dimanche 20 février 2011

TYLER THE CREATOR- Bastard

ODD FUTURE est un collectif qui pourrait évoquer une sorte de Pistols des années 2010, version hip hop. Punk en somme. Dégueu. Crade. Du beat au clip. Les gars de ce collectif ( Odd Future Wolf Gang Kill Them All, ou OFWGKTA) sont en train de réaliser un coup d'état musicale pratiquement sans fautes. Cet été, avec le clip du cadet Earl Sweatshirt (16 ans) ils avaient soulevé quelques questions quant aux propos généralement tenus par ces jeunes gens tout en questionnant sévèrement sur la véracité de ce qui était montré à l'écran (un cocktail étrange aux effets sanguinolents). Progressivement, le posse gravit les échelons du buzz moderne jusqu'à franchir un nouveau cap crucial: le passage chez Jimmy Fallon, le meilleur TV Show de la planète lors d'une prestation puissante avec les Roots et un Mos Def hystérique en guise de conclusion. Les gaziers de ce collectif sont peut-être des génies du marketing ou de véritables cramés du bulbe et skaters sans avenir, toujours est-il que leur musique se fait entendre de plus en plus et se voit l'objet d'une certaine estime (Wire, blogs, artistes... sans parler des rares concerts en dehors de Los Angeles, sold out en moins d'une heure). Alors que la suite de la tête pensante, Tyler The Creator, ne devrait plus tarder (un maxi teaser déjà disponible, première sortie payante du label/ collectif) Bastard continue de tourner dans l'ampli (forcément, c'est du meupeu 3). Du punk, il en est forcément question quand on écoute ces basses cannibales ces beats quasi dépouillés et ses sons entêtants. Les mélodies en berne, jouées à un seul doigt (sans ongles) ne sont que des notions vaguement présentes. Les sons de claviers bubblegum se veulent gras et portent les quelques samples (dont un morceau basé sur une boucle similaire à une prouesse de Madvillain) qui apparaissent ici et là, pendant que la voix trafiquée du jeune MC tombe comme une sentence, sans émotion, froide, résignée. Les Cool Kids qui auraient écoutés Co Flow, Gravediggaz et Spectre en boucle. Des morceaux créées de toute évidence par quelqu'un qui sait où il veut se rendre, avec un minimalisme et une évidence pesante. Et si l'on hésite entre génie ou coup de pub, reste une poignée de morceaux bien assemblés, qui ramène un peu de crasse dans un hip hop qui a tendance à n'être sale que dans sa luxure.

jeudi 17 février 2011

Black Swan de Darren Aronofsky

Certains ont cru, voire espéré, qu'Aronofsky deviendrait un artiste déchu et sans avenir suite à l'échec tant critique que commercial de The Fountain en 2006. Ce film, qui vît Aronofsky pousser les logiques esthétique et scénaristique déjà éprouvées dans Pi et Requiem For A Dream à leur paroxysme et certainement au delà de leurs limites intrinsèques, fut lynché, plus ou moins justement, par tout un pan de spécialistes y voyant l'occasion de descendre un talent et d'enterrer une carrière.

Ce qu'ils n'avaient certainement pas prévu, c'est la force de renouvellement qu'a pu fournir le réalisateur américain. Ce dernier s'est montré capable de tourner le dos à son esthétique ultra léchée, à certaines habitudes de cadre (pour en adopter d'autres), à une certaine surenchère visuelle qui étouffait peut-être la force dramatique de ses précédents opus.

De ce fait, The Wrestler fut un véritable choc pour les adeptes d'Aronofsky. Imbibé de culture (cinématographique) européenne et bercé par le cinéma indépendant américain, se balançant entre Cassavetes et le naturalisme des Dardenne, le film, qui voit par ailleurs la résurrection qualitative de Mickey Rourke, marque un tournant important dans la philosophie esthétique du cinéaste.

Black Swan s'inscrit directement dans la continuité de cette précédente oeuvre et en reprend même quelques bases élémentaires. On suit ici la déchéance d'un être (physique dans The Wrestler, psychologique dans Black Swan) qui a aperçu les sommets au mépris de sa santé, de sa vie et des autres. Black Swan est l'histoire d'une danseuse qui, au crépuscule de sa carrière se voit enfin proposer le rôle principal d'un ballet. Mais ce rôle, exigeant, difficile, ne va pas sans de nouveaux efforts. Dévoré par sa volonté de réussir et par la complexité du personnage qu'elle doit incarné (ou plutôt des personnages, le cygne blanc et le cygne noir), la jeune femme s’effondre dans l'hystérie et la paranoïa.

Le film d'Aronofsky a cela de fascinant qu'on ne sait par où il faut en commencer la lecture tant son sujet et sa mise en scène foisonnent et transpirent d'une intelligence et d'une fine maîtrise de l'excès. C'est l'un des thèmes principaux du film. D'abord par le caractère particulièrement archétypique des personnages qui l'habitent. Les femmes sont gonflées des tares freudiennes qui leurs sont coutumières, saphisme et hystérie, tandis que les hommes sont affligés d'une virilité bestiale et inconséquente. Et pourtant, cela ne choque pas, au contraire, cela subjugue.

Ensuite parce qu'Aronofsky conduit son héroïne aux confins de la folie. Nathalie Portman, qui tient certainement là l'un de ses plus grands rôles, navigue dans une perdition latente, dans une tension qui bascule, qui chavire, avant de s'engouffrer avec violence dans une parano sordide et hallucinatoire.

Film sur le monde impitoyable de la danse, sur la folie mais aussi film de passage. Portman incarne à merveille cette jeune femme enfant hantée par une mère tyrannique qui la maintient prisonnière dans un monde enfantin sordide. Son rôle, une nouvelle danseuse, remettent en question ce monde confiné et la jeune fille se découvre femme, attirante, sexuelle...

De tous ces excès Aronofsky tire un film incroyablement jouissif et noir, à la souffrance à fleur de peau qui délaisse peu à peu le thriller pour s'engouffrer sur les sentiers, plus sordides encore, du fantastique et de l'épouvante. Et de nous revenir alors, plus terrifiantes que jamais, les images du Répulsion de Polanski.

On saluera encore la performance de Winona Ryder, méconnaissable, la virevoltante caméra du cinéaste qui nous gratifie de deux séquences de danse mémorables, une en ouverture et une en fermeture. Et l'on dévorera sans fin cette quête effrénée de la perfection, excentrique et glauque, bourrée de symboles et de rituels qui finalement emprunte au paganisme le plus érotique pour créer une mystique de la folie d'une rare intensité.

Matta - Prototype

On avait parlé du premier EP the lost dans ces pages, et il est clair que celui ci était bien plus marquant que le dernier EP d'enduser. Oubliez tout ce que vous avez pu apprendre sur le dubstep. Imaginez la rencontre du dernier High Tone (Monster) avec l'intelligence du In Sect de Niveau Zéro, et le côté coup de massue dancefloor du Music for the jilted generation de .... Prodigy (car cela faisait bien longtemps à mon goût que l'on avait pas mentionné l'obsession commune). Protoype ne propose en soi rien de nouveau, si ce n'est une collection de morceaux déjà présents sur les précédentes sorties vinyles. Depuis The lost, une collection de live tous plus acclamés les uns que les autres, une collection de dancefloor qui implosent, une collection de cerveaux cramés, et une belle liste de noms avec qui les deux gaziers ont collaboré pour une si courte carrière: Bong-Ra, Hecq, Black Lung. Pour ceux qui sont déjà convaincus à ce stade là, Prototype est en quelque sorte le seul objet ''ultime'' du combo, qui recompile tout ce qui existe en format physique à ce jour. Oubliez les maxis et autres raretés pour rat de magasins poussiéreux, celui là fait bien l'affaire. Pour les autres, qui restent encore chiffonés par l'appellation dubstep, qui les empêche de poser une oreille sans jugement préalable, on ne cherchera pas à les convertir, vu que les morceaux le feront facilement au cours de ces dix pépites. A la fois grossier, putassier et raffiné, nous faisant des ronds de jambes en guise d'agression rythmiques pour mieux nous la faire à l'envers tout en nous caressant le poil avec de jolies envolées lyriques, où en nous enveloppant de nappes d'une rare cohérence sonique. Prototype est de ces compilations où chaque morceau nous transporte, dans des climats vulgaires que l'on apprécie à certains moments, avec cette violence électrique digne de l'énergie rave des débuts; mais aussi dans des labyrinthes de sonorités bien plus raffinées, dans des avalanches rythmiques héritage des années Warp, de l'ami Aphex, mais aussi du psychédélisme chatoyant de Boards of Canada (Suicide Stutter). Je n'ai aucun problême à l'avouer. De mon côté Prototype tourne et retourne, et chaque morceau est un moteur qui galvanise l'écoute du suivant, avec une joie prononcée. Epique, immédiat et parpaing de secours. (Ad Noiseam)
Pour le plaisir: PAN

vendredi 11 février 2011

Rosemary's K Diaries : Binaire/Nicolas Dick

Les disques de plomb en ont sûrement eu des galères qui ont retardé l'arrivée de ce deuxième 10'' de la série des journées spéciales. L'attente valait clairement le coup. L'affiche est encore plus alléchante, avec le duo Binaire, auteur d'un des tous meilleurs disques récents et Nicolas Dick, leur pote ancien Kill the Thrill, qui bossait sur quelques morceaux d'Idole.
Binaire continue dans des morceaux dans la veine d'Idole, avec ce rock/punk mongoloide hachée et découpé à la machette. Les rythmiques s'emballent, les machines lancent le tempo et les guitares sautillent tout en s'emballant dans des murs du son galvanisants. Binaire cette fois ci se la raconte en français, ce qui accentue le côté tube et hymnes de chacun de ces quatre morceaux. Toujours aussi hurlé, toujours aussi débile, toute en ironie, les phrases fusent, provoquent et titillent: "un corps ethéré, de l'héro dans le nez, c'est une putain de soirée". Binaire pousse la lourdeur de son son et le côté lumineux dans ses retranchements. Les chants se passent le relais, hurlements versus hurlement lorsque le tempo s'emballe. Putain de soirée commence par des chuchotements conteurs, dans un morceau dionysiaque rempli d'ironie. Sur Massacre en France, c'est Marilyn, qui chantait sur Tellurique de Kill The Thrill qui se permet de repasser au premier degré dans une diction engagée et salutaire. Finalement, ces quatre morceaux sont encore meilleurs que les précédents, toujours plus loin dans le côté immédiat, toujours plus vicieux sur la durée, toujours plus tristes dans la gaieté. Binaire c'est le son du dancefloor qui implose, le son du punk qui s'amuse avec ses machines.
De l'autre côté, Nicolas Dick continue son expérimentation commencée avec une belle journée, avec une seule piste bien nommée retourné, en guise de quatrième jour des journaux de Rosemary. Nicolas Dick joue toujours avec ses textures, déconstruit ses mélodies orientalisantes et atteint certaines apothéoses de mur du son qu'il efface aussitot. Un morceau immersif, digne des expérimentation de Fennesz, rempli de vie grâce à un son organique. Marrant comme le sérieux que dégage la musique de Nicolas Dick s'oppose totalement à la douleur non feinte de l'humour noir de Binaire et à son envie festive. On attent la réedition d'Une belle journée en LP et on l'encourage à continuer dans cette voie. L'objet quant à lui est encore plus réussi que le premier volet, avec une illustration magnifique aux jolies couleurs bien immersive bien loin de la photo de famille du premier volet. Toujours un coupon téléchargement fourni avec, histoire de pouvoir dodeliner de la tête sur les morceaux de binaire en voiture. On attend la suite, qui sera le nouvel album de l'enfance rouge en double 10'', comme quoi, la structure semble pour l'instant réaliser un sans fautes sur les projets. Merci à eux, en attendant le jour 5 et 6. (Les disques de plomb)

jeudi 10 février 2011

Subheim - No land called home

Approach était un beau manifeste des capacités de ce projet. Entre visions modernes et structures plus néoclassiques, le disque disséquait une électronique tribale et pleine de beauté. C'est aujourd'hui un double défi qui entoure cette nouvelle sortie. D'abord un défi pour Ad Noiseam, qui pousse de plus en plus dans la diversité de ses sorties pour s'éloigner de l'étiquette dubstep d'ores et déjà périmée. Après un Niveau Zéro plus qu'efficace, un Black Lung complètement addictif et un dernier Igorr déjà acclamé partout, c'est au tour de subheim de faire parti du renouveau de la structure. C'est aussi un défi pour le groupe en soi, qui renouvelle entièrement son esthétique. No land called home met de côté les velléités synthétiques pour une approche beaucoup plus humaine de sa musique. Un disque qui ne paye pas forcément de mine au départ, notamment à cause de ces vocaux parsemés un peu partout (un The Veil insipide avec un chant masculin insupportable). Ces vocaux sont une des grandes nouveautés de Subheim en 2010. Katja, la vocaliste live de Subheim prête ici sa voix au studio sur la majorité des morceaux. Au final, cette voix va de paire avec l'approche humanisée de la musique de subheim. No land called home tisse des instrumentations bien plus organiques et chaudes, et l'électronique n'est qu'une toile de fond pour de chaleureuses incursions ethniques (Conspiracies) et des envolées lyriques sur percées tribales. Les prestations live ont du galvaniser Subheim et le besoin de jouer les instruments, de faire apparaître toutes ces percussions, de convoquer une armada de cordes rendent No land called home soniquement immersif. Subheim 2.0 est une armada de cordes, d'orchestrations de tous types et s'impose plus en héritier de dead can dance dernière période (dunes et son ambiance spiritchaser) que de tzolkin. On trouve d'ailleurs des réminiscences des projets solos des deux larrons de dead can dance, quelque part entre le dépouillement chaleureux du silver tree de Lisa gerrard (le magnifique cold hearted sea) et les pépites électroniques du Ark de Brendan Perry. Un pari osé pour une reconversion totale, mais qui prend grâce à nos oreilles grâce à de chaleureuses orchestrations. (Ad Noiseam)

mercredi 9 février 2011

SEEFEEL-Seefeel

Le retour, comme prévu et annoncé avec Faults dont on a causé (en bien) plus tôt. Le retour d'un projet oblique, musicalement passionnant mais demeurant un coffre à pépites pour gens concernés. Seefeel est une référence discrète, celle qui fait automatiquement acquiescer le connoisseur, forcément un peu seul, et celui qui fait systématiquement répéter le profane- "Comment tu dis que ça s'appel?". Un secret étrangement bien gardé, malgré une estime réelle et des papiers flatteurs jadis. Du quatuor d'origine, cette résurrection d'un auto-sabordage n'en garde que la moitié: le guitariste et tête pensante Mark Clifford, parti besogner sur Disjecta pendant 15 ans, et Sarah Peacock, également guitariste et chanteuse, gonflé par l'arrivé de deux nippons que sont le premier batteur des Boredoms et le mentalement atteint DJ Scotch Egg.
Dans l'idée générale, ce nouvel album de Seefeel a plus à voir avec leur début qu'avec leur chef d'oeuvre Succour, sorti au milieu des années 90. Alors collègues de label avec Autechre et Boards Of Canada (le dernier concert de la formation initiale s'effectua d'ailleurs en compagnie de ces derniers, l'un des quelques 5 ou 6 concert que donna BoC de toute leur carrière) leur musique, orignalement exécuté par un groupe de rock (guitare/basse/batterie) n'en avait plus la moindre trace, bien plus à mettre en liaison avec leur label et ses spécialités, l'ambient, l'electronica ou je ne sais quoi encore fait à base de glapissements de séquenceurs et d'oscillateurs. Seefeel pour son retour s'accroche à une batterie sauvagement acoustique (du moins elle sonne de la sorte) et ne s'offre que peu de variation dans le son. C'est d'ailleurs le parti pris le plus étrange pour l'album et qui peut être le plus gros défaut du disque. L'électronique permet un renouvellement du langage toujours appréciable. D'un morceau à l'autre, la musique change sa parure. Avec Seefeel, les mêmes sons reviennent sans cesse, créant une sorte d'enfermement sonore très particulier. La caisse claire sonne toujorus identique. La basse aussi. Et les sons de claviers, les effets, les distortions également. Le fait que la musique se porte d'avantage sur des constructions progressives et électroniques en font donc, à l'inverse d'une dynamique rock, une sorte de redondance qui peut aussi fatiguer l' auditeur. Pourtant l'album, entre sonorité poisseuse, marécageuse et audaces bruitistes et spatiales surnage sur cette étrange décision. La musique de Seefeel est étonnamment plus concrète que sur Succour, s'avère aller d'un début vers une fin, porte un but. Le disque semble être un voyage, avec ses pauses et intrusions d'abstraction bruyante et ses longues épopées rythmiques. Une partition longue et segmentée en morceaux. Et si effectivement parti pris il y a , la production générale n'en est pas moins puissante. Clifford et sa bande viennent d'enregistrer parmi les lignes de basses les plus massives récemment gravées sur un sillon. Les éclats de bruits et de distortions cisaillent remarquablement les autres éléments. L'air de rien, surtout, l'album renvoi un sentiment de tristesse, de mélancolie diffus et largement entretenu pendant les 11 segments. "Seefeel" présente un groupe qui se replace logiquement sur l'échiquier des groupes innovants et passionnants, en proposant une oeuvre unique ( aussi bien pour le fond que pour la forme) et sombre mais néanmoins soigneusement esquissée.

dimanche 6 février 2011

Un été suédois de Fredrik Edfeldt

Un été suédois soulève un problème qui est récurrent chez nous, celui de la traduction des titres de films étrangers. Un été suédois est en effet la traduction choisie pour Flickan qui signifie "petite fille" en suédois... Alors certes, le film se déroule durant l'été en Suède mais le choix de Flickan n'est pas anodin, comme ne l'est jamais un choix de titre (enfin normalement). Si Edfeldt a choisi pour son premier film de l'intituler Flickan, c'est bien parce que toute son intrigue tourne autour de cette jeune fille à la chevelure rousse et au regard triste. Ceci n'est pas la chronique d'un été suédois mais le récit initiatique d'une petite suédoise qui se déroule durant l'été. Ce qui n'est pas la même chose...

Je referme donc ce lourd aparté (mal écrit et un peu ballot) pour revenir à cette petite chose délicate et fragile. Flickan est un peu comme une de ces babioles sans intérêt pour les grandes personnes mais qui prend une dimension sentimentale voire initiatique pour les enfants. Cette fillette rêve de l'Afrique. Ses parents y partent bientôt et elle est persuadée d'être du voyage. Seulement quelques jours avant le départ, ils lui apprennent qu'elle ne vient pas et qu'elle va passer l'été avec sa tante, qu'elle ne connait pas vraiment. Cette tante est inconséquente et la jeune fille n'aura pas de mal à l'éloigner de la maison, l'envoyant faire du bateau avec un riche bonhomme qu'elle convoite. La gamine reste seule dans sa grande maison, livrée à elle-même...

Flickan sort un brin des sentiers battus et rebattus de l'initiation chez l'enfant en confrontant parfois très cruellement la jeune fille à la réalité du monde qui l'entoure. Edfeldt cadre son personnage dans des plans très serrés, comme s'il l'enfermait dans cette innocence voilée et trouble. Le début du film laisse en effet peu de place à l'espace et aux autres personnages. Puis les plans s'ouvrent peu à peu, timidement, laissant jaillir les autres dans ce micro-univers.

Pour le pire et pour le meilleur. Le film dépeint avec sévérité et noirceur l'irresponsabilité des adultes (les parents de la jeune fille partent aider des enfants en Afrique mais laissent leur fille entre les mains d'une tante immature...), la frivolité des préoccupations adolescentes. Il oppose l'univers complexe, naturaliste et solitaire de sa jeune fille à celui de ses deux amies, deux godiches manipulatrices qui s'invente une célébrité de carton en faisant du play-back sur les chansons d'Abba.

Seulement cette solitude est troublée de toute part par l'irruption d'un charmant petit blondinet dont la jeune fille s'entiche. Les premiers émois, très pudiques, très maladroits sont retranscrits avec une infinie justesse qui met parfois mal à l'aise (comme lorsque la fillette s'assoie sur un miroir les jambes écartées pour dessiner son sexe sur une feuille de papier). On est touché, troublé, inquiet devant l'éclatement de cette jeunesse. On pense à la merveilleuse Swedish Love Story de Roy Anderson (En Karlekshistoria, 1969), monument oublié du film sur l'adolescence.

Enfin Flickan évite le piège nostalgique. Bercée dans une mise en image très raffinée (oeuvre du directeur de la photographie de Morse) le film propose, distille malaise et beauté avec un réalisme élégiaque et clair. Même si elle se situe dans les années 70, l'intrigue touche à "l'universel" à travers une approche pourtant très personnelle du rapport de l'enfant au sexe, à l'amour, à la liberté et à l'autre.

Le discours d'un roi de Tom Hooper

Chaque année offre son grand Colin Firth. Cela pourrait être un nouvel adage. L'an dernier l'acteur britannique était passé tout prêt de remporter une statuette pour sa très belle composition dans le non moins formidable A Single Man de Tom Ford. Mais une telle affirmation reviendrait à faire abstraction d'une carrière qui a longtemps hoquetée entre navets de premier ordre et seconds rôles remarqués. Sa performance chez Ford n'efface pas les horribles Bridget Jones, Love Actually ou encore La dernière légion mais nous rappelle aux bons souvenirs d'un acteur doué qui fut le Valmont de Milos Forman au début des années 90...

D'autre part, il convient pour ce Discours d'un roi de remettre cette performance dans le contexte d'ensemble du film. Colin Firth interprète ici le roi George VI, confronté à un bégaiement qui l’empêche de prendre la parole en publique. Sa femme le pousse dans le cabinet d'un orthophoniste peu orthodoxe qui va bousculer ses royales certitudes et devenir, au fil des ans, son ami.

En voilà donc une belle histoire qui devrait affoler les compteurs à Oscars. Hooper ne prend pas vraiment de risques en adaptant cette pièce de théâtre, suivant en père tranquille une narration chronologique balisée et parfaitement ordonnée, dénuée de la moindre surprise. Le scénario apparaît parfois enfantin tant est si bien que ce classicisme formel passerait presque pour une vision simplette des processus historiques qui cernent l'intrigue.

Car au-delà de la rencontre entre ces deux hommes, il y a un contexte historique lourd. La montée du Nazisme et l'entrée en guerre de la Grande Bretagne. Tout cela passe loin, très loin des préoccupations de Hooper, trop concentré à mettre en boite sa jolie leçon d'amitié. Du coup, son film manque cruellement de profondeur historique et s'affadie au fil des minutes.

Il s'affadie d'autant plus que certaines petites choses deviennent elles aussi très irritantes. Le jeu outré et cabot d'Helena Bonham Carter qui en fait des louches, noyant son personnage dans une surenchère toute burtonienne particulièrement indésirable... Et puis il y a la musique de Desplat, lourde elle aussi, oppressante et vieux jeu.

Tout cela laisse un sentiment assez mitigé au final. L'impression laissée par Firth et Rush, tout deux impeccables, et par les dialogues, finement écrits, est contrebalancée par un manque flagrant d'audace qui semble ramener le cinéma dans des circonvolutions anachroniques, voire ancestrales. Au fond, loin d'offrir une lecture intrigante des méthodes de l'orthophoniste ou de la complexité des relations de pouvoir qui se tiennent entre les deux hommes, Hooper offre juste une petite fable, un gentil Rox et Rouky pour adultes, agréable pour les yeux mais sans grande ambition.

jeudi 3 février 2011

FluiD - Duality

Première sortie pour le musicien/producteur/arrangeur de Chicago et un gros pavé dans la mare. Un pavé dans la mare de ses propres influences tout d'abord, qu'il brandit haut et fort dans leur diversité. Un pavé aussi dans l'esthétique sonore sans concession, et d'une beauté nuancée. Ce disque de FluiD, à l'artwork qui va bien avec notre bandeau, mais moins avec nos yeux est un manifeste de dub industriel. Les influences sont nettes : Mick Harris et Scorn, Justin Broadrick pour techno Animal et les versions dub de Love and song in hate. Quelques rares incursions vocales sont à placer sur ce disque, avec on imagine un sample sur disrupting the ghost, et ce featuring très typé Oddatee sur Iron Communique. Dans l'ensemble les instrumentations sont poisseuses et sombre, avec des lignes de basse dantesque sur lesquelles s'accolent guitare noisy, nappes ténébreuses ou retours de machines de fin du monde à la stealth (the absent present). FluiD alterne accalmies bienvenues sur passages bien dark et mélopées de machines grésillantes tout en mettant en avant la propreté et l'insistance des rythmiques : lignes de basses chaloupées et programmation de batterie itérative. Certaines évasions mélodiques ou lignes de clavier permettent d'aérer la quantité de sonorités marécageuses (sublimation in the zero hour) et rendent le tout encore plus maladif. FluiD arrive à canaliser l'ambiance asphyxiante du Tricky période Angels with dirty faces tout en récitant des litanies dub industrielles aux confluents du hip hop version 3.0 d'absence. On lui souhaite une tournée avec dälek, pourquoi pas Picore et quelques collaborations fraiches qui rendent le tout encore plus inédit et indispensable. (Alrealon, www.myspace.com/fluidemusique)

lundi 31 janvier 2011

MARVIN, ZËRO, EZEKIEL& HINT, SCORN- La machine du moulin rouge


Après avoir tourné de manière bien trop ridicule pour trouver une place pour dévoiler ici le temps qu'il m'a fallu pour me garer rue des martyrs, et après un passage rapide chez Ronald, c'est à la bourre que je rentre enfin dans la loco, pour voir la grosse soirée (la première de l'année, fait un voeux) de janvier, qui affiche fièrement les groupes qu'on voit régulièrement dans noise mag sur scène.
J'aurais aimé dire que j'ai assisté à un superbe concert de Zëro, que j'adore ce groupe, et que c'était éblouissant, mais ça serait faux. Déjà, j'aimerais aimer Zëro, mais à chaque fois que j'ai tenu un de leur disque dans mes fébrils mains, il a finalement finit là d'où il venait, dans son bac, si ce n'est leur tout premier 10" que je me passe régulièrement en faisant le même constat: faudrait que je chope le reste. De plus j'aurais aimé voir Zëro. Ce n'est pas le cas. J'ai vu 3 morceaux, avec un son dégueu de là où j'étais. Ca ne ressemblait pas à grand chose, la batterie n'avait aucun relief (merde ! Je me repasserais Spade & Archer demain pour la peine), et la voix était un peu braillarde (le vrai reproche constant de pas mal de groupe d'ici, et déjà chez Bästard je n'aimais pas la voix). Pourtant tout chez ce groupe devrait me plaire: une musique sans limite de style, audacieuse, faites par de vrais passionnés, fans des Residents, de Devo, de Pere Ubu; pleins de claviers judicieusement choisis, et avec une rotation des taches qui fait plaisir à voir. Mais ça ne me touche pas, et ce que j'en vois est bien trop court pour m'emballer. Quand je retrouve mon posse, le constat est sec: "bien mais poussif au bout d'un moment".
Hint & Ezekiel. Le public semble massivement être celui d' Ezekiel, quand les morceaux du duo retentissent, les intros ne suscitent pas les faveurs du public. Pourtant, je n'ai pas grand chose à faire d'Ezekiel. Hint est un groupe qui m'a toujours fasciné, bien que découvert sur le tard, via RAGE, quand ils sortaient Wu Wei, leur dernier album. C'est seulement 2 ou 3 ans plus tard que j'ai enfin pu mettre la main sur le disque- ma première rencontre avec celui-ci, enfin-tout en me remémorant les papiers sur le groupe de l'époque. " Un no man's land sonique". Wu Wei est un album passionnant, et le reste de la discographie l'est tout autant. Du coup, après avoir raté l'occasion de les voir avec Overmars il y a déjà longtemps (2003? 04?), c'est seulement maintenant que je peux enfin les voir (les précédents passages avec Ezekiel à Paris n'avaient pas été possible non plus). Et malgré une première partie (les 45 premières minutes) redoutable, passé Mr Investigator et Chinatown (reprise de Bästard, justement) je commence à me faire un peu chier. J'aimerais être 15 ans en arrière, voir le groupe sortir son vinyle de remixs au stand merch et les voir en formation resserré devant les visuels. Un concert tout de même impressionnant avec ce dispositif scénique titanesque.
J'ai déjà vu Marvin et j'ai à peu près le même rapport qu'avec Zëro: je n'arrive pas à me décider pour m'acheter leurs disques, j'en entend le plus grand bien , et sur scène, ce que j'en ai vu m'a paru très satisfaisant. Mais non, ça me parle pas. Pourtant j'aime Trans Am - oué, elle est facile. Deux quarts de morceaux (ce qui fait à peu près un demi morceau, mais c'est absolument pas raisonnable pour en parler) et je remonte pour ne pas rater tonton Harris. Les gens qui nous lisent un peu de temps en temps ou qui nous connaissent personnellement savent que Mick Harris fait partie des artistes importants et estimé ici. La première fois que j'ai pu voir Scorn en concert fait partie des 5 mornifles les plus mémorable de ma vie musicale, sans aucun doute possible. Depuis, je n'ai raté aucun passage de l'anglais, même si je sais aussi que si Harris a décidé de dépasser les 120 BPM je me ferais chier. Heureusement, Michou est dans une "dub mood" ce soir et propose des morceaux issus de "Stealth" et "Refuse, start fires"- dans la mesure du reconnaissable. Basses étouffantes, beats malsains, larsens et drones menaçants, la patte Harris résonne magnifiquement dans la machine du moulin rouge. La machine tremble, l'ambiance est poisseuse, épaisse, limite palpable. Harris se retire en laissant des cerveaux totalement dévastés, comme à la fin d'un film de Romero.

PS: J'allais oublié de mentionner un public composé de phénomènes, certes choquant, mais particulièrement remarquables: danseur imitant le paon ou la grippe aviaire, hystérique qui crie en rythme, et la palme: un mec qui secoue la tête pendant 2 minutes puis s'arrête et hurle à son voisin "Ca l'fait trop avec les cheveux longs!". Ceci est véridique.

PS2: Je lance un appel: si quelqu'un veut se débarrasser de son split Hint/Unsane, qu'il me fasse signe. Je cherche ce disque depuis 10 piges !

Audioactivism #2

J'ai toujours trouvé que le label lyonnais était le pendant français à Ninja Tune, ou du moins sa réponse avec une touche française. Le label oscille entre les excellentes idées et les signatures plus convenues. Les récentes sorties de Kaly Live dub ne m'ont pas vraiment enthousiasmé, mais au contraire les diverses collaborations instigués par les têtes pensantes du label : Ez3kiel et Hint, ou encore tous ces inédits du studio JFX sortis sur des maxis sont passionnantes. Jarring est un label qui prône la création avant tout, et le vivier d'artistes qui se rencontrent dans le studio. Audioactivism fait la part belle à leur amour pour le hip hop nouvelle génération et recompile des morceaux éparpillés sur différents maxis, mais aussi de nouvelles collaborations. Au programme, deux morceaux de Vagina Rush de Rzatz (chroniqué dans ces pages), deux morceaux du JFX studio session #1 (collab entre Picore et différents Mc's, dont oddatee et ben Sharpa, chroniqué aussi dans ces pages), une poignée de morceaux issus des dernières sorties Jarring et des nouveautés. Une jolie manière de regrouper sur un seul disque quantité de morceau dans la même optique, comme la division Big Dada pour Ninja Tune. On insistera encore sur la beauté du morceau de Picore et Oddateee, décidément magique, avec sa nappe toute en montée qui rappelle dälek dans ses meilleurs ébats industriels tout en attendant patiemment la suite de l'hélium du peuple qui devrait arriver en 2011. Belle surprise que K The I ??? qui pose sa voix sur un morceau de Kaly Live dub, dans un flow toujours aux limites de l'acceptable, mais toujours aussi novateur. Hip hop aux gros beats, qu'eux appellent abstract dans leur volonté de se différencier du reste de la scène, mais qui est une version moderne des dernières tendances grime ou dubstep avec flow accolé par dessus. Du déchet sur le morceau avec John Morrisson (n'est pas Roots Manuva qui veut) et sur l'inédit de Senbeï rapidement irritants. Un point positif pour l'initiative et pour le tracklisting plutôt complet. Ils attendent votre coup de pouce pour les sortir des galères financières. (jarring Effect)

Fowatile - Fowatile EP

A l'heure où Madlib en découd avec son challenge d'un disque par mois, et continue dans sa version open source du beat, en les faisant se multiplier comme l'ami le faisait avec les pains, d'autres s'essayent à des voies alternatives pour faire sonner leur hip hop. C'est le cas de ce premier EP de Fowatile, qui s'engouffre dans une voie d'un hip hop moderne, acceptant les influences initiales pour ranger le sampleur au placard. Une session purement live, sans aucune séquences ni préenregistrement, à base de beats de claviers et de batterie électroniques. Du coup on à droit à des kick spatiaux et complétement arythmiques, entre handclaps fédérateurs et envolées mélodiques sur fond d'effets abstract surréalistes. Vocalement, Fowatile navigue entre le très bon (Conglomerate a un gros feeling nous rappelant le Roots Manuva des maisons) et le moins inspiré surtout dans les refrains soulful un peu en trop (Beatyful girl). Du coup Fowatile nous emmène bien loin de la galaxie des malaxeurs de cire que peuvent être les amis de chez Stonesthrow et s'intéressent plus à l'aspect dévastateur des beats, aux possibilités de la composition directe et à la fraicheur de la rencontre de plusieurs cerveaux connectés par cette modernité. Les programmations de batterie sont parfois très étranges (Coca holla) et se posent en contrepoids complet de beats qui raclent et sentent la fumée. Fowatile signe leur manifeste en choisissant leur camps, plus Flying Lotus que Mf Doom, plus Ninja Tunes/Warp que Stonesthrow. Pour le bon comme pour le mauvais finalement. Pour le plus inspiré comme pour le plus embarrassant.

mardi 25 janvier 2011

SENSATIONAL MEETS KOYXEN- S/T


Skam n'en est pas à son coup d'essai en hip hop, on se souviendra de Shadow Huntaz, formation trop peu connu, mais de manière plus large aussi les emblèmes du label comme Gescom ou Boards Of Canada, pour lesquelles le hip hop fut (et reste probablement) une part importante de la construction sonore caratérisant leurs sorties -on en profite pour croiser les doigts quant à un nouvel album de BoC, mais ceci est une autre histoire. Second volet d'une rencontre entamé sur Wordsound (Sensational meets Kouhei) 4 ans plus tôt, ce second opus vient conclure une année riche en sortie pour le Japonais avec les 3 disques sorties sur Important plus tôt ( et nous faisant prendre conscience que Mr Matsunaga est désormais présent sur les plus prestigieux label de musiques exientes: Raster Noton, Important, Skam, WordSound, Mille Plateaux...). Ce deuxième volet de la rencontre sur disque entre Sensational et Kouhei parait s'inscrire dans la logique des plus récents travaux de Colin Julius Bobb, soit un hip hop plus funky, plus élastique, moins glauque et lourd que par le passé. On pense notamment à Acid & Bass. Sur le 5ème morceau, le semblant de refrain fait même penser au Funkee Homosapien, on est loin de la conception du minimalisme malade et baveux du Freak Styler sur ses premiers jets. On est quand même jamais chez Outkast pour autant: ici la voix part dans tous les sens, joue des effets comme l'écho et la stéréo, murmure dans l'oreille de l'auditeur avec ses cordes vocales totalement arrachées par le crack, caractéristique première et immuable de Bobb. Et ce n'est pas Mastunaga qui va offrir un écrin défendable sur MTV avec cette collaboration. Plus concret que certains de ses récents travaux partagés avec Vainio et Booth, ou même de son album solo qui pouvait parfois s'éloigner dans des digressions bruitistes pures, Koyxen signe une partition lourde et agressive. Mais avec toute la saleté déployé avec amour du bruit bien fait, le constat demeure inchangé: ce second opus à ce petit "je ne sais quoi" qui le rend (très) sensiblement moins hermétique que son prédécesseur. "GH" a des allures de battle attrapé en pleine rue et repasser dans un sampler branché à un cable poussiéreux. "SenKyx_st denis paris" semble avoir été enregistré dans la capitale française, probablement dans une piaule d'hôtel pendant la dernière tournée commune, et pendant que Sensational éructe 2-3 trucs, Kouhei esquisse rapidement un beat avec couinement digitaux en bonus. L'avant dernier morceau, qui voit Black Chameleon et D s'inviter sur le morceau, s'enfonce dans un périple électronique fait d'une saturation parasite éreintante alors que le beat ou la ligne de basse ne cesse de battre inlassablement sur le même motif. On reste ici dans la musique qui ne plait qu'à peu. Le morceau final a des allures de cavalcade de séquenceur, comme un segment de Quaristice échappé de sa session d'origine et remodeler par un vieux lascar armé d'un micro. On aurait aimé un peu plus, mais la durée se veut aussi austère que la production et la pochette- et on appréciera le retour du sticker en braille.

lundi 24 janvier 2011

Les chemins de la liberté de Peter Weir


Lors de sa présentation en avant première au Forum des images, le rédacteur en chef du magasine Positif disait de Peter Weir qu'il avait cela de particulier qu'on ne savait pas vraiment d'où il venait. Façon dissimuler de dire, "vous savez les australiens et le cinéma c'est un peu comme les muets et la chanson, certes ils peuvent ouvrir la bouche mais ils n'ont jamais sorti un disque". J'extrapole un peu, mais cette réflexion sortie de nulle part si ce n'est des tréfonds d'un égocentrisme très atlantiste, m'a un peu rappé la gorge. Des détestables Bazz Luhrmann ou Robert Luketic aux respectables Paul John Hogan (ouais bon... mais Muriel c'était marrant quand même, non?) ou Alex Proyas (surtout pour Dark City), la colonie australienne a plutôt bien percé à Hollywood et est loin de représentée une touche si "exotique" dans le paysage cinématographique.

Bref, oublions, l'intérêt du nouveau film de Peter Weir n'est pas de savoir s'il a quelque chose d'australien où non. Il n'est pas non plus dans le fait qu'il aura fallu attendre 8 ans entre Master and Commander et Les chemins de la liberté. Les mauvaises langues vous diront que le seul intérêt du film réside dans ces jolies retrouvailles entre le réalisateur et Ed Harris, qu'il avait dirigé en 1998 dans The Truman Show, oubliant peut être la belle performance d'un Jim Sturgess que l'on découvre littéralement ou celle, plus anecdotique certes, d'un Colin Farrell en briguant naïf et finalement sympathique.

L'histoire que nous conte Weir est l'adaptation du roman "A marche forcée" de Slavomir Rawicz, l'escapade d'une poignée d'hommes, fraîchement évadée d'un goulag, qui a traversé la Sibérie, le désert de Gobi et l'Himalaya pour rejoindre l'Inde et fuir le communisme en expansion.

Noyant l’âpreté de son récit dans une sauce très mélodramatique et trop romanesque, cette quête de la liberté s'aventure plus sur les dunes nauséabondes du Patient Anglais d'Anthony Minghella que sur les traces du Into the Wild de Sean Penn. Lyrisme forcé, raccourcis scénaristiques et choix de mise en scène discutables plombent cette échappée sauvage. Ainsi on n'a du mal à comprendre le montage inintelligible de l'évasion du goulag. Il en va de même pour les nombreuses coupes qui semblent privilégiées la beauté des paysages à la dureté et la violence de leur fuite.

Weir semble également peiner avec son contexte politique. Seconde Guerre Mondiale, guerre civile en Chine, expansion du communisme en Mongolie... La charge contre le stalinisme et contre l'internationalisation du communisme est à sens unique. On ne saura nier l'évidence des affres du totalitarisme à travers le monde. On pourra juste douter de la pertinence du réalisateur quand, au terme de leur périple, il les fait arriver en Inde, dans une liesse toute proprette, comme si l'Inde s'avérait être la patrie de la liberté. Weir semble juste oublier que, jusqu'en 1947, l'Inde est une colonie anglaise, qui lutte, pacifiquement, pour son indépendance et donc pour obtenir sa liberté à disposer d'elle-même, contre l'impérialisme britannique...

Alors si Weir, avec une obstination sans faille et un manque cruel de relativisme historique, taille avec une serpe bien affûtée dans le gâteau pourri de l'URSS et du stalinisme, il se vautre avec la même aisance dans ce visqueux fantasme de la terre promise. Son dénouement quant à lui est une pure plaisanterie, d'une naïveté toute déplacée lorsque l'on aborde un tel sujet. Si bien que l'aventure incroyable de ces hommes au courage sans pareil, devient une peu subtile démonstration d'une idéologie de la facilité. On aurait aimé que Weir réussisse à insuffler le même élan clairvoyant qui rugissait dans The Truman Show, le même optimisme adolescent qui jaillissait du Cercle des poètes disparus ou encore, le même naturalisme qui habitait son sublime Pique-nique à Hanging Rock. Il n'en est malheureusement rien...

dimanche 23 janvier 2011

The Green Hornet de Michel Gondry


Lorsqu'on connaît la carrière du monsieur, on se demande bien ce qui a pu le pousser à faire un film comme The Green Hornet. Selon ses propres dires, ce serait pour se faire pardonner auprès de son fils d'être un homme trop pris par son travail... Pourquoi pas, après tout. Si papa peut s'amuser tout en travaillant et en se faisant pardonner par son fiston, il n'y a pas de raison de se priver d'une telle opportunité.

The Green Hornet est, dès le départ, un ovni dans le genre du film de "super héros" qui s'émancipe (un peu trop peut-être, Cf. la bande annonce de Thor ou de Green Lantern...) sur les écrans depuis le début des années 2000. Tout d'abord parce qu'ici personne n'a vraiment de super pouvoirs. Ok, Kato est capable de ralentir le temps quand il saute en l'air pour donner un fulguro-coup-de-pied dans le nez du méchant, mais bon, c'est pas franchement grandiose. D'autre part parce que l'adaptation portée sur grand écran par Jay Chou et Seth Rogen joue sur un paradoxe que Hollywood commence à bien aimer: la révolte de l'anti-héros brimé en manque de reconnaissance et qui se découvre une vocation de défenseur des opprimés.

De surcroît, le duo central repose lui aussi sur un antagonisme original puisque le sous fifre asiatique est plus connu que le riche héritier grassouillet. Et surtout il est bien meilleur en castagne, en gadget, en intelligence pure etc. Bref, tout un tas de bonnes choses qui brouille un peu les codes d'une industrie éprouvante pour les méninges et pour les créateurs comme Gondry.

Tout cela offre une place immense aux acteurs. Tout l'intérêt du scénario écrit par Seth Rogen est de mettre en avant de jouissifs échanges verbaux entre les différents personnages, leur laissant de grandes latitudes comiques. Dommage peut être que l'humour de Rogen s'affadissent à la longue par la répétition quasi mécanique du potache adulescent mais la petite tension gay qui se trame entre les deux zigotos est particulièrement bien vue. Dommage également que le scénario ne propose pas à Waltz de faire autre chose qu'une imitation pataude de son personnage d'officier nazi dans Inglorious Basterds.

Gondry lui, évite tant bien que mal les écueils de la grosse production classique. Chiche en effets spéciaux, préférant coûte que coûte les effets de plateau aux rajouts de postproduction, il se concentre sur le cadrage très propre de ses acteurs et sur leurs volubiles pérégrinations. Ca se bagarre, ça explose, certes, mais avec économie. Jusqu'à la dernière demi heure. Voulant visiblement rentrer dans son cahier des charges, le réalisateur français en rajoute des tonnes en multipliant des effets de manche qui s'épuisent et s'annulent les uns après les autres.

On en sort assez désemparé. The Green Hornet répond aux attentes des plus indulgents mais laisse pantois ceux qui espéraient un peu plus d'esprit. Le scénario balourd et trop centré sur Rogen (qui n'en mérite pourtant pas tant) saborde la psychologie des seconds rôles. On rît beaucoup mais sans arriver à distinguer le rire franc du rire putassier, voire indigné. Et puis reste le problème de la 3D. Inutile au possible, elle n'offre aucune valeur ajoutée à un film suffisamment spectaculaire pour ça... Du coup on n'est pas tout à fait certain que Gondry se fasse pardonner par son fils...

jeudi 20 janvier 2011

Kito Sounds #3 (CKK012)

Opulence. En voilà une jolie sortie. C'est d'ailleurs pas évident de raconter quelques trucs dessus en étant bref. Voici le troisième volume de Kito Sounds. On connait l'importance de ces compilations pour le label Chez Kito kat. Elles marquent en quelque sorte des points d'étape entre les différentes sorties. C'est aussi un bon moyen de mettre en exergue l'esprit de la structure : amitié, rencontres, coups de cœur. C'est aussi le moment de faire le point sur des directions artistiques, d'intégrer des petits nouveaux qui n'ont pas encore la matière de sortir un ep ou un disque. C'est aussi une plaque de rencontre géographique, qui permet de naviguer entre le Québec, Metz, le luxembourg... Et c'est finalement un moyen pour certains des artisans de la structure de lâcher des morceaux composés en partenariat, des inédits, voire des projets éphémères. Pour la troisième édition de ces compilations, on à droit à un double disque, et plus de deux heures de musique. Deux disques qui marquent une rupture entre les deux amours et les deux fascinations du label:l'aspect rock/folk/pop et le côté plus axé sur les machines. Du coup, deux disques, nommés sobrement Words et Sounds, qui permettent de marquer une première division au sein même de la compilation. Au Mastering, l'ami Kaliayev, qui couronne l'activité amicale et bon enfant du tout, en devenant un des artisans des Kito. Et vu le côté perfectionniste du Monsieur, c'est tout vu, on lui tire son chapeau. L'emballage suit toujours la règle d'or du fait maison, avec les coutures de rigueur, avec un rendu toujours aussi intéressant (Honte à vous les Twin pricks et votre originalité).

Côté Words, beaucoup de belles surprises. La première c'est ce morceau purement hip hop avec une instru céleste que se farcit Dog Bless you, et un flow inspiré d'un poto du quebec (pour l'anecdote, un collègue d'un ancien Dead for a minute, avec qui l'un des kito buvait des bières en regardant le hockey, avant d'apprendre que le monsieur rappait quand il ne regardait pas ce sport national). La deuxième c'est Salima, l'une des trois Kito qui prend son envol et son assurance et se retrouve en featurings sur pas mal de morceaux. C'est tout d'abord la voix de Beat for Sale, le trio made in Kito qui va bientôt sortir son premier EP. Les prestations live de Beat for sale ayant apparemment été une grande réussite, dans leur kraut électro post suicide motorique ultra efficace et qui sent le tube à plein nez sur tout ce que j'ai entendu, la demoiselle assume de plus en plus sa voix et son flow, avec raison. Beat for Sale livre un on the road entrainant et basique (bouffe bouffe bouffe mon beat, ya que ca qui t'excite). Elle chante aussi en présence de No drum no moog, ce backing band pour la tournée de Twin pricks qui livre une musique bien plus robotique que ce à quoi on pouvait s'attendre (va savoir pourquoi). Et dernière surprise, on la retrouve aussi sur ce tout nouveau morceau de Kaliayev, nouvelle perle d'une rare douceur, morceau à tiroirs d'une rare efficacité qui conjugue phrasés hip hop et arpèges cristallins, sur des changements rythmiques et des mélodies sucrées à tomber. Words c'est aussi un nouveau morceau de Twin pricks, que l'on connaissait déjà par vidéos interposés, à strasbourg dans le tramway comme ailleurs j'imagine, ou alors sur scène pour ceux qui les ont vu, mais encore dans votre jardin. Un joli morceau qui laisse la part belle à la voix de Dr Geo, sur une boite à rythmes rappelant a better view, et encore une fois ce sens du tube qui cloue le bec. Des morceaux que l'on chante au bout de la première écoute, il y en a peu. Dr Geo, on le retrouve aussi en solo, et lui aussi va aussi sortir un EP dans l'année. Toujours dans cette recherche des effets, des superpositions de couches, il nous livre un morceau encore une fois à la Thom Yorke version lonesome cowboy. Côté retrouvailles, c'est aussi le retour d'Alone with king kong avec un nouveau morceau, toujours aussi évident, comme s'il chantait dans ton salon. Un spleen et une mélancolie enfantine, et des accords immédiats. Sug(r)cane et diaporama sont aussi là, l'un dans la suite de son ep l'autre dans la continuation de son electronica romancée et raffinée chantée en français (j'ai plus de mal avec ce projet). Côté nouveautés, on nous introduit les skans, les jeunes strokes messins pour faire putassier mais pourtant tellement vrai. Bienvenue aussi à Ori, et son spleen à la New order première période, entre Ceremony et truth, d'une rare justesse. Bienvenue aussi à hAll, les squatteurs d'un bar messin (copyright DBY), dans un morceau non identifié, qui commence lentement en égrainant quelques arpèges pour susurrer insidieusement un malaise palpable dans une musique distordue au mélodisme outrageux. Incompréhensible et rempli de mal être, un malaise mélodique raffiné comme on pouvait retrouver sur le split de l'Austrasian Goat avec l'Acephale. Ce morceau va me hanter pendant un bon bout de temps. Niandra Lades est égal à lui même, dans une envolée lyrique habituelle du groupe qui rappelle le dernier album du chapelier fou avec une voix à la Billy Corgan, sans savoir pourquoi j'associe les deux. Pour clore la première face, RV Mell nous invite au recueillement dans une sorte de rock filmesque bourré de samples cinématographiques, et n'évite pas le rapprochement avec Microfilm, et c'est tant mieux pour eux.


L'opulence sera de rigueur aussi sur le deuxième disque, sounds, qui lui fait la part belle aux musiques électroniques de tous bords. Les chouchous de Komparce (Dog Bless you+ Mr Bios) entament la compil sur le parc, et pousse les possibilités du duo vers un nouvel horizon rempli de claviers, en livrant une douce version electronica cosmique où les mélodies se superposent sans jamais s'entrechoquer. Raffiné, tout comme le nouveau morceau de Dog Bless you beaucoup plus feutré, articulé encore autour des claviers grésillant, et d'un beat hommage à toute une frange de la scène hip hop. Quant à cette note de guitare obsédante, je jurerais savoir d'où provient le sample. On mange des briques rouges, et lui aussi nous vend du beat, comme quoi le serpent se mord la queue dans ce morceau endiablé. Je prends les paris sur la qualité du disque à venir, et je réserve mon exemplaire, sachant que le gros chien a une marge de progression ahurissante à chaque nouvelle production. God Bless you, dog. Le troisième projet des deux larrons, c'est Mr Bios donc, qui pose sa carte de visite de responsable de l'aspect lunaire de la musique de Komparce dans une sorte de version de Thriller (je vous jure, le beat) sous LSD. Sonorités sous prozac qui s'entrechoquent et s'envolent comme si Jonas Reinhardt avait le sens du rythme. Sounds c'est aussi cette mélodie bienvenue de Maxime Robin, la partie québécoise du crew qui lamine nos oreilles avec du coton dans une version épique de la musique électronique. Chez les québécois connus, on retrouve E1000 avec un morceau d'une rare intelligence, bourré de différentes parties et qui allie rythmiques déjantés à une ambiance flottante avec une rare maitrise. Du coup, on a du mal à comprendre pourquoi il s'affuble de cette grotesque étiquette dubstep sachant que sa musique n'a rien de putassier et au contraire côtoie les sphères ambiant. J'accroche moins au morceau de Brach, qui fait dans l'electro jazzy avec une ligne de basse un peu encombrante et Artaban pêche un peu sur une production surchargée qui ne rend pas grâce a son parti pris enlevé et sa richesse sonore. Mauvaise surprise en milieu de parcours sur ce délire de Monsieur Beater, prénom kurston qui nous renvoie en pleine gueule les cauchemars dancefloor du samedi soir. Niveau découvertes, on s'attardera sur deux Ovni. Tout d'abord ce morceau drone de Main de givre d'une rare beauté glaciale, rappelant les sorties Touch par la grâce atteinte par les cordes et cette boucle obsédante et minimaliste. Deuxième grande surprise, sur 14:13, possiblement le projet de l'austrasian Goat elle même qui livre une pièce chaotique et pourtant superbement orchestrée où se côtoient quantités de plans différents, entre ambiant contemplative et claviers distordus qui font copuler les doors avec sister ray. Un grand morceau de bravoure, qui en devient obsédant. Une agréable surprise en fin de disque, avec ce morceau de fracture commençant doucement pour se terminer dans une orgie shoegaze magnifiée au son épique. Mention spéciale au morceau de Fleo (c'est encore Dr Geo, j'en suis presque certain) qui triture sa guitare dans un morceau rappelant autant le Neil Young de dead man avec un reverb d'église et une mélodie de comptine pour enfant. Sûr que Ben Chasny est jaloux. On oublie pas Millimetrik, Sample book et son amourette lancinante, Dr Hood qui fait office du fou du roi dans un morceau déjanté et Jeff qui triture ses claviers sur un morceau qui a quelque chose de naïvement terrifiant.

Il y en a pour tout le monde et cette troisième édition marque d'un sceau une grande période créative pour l'une des structures les plus agréables et les plus créatives de l'hexagone. Merci. (Chez Kito Kat).

mercredi 19 janvier 2011

King Cannibal - The Way of the Ninja

King cannibal se rajoute aux vingt ans du label Ninja tune, qui pose sur un disque ce que Ninja Tune avait décidé de ne pas sortir. L'originalité avait primé en essayant de regarder vers l'avant et de privilégier les collaborations inédites plutôt que le best of redite, et King Cannibal décide de rendre hommage à un label qui a forgé ses goûts musicaux. King cannibal livre le mix Ninja Tune. Il recompile ses vinyles, ses disques, ses mp3's et essaye à l'aide de ses machines de créer un mix d'un disque rempli à raz bord (à comprendre 75 minutes de musique) pour créer le best of Ninja Tune made in Cannibal. L'hommage à Jarmusch au passage (facile mais ça fait plaisir) et on est parti pour une heure quinze de musique dansante et futuriste, entre grosses nappes et cut ups anarchiques selons le bon gré du sieur. Pour qui suit le label depuis une paye, le mix est peut être inutile, bien qu'il permette de faire ressurgir certaines gloires du label. Un éclectisme un peu putassier parfois, avec ce besoin de balancer du rock et des guitares, car cela fait aussi partie du label (chouette). Dans l'ensemble, de jolies tranches de bonheur, et encore une fois de très belles pièces qui bénéficient d'un joli traitement et d'un joli agencement. On reconnaît pleins de choses un peu partout, sans que ça vaille le coup de revenir sur chaque passage (le site www.ninjatune.net/thewayoftheninja le fera clairement mieux que moi) et les pièces modernes les plus efficaces sont représentés. Warrior queen est encore là avec ce morceau de The Bug qui me hante decidemment et que je retrouve dernièrement partout (que Stockton revende son maxi et retourne écouter Godflesh, on ne lui en tiendra pas rigeur). L'initiative est carrément fun et bien plus entreprenante qu'un vulgaire best of et Ninja Tune prouve cette année qu'ils ont fêté leurs vingt ans comme il se devait, avec pour ligne directrice la création artistique, les rencontres et les yeux tournés vers le futur. Une jolie rétrospective qui tournera dans votre platine en enchainant claques sur claques et sons gigantesques tout en gardant le côté dancefloor auquel un tel mix aspire. On regrettera quelques passages un peu irritants où certains sons sont gardés de manière itérative pour les besoins du mix. Je vois déjà venir le camarade Damo qui préfère les sessions de King Midas Sound. (Ninja Tune)

samedi 15 janvier 2011

Horse Gives birth to fly - Tried Trails


Plutôt que de vous faire un remake de la Métamorphose de Kafka, ou encore du festin nu de Burroughs, essais qui pourraient décrire l'expérience totale qu'est la musique d'Horse gives birth to fly, on notera ici l'aspect insectoide et rampant de ce tried trails. On avait déjà parlé du combo Montpelliérain dans sa précédente livraison qui lorgnait plus vers une dark ambiant (chronique ici : http://beyondthenoize.blogspot.com/2010/10/horse-gives-birth-to-fly-ouroboros.html). Ici, tried trails est une toute autre sorte de voyage. La version rock du rituel d'HGBTF. Tried trails est du coup beaucoup plus frontal, beaucoup plus noise et surtout beaucoup plus rampant. Il grésille et grimpe et gré des volumes de guitares. Les rythmiques sont massives et s'engorgent dans des roulements de boucles tournoyantes. Tried Trails sont des rasoirs qui tournent et s'envolent, ce sont les lames de l'ensorceleur qu'il lance au dessus de sa tête tout en nous envoûtant. Si le parti pris est complétement différent et montre un autre visage de la musique d'HGBTF, l'objectif reste le même : la transe. Gros point positif que le parti pris sonore écrasant, où les larsens prennent part à la fête pour enrober le corps et le lacérer et où les cordes semblent claquer aussi fort que les coups de semonce que sont les coups sur les peaux. On pourrait être salauds, et vous vendre la chose à coups de gros noms, mais leur musique se passe de comparaison idiotes sur ce tried trails. HGBTF est avant tout le son des tôles froissées qui se rencontrent et qui copulent. Un rituel noise bien à eux, avec une énergie live décuplée. Deux visages pour une même musique prouve que HGBTF a encore beaucoup de choses à explorer, et ses aspirations peuvent partir dans plusieurs directions. On a même droit à quelques vocaux qui accentuent ce côté industriel, incantations grinçantes. On ne va pas se priver aussi d'un artwork (toujours confectionné par Miccam) vraiment magnifique, d'un gris rouillé correspondant bien au son post industriel du combo. Le seul regret finalement, c'est que les morceaux soient si courts. Les différentes explorations gagneraient à être développées sans fin. Touchante expérience totale. (Myspace)

vendredi 14 janvier 2011

Harry Brown de Daniel Barber

D'apparence, Harry Brown a tout du film réactionnaire que l'on s'empresse de cataloguer dans la sordide galerie des films à tendance xénophobe. Il est vrai que la trame de ce film de vengeur urbain a de quoi alimenter les logorrhées incendiaires : un papy, ancien militaire de l'armée britannique ayant officié en Ulster, décide d'éradiquer la terreur par la terreur suite à l'assassinat de son meilleur ami par une bande de jeunes.

Des vengeurs, le cinéma en a connu une tripotée. De Charles Bronson à Clint Eastwood en passant par Kevin Bacon, les personnages d'hommes meurtris n'ayant plus confiance dans les institutions coercitives de l'Etat ont toujours eu le regard vide de ceux qui n'ont plus rien à perdre. Récemment aussi, on a vu naître le genre de la vengeance fun et rigolote... Il faudra m'expliquer ce qu'il y a de plus "fun" dans le discours réactionnaire de Kick Ass que dans ce lui de l'Inspecteur Harry... La couleur des collants peut-être... Harry Brown, lui, vient de perdre femme et ami. Il ne lui reste qu'une boule au ventre dès qu'il sort de son appartement et des larmes pour pleurer ceux qu'il a aimé. Ses souvenirs de soldat, il les a enfouis, terrés bien loin dans sa tête.

Et contrairement à ces terminators d'os et de chaire, le personnage interprété par Michael Caine est rempli d'une douloureuse indolence. Son charisme est hoquetant, entaché par son âge et sa maladie. Le roublard cockney interprète d'ailleurs à merveille ce vieil homme qui lui ressemble un peu. Lui qui fut membre de gang, puis militaire en Corée, semble livré avec une peine sincère, un triste regard sur ce que deviennent les quartiers où il a grandi.

Personne ne remettra en cause la dignité du personnage de Sir Michael Caine même si toutes ses failles en font un faux héros presque trop inoffensif. Ce qui choque certainement, c'est cette mise en avant profonde, telle une entaille, d'un fossé intergénérationnel qui semblerait ne pas avoir de fond. Papy gâchette contre p'tits cons en mobylette en somme. Une rengaine que tout le monde connaît bien, qu'on a souvent vu et qui alimente les débats sociologiques des piliers de comptoir.

Et Daniel Barber ne fait pas dans la dentelle quand il dépeint cette jeunesse aux abois, qui crame, vole, tue sans pitié ni discernement, sans émotion et sans la moindre notion du bien et du mal. La scène d'introduction est d'ailleurs assez éloquente. Les scènes d'émeute dans la cité ont un écho tout particulier. On pense à Villiers le Bel, à Sarcelles... A cette mobilisation violente et ulcérée qui apparaît comme incompréhensible quand on n'en détient pas les codes et les enjeux. Pourtant pas question de faire de parallèle entre ici et là-bas, le contexte ne le permet pas vraiment.

Harry Brown, malgré ses défauts, n'est pas le simple film de vengeur libérateur. Tout d'abord parce qu'il apparaît bien plus comme un cri d'urgence dans le marasme social et urbain que connaissent aussi les quartiers pauvres de Grande-Bretagne que comme une rance et violente envie de tuer du jeune pour restaurer le calme. Le film dénonce cette avalanche de violence, digne d'un film apocalyptique et parfois d'un western, et questionne tant sur la réception de la violence légitime de l'Etat que sur l'incapacité de ce dernier à offrir un avenir différent à ces jeunes anglais "de souche". Car oui, il n'est pas question ici d'origine ethnique. Les jeunes sont tout ce qu'il y a de plus britanniques dans le nom et le faciès (lire un article de Rue89 sur le film), substituant donc l'axiome "étranger mal intégrés/violences exacerbées" par un plus subtile "relégation sociale/violent désespoir/délinquance et rejet des valeurs traditionnelles".

Ensuite parce que le beau ciel qui se lève au terme du film, est d'un bleu amer et moins porteur d'espoir qu'il n'y paraît. Cette vengeance, ce massacre et ces émeutes ont changé le quartier, certes, mais pour combien de temps? Et à qui a vraiment servi ce bain de sang? Si le climat semble plus serein, la condition sociale des habitants du quartier n'a pas changé et leur dénuement reste total. Tout, ou presque, reste donc à faire, Mister Brown.

mardi 11 janvier 2011

Somewhere de Sofia Coppola


2011 serait-elle l'année du changement? Du moins, ouvre-t-elle un nouveau cycle dans ma vie de cinéphile obsédé par tout ce qui sort? La question que je pose nombrilistiquement (ouf, on dirait un titre de Mylène Farmer...) fait écho à la fin de mon dernier billet et aux démarrages généralement foireux que j'ai pu connaître depuis 2007 en fait en remontant dans mes archives.

Somewhere est en effet un objet extraordinairement envoûtant sur le papier. Nouveau film d'une réalisatrice qui tranche, qui expérimente ou qui ennuie, c'est selon, objet de réhabilitation pour un des troublions trop vite catalogué has been aux vues des erreurs qui ont ponctuées sa filmographie. C'est vrai qu'ils n'étaient plus très nombreux ces derniers temps, ceux qui croyaient encore au potentiel artistique de Stephen Dorff. Lui non plus d'ailleurs. Et puis voilà qu'est arrivée cette histoire, l'histoire d'un acteur qui zone dans un hôtel chic, infantilisé par tous ces gens qui l'entourent, ennuyé par une solitude qui habite tous les interstices de sa morne vie de baiseur à tout va. Car finalement il y a bien deux choses qui semblent motiver le personnage de Johnny Marco : sa fille, à la garde de son ex-femme, et puis les filles, les blondes notamment.

Difficile pour un mec comme Dorff de ne pas sauter là-dessus. C'est un peu comme si on lui proposait de mettre sa propre vie sur bobine. Plus besoin de vraiment jouer la comédie, simplement se souvenir de ce qui nous a fait plonger, de ce qu'était cette descente. La solitude, l'ennui, l'écoeurement, le sexe facile, l'absence du moindre effort qui conduit inexorablement à l'oubli de soi puis des autres. Tout cela semblait trop beau pour l'acteur.

Et Coppola aurait eu tord de ne pas croire en lui. Dorff, son sourire de jeune premier malgré sa trentaine finissante qui commence à courir sur son front, dégage une onde lumineuse qui absorbe tout le reste, l'espace comme ses partenaires. Autant dire qu'on ne l'attendait pas si bien, si beau, si présent, si envahissant même. Sans en faire trop il comble tout les vides du scénario et ferait presque oublier la symbolique primaire de la réalisatrice.

Car à ce monstre, Coppola n'a proposé qu'un rôle et l'horizon d'une mise en scène pour l'entourer. Triste piétinement facile, le film dans sa languissante longueur vous plonge dans une marmelade chic, où la vacuité narcissique du monde du cinéma se contemple névrotiquement. Si bien qu'on finit par avoir peu d'estime pour ce travail bâclé.

Dès l'entame le film tourne en rond: Marco, dans sa belle Ferrari noire, tourne sur un minable petit circuit puis s'arrête, sort de sa voiture et tourne le dos au néant qu'il vient de créer. Soit, Marco s'ennuie dans cette vie faite de redites et de laisser aller. Il s'ennuie tellement qu'il s'endort devant ces deux blondinettes qui lui font une danse avec autant de grâce, d'adresse et de lascivité que deux guenons pendues à une liane.

Le film en devient ulcérant. L'égotisme autiste du film, qui n'a d'yeux que pour lui et son monde, invite au non sens. Incompréhensible pour le commun de concevoir qu'il soit si compliqué et inhumain d'être une star, de faire la fête et de s'envoyer en l'air avec toutes les belles créatures qui vous entourent. On a du mal à s'émouvoir pour se personnage pathétique et pour la sordide complaisance de Coppola.

Surtout que celle-ci ne se prive pas pour en rajouter. Au détour des couloirs du Château Marmont (hôtel à 370$ la nuit pour une chambre simple et 3700$ la nuit pour le penthouse...) on prend l'ascenseur avec Benicio del Toro et puis on croit reconnaître Aurelien Wiik (!!) à une soirée. Et puis parce qu'on fait les choses en famille, on invite Alden Ehrenreich, jeune acteur couvé par papa Coppola et mis en scène dans Tetro.

Oui tout ça donne franchement l'impression de tourner en rond et de se moquer, non pas de ce petit monde qui se regarde les poils de bite (ou de chatte, faites votre marché) à longueur de temps, mais de nous, auprès de qui on cherche un peu de compassion.

Décidément non, 2011 ne changera rien à la routine du début d'année même si, il faut bien l'avouer, ce Somewhere n'a rien de comparable avec un The Spirit ou un Dante 01. Seulement le film le plus radical de Sofia procure la même envie que celle qui naît chez le pas désagréable Johnny Marco: prendre notre voiture, quitter la ville, nous perdre à la campagne et regarder les paysages plutôt que les lamentations bourgeoises de tous ces gens.

lundi 10 janvier 2011

TORTOISE- Why waste time?


Tortoise continue sa mue, celle qui a commencé dès que le gang de Chicago a un jour graver un morceau sur un sillon, et qui n'a cessé depuis d'être. Why Waste Time a tout de l'ep pirate, parce que sorti uniquement sur un label japonais, parce qu'aucun disquaire digne de ce nom ne peut l'avoir dans son bac à disques, et puis parce qu'il se revend déjà à prix d'or sur le net. Le nec plus ultra de la part d'un groupe qui se revendique de Can, de Dilla, de Sly & Robbie,de Earth (j'en sais rien en fait), des minutemen, qui se fait remixer par Autechre depuis 20 ans, se situe tout de même dans cette pochette qu'on dirait repris d'une cassette de black des années 80, ou d'un dessin non retenu de Savage Pencil: écriture gothique et hémoglobine dégoulinante. Depuis la rétrospective passionnante que le groupe a sorti en 2006, Tortoise semble s'orienter de plus en plus vers une musique où la recherche de la place du clavier au milieu de l'orchestre rock ne cesse de se développer, un peu comme le fait Reznor depuis With Teeth (oooouuuuupssssss!!!!!). Le morceau d'ouverture commence sur un beat qui s'emballe, à la production saturé et aux infrabasses cannibales. Le rythme rappelle que les 5 ont, fut un temps, sorti un disque chez Warp, les nappes congelées emportant avec elles la BaR d'un dub d'une autre époque. La suite a tout de la digression de Kevin Drumm lorsque celui partagea l'affiche avec Tortoise en 2008 pour le festival de Jazz à la Villette, comme un enregistrement échappée de la soirée, tout en s'écroulant sur Gigantes, prodigieux morceau de l'album précédent, remixé par Mark Ernestus devenant ici plus obsédant encore. La musique instrumentale (NIN devrait en prendre de la graine- re-Ooouupsssssssssssss!) de Tortoise vient se terminer sur un medley de séquences plus ramassées, entre le jazz rock et l'électronique décomplexé typique des 5, toujours propulsé par cette improbable science du son et de l'acoustique que McEntire, batteur et producteur du groupe (et non seul membre tyrannique comme Trent- Ooooupsss -ter), continue perpétuellement d'affiner. Sans réellement savoir d'où sortent ces titres (promo, disponibilité....) on se délecte de ces 4 morceaux ( et 3 vidéos, 2 lives et un clip) tout en se rappellant que Mr Maandig devrait s'en inspirer (Oooouupsssssss) !

Yann Tiersen - Dust Lane

Le débat Yann Tiersen est toujours aussi marrant. Il y a ceux qui l'adorent (en majorité ceux qui ont adooooooré la BO d'Amelie Poulain) et trouve sa musique fascinante. Il y a ceux qui le détestent et qui en plus de le trouver pompeux le trouvent mauvais. La vérité se situe quelque part entre les deux. Vérité que je ne prétends pas détenir, étant très peu intéressé par les travaux du bonhomme. En le prenant comme ce qu'il est, une sorte de digestion pop et propre sur elle d'une frange des musiques expérimentales, Yann Tiersen compose parfois de bons disques, des disques qui s'écoutent. Des disques toujours propres sur eux, où jamais l'expérimentation ne semble aller trop loin et où certaines digressions bienvenues sont vite sabordées par une ligne de chant pop vomitive, ou encore des pianos en jouets enjoués. Une musique loin d'être fondamentale, et qui se passe surtout de la moindre intellectualisation, mais qui arrive quand même à vivre par elle même, au travers de jolies pièces. Ces pièces sont d'ailleurs les seules qui survivent au temps, car lorsque Tiersen amasse les pistes et superpose les influences et les instruments, sa production synthétique semble dégueuler de manière insipide et surtout irritante. Yann Tiersen devrait se contenter de la simplicité, et de ne pas vouloir être un compositeur expérimental pour personnes qui n'écoutent pas de musique expérimentale. A chacun son public en quelque sorte. Pourtant Dust Lane éveillait la curiosité, tout d'abord avec ce maxi Palestine en guise de lame de fond sonore, ou Yann Tiersen semblait capable de s'entourer de musiciens variés et modernes : chapelier fou, matt eliott qui exhumait third eye foundation, oktopus de dälek (qui semble définitivement trouver un nouveau terrain de jeu avec la production de musiques plus pop). Palestine est clairement la meilleure pièce de cet album. Une pièce simple et bien écrite, qui avance en scandant ces quelques lettres et qui fait mouche par la rondeur et la chaleur de ces mélodies bien écrites. Ensuite, la piste titre rappelle les mêmes ambiances et monte peu à peu en puissance (pour finir de manière assez cacophonique d'ailleurs, entre étirement de samplers et brouhaha vocal superposé, où l'on distingue des cymbales dans ce méli mélo musical) dans une veine toujours très distinguée. Dust Lane pourrait faire mouche, si c'était un disque de folk. Dust Lane pourrait faire mouche si la globalité du disque n'était pas cannibalisée par des influences non assumées (Dark Stuff donne la sensation que Matt Elliott habite le morceau, confirmation?) et indigestes. Pourtant, au sein des morceaux, des passages font mouche, de part leur simplicité et leur capacité à aller au grain, sans déborder de manière putassière. Chaque morceau présente son heure de gloire, mais yann Tiersen veut trop en faire. Dust Lane est bourré à craquer, dans ses pourtant courts trois quarts d'heure qui sont parfois imbuvables. Dust Lane est le disque qui exprime clairement le problème de la musique de Tiersen. Pompeuse, avec l'effet de trop, mais qui pourrait pourtant être si jolie si elle aller à l'essentiel. Rabattez vous sur le maxi de Palestine, qui en vaut clairement la peine. (Mute)

dimanche 9 janvier 2011

Stateless - Ariel EP

Derrière cette pochette rose se cache un bonbon d'accueil d'hôtel. Ces bonbons petits aux goûts indéterminés, entre menthe, eucalyptus et fraise qui sont aussi insipides que le sourire du réceptionniste. La version album commence plutôt bien, avec ces rythmes ethniques et les sonorités lourdes qui se rajoutent peu à peu, kick pattern sur cette mélodie orientalisante. L'entrée de la voix est même salvatrice, vu qu'elle échappe aux possibles écueils du genre. On tient un tube, certainement. Malheureusement Stateless le saccage. Le refrain est insupportable, aigu et plaintif, sur une sonorité dubstep domino. On rajoute à cela un programmateur qui s'amuse avec sa Roland, et le pattern du haut (vous savez, ce pattern qui fait du bruit lorsque vous passez la main au dessus, kikoo loool), dans un but inconnu. Un joli emballage pourtant, ravagé par le manque de concision. On passe sur le premier remix, qui lui aussi s'est payé une Roland récemment, et qui a le mérite d'être court. Dark Sky lui donne un nouveau souffle au morceau en emballant un peu le tempo et en lui donnant des allures de teuf jungle, rendant les harmonies vocales complétement en trop, et finalement insupportables au bout de six minutes. Le morceau a pourtant un corps dancefloor un peu tuning qui pourrait largement plaire aux fans de Makina et autre gaietés espagnoles (et oui, on se cultive comme on peut à l'étranger).
Deuxième long remix pour Midland's inflight, qui donne une saveure particulière au morceau. On oscille entre une house minimale et une electronica onirique, quelque part entre les différents travaux de four tet, comme si pause avait copulé avec le dernier disque (recommandé d'ailleurs). On se prend au jeu et ce morceau labyrinthique relève à lui tout seul le niveau du maxi, et donne une vie à ce morceau. (Ninja Tune).

samedi 8 janvier 2011

Bang on! - Hands High

Avec un nom pareil, et une pochette sortie tout droit du Looking for Eric, on ne peut pas se tromper sur la marchandise. Des bons britons d'une banlieue industrielle en friche qui ont la bougeotte. J'aurais imaginé des types rasés qui apprécient par dessus tout la bière amère (plus c'est chaud, meilleur c'est) se buvant en fiole, et qui l'urinent le samedi au stade sur les bourgeois se payant des places bien chères à côté du terrain, pour voir le Liverpool animer les foules. Hands high est sa déclaration de guerre grime, brulot dubstep qui claque qui rappelle la dernière mouture d'High Tone sur l'instrumental, tout en mélodies saillantes et rebondissantes. Au niveau du flow, typique de cette nouvelle vague hip hop encore mal identifiée, proche d'un roots manuva qui aurait avalé de travers (sa bière, vous suivez bien). La vie à Liverpool a l'air d'être un enfer. Fut un temps où la révolte était Public Enemy, voire boogie down production, et je serais pas étonné que ces nouvelles productions sonnent l'avènement d'une nouvelle vague. L'époque est différente, les armes aussi. Gros tube malgré les clichés. (big dada)

vendredi 7 janvier 2011

Zeitkratzer - Alvin Lucier

Suite à la magie que recélait l'hommage à Whitehouse, l'interêt porté sur les musiciens et leur catalogue s'est accru. Il sembleraient que leurs travaux hommages s'articulent autour de deux principales branches. L'une des deux est un travail sur certains compositeurs ayant repoussé les limites du son et de la composition, dans une veine dite ''old school''. On englobera les travaux en hommage à James tenney et John Cage, en attendant les sorties sur Morton Feldman et Stockhausen. Ici, Alvin Lucier est au centre des débats. Lucier est un physicien de la musique minimaliste, et a crée une des approches les plus modernes de la musique en déviant du propos originel et en étudiant l'impact des sons sur un espace, mais aussi de l'espace sur le son. Les cinq pièces que nous propose ce disque ont été travaillées live avec la participation d'alvin Lucier lui même qui permet au Zeitkratzer de jouer avec ses propres concepts. Des répétitions de sons, de longs drones, des pianos dissonants et des instruments qui dévient de leur propre création originelle pour user l'auditeur et apporter un impact physique. Pas étonnant que Zeitkratzer s'intéressent aussi aux déviances industrielles qui sont en quelque sorte l'héritage de la musique de Lucier, dans la recherche continuelle d'une transe et surtout du son comme vecteur. Difficile de ne pas théoriser la musique d'Alvin Lucier pour pouvoir en comprendre les tenants et les aboutissants, vu qu'il repousse la vision que nous avons d'une composition musicale. La musique de Lucier vit et revit à travers l'agencement et la disposition des instruments, et leur manière d'interragir. Une étude sur les tempi, sur les arythmies, sur les dissonances, sur les accords et sur la façon dont plusieurs instruments (voire objets) peuvent vivre différents lorsqu'ils sont en présence l'un de l'autre. L'acoustique devient le point central du travail de cet hommage, avec la façon dont un instrument peut réagit à l'introduction d'un nouvel objet et ce dans une pièce qui permet au son de vivre. Douces sonorités religieuses et mantras à la Charlemagne Palestine se mélangent à assauts plus dissonants et volontairement désagréables. On entend quelques éternuements qui donnent à la prestation live des allures de messe. L'interêt des covers prend tout son sens avec Alvin Lucier, qui conceptualisait d'abord sa musique avant d'en créer l'essence. Elle peut donc être soumise à différentes interprétations (dans un pur respect des normes initiales) et se transformer au gré des endroits et des musiciens. Une base fondamentale pour un grand nombre de musiciens plus modernes et de musiques moins exigeantes, notamment le dub (voué à perpétuer une tradition de remix) mais aussi la discographie de Coil qui pousse la composition dans ses retranchements les plus bruts avec le choix de pièces non figées. Analogie qui est loin de paraître incongrue aux vues de ces longs drones inhumains et qui s'auto alimentent rappelant les travaux minutieux de Time Machine. Au final, divers travaux sont ici présentés, qui essayent de synthétiser les différentes expérimentations d'Alvin Lucier, entre compositions strictes et pièces plus libres. Un joli travail de titan encore une fois, qui a inspiré un grand nombre de musiques modernes. On songe alors (pour faire putassier) au DVD de neurosis pour A sun that never sets qui serait une tentative foirée d'occuper justement l'espace différemment grâce à leurs compositions et à la géographie. (Zeitkratzer)