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lundi 25 août 2014

PORTISHEAD & PRODIGY - Rock En Seine

Les articles ici sont de plus en plus rares, et à vrai dire, tu en as probablement marre de toujours lire des trucs sur Prodigy. Surtout que tu n'aimes pas ce groupe - et même si il est de bon ton de ne pas aimer le trio anglais, ils sont toujours accueillis avec ferveur depuis ces 5 dernières années. Faisons vite : ils ont de toute façon tout dévasté, toujours aussi efficace et leur déco avec le jet en fond de scène devient une menace parfaitement calé avec le son,  terrifiant et archi belliqueux.

Portishead n'avait rejoué qu'une fois à Paris (pour deux soirs consécutifs ceci dit) depuis leur grand retour en 2008, dans un zénith en pâmoison. Moins de jeunes, plus de quadras dans le parc lorsque le groupe de Portishead se pointe, tout le monde retient son souffle et applaudit le groupe. J'avais eu beaucoup de mal a rentrer dans leur concert au zénith, mais là ça fonctionne mieux, même si le fait que tout le monde acclame l'entrée de Beth Gibbons me refroidit. Si j'admire le groupe et le son qu'il développe, je suis totalement hermétique à ce chant hyper maniéré, à cette gestuelle timide et cette implication type acteur studio que je trouve fausse. Mais surtout, ce qui me surprendra ce soir, c'est que si Portishead n'est pas un groupe "technique", il enchainera les pains et les erreurs de manière remarquable. La fin de "Silence", premier morceau du dernier album qui se caractérise par sa conclusion abrupte ? Chiée. Le ton est donné. Des sorties foireuses, il y en aura d'autres, et des intros bancales également. Festival. Pourtant tout le monde trouve que le concert est impeccable à en croire les échos presse ce matin. Etrange.

Sinon, outre les gloires des 90's électroniques, Rock En Seine demeure un festival toujours aussi drôle (dans le mauvais sens du terme) : la bouffe y est extrêmement cher, le village de disquaires est ridicule (tout le monde a choisi de foutre des bacs pleins de disques de groupes jouant ces 3 jours, autant dire qu'un seul stand aurait suffit; sans parler d'un stand disquaire day pour tenter de refourguer toutes ces réeds bancales non écoulées en avril dernier), le fest est toujours infesté de stands inutiles (levi's n'est plus là mais haribo demeure... mystère), la gestion des chiottes est scandaleuse (puisque innaccessible pour mesdames), la distance entre la grande scène et le public est risible et il y a tellement de monde désormais qu'il est quasi impossible de circuler entre les scènes - oui, dans les "allées" ! Certes, l'orga doit être contente, elle est passée de 22 000 spectateurs à 120 000 en 11 ans... Bref, une colo de vacance nommé "festival".

lundi 7 juillet 2014

NAS / M.I.A. - Zénith, Paris Hip Hop 2014.

J'ai hésité suffisamment longtemps avant de prendre ma place pour cette soirée pour rater les places en fosse. J'ai un mal fou à "rentrer" dans un concert assis. Alors c'est quasi à contre-coeur que j'ai pris des places gradins, en me disant que j'allais peut-être rater un grand concert. J'avais tort. Je n'aurais pas rater un grand concert, j'aurais rater une leçon. Et c'est tellement rare que finalement, peu importe les gradins ou la fosse. Et tant pis pour les photos de merde.

Il y a très nettement deux types de personnes formant le public ce soir : les fans de MIA et les fans de Nas. Au milieu, quelques glands qui comme moi apprécient les deux. MIA a enregistrer il y a presque 10 ans un album de dance qui aujourd'hui garde un charme fou, et est capable de pondre encore aujourd'hui de bons morceaux. A vrai dire, c'est une fois sur deux, puisque j'avais aimé également son troisième enregistrement. De Nas, je suis très client du premier album, mais le reste ne m'intéresse que très peu, même si je suis assez preneur du dernier en date, qui pose quelques morceaux vraiment bien gaulés et accrocheurs. Jamais vu ni l'un ni l'autre, le festival hip hop de Paris propose de rattraper en une fois ce double manque.

Les fans de M.I.A. en premier donc. Pas difficile à identifier, ils sont légèrement plus jeunes que les autres, et plus colorés aussi. A l'image de leur reine, qui se pointe en salopette orange avec de grosses lunettes. Derrière, un seul DJ (je pensais que Partysquad était un duo), une danseuse, une choriste/danseuse et un danseur avec une vraie putain de tête d'Anglais en guise d'accompagnement. Tout MIA se retrouve sur scène : couleurs, visuels kitsch et épileptique, tendance au fluo, des beats bourrins et des riffs mauvais goûts, des danses minables et hystériques, la scène est la continuité des pochettes, véritables gouffre pour le crâne vers des migraines interminables. Mais ça fonctionne pas mal -même si les fans de Nas ont l'air dépités par le spectacle. L'énergie de l'ex belle-fille de Monsieur Warner est efficace. Poses à la con, caillera en pixel, beats mongoloïdes, voix épuisantes, la mixture Angleterre profonde/Tamoul vénère dégage une rage joyeuse plutôt appréciable. Entrée sur l'excellent Bucky Done Gun tiré de son tout premier album et clôturant sur son Bad Girls en passant par son récent Double Bubble Trouble ou son acclamé Paper Plane (qui ne fonctionne pas si bien en live), le show est solide. MIA montre aussi son rattachement au hip hop pur et dur, alors que bêtement, j'ai toujours considéré ça comme de la pop ou de l'électronique : le fait est que la dame est une piètre chanteuse. Souvent fausse, elle est juste à côté - pas loin - de ses notes sur ses lignes de chant. Non pas que le hip hop inclut forcément un chant médiocre, c'est juste que son registre est celui de la scansion. Rapide et concis, quasi sans pause, on regrettera juste que le troisième album soit écarté (j'aurais aimé Born Free ou même XXXO) au profit de son dernier album, pas terrible. Mais surtout, l'orga a visiblement considéré que MIA n'était finalement qu'une simple première partie et non pas une co-tête d'affiche au vu du volume sonore absolument ridicule délivré. Ou sont les basses ? Tout ça devrait ramoner le bas ventre !! Rien. Pas de son. Enfin pas à la hauteur du truc qui semble se passer sur scène.

Après une installation/mise au point un peu longue de presque 45 minutes, le beat de "Genesis" résonne dans le Zénith. Après le son crevette de MIA, c'est un son colossal qui frappe le lieu. Et "Genesis" n'est qu'une mise en bouche. Nas ce soir joue "Illmatic", son mythique et indépassable premier album qui fête cette année ses 20 ans. "NY State Of Mind" (changé dans le texte en "Paris State of mind") qui prend la suite voit Nas se pointer, fougueux, sur une scène gigantesque qu'il sera seul à habiter ce soir. Son DJ est derrière et ne fera que quelques appels vocaux mais se concentrera sur son taff de turntablist. La scène me fait étrangement penser à celle de Tool, avec ses écrans sous l'estrade, un autre de 2 mètres de haut derrière puis un tout en hauteur. Manque les lasers. Et encore, les lights de devant font l'affaire.  Et cette entrée permet de faire le point : le son est magnifique, précis, la voix se détache bien mais ne domine pas les impeccables instrus de Premier, de Large Pro, de Q Tip (entre autres). Les samples de jazz, chauds, préparés avec minutie il y a deux décades prennent une dimension remarquable dans le Zénith. Les pianos sont présents et magnifiques, par exemple, pas étouffé par les coup de batterie. Les basses sont imposantes et se faufilent dans la salle, inondant l'audience. Les beats sont totalement magnifiés par l'importance du volume. Les kicks sont de mini séismes secouant la salle, tandis que les caisses claires sont de superbes coups de fouet précis. Encore.

Le DJ pour reproduire Illmatic va,  en plus de quelques scratchs très old school type "copeaux sur le vinyle", à quelques reprises passer en intro les samples originaux ayant servis à dessiner les classiques formant le mythique album, le produit fini. Comme sur "One Love" ou ce vibraphone prend une autre vie. Ou comme sur "It ain't hard to tell" qui reprend "Human Nature" de Michael Jackson. Malgré ses excellentes et judicieuse digressions, le set va pourtant être extrêmement concis. Surtout qu'Illmatic est un album court. 39 minutes. Et Nas, imposant, coupe ses morceaux et les laisse à leur strict essentiel. "Life's a bitch" est résumé à un couplet. Autant dire que la demi heure passe, vite, bien trop vite vu la qualité. Et Nas de stopper et de signaler que le concert ne peut pas rester aussi court : c'est parti pour 45 minutes de plus, allant piocher sur toutes les périodes cette fois. Un peu de "Life Is Good" sur la fin, et un "If I Ruled The World", entre autre classiques, qui rend la salle hystérique.

Nas organise son set comme Autechre : les morceaux sont dépouillés, minimaux, et s'enchainent rapidement. Très peu de temps morts sur ces 1h15 de concert. Et Nasir Jones d'occuper royalement l'espace. Seul en scène, il domine complètement l'espace. Prestance remarquable, son flow ne faiblit jamais (même si une paire de prompteurs est là pour le soutien) et même seul, il électrise totalement la salle. Pas de compère mais ce minimalisme le rend d'autant plus fort. L'ambiance dans l'antre est folle. Tout le public est hyper réactif à chaque nouveau morceau, même les gorilles dansent (je crois que je n'ai jamais vu ça avant). Le roi Nas qui souffre de sa malédiction de premier album est un showman extraordinaire d'un charisme certain et d'une approche de la scène sobre et tout en puissance. Dominant le vaste Zénith, il impressionne. Un magnifique leçon, une superbe prestation.

A la sortie du concert, j'entends un groupe de 4 filles d'à peu près 25 ans qui s'extasient devant les vidéos de leur téléphone "elle est trop belle"; "elle fait trop pas son âge"; "elle a l'air trop sympa, elle a fait trop des sourires tout le temps"... Elles ne devaient pas parler de Nas.

dimanche 1 juin 2014

MELT BANANA & DALIDA - Pantin

Finalement, Melt Banana a décidé de laisser tomber la recherche de batteur, quête permanente chez eux puisque Spinal Tap doit faire office de blague en comparaison du nombre de mecs ayant effectivement tenu les Baguettes pour les Japonais. Cette décision s'accompagne du départ de la bassiste, pourtant fidèle au poste depuis les débuts du groupe. Bon, le tremblement de terre de mars 2011 semble avoir eu des effets sur le groupe, puisqu'expliquant aussi le temps qui sépare les deux derniers enregistrements du groupe.
MxBx est donc désormais un duo, au bord du split il y a 4 ans si j'ai bien suivi, et qui a décidé de continuer l'aventure, finalement, se rapprochant de la formule Melt Banana Lite. Sauf que maintenant le guitariste fou ne fait pas que du bruit mais joue sur des bandes. Et comme on pouvait s'en douter, le groupe a choisi de rendre compliqué quelque chose qui aurait pu être extrêmement simple. Plutôt de que balancer la basse et la boite à rythme dans une sono, le duo a décider que chaque élément serait représenté de manière classique, ayant chacun son propre ampli/sono. En gros, comme un groupe classique, Melt Banana fait un soundcheck complet, et comme un groupe complet, le duo se trimballe tout le matos d'un quatuor-dont un ampli basse plus haut que la chanteuse et 5 baffles pour la batterie. C'est un choix. Et Melt Banana, qu'on a régulièrement taxé de groupe intelligent ici le prouve encore une fois : plutôt que de laisser les bandes dicter les compositions, chaque morceaux est séquencé en plusieurs parties, déclenché par une sorte de game boy que Yako utilise à volonté. Pour faire simple, le groupe déclenche la batterie comme un véritable batteur, pouvant ainsi jouer de longs espace de guitares sans être contraint à devoir tenir le métronome d'une boite à rythme, rendant le set extrêmement dynamique et vivant. Et en duo, le groupe ? Et bien même si l'énergie a forcément perdu en intensité, les deux artisans japonais restant s'efforcent à rendre le groupe toujours aussi puissant et intéressant. Mieux encore, ce jap-core (les nouvelles technologies à leur service renforçant leur côté "nippon"), s'appuyant sur des sons extérieurs à l'habituel configuration basse/batterie/guitare (comme si la guitare était jusque là "limitée") est désormais capable d'improbables moments chaotiques, où le son devient suffisament dense pour que l'absence de 2 autres larrons dans la bande ne manque finalement qu'assez peu.

En première partie, Dalida, comme revenue d'entre les morts, a mis une bonne mornifle à tous ceux qui ignoraient leur existence. Trio noise de l'extrême, Dalida a joué 3 mesures différentes pendant une demi heure intense et remarquable. Sorte de Cows pété-je ne sais pas pourquoi je pense à ça- croisé à un Shit And Shine le groupe s'est appliqué à maintenir un rythme soutenu sur des riffs de guitares dissonnants et créant une sorte d'hystérie extatique sur sa répétitivité. Obsédant, franchement bien.

lundi 14 avril 2014

SONIC PROTEST - TERMINAL CHEESECAKE

Ca fait 10 piges que le festival Sonic Protest empile affiches de qualité, c'est pourtant la première fois que je me décide enfin à prendre mon billet. Il y a du en avoir, des grands moments dans l'histoire de ce festival, mais le line up cette année est tout de même effrayant : des mecs de Sonic Youth séparés, Merzbow... et Terminal Cheesecake. Bien entendu, parce que je suis un connard, je me pointe assez tardivement et mon copilote de la soirée me fait remarquer que nous avons raté Action Beat, probablement pas le truc le plus pourri sur scène. Les échos concernant Selvhenter sont plutôt positifs aussi. On arrive pendant le set de The Rebel, soit le projet solo du mec de Country Teasers pour une sorte de mélange country/blues et qui cause de trucs qui mettraient mal à l'aise les plus sains d'esprits-tu m'as compris. Tout seul avec une guitare au son impressionnant, un clavier qui fera bien 6 notes, et une cravate acheté dans la journée, The Rebel produit un truc qui a du charme mais avec lequel je rentre difficilement en connexion. Probablement plus cool à saisir quand tu as révisé ton harap's, mais à part des évidences comme "whore" ou "dick", je suis inapte à saisir ce qu'il baragouine. L'humour va jusqu'au stand merch: puisque le type n'a rien à vendre, il a collé la set list du soir sur des posters hologramme moches à base de chiots et de dauphins. Une bonne idée, tiens.
Le Cercle des Mallissimalistes (!) prend place derrière, accompagné de Xavier Quérel aux images,  pour ce qui sera la bonne surprise de la soirée. Avec ce "je ne sais quoi" très français, un peu baroque et indescriptible LCDM (re-!) me fait songer à un Hint en big band ou un Picore dénudé de son hip hop. Un rock cyclique et progressif, avec des accents électroniques à la Trans Am hyper bien gaulé, au groove imperturbable, aux claviers larges et aux riffs malins le groupe se paye un artisan de l'image de grande qualité en guise d'accompagnement. Plutôt que de diffuser des images bidons genre "je découvre Herzog j'en carre partout", le type joue avec la lumière et les bandes comme autant d'instruments visuels et mouvants, évitant la facilité et multipliant les trouvailles efficaces, se balladant dans le public et au milieu du groupe pour projeter la lumière ou brulant du film devant d'énormes loupes. Le groupe arrive au bout de sa cavalcade sous les applaudissements largement mérités. La semaine dernière je me fadais BOSSK en première partie d'Old Man Gloom, voilà que Le Cercle Des Mallissimalistes me prouve qu'on peut encore faire des choses simples et efficaces sans être vulgaires.
Terminal Cheesecake est un groupe assez peu connu et pourtant quasi légendaire. Reformé l'an dernier avec un line up reprenant moults membre d'origine, TC est une entité emblématique de l'Angleterre des années 90. Audacieux,  ambitieux, n'ayant pas eu peur de faire des mélanges improbables, Terminal Cheesecake se place quelque part entre Pop Will Eat Itself, God/Ice, Butthole Surfers et même Primal Scream. Un truc barré et capable de mixer aussi bien des éléments dub et noise, rock et électronique. A sa tête, Russell Smith, associé à M.A.R.R.S et A.R.Kane (les premiers étant les géniteurs de "Pump Up The Volume") qui monta avec Gary Boniface et Gordon Watson le groupe à la fin des années 80. Après 2 albums, TC se retrouve sur Pathological, l'excellent défunt label de Kevin Martin (qui signa également 16-17, Techno Animal, Oxbow, Brotzmann, Zeni geva...) avec qui ils publieront d'ailleurs un split (God/TC). Après l'arrêt des frais en 95, Smith jouera dans Skullflower et God, tandis que les autres membres auront experimenté dans d'autres groupes plus discrets. Le groupe se reforme l'an dernier avec Smith et Watson, aidé de John Jobbagy à la batterie (batteur originel passé par Ice), Dave Cochrane (God, Ice, The Bug, Greymachine, Jesu, Transitional, Head Of David... soit l'ensemble des groupes les plus importants que l'Angleterre ait pondu ou presque depuis 3 décades) à la basse et le chanteur de Gnod (combo dans la veine de Shit & Shine) pour remplacer Boniface. A ce stade, tu as lu une suite de nom qui ne t'évoques pas grand chose, peut-être, alors je n'épiloguerai pas 10 plombes: Terminal Cheesecake, après une intro hypnotique est parti comme un tank sur le public, puissant, où tout les musiciens, bien calés ensemble, on administré une torgnole sévère. La formule du groupe, soit cette noise psyché lourde et massive, s'est magnifiquement mise en forme dans le hangar de la parole errante à Montreuil pour une transe de bruit impérial. Jobbagy est un batteur incroyable, extrêmement puissant avec une frappe jazz déroutante, tandis que Cochrane a apposé ses épaisses lignes de basses boueuses comme un goudron malsain, portant ainsi les guitares du duo Watson/Smith, entre riff massif pour faire chouiner doomsters sensibles et plan tout en wah, galactique, loin. Neil de Gnod prend son rôle très à coeur et saute comme une grenouille anoréxique toute la durée du show, devant le reste du groupe jouant en formation serrée. Show court mais maitrisé, Terminal Chesecake a prouvé en une heure qu'on peut être et avoir été, en pliant bien des groupes réputés inaptes à créer réellement quoi que ce soit de pertinent aujourd'hui. Sévère.

mardi 7 janvier 2014

THE PRODIGY - O2, Londres

Pas grand chose de prévu en novembre pour fêter la nouvelle année, la seule fête imposée au monde qui te force à souhaiter une bonne année à ton entourage et surtout une bonne santé, le truc qui flanche souvent trop vite. Si tu nous suis régulièrement (on est pas nombreux alors je te salue) tu sais que Howlett et ses potes font parti des trucs que sur ce site on estime, notamment pour ses prestations live incroyables. Je revend un rein et un testicule pour aller festoyer avec les habitants de la perfide le 31, et après quelques tours sur la Northern Line et la Jubilee Line, me voilà dans l'O2, la salle la plus étrange que j'ai vu de ma courte (?) existence. L'O2 ressemble de loin à une grosse calzone en cure d'acupuncture et l'intérieur est en fait un vaste centre commerciale à la gloire de la salle de concert. Deux salles, un cinéma, une bonne vingtaine de bars et restaurants, on se croirait à Disney Village mais à la place de parents exténués et de hobbits enjoués, ce sont des anglais éméchés (ou en devenir) qui déambulent dans les allées du complexe. Un burger dans l'estomac, et on rentre dans l'arène. Le public de ce soir est nettement divisé en deux. Des ados vulgaires d'un côté, et des trentenaires aptes à embrasser la quarantaine de l'autre. Un peu comme chez nous, sauf que les filles sont plus proche d'être à poil qu'autre chose, le charme de l'Angleterre quand il fait 3° dehors.

Bien sur, Prodigy n'a pas prévu de jouer toute la soirée. Ils commenceront à 00h01, alors il va falloir se farcir l'affiche de première partie et c'est la catastrophe. Je ne sais pas pourquoi les mecs s'entourent de groupe aussi merdiques. Pour paraitre meilleurs ? Je ne crois pas qu'ils aient besoin de ça. Par sympathie pour les jeunes pousses ? Ces mecs ne viennent pas de cette génération, pourquoi chercher à rameuter du jeune avec des appâts aussi honteux ?

Modestep, plus encore que South Central jadis, est probablement le pire truc que j'ai vu sur scène. Tous genres confondus. Toutes époques également. Affreux du début à la fin. Des mecs sur-tatoués en slim à mêche, qui font un mash-up de leurs propres titres et de ceux des autres en mélangeant wobble dégueux et chants emo/hurlements gutturaux avec de vrais instruments ! Ces types ont pris tout ce qui se faisait de pire dans le rock (emo criard idiot) et dans la techno pour en arriver à une mixture molle et vulgaire. Tellement que même Prodigy, qu'en toute honnêteté je ne peux pas le nier, pourtant pas les derniers en mauvais goût, ont une certaine classe en comparaison. Ils ont du jouer 40 titres en 45 minutes, en faisant des petits sauts ridicules, et des "1,2...1!2!3!4!" toutes les 29 secondes. La purge. Derrière un type masqué répondant au nom de Jaguar Skills a fait... la même chose mais uniquement avec des mp3. Sa sélection est tout de même beaucoup plus large, allant du reggae à Goldie, en passant par House of Pain. Moins pénible mais pas franchement mieux. Derrière, Rudimental est un groupe exceptionnel en comparaison. Un DJ et un mec à la trompette qui eux passent des morceaux en entier. Bref, tout ça est assez vain mais permet surtout de faire le soundcheck personnel.

Minuit. Des lasers, du Sergio Leone, un décompte sur grand écran et instantanément la scène se démonte pour laisser apparaître le décor du groupe à la fourmi. D'énormes lampes sont placées devant un énorme jet, tout est fait pour donner l'impression d'être dans un hangar, allant avec le thème du prochain album, normalement "How To Steal A Jet Fighter", qui devrait voir le jour quelque part entre 2014 et une autre vie. Forcément, lorsque le trio et ses deux mercenaires (batterie/guitare) montent sur scène, la mornifle qui va suivre va être méchante et sèche. 1h30 de cette puissance qui fait de Prodigy un groupe hors catégorie sur scène. L'énergie est là, le ton est guerrier. Il y a un je ne sais quoi qui me rappelle la tournée de 2005, pour les 15 ans du groupe, où la musique était plus agressive encore, sorte de mad max belliqueux dans la boite à rythme. Malheureusement, peu de nouveautés depuis déjà 5 ans. On sait que le groupe avait eu des difficultés à s'entendre après avoir tourné pendant 2 ans pour Fat Of The Land, on est surpris de les voir s'acharner à tourner en quasi permanence depuis 2008. Après tout, peu de gens iront dire quoi que ce soit sur leur show, alors que leurs albums séduisent de moins en moins. Mais étonnamment, l'entente semble parfaite, et l'osmose entre les deux vocalistes est encore renforcée. Maxim et Keith Fint semblent bien s'amuser sur scène, et "jouent" plus encore qu'avant le spectacle, là où la tournée de 2004 montraient des retrouvailles timides qui s'illustraient par des absences totales de l'un ou l'autre.
les quelques modifications de la setlist sont donc maigres. Howlett a déterré No Good, son single dance épique de 94, ainsi que Hyperspeed tiré du premier LP. Sinon, c'est vers les 3 nouveaux morceaux qu'il faut s'orienter. "Jet Fighter" et "AWOL" ainsi qu'un autre. J'ai l'impression que Howlett est dans une situation peu confortable à l'écoute de ces 3 morceaux. Devant faire avec un public qui a rajeunit ( les types se dirigent lentement mais surement vers leur 50 balais) et qui se nourrit de groupe comme Modestep, il refuse de céder à la facilité et continue de faire du Prodigy. Mais pas comme "Warrior's Dance", mais plutôt comme Baby's Got a Temper, morceau impeccable de 2002 mais en pilotage auto que le groupe a depuis renié. Breakbeats assurés, riffs épais, pas de sons cheap ou de voix dance. Le mode guerrier du groupe parait à son apogée. Les types viennent du hip hop, du punk, de la scène rave et du reggae. Pas du métal ado ni du dubstep. Il y a un côté quasi éducatif chez eux qu'ils devraient défendre (ce que Maxim a récemment expliqué dans une interview d'ailleurs).  Alors la suite sur disque sera forcément difficile. En attendant, le groupe continue de latter avec énergie tous ceux qui se mettent en face d'eux sur scène. Une année qui commence pas mal avec cet impressionnant concert.

mardi 10 décembre 2013

DELTRON 3030 - Trianon, Paris

L'importance du projet avait presque de quoi faire peur. Finalement, que peut-on attendre d'un super groupe hip hop aussi bien gaulé,quand sur disque le groupe enchaîne chef d'oeuvre et coup de maître ? Si le premier Deltron, terreau de Gorillaz, faut-il le rappeler, était un album culte, sa suite, longtemps attendu se place dans le cadre difficile de devoir honorer le passé... Event II est un album qui ne démérite pas au côté de son ancêtre. Et sur scène ? On y va par curiosité, et en ce qui me concerne, je dois l'admettre, pour voir Del The Funkee Homosapien, un des plus importants et charismatiques MCs de ces deux dernières décennies.

La première idée brillante, c'est de laisser place à Kid Koala pour ouvrir. Non seulement le DJ nous permet de prendre la température d'un point de vue soundsystem, mais également de faire une démonstration impeccable. Fou et particulièrement enjoué, le type est aussi bon techniquement qu'il est un fin "selector". Un hommage appuyé aux Beastie ("pass the mic" et "So watcha want" hurlent dans la sono pendant qu'il crie "RIP MCA Beastie Boys!!"), un Second Bad Vilbel dAutechre muté en pâteuse agression lourde, un Machinegun de Portishead renforcé rythmiquement, et surtout un incroyable Poison Dart de Kevin Martin, collègue de label, sont parmi les morceaux qui pilonnent la salle grâce au son colossal que délivre les enceintes du Trianon. Plus technique, il est capable d'enchaine musique hystétique  pour enfants (Yo gabba gabba) avec un morceau plus solennel, où il ajoute à un chant féminin très sobre de magnifiques sonorités de sirènes qu'il accole mélodiquement au squelette originel. Sans être de la trempe d'un Mix Master Mike, il est un technicien sérieux, appliqué et créatif. On apprécie d'autant plus que Kid Koala joue sans laptop, sans serato, et pioche chaque morceaux dans une mâle à vinyle. Le genre de pratique qui semble presque d'un autre âge.

Vingt minutes de pause et c'est un orchestre d'une douzaine de musiciens qui prend place, ainsi que 4 choristes. Un batteur qui semble avoir peur de faire mal à son kit et un guitariste qu'on jurerait échappé d'un groupe de stoner japonais s'installe également, accompagné de Juan Alderte, bassiste de feu Mars Volta. On sait que le carnet d'adresse de Dan The Automator est important, et il le prouve en prenant le premier intermittent possible pour tenir la 4 cordes. Dan The Automator, producteur de l'album et tête pensante du projet, joue la carte du chef d'orchestre au pied de la lettre. En queue de pie, il mène son orchestre (ou son contrôleur MIDI) à la baguette. Pourquoi pas. Producteur de l'ombre,  responsable de quelques réussites pop (Gorillaz) et d'autres chef d'oeuvre  (Handsome Boy Modeling School, Dr Octagon...) sa présence est singulière mais justifiée. Devant, c'est Del qui sera l'incarnation de ce projet fou, sorte de SF sonique rugueuse et ambitieuse, qui s'appuie autant sur les sons galactiques que les orchestrations de William Sheller. Empereur de l'underground, Del est surtout connu pour être la voix du tout premier maxi de Gorillaz, et aussi pour être le cousin d'Ici Cube qui, avant de jouer dans Anaconda, avait sorti quelques bons disques, et produit le premier LP du MC. Del est un de ces rappeurs au talent souvent mis en avant mais aux succès modeste. Pourtant, ses albums sont toujours de très bons enregistrements, de son classique 'No Need for Alarm', à des choses plus récentes comme son album avec Tame One ou "Funk man". Flow élastique, paroles barrées, le type fait partie des grands du rap indé. Avec un line up aussi impressionnant et solide, on se fait forcément petit quand résonne "3030", morceau inaugural du premier enregistrement, renforcé par l'improbable orchestre. Cuivres et cordes sont amples et le son est décuplé, la beauté de la partition initiale est magnifié par le live et l'affiche. Del est particulièrement à l'aise avec ses paroles et son flow en caoutchouc donne l'impression d'une facilité pour lui. Il joue avec une tranquillité comme un instrument à part entière, sans forcé, tout en habitant la scène de petites danses qui me remémorent le genre de gestuel que peut avoir 3D de Massive Attack.

90 minutes de show, allant piocher aléatoirement dans les deux albums, voilà ce que propose cet ensemble assez impressionnant, mené avec talent par ses 3 cerveaux. Dan the Automator fait surtout le spectacle, mais Kid Koala habille de milles sons et textures les morceaux avec l'intelligence qu'on célébrait déjà lorsqu'il entamait la soirée. Del, du haut de ses 27 kilos assure un spectacle en décalage totale (il est en survet et se pointe en skate) mais incarne son personnage et son univers avec conviction. Forcément, le groupe a annoncé des invités sur ses dates européennes. Alors on se permet de croire que De La Rocha a suivi son pote de Mars Volta. On imagine que Damon Albarn a pris un billet d'Eurostar pour faire quelques morceaux. On espère Mike Patton. On aura... Anaïs, dont Dan vient de produire l'album. Faut-il vraiment souligner la surprise et la déception ? Et si Albarn n'est pas venu, le show se clôture en dernier rappel sur... "Clint Eastwood". Beaucoup ont parlé de "reprise", mais finalement, quoi de plus logique ? Deltron a préfiguré Gorillaz il y a plus de 10 ans et la paire Del/Dan est responsable du morceaux autant que le chanteur de Blur. Les voir se ré-approprier cet énorme morceaux dans le cadre de Deltron est jouissif. Comme un puissant rappel de leur créativité, de leur génie, mais aussi comme un moyen d'exorciser une absence de 13 ans, puisque pendant longtemps, Clint Eastwood fut la dernière trace sonore du groupe. Très belle conclusion pour une performance incroyable d'un groupe inventif, intelligent, qu'on espère encore inspiré pour la suite.

jeudi 28 novembre 2013

RUN THE JEWELS - Pan Piper, Paris.

Je n'avais jamais entendu parler du Pan Piper avant cette date. Bien localisé pourtant, puisque derrière le Souffle Continu, pas loin du père Lachaise. Et la salle gagnerait à se faire connaitre. On s'y gare facilement, le coin est cool. La salle est assez grande -type Nouveau Casino- et le son est très bon. On le vérifie rapidement quand la première partie, un DJ anonyme, passe des mp3 pendant une heure. Sélection hip hop exclusivement, du old school au trap, pas mal foutue, agrémentée de cuts dans tous les sens. Le sound system est solide, les basses sont impressionnantes. D'ailleurs, quand le DJ sort A Tribe Called Quest, on reste persuadé que ce groupe est le plus épais de tous les temps, bien loin devant n'importe quelle formation doom.
J'ai toujours raté El-P depuis 6 ou 7 ans que j'essai de le voir sur scène. Quand c'est pas une tournée annulée, c'est une date oubliée ou une soirée sold out. C'est pas faute d'avoir saigné ces disques et d'en avoir défendu même certain ici. Killer Mike m'intéresse moins, son album solo m'ayant plus fatigué qu'autre chose. Avec l'excellent album de Run The Jewels, il était temps de corriger le tir.
Run The Jewels se déplace en formation simplifiée. Un DJ, un Killer Mike et un El-P. Exit donc les types derrière synthés et instruments qu'on pouvait voir sur leurs vidéos. Trois types seulement qui montent sur scène sur fond de We Are The Champions de Queen. Les types n'ont pas bu que de l'eau et ont le sens du spectacle. Tout de suite s'enchaine alors rien de moins que l'album fraichement sorti, quasi entier, avec assez peu de temps mort, quelques blagues de temps en temps et des "say Run The Jewels" lancé assez régulièrement par  Killer Mike. La paire est particulièrement énergique. El-P donne. Son flow sec et nerveux est renforcé par une énergie vocale surprenante, il en est presque à crier. Courant, dansant, sautant, les deux s'amusent bien et font vivre avec une rage communicative leur set. Toute la scène est arpenté en long et en large par Jaime & Mike faisant de la soirée un véritable show qui ne peut laisser personne de marbre dans la salle. Bien sur, cette énergie est magnifiquement soutenue par les beats et sons concoctés par El-Producto chez lui à NYC dans son abris, qui sur scène prennent leur aspect de punitions SF sonique sur-puissantes. Expédié le temps de 9 morceaux, le groupe revient très rapidement pour lancer 2 morceaux d' El-P (les excellents "Drones over Bklyn" et "The Full Retard", tirés de C4C) et 2 autres de Killer Mike dont un que le type fera directement dans la fosse, sur fond d'une seule infra-basse martelant le rythme.

Ps: la photo n'est pas de moi, si j'en récupère une décente je la mettrais en lieu et place.

lundi 4 novembre 2013

KICKBACK + LENGTH OF TIME + LODGES - Maroquinerie

Le problème avec les groupes de genre qui ouvrent pour Kickback, c'est la difficulté de s'imposer et de paraitre personnel. Kickback étant désormais une bête unique dont l'espèce et la catégorie sont inconnues, le moindre groupe qui "sonnerait comme" pourrait avoir l'air fade. Lodges, placé là dans les derniers instants souffre cruellement d'un manque de personnalité, d'impact. Le fait que le mec à la voix ait à peu près la même que les milliers de formations du genre pullulant sur scène n'aide pas. Le triple K a déjà exprimé sa fatigue à jouer avec toujours le même type de groupe, et si je suis incapable de dire si Lodges ests dans les petits papiers du trio/quintet parisien, l'impression est en tout cas bien là : mention honorable mais musique vaine. Je regrette de pas m'être déplacé pour l'affiche Yussuf/Cobra/KKK l'an dernier, mais c'est bien fait pour ma trogne.
Length Of Time est un groupe (plus ou moins) associé au H8000, soit une formation Belge qui donne dans le teigneux qui a son lot de fanatiques derrière. Les parties chantées sont bien foutues, et ça joue avec une aisance et une puissance certaine. Le batteur notamment appuie une rythmique impeccable.
Kickback fait partie des groupes où il est impossible de savoir ce qu'il va se passer une fois sur scène, sachant que potentiellement tout le monde dans la salle est en danger. A part eux, je ne vois que Gehenna et Oxbow qui sont apte à instaurer le même climat. Et si personne ne vient faire le malin devant Robinson, Kickback ramène un certain nombre de gaziers en survet et qui font des étirements avant le show. Bienvenue à Super Pro ! Et c'est pendant Length Of Time, finalement, que le gros de la soirée côté public va se passer. A 2 morceaux de la fin, c'est pas loin de 20 types qui se foutent sur la gueule. La situation se tend, l'embrouille gonfle et se déplace dans la salle en effet boule de neige. Et voilà une vingtaine de gars foutus à la porte. 20€ la place. Quitte à se faire sortir, fallait aller ailleurs, le billet étant 2 fois moins cher sur les autres dates de la tournée. Merci la capitale !
Encore 2-3 mouvements ischios-jambiers et quadriceps et on est bons pour accueillir les mecs qui se fendent la gueule avec le Diable. Autant dire que dès que le batteur a terminé de mener la deuxième mesure le constat est clair : Kickback est imbattable sur scène. T'aimes ou t'aimes pas, les petites provocations te font rires ou pas, mais musicalement et scéniquement, c'est la taloche, avec élan certes, mais elle est bien là. Douloureuse. La scène est complètement habitée par les 5, avec un trio solide (Damien/guitare-Stephen/voix-Pascal/basse) et 2 mercenaires (second guitariste et batteur) qui ne font pas de la figuration. Le batteur notamment, arrêtons nous sur le bonhomme. Un type visiblement increvable, qui n'a, d'ailleurs, jamais chaud puisqu'il ne quittera ni sa casquette ni son hoodie de toute la soirée, alors que le gentleman n'est clairement pas économe en mouvements amples. Il tape comme une bête avec une précision remarquable, il ne fait pas tâche suite à Doucet qui tenait les baguettes pour le triple K il y a 10 piges. Je me rend d'ailleurs compte que ça fait 10 ans que je n'ai pas vu le groupe sur scène, pour le mythique concert au Pulp. En 10 ans, la haine a monté en puissance, la rage du groupe sur scène est plus importante encore. Chaque note est investit, chaque hurlement est une incantation, mais jamais sans aller dans une théâtralité metal. Le rapport est physique, le son est palpable, l'ambiance est pesante mais réelle, avec une absence totale de mise en scène.
Le groupe joue massivement des morceaux issus de ces deux derniers disques, "No Surrender" et "Le Diable rit avec nous", n'allant visiter le passé que rapidement. D'ailleurs, en allant jouer un Heaven and Hell en forme de célebration, le groupe prévient les parisiens que ce sera la toute dernière occasion de les voir dans la capitale. C'est dommage si c'est vrai : Kickback est tellement au dessus de toute concurrence sur scène que l'on ne pourra que regretter cette absence. Parce que le groupe ne fait pas que jouer une musique teigneuse et agressive : elle est aussi sauvagement bien branlée dans son "groove" (terme détesté) et son rythme ondulant et efficace. Son rock sale est aussi crade que sinueux, aussi vile qu'addictif.
Au final, on est pas chez Pinder mais on fait les comptes: une bagarre, un coup de tête, 5 ou 6 mollards, une bouteilles jetée à la console, un spot explosé, un retour malmené, 2 jets de micros, et une dizaine d'insultes.


Ps: Si tu passes ici de temps en temps, tu verras que je finirais par mettre une photo du concert. En attendant, c'est l'affiche. Bah oui, on est précaire ou on est pas, on se démerde.

mercredi 11 septembre 2013

DEFTONES, THREE TRAPPED TIGERS, LONELY THE BRAVE - Zénith, 06/09/13

La dernière fois que les Deftones ont joué au Zenith, ils étaient encore accompagné de Chi Cheng, le bassiste, malheureusement décédé cette année. On se dit que ça doit leur faire bizarre de refaire de grosses salles en Europe sans lui désormais, alors que Vega assurant l'intérim depuis près de 5 ans n'est venu qu'à Paris pour venir dévaster le trianon. Retour donc au Zenith, le premier depuis 2006 si je ne m'abuse - le premier pour moi depuis 12 ans.

Les Deftones ont eu pas mal de difficulté à placer de bons groupes en premières parties de leurs dates. Si tout le monde se souvient des alors très jeunes Linkin Park, et des moins jeunes A Perfect Circle en ouverture de leurs anciennes tournées - du moins pour ceux qui les ont vu, le groupe a depuis laissé place à des formations plus modestes ou parfois totalement médiocre. L'hiver dernier, par exemple, les sous Glassjaw qui ont joué au Trianon étaient à la limite du supportable. La première partie ce soir se nomme Lonely The Brave, le nom craint un poil, et lorsque les types montent sur scène, l'absence total de charisme couplé à un son étonnamment sourd ne laisse présager rien de bon. Pourtant, ces anglais très appliqués s'en sortent bien. C'est propre, bien foutu tout en étant simple, ça joue légèrement gras sans avoir la moindre volonté métallique, et le mec qui tient le micro chante bien. Avec ses mélodies évidentes, ses constructions faciles et ce chant pas très éloigné d'un Sting rajeuni, on se positionne quelque part entre ce que Helmet a pu faire de plus accessibles, et un Pearl Jam souriant. Lonely The Brave est très sympathique, on se doute que sur disque ça doit être aussi un poil chiant parce que ça ne propose pas grand chose, mais sur scène, malgré l'aisance scénique à l'inverse de celle des têtes d'affiche, ça fonctionne.

Mais la grosse surprise, c'est la seconde partie. Rarement, je crois, j'aurais vu un groupe ouvrant pour une grosse tête d'affiche être aussi impressionnant. Je ne connaissait pas Three Trapped Tigers, et je regrette. Les types se font installé une batterie et une série de machines de chaque côté de la scène, une guitare et on se dit qu'on va avoir droit soit à un truc synth-cheap et risible, soit du dubstep/metal et que ça sera tout aussi ridicule. Si le tout premier morceau met du temps à se mettre en place, le bordel évoquant plus un shred au tout début qu'un vrai morceau, on capte vite que els types ont en fait une technique défiant toute concurrence, et que le niveau général n'est pas un truc de branleurs sans expérience. Le batteur hallucinant, frappe comme une pieuvre sur son kit et mène de manière remarquable l'ensemble du groupe, tout en roulement et cassures hystériques. Fin du premier morceau et le public explose : les types remportent rapidement l'adhésion de la salle. Sur fond de synthé Carpenter-ien pour les pauses, d'arpegggio furieux et de tapping gaëlique, le trio s'impose avec classe son spazz-kraut dans un Zenith qui se remplit lentement. Très impressionnant.

Deftones c'est désormais une affaire plié. Depuis Diamond Eyes/Cheng, le groupe est à nouveau soudé, capable du meilleur. Oublions les concerts en demi teintes d'il y a 10-15 ans (avec un Moreno fin bourré qui chantait des fois justes, des fois avec les paroles), zappons également les deux albums de 2003 et 2006 (aucun morceaux ne sera joué ce soir, sauf erreur de ma part), peu inspirés. Chi Cheng s'en est allé, Vega semble donc rester à cette place en CDI, et on se dit que si les circonstances sont tragiques, le groupe de Sacramento se permet d'assurer un suivi de grande classe avec le bassiste de Quicksand, qui mélange street cred pour son passé au sein d'un des groupes les plus importants du hardcore US, et charisme scénique efficace-le type, tout comme Chino, saute partout et habite la scène, à l'inverse de Carpenter qui ne doit pas faire plus de 15 pas par soirée. J'avais été un peu moins convaincu par leur concert de février, non pas à cause de la prestation même, mais à cause de la set list qui défendait logiquement leur dernier album que je trouve être une bonne continuité de Diamond Eyes mais avec un peu moins d'efficacité et d'impact. Ce soir c'est la correction. Avec un son pas excessif, les cinq entament le concert par deux morceaux de leur sixième album, puis deux de Around the Fur, et trois de White Pony. La soirée sera ainsi faite: des allers-retours entre les grands disques du groupe, notamment White Pony qui sera largement présenté-y compris via Boy's Republic, morceau disponible uniquement sur l'édition limité de l'album à sa sortie. Le groupe semble heureux d'être là : après avoir passé la journée de la veille à Paris pour prendre tout ce qu'ils croisaient en photo (catacombes, tour Eiffel) le quintet cloture sa tournée par un concert où Moreno se veut hyper communicatif et donne de sa personne pour assurer le show. Mais le spectacle ne tient pas qu'à ça. Les Deftones sont devenus des bêtes de scène, avec des morceaux hyper carrés, précis, même dans les morceaux les plus agressifs (Korea). Carpenter discret, Cunningham et Delgado en artisans essentiels du son Deftones, entre rythmiques solides et nappes synthétiques ajustées. Bien sur, après une pause électronique, les mecs de Sacto reviennent plié les derniers encore debout après un show assez long en balançant 3 morceaux d'Adrenaline. Moreno, tout content, se permet même une petite blague en reprenant les paroles de Nookie de Fred Durst sur Engine n°9. 7 Words puis s'en vont. Deftones est grand. Toujours.

ps: Merci à C. Pour la photo HD, mon fidèle acolyte.

dimanche 11 août 2013

CATHARSIS - Miroiterie

"Tu fais quoi ce soir ?" J'avais pas prévu de bouger, j'avais pourtant bien vu l'affiche circuler mais je sais pas... j'ai cru que c'était une tournée pour remplir le compte, que la motivation était pas vraiment là et puis Catharsis, pour moi, c'est surtout les extensions de CrimethInc et ses débats politiques sur les feu forums HxC, couplé à un groupe culte et intouchable, en haut, au même titre que Converge sans la gloire, et quelque part entre Kiss It Goodbye, Bloodlet et Turmoil. Bref, un truc d'initiés, et pas les plus jeunes, en plus. Force est de constater que le public hardcore se renouvelle peu. Ca ressemble à une sortie d'anciens combattants ce truc. J'aurais eu tort - de pas venir. Dans une miroiterie qui, comme chaque semaine, vit visiblement ses derniers instants, Catharsis (désolé pour les 2 autres groupes, mais j'ai vu le merch et trop de subversion tue la subversion : je vais bouffer) a pris de l'élan et a collé une double tarte en revers lifté en 35 minutes bien tassés. A la fin de la seconde mesure, le chanteur fan de Peter Tosh est dans la foule, le bassiste, d'un autre gabarit ne se privera pas non plus. Si Catharsis est une illustration vigoureuse de puissance, on reste complètement abasourdi par la force de son batteur. Si son kit fait songer à un joueur de prog ou de death, la technique du gentleman lui fait honneur. Roulements insensés, cassures millimétrées, rythme effréné, le type à une endurance et une technique de seigneur. Et si au bout de 35 minutes, on ne regrette pas la conclusion (qui aurait pu être largement amené plus tôt si tout le charabia politique, que les plus sévères jugeront naïf, avait été expédié), on pose le genoux devant tant d'énergie aussi bien distribuée.

Ps1 : Félicitations, une fois n'est pas coutume, à En Veux Tu En V'là !, organisation qui se bouge et qui propose plusieurs concerts par mois sans jamais excédé les 5 ou 6 € par concert !

Ps 2 : Je ne te fais pas l'affront de photos minables, même si je te laisse observer le superbe flyer en tissu violet/carton, alors va jeter un oeil chez cet artisan de l'objectif ici ! 

samedi 22 juin 2013

RETOX, WARSAW WAS RAW - Instants Chavirés

Après l'affiche Locust / Warsaw Was Raw (et Sonic Boom Six + MAP) il y a quelques années, voilà ce qu'il reste de cette soirée en 2013 : The Locust ne semble plus être, tandis que Warsaw Was Raw a encore épuré ses rangs depuis. Et cette fois on s'éloigne de la maro pour se diriger vers le CBGB's de Montreuil, à savoir les instants chavirés, la seule salle de France où les gens viennent pour la salle plus que pour l'affiche (la preuve, il y a un système d'abonnement) - c'est pas un reproche, cette salle aligne tellement de bonnes soirées que ça serait malvenu.
Bref, le groupe au nom palindrome qui ne nous avait pas franchement passionné jadis ouvre à nouveau pour leur potes de label (c'était pas le cas à l'époque), puisque signé sur Three One G, maison de Justin Pearson. En duo, le groupe reste toujours aussi virulent et on se surprend surtout à admirer la technique des deux. Le guitariste à un son de porc hyper ample. Son pote batteur donne absolument tout ce qu'il a, il en est presque inquiétant. Je ne crois pas avoir déjà vu un type mettre autant d'énergie dans son jeu, tout comme je ne suis pas sur d'avoir déjà observer un frappeur lever les bras aussi haut pendant un roulement. Je crois savoir que le mec était à 2 doigts du malaise lorsqu'ils ont ouvert pour Comity en début d'année à l'espace Barbara (on en a pas parlé mais en deux mots: c'était super bien. Voilà, ça fait quatre mots et de rien pour le report express). Calme toi, ton jeu et ta technique sont suffisamment impressionnant pour t'éviter de te donner tout ce mal. Pas de souci pour Warsaw, sans me fasciner c'est assez bien foutu pour être captivant, et je préfère maintenant qu'auparavant.
Retox a perdu Gabe Serbian, l'autre sauterelle avec Pearson qui composait ce groupe de hardcore. Le petit nouveau, sans avoir le génie du batteur fou de Locust n'est pas manchot et est assez carré et solide pour ne pas tirer le groupe vers le bas. D'ailleurs il joue sur une caisse claire assez tendue, un truc qui me semblait de plus en plus rare. Chaque coup résonne. Son copilote de section rythmique est un jeune mec qui semble assez nerveux, et joue un peu comme Dave Curran, en plus vigoureux. Il a un son absolument dégueulasse et gras, à la limite de l'incompréhension, mais à la présence indispensable. Les nouveaux morceaux (puisqu'ils sortent un nouvel album, après le premier paru chez Ipecac) publié ces jours-ci sur Epitaph (logique !) & Three One G sont un peu plus aérés que les précédents et le guitariste, gominé et avec un portrait de Sade tatoué dans le cou, est le grand vainqueur du match. Le groupe s'éloigne du punk hardcore bas du front pour aller chercher des plans plus post punk, avec du delay et de la whammy dans tous les sens. Bon, c'est pas non plus PIL avec qui ils ont tourné récemment pour autant. Retox reste une version plus punk direct de Locust (désolé), moins hystérique, tout en étant singulièrement sauvage. Fini les sons aliens (quoique, le fan de Sade fait un bon boulot de ce côté), Retox se concentre sur l'efficacité, sur les plans et riffs de patron. Devant, Pearson est un chanteur nerveux et communicatif ("thank you, i d'ont speak french" et une autre phrase, ça sera tout pour ce soir) comme à son habitude, qui finira dans le public pas trop réceptif. Un rappel plus tard et les fanatiques de soirée noise-expe de la salle finissent en pogo maladroit récréatif. 30 minutes entre le premier coup de caisse claire et le dernier écho de guitare. Plié. Expéditif et administré avec le savoir des grands.

Ps: Merci à C pour la photo.

lundi 12 novembre 2012

NUMBERS NOT NAMES, SOLE - Glazart, Paris

Le prix des disques monte de manière inquiétante, les rançons demandées pour accéder à une salle de concert suivant la même direction, il est plus qu'agréable de voir que le Glazart et l'orga de cette soirée ont pris le risque de proposer un plateau sérieux pour une entrée à 5€. Mais faut croire que si c'est pas plus du double les gens ne se bougent plus... C'est à un glazart au deux-tiers vide que les deux formations de cette soirée vont se confronter. Logique imparable: si c'est pas assez cher, les consommateurs sont méfiants. Ou alors le fait qu'on soit un dimanche clôturant une paire de semaines de vacances, férié, de surcroît, joue à ce point sur la faible fréquentation ? Pourtant je me souviens parfaitement avoir vu Sole dans cette même salle il y a 5 ans (ou un truc dans le genre) avec son Skyrider Band et l'audience était nettement plus importante. Tristesse totale donc dans cette salle où l'on entends les semelles de godasse de Crescent Moon frotter le sol entre deux morceaux.
Numbers Not Names, on en parlait au printemps dernier, est un des nouveaux projets d'Oktopus (Dälek), d'Alexei Casselle (ledit "Crescent Moon", de Kill The Vultures), de Chris Cole (Manyfingers) et de Jean Michel Pires (NLF 3) chapeauté et publié par Ici D'Ailleurs (regardez l'EPK dispo sur les pages du groupe, très instructif et plutôt alléchant). L'EP était très bon, l'album est magnifique, on y reviendra. On n'était pas spécialement inquiet pour le passage live: Oktopus sait occuper l'espace, même reclus derrière ses machines, tout comme la présence de 2 batteries est rarement synonyme d'un décor inutile (cf. Tortoise ou, oui, encore, les Melvins). La lourdeur et la crasse qu'on attendait du son live de la formation sont bien présentes. Infra basses remuant le bas-ventre, murs de bruit blanc décapant les feuilles, le terrain de jeux est connu et ne déçoit pas. Là où le projet surprend, c'est logiquement dans son approche rythmique. Evitant les évidences, les deux batteurs jouent sur deux partitions qui se répondent vaguement, tout en disposant d'un espace conséquent. On sent que les deux batteurs ne sont pas à l'étroit et se permettent de suivre le schéma directeur tout en étant libre d'amener sonorités et roulements comme bon leur semble. Devant, Alexei Moon Casselle s'approprie totalement la scène et même l'absence de public, investit le moindre mot, la moindre phrase d'une conviction rageuse. C'est pratiquement l'album complet qui y passe -contre toute attente: nous n'attendions qu'une première partie- laissant la salle admirative devant un set dense, impressionnant au vu du peu de concerts que le groupe a dans les pattes -2 ou 3, le groupe étant la veille à l'excellente programmation du Riddim Collision (grand retour de 2nd GEN, mais aussi The BUG, Death Grips...) pour ouvrir sa tournée.

Derrière, la salle se vide légèrement pour le set de Sole, qui semble abandonné de tous (pas de DJ, plus de Skyrider Band, ses albums ne sont même plus signés Anticon - pourtant son propre label, mais le type a claqué la porte en 2010) et qui aura du mal a captiver la foule avec son hip hop ultra politisé et investit de sa mission. C'était déjà l'idée qui m'était resté en tête après le set avec tout son groupe, à savoir que le mec est visiblement sur-investit dans ses paroles et met un excès de conviction dans son interprétation. Lançant seul, ce soir, ses propres instrus à l'aide son laptop, cet excellent MC (technique/flow irréprochable) se démène sur scène pour défendre ses vieux morceaux et ses plus récents (un peu moins audacieux que par le passé, mais toujours extrêmement bien produit). Un peu dommage de voir une salle si peu rempli alors que le type a récolté d'excellents papiers du temps de l'âge d'or de son label-tendance lourde, visiblement, si on se souvient du concert de Sensational en mai dernier: le hip hop indé ne fait pas recette.

mercredi 27 juin 2012

THE ROOTS- Zenith

L'équivalent contemporain de feu Lol et le groupe, sans DJ Abdel, a quitté quelques semaines Jimmy Fallon pour une tournée, histoire de défendre un peu le petit dernier Undun. On avait quitté les Roots plutôt déçus du dernier passage en ville, concert hommage avec les Last Poets il y a presque 2 ans, composé de longs jams nébuleux un poil chiant. Même si Undun nous a moins convaincu que How I got Over, on prend quand même la peine de payer son billet pour aller voir sur scène, dans leur propre configuration l'orchestre TV le plus classe du moment. Concert réconfortant donc, qui suit un show plutôt drôle et sympathique d'un ancien Saïan Supa Crew qui a permis de constater que lorsque le Zenith dégaine les caissons de basses ce n'est pas qu'à moitié qu'ils dégomment quelques cages thoraciques. Impressionnant. Derrière les Roots joueront moins lourd mais avec une maîtrise du show très américaine, qui rappelle un peu les prestations type NIN que l'on avait également évoqué. Sauf qu'avec une dose de  déconnade, de chorégraphie stupide et de groove surpuissant dans tous les sens, le constat final est sans comparaison. Malgré quelques longueurs, quelques solos qui auraient mérité d'être amputé, le Show du Fallon Orchestra associe joyeusement bordel organisé et spectacle rigoureux. De plus, on sait Questlove et son posse loyal, on apprécie donc logiquement l'ouverture du concert sur une reprise de "Paul Revere" sur l'instru de "She's Crafty"- ça ne sera d'ailleurs pas la seule dans ce foutoir totale, puisqu'on aura aussi droit à un "Love to Love You baby", un "Sweet Child O'Mine", "Jungle Boogie", et "Apache", entre autres.

mercredi 6 juin 2012

UNSANE & BIG BIZ- Glazart

Autant je crois être arrivé à saturation avec les Melvins, autant je ne suis pas sur un jour qu'il soit possible que je me lasse d'Unsane sur scène. Et pratiquement un an tout pile après leur dernier passage, j'y retourne avec grande joie pour prendre à peu de chose près le même type de correction. Mais avant ça la surprise: Big Business. Je n'ai jamais été hyper convaincu par le duo à géométrie variable (gné ?), mais ce soir, étonnament, je vais les trouver particulièrement efficace, voir même excellents. Accompagnés d'un guitariste que je n'identifie pas, le duo basse/batterie est arrivé à un niveau absolument fascinant sur scène. Jared Warren est un bassiste qui joue avec une souplesse et une dextérité remarquable. Alors qu'il pourrait  se contenter d'envoyer du riff épais sans se poser de questions, on observe que le type est quand même suffisamment abîmé du timbre pour se faire chier, malgré le volume excessif de son instrument et l'urgence du jeu implicite pour exécuter au mieux cette noise dansante, à incorporer tout un tas de subtilités dans ses lignes, type vibrato, glissements et autres. Mais surtout, c'est Coady Willis qui attire l'attention. Libéré des Melvins, son jeu dans Big Business est moins remarquable dans sa composition mais reste totalement improbable dans son exécution. Si les parties de batterie ne sont pas aussi folles que celles enfantées dans l'hémisphère de Crover, le marathon auquel se prête Willis est à la limite de l'écoeurement. A la fin de son set, on admire que le type ne se soit pas encore liquéfié grâce au mélange chaleur/gestuelle excessive, mais on reste admiratifs quand le type enchaîne avec le concert d'Unsane, remplaçant Mr Signorelli. Si Coady est un batteur très porté sur le roulement hystérique, il est tout même moins à l'aise avec le jeu plein de feeling du tatoueur New Yorkais (ou hôtelier Mexicain, au choix) bien qu'il soit très probablement meilleur batteur d'un point de vue purement technique. Particulièrement concentré et appliqué, il ne délivre pas le grain, le climat tribal des plans  originaux. Ceci dit, il excelle dans son rôle de dépanneur, et fait probablement office du meilleur batteur capable de remplacer Signorelli. Autour, les deux autres gars, Spencer et Curran, jouent un set puissant et teigneux, mené donc sans sourciller par la machine increvable qu'est Willis.  Basse qui ramone, voix qui s'égosille, guitare aux cordes déchirantes, 3 seaux de bave et 4 de sueur. Simplement, Unsane a été grand. Une fois de plus.

Ps: Un bonus 5.1 Thx sur l'extension vidéo que voici.

lundi 4 juin 2012

SHIT & SHINE, les Instants Chavirés.

Le Grand Larance Prix, Les Instants Chavirés... ça aurait pu être le nom d'un nouvel album. Mais non. Juste un lieu logique pour accueillir une formation hors norme. On se demande un moment si le Wire ne porte pas la poisse: après le faible attrait qu'a suscité la venue de Sensational qui avait fait l'objet d'une couverture du mythique magazine, c'est Shit and Shine, disque du mois de février dans la revue, qui peine à remplir la salle de Montreuil. Merde, tous les joyeux lurons qui ont dépensé presque 30€ pour les Melvins 4 jours plus tôt n'ont pas trouvé 10€ pour voir $&$ ? Il faut dire aussi que le public est beaucoup moins composé de t-shirts noirs qu'à la Grande Halle. Ceux qui nous suivent savent qu'on parle régulièrement du groupe fou de Craig Clouse, mais encore aucun report. Première fois donc qu'on peut voir le groupe sur scène et même si on a eu un peu peur d'assister à un set foutage de gueule, $&$ a été égal à lui-même, ou du moins logique quant on connait ses disques. Une heure de transe rythmique et de bruits générés uniquement via des machines (ils sont 3 préposés au poste), des effets et des batteries. Clouse se masque façon JokerS au début du second batou de Nolan, et s'essai à la batterie- de ce que j'avais vu jusque là de Shit and shine sur scène, il était plus souvent au clavier ou à la guitare- tout en triturant deux samplers desquels s'échappent les boucles servant de base aux déambulations sonores du quintet. En face de lui, un évadé de Todd frappe une batterie minimal mais relié aux effets assourdissant du lapin (cf. photo), également échappé de Todd. Le lapin, dont on ignore le nom, joue au King Tubby diabolique, et lorsqu'il ne tourne pas les potars de ses outils dans tous les sens, ne crie pas dans un micro, prend le temps de faire une sorte de danse, entre course sur place et twist en asile psychiatrique (pour vous faire une idée, regardez donc le petit bonus ici). Pas de guitares donc, et seulement 2 batteurs, mais plus d'un morceau (6, je crois), ce qui n'exclut pas le groupe de dessiner longuement, progressivement, cette ballade psychédélique hystérique où la distortion se mélange à l'absurdité la plus totale. On admire définitivement ce groupe.

VILLETTE SONIQUE 2012: GODFLESH, DOOM, MELVINS, SLEEP, SHABAZZ PALACES, MUDHONEY...

 Ah putain ! Tu t'en fous probablement, toi lecteur, mais le billet initialement prévu pour ce blog vient tout simplement de disparaitre dans les abysses du web. J'aurais pu laisser tomber, mais vu que je me suis quand même fait chier à tenter de prendre des photos minables desdits concerts, je refais ça avec beaucoup moins de mots, et beaucoup plus de bave aux lèvres.

On a déjà dit tout le bien qu'on pense de la Villette Sonique, le seul festival qui nous fait nous sentir moins minable à chaque annonce d'une nouvelle édition de l'ATP en Angleterre. 2012 est un grand cru, peut-être le plus excitant depuis 2008 qui n'affichait que des légendes (TG, Devo, Shellac...). Par contre on s'amusera de voir les gens se dirent de plus en plus ouvert à tous les genres musicaux, mais encore frileux lorsqu'il est temps de débourser des euros pour aller à des concerts d'autres choses. En gros, les metalleux n'étaient pas trop nombreux à la première soirée, et inversement (à la différence que MF DOOM et Shabazz reviennent souvent quand on parle hip hop avec les fanatiques de la 6 cordes distordues, alors que Godflesh ou Melvins ne représentent probablement toujours aucun intérêt pour le public hip hop). Bref, premier soir, premier concert, et première taloche: Shabazz fait honneur à son excellent premier album publié par Sub Pop. Hip hop électronique inventif, qui joue un peu plus sur l'aspect rythmique et (pourquoi pas) tribal qu' Antipop Consortium à qui nous les avions comparé (facilement).

 Doom derrière offre le show minimal par excellence : pas de DJ, juste un mec qui fait 4 fois son volume en guise d'accompagnement, et une vidéo montée en 10 minutes backstage avec la caméra intégré du macbook de Daniel Dumile pour habiller le tout. Mais Doom a le sens du show et crée l'hystérie totale dans la salle, qui fait alors bien plus songer à un concert de punk qu'autre chose: pogo ado et émeute pour s'approcher au plus près du légendaire Metal Face qui occupe avec aisance l'énorme salle de la grande halle. Massivement basé sur Madvillain (déjà 8 ans !!), Doom passe aussi par un peu de King Geedorah, Doomsday ou Mm Food, avant de sortir de manière surprenante un bout de Danger Doom (qu'il avait totalement évité lors de son premier passage dans la capitale). Très grand show. Derrière, Fly Lo déchaîne totalement les derniers guerriers encore debout, en organisant un set autour de ses propres morceaux et d'autres choses finement sélectionnées (Erykah Badu, Beastie Boys, Radiohead, Mr Oizo...). Première soirée, et le niveau est déjà très élevé.

 Même lieu du crime le lendemain pour la seconde soirée. Iceage est composé de mineurs Danois, mais envoi un punk plutôt bien branlé. A vrai dire, si je m'enquillais encore tout ce qui sort en punk/hardcore je n'aurais probablement trouvé aucun intérêt à ces jeunes gens, mais dans ce cadre, je trouve que ça marche pas mal du tout. Le batteur a ce petit truc fascinant des increvables, alors que le chanteur au charisme digne d'un poulpe apporte quelque chose de Black Flag dans sa voix-bien que la programmation les vend plutôt comme des rejetons de Joy Division.
Suit Psychic Paramount, ou "Tool pour les nuls". Sauf que ça n'a strictement rien à voir, puisque PP joue plutôt une sorte de post rock progressif qui n'aurait pas pris le temps de composer les parties calmes et qui se serait concentré sur les parties de bruits. Couches sus couches sur couches. Mais étonnament, il y a un petit quelque chose qui me rappelle le groupe de Maynard. Beau travail de la basse, encore une fois, ça fonctionne bien.

 Je l'avais déjà senti la dernière fois, mais là c'est sur: j'ai trop vu les Melvins. Déjà le coup d'avant je m'étais un peu emmerdé. Là c'est mieux, notamment parce que les mecs ont un répertoire colossal et qu'ils peuvent sortir une surprise à tout moment. Ce coup là c'est l'excellente reprise des Wipers Youth Of America, 10 minutes d'un punk metal parfait qui fait office de synthèse impeccable pour les Melvins-dispo, entre autre, sur un 12" dont on avait causé. Une coupure de courant ensuite les oblige à meubler (avec des versions a cappella de "happy birthday" et de l'hymne américain) avant de finir dans les règles de l'art. En somme, bon concert... mais assez anecdotique.
 Sleep est surtout connu pour être le groupe légendaire à avoir en premier poussé l'expérience doom à son paroxysme en enregistrant un album composé d'un seul et unique morceau, dopesmoker/jerusalem. Si poussé d'ailleurs que le label refusa de publier cette chose, par manque de couilles, faisant du trio une sorte de martyr sacrifié par le label peureux qui entraina sa chute. Depuis les mecs ont formé d'autres groupes (Om pour la section rythmique -Cisneros et Hakius, High On Fire pour le guitariste Matt Pike). Il y a quelques années,  le trio se reformait pour quelques concerts. Depuis, Hakius a disparu (en quittant Om et Sleep), remplacé ici par le frappeur de Neurosis. Pour ceux qui se demandaient où était passé le batteur, la réponse nous saute aux yeux: Cisneros a du le bouffer- et personne ne lui fera remarquer ce soir, le mec est de mauvaise humeur puisque ces deux premières phrases sont pour prévenir qu'en cas d'excès de stage diving ils arrêteront le concert, pour ensuite s'embrouiller avec un tocard au premier rang. Sleep entame son set sur son mythique Dopesmoker, logiquement, amputé de plusieurs minutes (ramené à une grosse demi heure) avant d'aller piocher dans d'autres morceaux -Dragonaut, Holy mountain... Le public est totalement conquis par la prestation du trio, et je suis notamment surpris du nombre incroyable de damoiselles présentes et fascinées par la musique du trio. Au milieu de ce déluge de riffs on (je) se fait un peu chier par ce concert qui tire en longueur.

 Le parc et ses concerts gratuits était devenu une petite habitude. Grace à une circulation parfaite vers Paris, impossible d'arriver en temps et en heure pour voir B L A C K I E (oui, oui, ça c'écrit comme ça) et DJ Rashad & DJ Spinn (représentants du footwork, vraiment dommage), on se contente donc de voir Mudhoney (Mudhoney, gratuit à Paris en 2012...fou). Je ne connais que sommairement Mudhoney, en fait, je ne possède qu'une paire de disques, notamment la compilation qui contient leur excellentissime reprise The Money Will Roll Right In, de Fang, avec une ligne de basse parfaitement crade. Bon, inutile de préciser qu'ils ne la joueront pas. Du coup, Mudhoney est beaucoup plus sage que ce que j'apprécie normalement chez eux (ça ne veut strictement rien dire). Sympathique concert, le cul posé dans l'herbe.

On passe rapidement voir I:Cube dont c'est visiblement le premier live, bien que je croise le nom de ce type depuis plus de 10 piges dans les canards électroniques. Il va falloir que je mette la main sur son dernier LP qui ne reçoit que de bons papiers, ce qu'il balance sur la petite scène de la Villette me plaît beaucoup, même si l'ambiance club parisien sous le cagnard me plait moins, surtout quand il y a environ 40 personnes empilées au mètre carré.
On repasse rapidement vers la grande scène pour voir ce que rend Elektro Guzzi  le groupe que le programme du festival vend comme une formation rock jouant de la techno qui a "tout démoli sur leur passage au Sonar". Bon bah là ils devaient être crevé les mecs...

 Direction le cabaret Sauvage pour la dernière soirée en ce qui nous concerne. Oui, Broadrick ne vend pas encore assez de tickets, et c'est donc dans ce petit...cirque qu'est déplacée la soirée, initialement prévue également à la Grande Halle. L'ambiance est tout de suite différente, moins surprenante et singulière que dans la grande salle, s'inscrivant plus dans une logique de festival où on pourrait -presque- rentrer et ressortir comme si de rien n'était, sauf qu'il faut bien payer les quelques euros quémander par l'orga.
Liturgy passe de 4 à 2 membres et joue un black metal coupé aux chants bavarois sur une bouillie de boite à rythme et ponctué par des cri de goules. Ca donne pas envie ? En tout cas ça fait chier un bon paquet de gens.

 Je ne pensais pas que Soft Moon ferait autant parler d'eux. Les avis post-concerts sont très partagées. D'un côté pas mal y verront une très bonne prestation, parfois même la meilleure du festival, tandis que d'autres soulignent l'impression d'un groupe qui ne cesse d'interrompre ses compositions, ou encore celle de n'entendre que des introductions. Le plus surprenant c'est surtout d'entendre une groupe joué du Cure comme on joue du post-rock: avec une idée et une boucle qui gonfle (au sens premier). Pas mauvais, pas inoubliable.
Bon, ceux qui nous lisent régulièrement l'ont probablement compris, Godflesh fait partie des groupes qu'on désignera raisonnablement ici comme important, qu'on a écouté et saigné jusqu'à faire des copeaux sur les vinyles, créer des sillons sur les CDs, fatigué tout notre entourage. Et oui, c'est bien pour Green et Broadrick qu'on est venu voir ce soir. Après la reformation au hellfest qui m'aurait fait débourser le billet uniquement pour eux, patience fut finalement payante. Et si tu connais un peu Broadrick, tu sais qu'il va y avoir une couille technique, c'est un peu sa marque de fabrique. Tout ça cumulé, on se dit que le concert a autant de chances d'être superbe que minable, mais je ne pouvais pas prendre le risque de rater ça... on sait jamais, je fais partie des gens qui n'ont pas vu Godflesh dans les années 90 alors je profite de les voir enfin- et accessoirement de me laver du souvenir d'un concert douteux à la loco de Jesu où Dälek s'était imposé avec classe comme le groupe de la soirée.
30 minutes pour trouver une alim et brancher son multi effet. Rien de moins. Presque 30 piges de carrières et on en est encore là. Pendant ce long laps de temps, les BaR sont testées pour le soundcheck et première surprise: le son n'est pas massif, il est bien au delà de cette notion. J'ai littéralement le short qui vibre aux coups de boutoir du kick digitale. Une fois le tout arranger, Green, porté disparu pendant 10 piges regarde Broadrick et c'est Like Rats qui ouvre (logiquement) le set. Pas de doutes possible à la fin de la première mesure : Godflesh décalque la trogne à tout le monde, décapite les 5 premiers rangs, provoque 6 descentes d'organes et 3 vomissements. Le set est d'une brutalité magnifique. Green confirme ce qu'on a souvent pensé en écoutant attentivement la disco du duo: il n'est pas juste le bassiste, il est celui qui conduit la musique de Godflesh, quand Broadrick dessine des riffs abstraits, laisse ses 6 cordes vivre et mourir. C'est la basse qui donne à Godflesh ce son imposant, colossale et à la finesse totalement exclue. On comprend mieux pourquoi Flesh a sabordé le projet après que Green se soit barré il y a 10 ans. Le duo fonctionne parfaitement, et ils occupent l'espace avec la puissance de leur son et une présence scénique insoupçonnable: on m'a souvent dit que Broadrick n'était pas bon sur scène, me parlant d'un Techno Animal anecdotique ou d'un Godflesh ratant régulièrement ses shows. Ce soir justice est faite: le concert est magistrale. Un regret tout de même : avec une setlist massivement orientée sur la première partie de la disco (Streetcleaner, Avalanche Master song-de l'éponyme de 88, Mothra-Pure, Crush My Soul -Selfless...) "US & THEM" est totalement écarté, me confortant dans l'idée que cet album est aujourd'hui quelque peu sous-estimé, alors qu'il est totalement logique que "Songs..." et "Hymns" soient mis de côté. On espère que le groupe reviendra défendre ses morceaux lorsque celui-ci aura sorti son nouvel album, confirmé par Broadrick il y a quelques semaines. Godflesh est bien en vie et se porte bien. Très bien. Seconde et ultime tarte de cette édition 2012, une heure et quelques minutes d'un concert simplement parfait et impressionnant, concluant (pour moi) un festival impeccable. Le niveau est très haut pour l'an prochain.

vendredi 18 mai 2012

SENSATIONAL & KOUHEI MATSUNAGA, DJ SCOTCH BONNET, C_C, STORMVARX, dDAMAGE- Klub

Oui, c'était bien-au moins y avait du volume contrairement à la dernière fois; sorte de soirée de l'impossible, qui rassemble 40 perdus. C_C donne le ton avec un hip hop électronique (tendance bruit) gonflé aux hormones analos (on croise les doigts pour un beau 12") et Stormvarx, un habitué des ouvertures Wordsound inonde le Klub d'une noise qui prend progressivement forme en rebondissement rythmique. Derrière, Kouhei Matsunaga s'associe à DJ Scotch Bonnet et on hallucine devant le succès tout relatif de ce genre de soirée: un mec qui a signé sur les plus prestigieux labels (Skam, Raster Noton, Wordsound, Mille Plateaux, Important Rec) qui collabore avec les mecs d'Autechre, Pansonic, Merzbow, Asmus Tietchens, cette fois à coté d'un membre de Seefeel, rejoint plus tard par un type qui fascine les plus grands, ex-membres des mythiques Jungle Brothers... tout ça devant une salle peu remplie. Entre déflagration noise et distortions, Sensational recrache l'air inhalée en se promenant entre beats inédits, morceaux de Spectre, fruit de ses collaborations avec Kouhei, avec une aisance étrange, sorte d'open mic maitrisé et totalement en roue libre, le mec demandant à ses DJ de changer de morceaux n'importe quand, demande une autre instru, exige un morceau plus rapide, et trouve toujours un truc à baragouiner par dessus. Du hip hop pur, c'est à dire dans une forme sans limite, au sein duquel le MC "from another planet" est totalement à l'aise.

mercredi 28 mars 2012

PRIMUS au Zenith, Paris

Rien prévu ce soir, rien du tout qui se prépare et s'envisage. Jusqu'au moment où le téléphone sonne. Ce soir ? Rien. Primus ? J'arrive. N'ayant pas les moyens (ni vraiment l'envie) de mettre la rançon demandée pour voir le groupe, ça m'était sorti de l'esprit. Mais y a des choses qui rendent curieux. Primus en fait partie.
Etonnant une fois sur place de sentir qu'il n'y a pas foule, que les parisiens ne se sont pas déplacés en masse ce soir. L'an dernier, Primus blindait à ras bord la Cigale et affichait sold out bien avant la date, mais visiblement il ne manquait aucun fan sur cette première soirée. Le prix de la place aidant aussi à dissuader les curieux. Et le stand merch à l'avenant: tous les trucs sont horriblement chers ( 55€ le sweat, 10 le set de...stickers ...), et les moins chers ne peuvent être pris seuls, il faut un autre truc (donc plus cher) avec. Je peux ? Oui ? Voleurs !
Par contre, pour les fans, ce soir c'est grand soir, Primus régale son public comme promis: un premier set composé de vieux morceaux, le groupe assurant lui même sa première partie. La suite sera composé du dernier album en intégralité, après une pause.
Première partie donc pour chauffer le public. Déjà on mesure tout de suite le spectacle: la décoration. La scène est devant un écran égant diffusant des vidéos diverses et variées, allant du vieux film de SF à un reportage sur les castors, des effets visuels couplés à des clips du groupes, encore un bout de documentaire avec un écureuil radioactif et des homards prêt à déguster. L'écran est présenté par deux bonshommes géants, en fait deux astronautes en ballons gonflables sur lesquels sont projetés le visage d'un homme au niveau de la visière, qui semble scruter le public, ou veiller à ce que tout se déroule bien.
Devant l'écran Jay Lane, batteur des touts débuts du groupe qui n'a pourtant jamais enregistré la moindre note pour le groupe (jusqu'à l'an dernier) tient les baguettes. Les Claypool n'a pas été avare en compliment à propos de son ex acolyte, avec lequel il semble ravi de repartager la scène. Et c'est surtout son jeu de batterie qui fait l'objet des louanges de Colonel Claypool et de toute évidence, on comprend vite pourquoi. On est assez éloigné du jeu plus metal de Brain et plus aérien que celui de Tim Alexander (je tiens à préciser: tous deux d'excellents batteurs !!) et son jeu est ouvertement inspiré du groove, du funk au hip hop en passant par le reggae. Il valse entre les toms avec une aisance certaine, mais c'est surtout son approche des cymbales et des charleys qui laissent admiratif. Mais c'est aussi rapidement le gros point noir de la performance: obsédé par ses quelques gimmicks obsessionnels au charley, on se lasse assez vite de ses pirouettes, même si le talent demeure impeccable.
Sur la gauche, Larry LaLonde, sans doute le frère de Brice, assure les parties de guitare de Primus qu'il compose depuis 20 ans désormais, alliant lui aussi un mélange de riffs puissants et de passages plus psychédéliques, vaporeux, ou également très rythmique et tout en retenu (ici aussi, on songe parfois à des moments pratiquement reggae). Les Claypool, à droite, est le chef, le meneur et probablement le seul réel décideur de Primus. Mais son autorité trouve aussi toute sa légitimité tant son approche de l'instrument est incroyable. Claypool est probablement un des bassistes rock les plus talentueux, et sa maitrise des 4 (minimum) cordes est un spectacle qui force le respect. Entre nappes lourdes à la contre-basse électrique ou les passages slappés à la rythmique complexe, on s'incline devant l'aisance du monsieur. Pendant une bonne heure, le trio s'amuse donc à revisiter ses fossiles, bien souvent en les renforçant de jams qui tendent à s'éterniser, partant dans le space rock ou le jazz fusion psychédélique. L'impression alors de regarder un groupe qui prend plaisir à s'entendre jouer prend le dessus sur l'impression d'un éventuel spectacle. Quelques longueurs puis s'en vont. 4 épisodes de Popeye diffusés pour faire patienter le public (quelle audace ! ) et revoilà le trio cette fois pour jouer le Greene Naugahyde, dernier enregistrement produit par le groupe, et donc le premier sous cette forme. Lane est cette fois sur son propre répertoire et peut donc pleinement user jusqu'à l'excès de ces gimmicks. Claypool le confirme jusqu'au dernier morceau du rappel: de son côté, en plus d'être un technicien hors pairs, il est aussi un artiste appliqué. Si il aime étendre ses morceaux une fois sur scène, il sait aussi reproduire à l'identique ses enregistrements. Et si un morceau propose un certain son, sur scène, il en sera de même. On retrouve donc les mêmes variations sonores de la basse, bien souvent avec cette sensation étrange de notes liquide, renforcée bien sur par la fluidité du jeu. On reste tout de même circonspect face au son que produit le zénith ce soir. On l'a déjà dit, la salle est capable de rendre de très belles choses. Mais le son est étrange ici. La batterie manque parfois de dynamique, d'impact. Il manque souvent le petit truc d'énergie qui ferait la différence. La caisse claire, par exemple, semble parfois largement sous-mixée (alors que le kick est imposant à excès). La guitare de LaLonde semble elle aussi parfois nager dans les basses, et le tout prend alors un aspect un peu boueux et imprécis dans le rendu.
Mais arrivé au bout du set, les codes Primus déroulées sans honte pendant presque 2 heures 30, l'impression d'écouter un seul et même long morceau commence sévèrement à se faire sentir. On ne peut que rester admiratif devant la performance, intense, sans fautes, mais on se fatigue de ces tricotage de charleston et de ces slaps incessants. Reste alors le rappel, expédié en quelques minutes: My Name is Mud où la basse de Claypool sonne comme un m16 en action, et Jerry was a race car driver, qui se conclue sur son simili refrain quasi hardcore avec les guitares de LaLonde (enfin) blindées de distortions. Un trip SF psyché baroque proposé par une bande d'escrocs un peu long mais respectable, qui se finit dans la joie d'une déflagration rock sauvage.