
Une fois les éléments posés et le montage stabilisé, tout devient limpide. Tilda Swinton campe une mère en proie à la difficile éducation de son fils. Depuis ses premières heures hors de son ventre, celui-ci lui en fait voir de toutes les couleurs, ne cessant de défier son autorité et de la pousser à bout. Le gamin, fort intelligent développe une toute autre relation avec son père auprès duquel il passe pour le jovial et agréable bambin puis pour le beau et grand ado.
L'ado, c'est Ezra Miller, un jeune acteur au fort potentiel qui, lorsqu'il en aura finit avec l'ère du bouton disgracieux et se sera un peu épaissi, fera tomber les filles comme des mouches opiomanes. On l'avait déjà vu dans le rôle d'un jeune ado accro à sa caméra et aux sites pornos dans le film Afterschool d'Antonio Campos. Il crevait alors l'écran grâce à un jeu sobre et nuancé dans un rôle tout en intériorité. Ici, son regard est d'une sexualité et d'une perversité bouillonnante. Il excelle dans un registre qui a souvent couvert de louange de jeunes acteurs qui n'ont pas toujours eu la chance de percer après. L'effet Cannes devrait toutefois permettre à Miller d'enchaîner rapidement et, espérons le, dans un registre toujours aussi ambitieux.
We Need To Talk About Kevin pose beaucoup de questions (parfois douteuse, comme la première que j'ai pu énoncer plus haut) et présente minutieusement l'évolution d'une famille dont les membres ignorent les maux des autres. Le père, John C. Reilly, nie l'évidence, berné par son fils qui joue avec machiavélisme de sa crédulité. Il en vient à accuser la mère, à rejeter la faute sur elle, sur sa patience, sur sa santé mentale. Swinton elle, oscille entre le doute qui l'habite dans la période prénatale, l'irrépressible envie de bien faire et de construire une relation stable avec son fils et la culpabilité. Le gamin lui, est une purge à lui tout seul. Méchant, manipulateur, vicieux, il est le parfait stéréotype du vilain petit psychopathe. Il fait en cela penser au Joshua de George Ratliff, en pire...
Ramsay, elle, a le sens de la mise en scène. Elle manie parfois avec brio un humour cruel qui met mal à l'aise. Elle habille son film d'un symbolisme bien vu, posant un jalon récurent qui annonce l'inéluctable drame à venir. Swinton ouvre le film dans une bataille de tomates, baignant dans un rouge sang. Ce rouge, on le retrouve dans le supermarché, sur les murs de sa maison etc. Le règlement de compte entre les deux personnages ne trouvera sa réponse qu'après le passage à l'acte. Viennent alors d'autres questions: comment vivre avec cette responsabilité de mère, comment faire le deuil, comment pardonner et surtout, pourquoi? Ramsay conclue d'ailleurs plutôt bien sur cette interrogation. Un film glaçant, dérangeant et implacable: un Cannes gagnant.
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