jeudi 27 octobre 2011

CYPRESS HILL- III Temples of boom

Il est assez intéressant de se repasser par ordre chronologique la discographie de Cypress Hill, puisqu'en plus de montrer l'évolution (j'aurais bien parlé de "progression" si le groupe était mort en 99) du groupe californien, les albums du posse enfumé sont aussi d'excellents traducteurs des grandes tendances du hip hop des années 90 jusqu'à aujourd'hui. Un premier album basé sur des samples archi grillés de soul et de funk, puis un second disque plus obscur, habité par ces fameuses "sirènes", petits sons stridents typique du rap de jadis, et également grande spécialité d'un DJ Muggs Monomaniaque puisque s'évertuant à perpétuer la tradition chez ses poulains New Yorkais de House of Pain à la même époque. Plus tard suivra la volonté d'ouvrir le son Cypress à des orchestrations plus denses et rock avec les prémices sur l'excellent "IV", avant de s'embourber dans le médiocre hip hop au violon mal samplé sur Skull & Bones, complété par un disque de... metal, venant aboutir une démarche intéressante mais qui se panne sévèrement au final. On a déjà évoqué le nullissime Stones Raiders par ailleurs, premier disque totalement inexcusable du groupe.
Au milieu se situe ce troisième album, peut-être le moins remarquable du groupe puisque celui ci n'est pas rempli de classiques (comme Black Sunday qui propose quasiment un tube tous les 2 titres), mais également celui qui se situe le plus hors du temps et hors de toute époque comme l'a pourtant fait (inconsciemment ?) Muggs sur tous ses autres disques. L'équilibre au sein du groupe semble alors relativement fragile: Sen Dog n'est pas le plus présent (il ne l'était déjà plus depuis le précédent) et s'absente de son crew pour aller s'amuser avec SX10. Lors d'un passage à NPA, Muggs laissera même ses platines à un autre pour venir poser sa voix directement avec B Real, l'homme à la voix de canard la plus reconnaissable du monde du hip hop. Le groupe s'offre de plus en plus, également, les services d'Eric Bobo, fils de Willie Bobo, mythique percussionniste de jazz, à qui les Beastie Boys avaient largement rendu hommage avec le titre "son of neckbone", sur Ill Communication auquel participa junior. Membre de Cypress depuis 94, il assura la tournée Check Your Head et enregistra Ill Com et Hello Nasty avec le trio New Yorkais, avant de s'investir pleinement dans le groupe californien lorsque celui ci décidera de franchir le pas et de s'équiper de véritables instruments sous l'influence-entre autre- des Beastie, justement.
Temples of Boom est surtout l'album le plus sombre de Cypress Hill. Muggs a progressé dans sa composition et sa production s'améliore remarquablement- non pas qu'il fut mauvais jusque là. Mais sa musique gagne en finesse, et ce troisième album est probablement son oeuvre la plus maitrisée. Ses basses sont légèrement moins agressives que précédemment mais aussi plus profondes, venant créer une tension lourde sur des passages plus contrastés, plus calmes. En fait, ce calme est une mise en son d'une certaine idée du macabre, plus ouvertement illustré ici qu'auparavant. Muggs flirt avec le blues poisseux plutôt qu'avec le funk festif, la soul glauque et dégradée et sample même du reggae (Barrington Levy). Temples Of Boom est également à cheval avec le psychédélisme, samplant cithares et violons, métallophones et guitares, passés dans les effets, bouclés sauvagement, s'imposant au coeur des beats et des basses. Muggerud invite aussi LE groupe qui est dans tous les esprit à l'époque: Wu Tang pose pour Cypress avec rien de moins que le chef, RZA, et un de ses MC, U-God. Riggs co-produit un morceau à mi chemin entre les 2 entités, Killa Hill Niggas, où ses obsessions pour les sons pillés et méconnaissables épousent la passion sonore du morbide des cannabiques latinos. Entre ces explorations sous psychotropes (illusions) et dérives psychés (Boom biddy bye bye), Cypress produit également deux morceaux d'une méchanceté sonore incroyables: "No rest for the Wicked" et "Locotes". Le premier est un règlement de compte avec Ice Cube (Muggs avait produit un morceau pour le gars intitulé "Wicked") que le groupe accuse de vol, véritable sous-thème de l'album (cf. le sample de Pulp Fiction, mais aussi d'autres morceaux comme celui avec RZA), sur un beat sec et puissant, la production étant limite minimale, comme pour rendre le propos plus claire, net. Le second est tout aussi teigneux, mais à l'ambiance urbaine et nocturne, alors que Bobo assure quelques percussions brillamment distillées avec discrétion, un exemple parfait du "Less is More" musical: en quelques coups de congas, Bobo habille avec un minimalisme remarquable cette excursion belliqueuse.
Constitué de 15 morceaux et interludes réussis et d'aucune faiblesse, Temples Of Boom est un des plus remarquables enregistrements de Cypress Hill. Certains préfèreront Black Sunday, tandis que par honnêteté, d'autres n'oublieront pas "IV". "III" est au milieu mais demeure une référence pour le groupe, qui aujourd'hui semble incapable de renouer avec ses grandes heures. Temples Of Boom est la preuve que le groupe, lorsqu'il prend le temps d'affiner son propos et sa production est capable de grands disques, allant bien au delà d'un simple cadre Hip Hop West Coast ou horrorcore: une référence du hip hop, sorti, en toute coïncidence, un 31 octobre (1995).

1 commentaire:

Romain Bidaut a dit…

Je me promenais gentiment sur la toile et je tombe ici. Evidemment, lorsque j'ai moi-même commencé mon blog (il y a peu de temps, certes) je me disais bien que j'étais pas le seul à faire de même. Mais quand je suis tombé ici, jme suis vraiment demandé ce que je foutais... En vous lisant, je me suis dit que je faisais office de pâle copieur et ça m'attriste vraiment. Si un jour vous me lisez, j'espère que vous ne verrez pas en moi un "plagieur prétentieux" mais plutôt un mec qui avait de bons sentiments mais s'est senti simplement dans le même état d'esprit que vous. Longue vie à vous et mes respects pour ce blog. Amicales salutations