, beats sales, claviers imposants.

Même si l'album n'est pas autant orienté hip hop que ne le fut " to the 5 boroughs", il se positionne tout de même comme un disque qui affiche moins de diversité et moins de respirations que le trio magique (Check your head- Ill com- hello nasty). A quelques reprises, sans parler des interludes, le groupe s'éloigne de son terrain de jeux. Sur "Don't play the game that I can't win" avec Santigold, ils flirtent avec un reggae granuleux, nettement éloigné du dub électronique un peu tièdasse d' Hello nasty avec Lee Perry (pourtant). Sur Tadlock's glasses, nom originalement prévu pour l'album, les Beastie propose une sorte d'électro irradiée et étonnamment lourde alors que "Multilateral nuclear disarmement" est le seul morceau quasi instrumental -on note une voix vocodé. Des écarts tous réussis.

Les 3 se font un malin plaisir à se retrouver derrière le micro, 7 ans après leur dernier album totalement rap. Les textes sont toujours un mélange foutraque de private joke, d'ego trip 15ème degré, de références télé et d'obsessions pour la bouffe. Horovitz, Diamond et Yauch ont également choisi de reprendre une formule qui avait vu le jour sur Check Your Head (cf. So Watcha Want, Stand Together...) et qui avait trouvé toute son ampleur sur Ill Com (cf... tout l'album mais surtout "All right Hear this" ou sur "the scoop") et qui avait trouvé ses derniers rebonds sur Hello nasty ( "Electrify" ): les voix sont à nouveau traffiquées, maltraitées, gavées de reverb et de distortions. Le trio affiche plus que jamais son identité à travers ses choix de production, chose qu'ils ont toujours faite, mais qui aujourd'hui trouve un écho différent à l'heure où certain essaient de voir où va le groupe. Ils prouvent tout au long de ces titres qu'ils ne vont nulle part puisqu'ils avancent sur un terrain où ils sont seuls, où personne ne peut les y attendre et que eux seuls dicteront la suite.

Au demeurant, et en attendant la suite hypothétique, ce nouvel album des quadras New Yorkais est une réussite. Après leur anthologie (99), il semblait difficile que le groupe puisse étonner son public. Pourtant, cet album est le plus brillant depuis une décennie, et sans enlever des qualités aux deux précédents, affiche un groupe en (relative) excellente forme. Leur musique est d'une épaisseur jouissive, complexe, riche, sans pourtant tomber dans l'excès. MCA avait prévenu en 2009: "It's a combination of playing and sampling stuff as we're playing, and also sampling pretty obscur records. There are a lot of songs on the record and there are a lot of short songs and they kind of all run into each other". La démarche (pas si éloigné de celle que peut avoir Tortoise dans le résultat, ou même une version XXL de BS 2000) est audacieuse et place définitivement le groupe comme une formation toujours essentielle de la musique contemporaine, tout en la plaçant au delà de toute école ou classification. Et si jamais le doute persiste, on se plait à croire que si tous les groupes inutiles disposaient d'autant de savoir faire et de personnalité, les bacs à disques auraient probablement meilleure allure.

6 commentaires:

Damien a dit…

Quelle chronique...
J'avoue être passé complètement à côté de ce groupe.
A te lire, c'est une grave erreur.
Je vais essayer d'y remédier.
Quoi qu'il en soit, félicitation pour l'exercice de style, chroniquer et raconter l'histoire des Beastie Boys sans ennuyer le lecteur.
Bien ouej bro,
Damien

DMDFC a dit…

Merci, un jour (peut-être) on fera un dossier complet, avec les 8 albums et les maxis/ep les plus mémorables...

Arthur a dit…

Purée. En ce qui me concerne, a part Say It c'est le méga bide.

Carnival Of Souls a dit…

C'est quoi cette police taille 18?

DMDFC a dit…

Corrigé pour la police.

Matth a dit…

Damo, épouse moi!!!

La version analogique tourne sur ma platine depuis quelques heures. Du lourd, la prod est au top, les accents Beastie à l'ancienne font plaisir (revenir des anciennes sonorités sans s'autoparodier est un exploit).

Un grand moment!!!!