mardi 11 septembre 2012

MAN OR ASTRO-MAN ? - Analog series Vol.1

Je pensais que l'accordéon était devenu l'instrument indispensable pour pondre un tube indiscutable de techno en soirée portugaise, mais que nenni, Man Or Astro-Man ? vient apporter la preuve que cet instrument peut aller avec tout, y compris du surf galactique. 3 titres dans un carton recyclé, un titre à la Merzbow, un vinyle orange (ou transparent, ou noir, au choix) et du MOA-M? dans toute sa splendeur : un instru pour prendre la mer, un morceau chanté (une chanson, donc) dans le cosmos, et un enregistrement sous l'abus de poussière d'étoile avec ledit accordéon, voilà comment le meilleur groupe de tous les temps (rien que ça) signe son retour après une décade de silence. Les surfers cosmonautes sont en très grandes forme, signent riffs de tueurs entre énergie de seigneurs, mélancolie en orbite et rythmique impeccable, tout ça mis en son par tonton Albini (ça s'entend).

mardi 28 août 2012

THE BUG - Can't Take This No More / Rise Up

En attendant son quatrième album qui n'est pas vraiment programmé mais qui semble progressé lentement dans sa confection, Martin publie quelques maxis pour faire patienter les quelques bonshommes ayant saigné continuellement London Zoo depuis sa sortie. Après Pathological Rds et Razor X, il se lance dans un nouveau label, ici encore dédié à la sortie de 7" uniquement (dans un premier temps), nommé Acid Ragga. Et c'est de ça dont il s'agit: une TB303 en arpège gluant et une 808 martelante, un rythme ragga et des drones lointains derrière. Sur la face A, Daddy Freddy s'époumone brutalement, tandis que la moitié d'Hype Williams, Inga Copeland, vient parfumer le même bordel de son obsession hypnagogique, amplifié par le mix de Martin. The Bug réussi progressivement à s'imposer comme un producteur important, l'attente de cette première sortie et le bruit autour sur quelques sites web semblent indiquer que KMart tape juste. Ce nouveau label (planqué sous Ninja Tune) s'offre directement les bons points allant avec l'attente via le visuel signé Zeke Clough, responsable des visus Skull Disco et du magnifique coffret Shackleton sorti au printemps, habillant un disque trop court mais jaune fluo. En boucle.

vendredi 10 août 2012

The Dark Knight Rises de Christopher Nolan

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas pris le temps d'écrire un billet. L'été est chargé. Les échéances importantes. Tant est si bien qu'elles éclipsent quelque peu le cinéma. Mais qu'est-ce qui, en ces temps grandioses pour les adaptations de bande-dessinées américaines, aurait bien pu m'empêcher d'aller voir le dernier volet de la trilogie Batman ? Pas grand chose, pas même un mémoire à finir ou un Capes à réviser... Depuis son lancement au début des années 2000, le reboot de la saga Batman initié par Christopher Nolan s'est forgé un statut d'objet culte, notamment pour sa noirceur et son ambition réaliste (oui, réaliste). Adieu l'univers gothique de Tim Burton. Le Bruce Wayne (Christian Bale) de Nolan est un richissime orphelin aux prises avec les enjeux du XXIe siècle, qu'ils soient politiques, sociologiques, introspectifs ou métaphysiques. Ce troisième opus, censé boucler le cycle était donc annoncé par beaucoup comme l’événement de l'année, d'un point de vue blockbuster du moins. 

Qu'en est-il vraiment ? Au sortir de 2h50 de projection, beaucoup d'interrogations se bousculent et les premières qui m'interpellent sont, dans l'ordre, politiques et scénaristiques. Le film de Nolan m'a troublé. D'un point de vue politique parce qu'il représente une réaction inattendue et apeurée face aux différents événements dont il s'inspire (crise économique, printemps arabe/canadien/américain, tension nucléaire, intervention irakienne, attentats du Wall Trade Center, mandats de G.W.Bush...). En moins de trois heures, le cinéaste à voulu saisir, plus que l'air du temps, les innombrables peurs et préoccupations de la civilisation occidentale, non pas en les bousculant, mais en ne cessant de leur donner raison. D'un point de vu scénaristique, l'ouvrage a semblé bien brinquebalant. Si on ne peut lui dénier un sens du rythme hors normes, l'éclatement du nombre de personnages, la volonté d'attraper des symboles ou de multiplier les clins d’œil internes à la trilogie, nuisent considérablement au récit. La fin offre quant à elle, un dénouement des plus absurdes, d'une lourdeur qui ne peut être induite que par une maison de production aussi puissante que la Warner... Je me bornerai, en spoilant à mort (vous êtes prévenus), à expliquer pourquoi, de mon point de vue, le film est d'une part réactionnaire (ceci n'est pas un gros mot mais un courant philosophico-politique), d'autre part de mauvaise foi, et enfin mal scénarisé. 

Le caractère réactionnaire est intrinsèque au personnage du super-héros justicier. Ce dernier, doté de super-pouvoirs, de dons particuliers ou d'une fortune immense, ne supporte par l'altérité et est en perpétuelle compétition avec lui-même (il lutte contre ses démons) et avec les autres (d'autres personnages aux pouvoirs équivalents qui n'ont eux pas réussi à surmonter le mal qui les ronge). Il est un individu au dessus des autres, dont la puissance de sa propension despotique est contrebalancée par une ribambelle de vertus (altruisme, honnêteté...). Ce qui est intéressant c'est la légitimité de ces personnages. Bruce Wayne tire la sienne de son immense fortune (on parle dans le film de "légitimité morale"). Cette posture idéologique est à souligner : les riches, par leurs richesses, ont un rôle de moralisation de la sphère sociale et doivent, en propageant leurs valeurs, encourager les masses à s'en sortir. S'attaquer à Bruce Wayne comme le fait le personnage de Bane (Tom Hardy), revient en réalité à contester la légitimité morale d'une élite qui jouerait un rôle de régulateur social à travers ses œuvres de charité (l'orphelinat où a grandi Robin dans le cas présent).

Wayne ne représente cependant pas toute une classe mais une partie bien spécifique, celle d'une aristocratie moralisée. Sa figure est contrebalancée par celle de Daggett (Ben Mendelsohn), personnage avide d'argent et de pouvoir, nouveau riche sans foi ni loi. Daggett, c'est le mercenaire de Wall Street, le trader sans vergogne, l'arrogant ambitieux : sa caste se vautre dans le luxe et oublie le rôle moral qu'elle aurait à jouer. Ce rôle est souligné lors de la séquence du Conseil qui fait suite à la faillite de Wayne : Daggett est rappelé à l'ordre par les vieux oligarques qui défendent les valeurs portées par la famille Wayne.

Nous avons donc là un véritable combat réactionnaire, la défense d'une aristocratie moralisée : non pas des riches dans leur globalité, mais d'une caste respectable et dont l'immuabilité est justifiée par le moralisme qui l'habite et qu'elle propage. Nolan ne s'agite jamais dans le sens d'une critique de l'usage du pouvoir par celle-ci (pour preuve l'étrange absence du maire de la ville de toute l'intrigue...) mais semble regretter que les valeurs de cette bonne et antique caste ne soient pas transmises aux nouveaux capitalistes.

Il faut relever également le traitement de la justice dans le film. Lors de l'assaut des policiers sur la mairie, l'inspecteur Foley (Matthew Modine) dit "Il n'y a qu'une seule police dans cette ville". Si c'est effectivement ce que tente de démontrer Nolan, il montre également qu'il existe deux justices dans Gotham. Tout d'abord celle du Batman, justice quasi divine qui s'abat sur la ville de façon tout à fait arbitraire, animée par un souci de rédemption et qui n'est justifiée par rien si ce ne sont des motifs personnels, tout le monde ignorant qui est le Batman. Et puis il y a la justice de l'institution policière, dont la légitimité est basée sur un mensonge, celle de la bravoure et du mérite de Harvey Dent. Ces deux justices, bancales l'une comme l'autre, ont toutefois le même but : que rien ne change. Les huit années de paix qui ont suivi la mort de Dent doivent continuer, malgré l'iniquité des lois qu'elle a engendrées. Là encore, le film rejoint un idéal tout à fait réactionnaire : la sécurité, ambition bourgeoise par excellence. Sécurité d'entreprendre, de commercer, de devenir riche et de se vautrer dans le luxe... Car c'est ce à quoi ont menée ces huit années de paix. On voit bien les limites de la logique : pourvu que rien ne change, tant que l'on puisse faire des affaires. On a tous des défauts après tout...


La mauvaise foi, elle est du côté de l'amalgame des actualités. On le sent, on le sait, Nolan en voulant saisir le monde, s'est fortement inspiré de ce qui l'a marqué ou traumatisé cette dernière décennie. Le personnage de Bane rassemble à lui seul toutes ces peurs : il est le leader terroriste, fantôme du 11 septembre avec son armée souterraine qui fomente des attentats pour défier l'occident ; mais il est également l'anarchiste déluré, le révolutionnaire patenté qui invite les habitants de Gotham à se rebeller et à reprendre le pouvoir qu'ils ont confié à des institutions corrompues.

On cible bien le malaise ; en réunissant sous la coupe d'un même personnage les idéologies révolutionnaires pacifistes des mouvements comme Occupy Wall Street et les stratégies terroristes employées par des extrémistes islamistes, Nolan produit un bouillant amalgame qui détourne profondément les messages du premier pour en faire un objet aussi terrifiant que le second... Cette peur est palpable : Bane s'attaque, comme les "indignés américains" aux symboles du capitalisme contemporain. Il attaque la Bourse, il détruit un stade (symbole d'un sport devenu à la fois marchandise et divertissement)... Mais il le fait avec les armes, les convictions et l'aveuglement d'extrémistes religieux. Le début du film est éloquent à ce sujet : alors que Bane et des hommes de main détournent un avion, il informe l'un d'eux, main sur l'épaule, qu'il faut qu'il reste dans l'avion pour s'écraser avec lui. Le sbire choisi le regarde droit dans les yeux, fier d'être comme un "élu", heureux de se sacrifier pour la "cause".

Les méthodes "révolutionnaires" de Bane sont donc d'une violence inouïe et, selon Nolan, c'est la volonté révolutionnaire qui est génératrice de violences. A cela deux choses : la première est qu'il faut rappeler que Bane est à la solde de Daggett (trublion capitaliste arriviste) mais surtout de Miranda Tate (Marion Cotillard). Autrement dit, cette pseudo révolution est menée par deux capitalistes animés par des ambitions toutes personnelles : l'un veut la tête de Wayne et l'autre... veut également la tête de Wayne. Ensuite, il n'est pas inutile de rappeler ce qu'expliquait Adorno dans Problèmes de la philosophie morale : la violence est l'arme de ceux qui détiennent le pouvoir, afin de maintenir la croyance dans des valeurs collectives qui s'étiolent. La violence est en réalité un anachronisme : elle est la manifestation présente d'un passé qui ne veut pas disparaître.

Et ce passé qui ne veut pas disparaître, c'est certainement le faible d'un scénario terriblement cyclique et à qui il manque la radicalité du deuxième opus. Les éléments qui permettent de clore la saga sont étrangement redondants et font preuve d'un enfermement très paradoxal. The Dark Knight Rises achève un cycle mais semble en ouvrir un autre qui répète le schéma du précédent. La paix est de retour à Gotham, mais elle est à nouveau bâtie sur un mensonge, celui de la mort du Batman ! Cela nous fait donc revenir huit ans en arrière, à l'époque de la paix "Harvey Dent"... A un mythe y succède un autre, comme s'il n'y avait que l'opium de la mythologie pour maintenir l'espoir d'une population qui, contrairement à ce qu'affirme Nolan, ne veut visiblement pas que la tranquillité, mais aussi une petite dose de changement. De fait, Nolan semble n'apporter aucune solution et accrédite les propos de son vilain personnage Bane : cette ville est "irrécupérable".

Irrécupérable, c'est bien le dénouement de ce dernier volet. Nolan a visiblement dû céder aux impératifs des studios, refusant de faire mourir dignement son Batman et l'envoyant vivre une retraite heureuse et mièvre en Toscane. Cette fin somme toute logique aux vues des impératifs narratologiques américains (ne surtout pas déranger le spectateur dans ses petites habitudes et maintenir en vie un héros auquel il peut s'identifier) est bazardée dans un enchevêtrement de rebondissements tous plus abusifs les uns que les autres, d'autant plus choquants qu'ils mettent à jour aux yeux de tous l'artificialité d'un récit que Nolan voulait le plus huilé possible. Tout semble donc se refermer, même la subversivité dans une saga qui s'annonce comme l'une des plus importantes de ces dix dernières années... Seul signe d'ouverture ? La possibilité d'une nouvelle franchise consacrée à Robin qui permettrait à l'excellent Joseph Gordon-Levitt de tenir enfin un premier rôle digne de ce nom dans une grosse production hollywoodienne... On espérait bien mieux d'un tel film et d'un tel réalisateur... 

samedi 4 août 2012

MEAT BEAT MANIFESTO - Test EP

La mauvaise nouvelle quand une scène émerge c'est qu'elle laisse toujours sur le carreau les légendes qui pèsent. Meat Beat Manifesto devrait remplir facilement les salles qu'il visite et devrait écouler sans aucune difficulté un disque en tirage limité. 300 copies sont produites de ce nouvel EP et ça ne semble pas se bousculer. Tristesse. Dangers n'a pas opté pour la simplicité ceci dit: Test EP était promis depuis l'an dernier, et devait se composer de 4 titres présentés lors de la dernière tournée. Entre temps, Dangers a affiné son approche de la vidéo (sa nouvelle obsession qui, il faut le dire, rend justice à sa musique) via le projet The Forger. Plus d'un an après, sort finalement ce Test EP, dont les 4 titres théoriquement prévus sont écartés de la partie audio pour finir sur le DVD, tandis que les morceaux de The Forger (donc vidéo, on rappelle) finissent sur le cd audio. Les deux disques sont alors présentés dans un boitier carton sérigraphié, bel objet. Les morceaux sur le DVD présentent la continuité de ce que MBM a produit pour l'excellent dernier album, "ACID", à savoir une électronique qui regarde dans le rétro tout en s'appuyant sur une maitrise du studio impressionnante, le son étant d'une lourdeur et d'une puissance remarquable. 808, bruits blancs, déflagration, infras. Les vidéos s'éloignent assez de la logique MBM jusque là puisque composées d'animations qui semblent crées pour l'occasion (alors que sur scène, Dangers et Stoke privilégient le sampling visuel). La partie audio se compose de morceaux qui eux sont des concentrations de samples en tout genre (certains ayant également été joués lors de la dernière tournée), et semblent faire marche arrière dans la discographie du groupe. Meat Beat Manifesto avait progressivement orienté ses albums vers une plus grande présence de la recherche sonore pure, de l'électronique et des synthés en mettant (un peu) de coté le travail basé sur le sampler. Test EP revient vers ce dernier, accompagnant tout aussi logiquement la place de la vidéo, proposant une musique qu'on entendait plus vraiment chez Dangers. Test EP rappelle "Satyricon" ou "Actual Sounds + Voices". Les lignes de basses profondes, c'est le groove des années 90 qui revient avec force dans le son du groupe, baigné dans une multitude de samples vocaux et mené par des breakbeats redoutables.

mercredi 1 août 2012

THE MELVINS - Freak Puke

Les Melvins ont cette particularité, au moins, de ne pas publier 20 fois le même disque, bien que la dernière "trilogie" enregistré en compagnie de Big Business pourrait s'apparenter à un gros triple album tronçonné, et qu'on en retiendra surtout le tout premier, Senile Animal. Je crois que le dernier segment n'a même pas eu droit à quelques mots ici. Bref, c'est quand ils commencent un peu à nous emmerder qu'ils arrivent par surprise, publiant des disques intéressants sinon audacieux - Bootlicker, Prick, Honky, Electroretard, Colossus of Destiny. Freak Puke aurait pu sortir courant 2005-06, lorsque le duo fraichement épuré de son psychopathe de bassiste Rutmanis enregistrait une version impériale et faussement live de son Houdini en compagnie de Trevor Dunn, pote et bassiste d'un millier de projets louches, dont Mr Bungle, puisque ce nouvel album se présente avec le même casting pour une série de compositions originales (et une reprise) à ceci près que le groupe signe cette sortie officiellement en tant que "Melvins (lite)" et que Dunn y joue surtout de la contrebasse. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est l'esthétique Melvins, reconnaissable, même si les cordes de Dunn apporte une touche inédite et il faut le dire (paresse), assez... cinématographique. Sinon, même sens du riff parfait, avec envolé en solo quasi mauvais goût, du matraquage bestiale de la batterie et voix multiple. Chose admirable et sur désormais chez le groupe : ces choix de production. Alors que tout le monde les célèbre comme les grands patrons de la lourdeur, les gars s'amusent à sonner assez singulièrement sur album, avec une production pas du tout clinquante, mais mat, sèche et vivante. Les guitares sonnent presque stridentes, Gang of Four-esque quelque part. La batterie est parfois très en retrait, on se dit que Crover est un peu seul-forcément, même si en théorie ça ne change strictement rien. Tu arrives à la fin de cet album en ayant eu l'impression d'entendre un disque d'une autre époque dans sa production, avec son lot de moments épiques et ses lignes de basses coulantes, ses petites surprises comme Holy Barbarians, écho groovy aux délires goût Residents, pour récolter une reprise, presque dans le ton, des Wings. Un de plus, pas le meilleur, pas le plus affreux.

mardi 24 juillet 2012

LEGO FEET - Ska001LP

Skam va creuser dans les archives pour proposer de l'excitant, et re-publie les  premiers faits d'arme d'Autechre. Enfin ce qui est censé être Autechre puisque visiblement, l'identité réelle de Lego feet n'a jamais été totalement confirmée. Et la photo allant avec le sobre emballage de cette nouvelle version ne va pas aider à identifier les types, même si le matos vintage et les vinyles posés derrière semblent coller avec la légende Autechre :  synthés Casio, Roland, LP de Meat Beat Manifesto. On sait d'ailleurs que Dangers a traumatisé nombre de ses confrères anglais à la fin des années 80, Booth & Brown n'échappant pas à la règle, payant leur tribu jusqu'a récemment encore lorsqu'ils calaient Radio Babylon au milieu d'un mix pour Fact. Dans la forme ce seul enregistrement de Lego feet version 2012 se rapproche assez du premier MBM : 4 faces explorant ce qui semble être un morceau par face (c'est beaucoup plus distinct que ça en fait) tout comme Storm The Studio. Ce n'est pourtant pas la forme originale de ce disque, puisque Skam en dépoussiérant les bandes double la mise : l'idée est donc de proposer une version moderne d'un disque s'échangeant à prix d'or sur le net (jusqu'à 300£ )tout en l'augmentant de 2 morceaux (sur 4). On reste juste un peu sceptique sur la chronologie revendiquée du truc : Lego Feet serait une incarnation proto-Ae, mais la musique ressemble bien plus à ce qui sera ensuite produit pour Amber ou Incunabula que ce qu'Autechre avait déjà enregistré pour Cavity Job. Dans la dernière ligne droite avant ses premiers albums, le duo s'écartait donc de son incarnation première pour y concocter dans son antichambre le modèle de ses travaux. Compliqué - et peut-être que le disque se rapprochant le plus de ce Lego Feet est d'ailleurs le dernier album/double maxi de Gescom. Et cette première sortie historique pour Skam n'est pas exactement le mix entre les plages hardcore de Cavity Job et le climat glacial d'Amber. Lego Feet ressemble à une ébauche bien cultivé de la discographie à venir, une électro qui regarde encore méchamment dans ses bacs à disques hip hop (cf. le logo, déjà) pour s'inspirer mais en évitant le beat ultra dense des raves crades afin de privilégier les aplats de nappes digitales et les beats mécaniques de cliquetis numériques. Une collection de 4 morceaux comme autant de variations stylistique encore disciplinée mais inspirée.

vendredi 13 juillet 2012

EL-P - Cancer 4 Cure

Jaime fonce, toujours fier, les lunettes bien chaussées sur son groin, la casquette toujours posé avec nonchalance et élégance toute New Yorkaise, inclinée, sur le point de chuter. Le mec le sait, il en a un peu chié pour retrouver la magie de son Cold Vein quand il a fait croire à ce type d'Atlanta qu'il allait pouvoir lui produire correctement son disque. C'était un mensonge. Parce que Jaime est un mec malin, il a gardé ses meilleurs recettes pour ses propres publications. Sur sa voiture volante avec les jantes parallèles au bitume, il fend l'air, secouant la tête en se passant un vieux disque de Mantronix. Puis il veut faire le point et s'enquille ses derniers beats, fraichement agrémenté de ses enregistrements vocaux, réalisés avec son armée de nouveaux potes, notamment ce type d'Atlanta qu'il a entubé. Il reçoit un coup de fil d'Aesop Rock juste avant d'enfourner le CD dans le lecteur de son véhicule mais ne décroche pas: après tout, il est en train de conduire. Déjà que ça le fait souffrir de prendre les appels de son pote Justin, il ne va quand même pas commencer à causer à tous ses frères qui ont décidé de raccrocher quelques temps avant de remettre ça. Merde. Melline grille un feu: il avait oublié la beigne qu'il pose dès le début du disque, avec son entrée presque big beat (de quoi ??) genre guerre-feu-village après avoir caler le "storm the studio" qu'il avait entendu chez Dangers. Il est fier et il a de quoi. Il se dit qu'aucun groupe de rock, même ses potes de Mars Volta ne sont capable de poser une intro de disque aussi efficace aujourd'hui. D'ailleurs il a demandé au mec qui tapait sur les claviers, fraichement libéré de la folie du duo Rodriguez/Bixler-Zavala de faire un petit truc vers la fin de son morceau. Il aimerait se jeter des fleurs mais ça risque d'en foutre plein la banquette arrière. Il sait que si des flics le voient passer à cette vitesse dans ce coin, son permis saute. Mais il s'enflamme, content de son travail qui hurle dans la sono de son bolide. Il se surprend tout de même a avoir viré toute forme de subtilité qu'il avait encore pu laisser trainer çà et là. Il arrive à son 8ème morceau, l'impression que sa voiture volante est désormais un vaisseau que rien n'arrête, capable de traverser toutes les galaxies connues en 49 minutes et 12 secondes. Les kicks sont tellement nerveux qu'il commence à sentir la fatigue dans ses oreilles. Heureusement, il sait que vers la fin, il a invité un pote à couiner, genre "comme une pause". Il a déjà joué ce morceau avec ses potes sur un plateau télé et le résultat est sans appel: depuis qu'il ne fabrique plus tout ça avec son seul séquenceur, ses prestations ont l'air d'un truc hyper chiadé et orchestré. Oui, avec ses prods un rien fatigante, de boom boom écrasant et de synthé de l'espace,  tous ses potes qui font semblant de jouer un intrument, El-P a finalement réussi ce truc qu'il avait entreprit il y a déjà 10 ans avec "Fan Dam": faire du rock sans en avoir l'air. Sauf que Jaime redescend. Il n'est sur aucune autoroute galactique,  il est dans sa chambre et ce truc qui fume dans sa main est légèrement trop puissant pour lui.

jeudi 12 juillet 2012

COMITY - The journey is over now

J'ai jamais saisi pourquoi Comity générait deux types de réactions aussi distincts- soit les gens adorent, soit les gens méprisent la formation parisienne. Que le mec qui n'écoute pas ce genre de bruits orchestrés ne soit pas sensible aux compositions des gars, je peux comprendre. Mais des types qui s'ingurgitent du Neurosis en boucle, du Thou, du Dillinger sans se rendre compte qu'ils sont pris pour des idiots ("hey mec, j'ai changé une note sur un vieux morceau, on en fait un album ?") et s'offrent le luxe de mépriser Comity, oui, il y a un truc qui m'échappe. Pour une simple et bonne raison: Comity est un des rares groupes à avoir, tout simplement, des idées. Certes, c'est peut-être plus un groupe de musique pour musiciens me rétorquerez vous et vous n'aurez probablement pas tort. Mais quelle tristesse de voir donc un groupe qui s'acharne à créer des choses un peu ambitieuses, avec des références autre que Cioran/Nietzsche/Fight Club, cherchant à stimuler leur auditoire, tel un Kubrick hystérique, gavant sa musique, ses visuels et ses textes de références, d'éléments définitivement à part dans l'univers grosse guitare/crâne/pas content. La preuve absolu c'est que Comity est peut-être le seul groupe français à avoir fait des petits depuis Kickback et avec Blut Aus Nord (sur l'ancien label de ces derniers d'ailleurs).

Alors oui, l'ensemble des chroniques pour ce petit dernier (gatefold LP+CD joliment publié par Throatruiner Rds, activiste passionné, appliqué et dévoué) sont dans l'ensemble plutôt bonnes voir élogieuses. Et à vrai dire c'est justifié. Parce que Comity continue de faire sa bouillasse selon ses propres critères, en évoluant logiquement tout en restant reconnaissables. On remarquera quand même que l'audace du précédent disque s'est légèrement diluée, le groupe revenant vers des développements plus francs, où la tension est peut-être moins vénéneuse. Mais c'est largement contrasté par les quelques nouveautés intégrées dans le gouffre de chaos sonore ambiant. Premier élément, l'apport d'autres voix. Thomas n'est plus seul à gueuler dans le groupe, il se fait épauler par ses guitaristes de camarades. De fait, Comity reste extrêmement verbeux, bavard, et l'apport d'autres voix renforcent cet aspect, en plus d'offrir des voix moins singulières- désolé du rapprochement mais oui, ça me fait davantage songer aux trucs type Hydrahead maintenant comme Old Man Gloom/Zozobra. Puis c'est l'apport d'une guitare slide qui se distingue. Les deux guitaristes sont loin d'être manchots ou de jouer du post-hardcore, remettant en jeux les logiques de l'utilisation de la guitare dans leur domaine. Ils ont par exemple depuis longtemps cessé de miser sur les distortions excessives, préférant des saturations légères, ne mettant plus le son de la guitare au centre de la composition, mais en privilégiant le jeu de celle-ci. Subtile nuance, offrant au son un aspect légèrement blues (non, il n'est pas question d'affiliation avec le blues ici- ça ne joue pas comme Morello mais comme Fripp), renforcé par la slide. Mais ça tricotte toujours bien, riffant avec intelligence: contre temps, question/réponse, pause, arpèges, les 6 cordes sont reines chez Comity et elle sont traitées avec amour. Et puis au milieu du disque, un morceau (finalement court) très calme, mais à la lourdeur palpable, tout en guitares acoustiques, traversé de bruits blancs et de parasites, et impérialement mené par une batterie au son profond et imposant. Pourtant, on se répète, mais Comity demeure ce groupe si caractéristique, on reconnait ses élans pithiatiques, ses cassures délicates. Mais toujours audacieux, aventureux même.

mercredi 11 juillet 2012

JK FLESH - Posthuman

Ici on est pas méchant, ni compliqué. Un peut stupide même. On aime bien quand Broadrick piétine avec vigueur ce qu'il met en place depuis (trop) longtemps avec Jesu, à savoir un truc un peu chialeux, un peu pénible, et revient vers des choses soit totalement morte (Final) soit complètement belliqueuse. Seconde option donc pour ce JK Flesh, album planqué sous le pseudo que Broadrick utilisait au sein de Techno Animal. Et justement, de Techno Animal il est directement question, puisqu'entre le nom du projet et l'origine (visiblement) des esquisses de l'album, c'est bien du temps du duo Flesh/K-Mart qu'il faut revenir. Justin a finalement déterré les démos et idées qu'il avait alors accumulé pour un hypothétique successeur à Brotherhood of the Bomb (ultime album de 2001) probablement pour parfaire la lancée du 12" Seventh Heaven publié l'an dernier et signé Pale Sketcher. Broadrick se remet en solo sur un projet électronique, avec des envies, et celle de se rapprocher du duo qu'il formait avec Martin en évidence. Mêmes lignes de basses distordues et granuleuse, mêmes empilement de couches, mêmes rythmes écrasants, mêmes dissonnances aériennes. Posthuman, le morceau, se lézarde d'arpèges synthétiques progressifs, comme sur les longs développements de Re-Entry. Earthmover ressemble à une chute de Brotherhood of the Bomb, mais la voix n'est pas ici celle d'un prestigieux MC. Broadrick a aussi écouté de la musique depuis tout ce temps, et le dubstep a visiblement eu son impact-lui qui revendique surtout l'amour de la drum'n'bass. Idle Hands se construit sur un beat syncopé typique. Posthuman n'est pas seulement le nouveau disque de Broadrick se rapprochant le plus de TA, mais aussi de Godflesh. La guitare est omniprésente, parfois totalement méconnaissable, enfouie dans le mix. Mais toujours là. D'ailleurs les concerts que Broadrick a donné avec ce projet ressemblent plus à un Godflesh solo qu'autre chose. Si certaines notes, harmoniques et larsens font songer à "Us and them" ou "Pure", le travail tout en ambiances retenues fait aussi écho à la partition de Broadrick sur "Bad Blood" et "Under The Skin" d'Ice. JK Flesh fait office de compilation, tant il fait appel à de nombreux autres projets antérieurs, et propose depuis presque 10 ans le premier album vraiment excitant du bonhomme de bout en bout, en forme de bilan qui peut-être va déboucher sur une suite, si ce n'est sur une nouvelle étape dans la discographie de Broadrick.

jeudi 5 juillet 2012

DEATH GRIPS - The money store

Le trio de Sacto se retrouve dans le même cas que Tyler l'an dernier: coiffé au poteau. Quand Goblin sortait, l'album décevait forcément de par sa longueur excessive et le manque de fraicheur suite à l'album dispo en téléchargement gratuit de l'année d'avant. Mais de l'autre côté, un petit groupe, un trio californien créait la surprise avec une mixtape (enfin en émettant l'hypothèse que ce terme ait encore un sens- on parle ici de mp3) faisant l'unanimité - enfin chez ceux aptes à s'enquiller les beuglements bovins du psychopathe sur samples de hardcore et beats électro simplissimes et teigneux... c'esst à dire pas chez tout le monde non plus. Death Grips donc après avoir surpris tout son monde promet deux albums pour 2012 et le premier des deux à peine sorti que le groupe se prend une volée de bois vert par une large partie de sa potentielle audience. Mais y a quoi en fait sur ce disque ?
Déjà, saluons tout de même les deux coups marketing que Death grips- tout comme Odd Future- ont réussi à imposer: une promo basé sur des clips fait dans le garage avec des budgets dérisoirs, un matraquage web malin et une promo basé sur le bouche à oreille. Death Grips reste fidèle à sa marque de fabrique malgré la signature chez Sony/Epic. Hein ? Epic qu'on pensait crevé depuis Korn publie donc sur une major un projet aussi crade et boiteux que Death Grips - le boss de Sony leur racontant que leur son lui rappelle Witney Houston (pour l'impact). Les trois mecs remixent Björk, sont vénérés par le-webzine-qui-porte-le-même-nom-qu'un-disque -de-Clutch, bref, ils sont partout et bien intégrés dans le jeu. La bonne blague. Bon, on saluera pas l'annulation de leur tournée ce printemps en laissant tout le monde (orga) dans la merde sans explications. Premier véritable album, The Money Store fait suite à Exmilitary, et en est logiquement la continuation. Certains ont remarqué moins de samples, on dira surtout qu'il n'y a pas de samples de rock cette fois. Sinon c'est la suite exact: de l'électronique agressive, qualifié de hip hop qui n'en est franchement pas, mené par un batteur qui ne joue pas de batterie (concept) et surtout incarné par une vitrine beuglante et baveuse, MC Ride. MC est ici donc à considérer dans son sens premier: le mec n'est pas un rappeur, il éructe ses paroles jusqu'à l'essoufflement, plus proche de la performance punk que d'un truc se rapprochant de près ou de loin du rap. On songe plus souvent à GG Allin, à Rollins qu'à Q-Tip (exemple de mauvaise foi). Ou à ODB. A la rigueur. En somme on est dans un hip hop dans le sens Bambataa-esque: on fait avec n'importe quoi. Et c'est exactement ça, au résultat: il se passe n'importe quoi.
Si le disque prend cher, c'est parce qu'à vouloir être usant, il part dans tous les sens, allant chercher les pires idées possibles et imaginables. Hustle Bones joue avec la limite du bon goût en propulsant l'auditeur dans un délire de gabber à la yaourtière, comme si un rescapé de Bum Fight vous hurlait dessus, perdu dans une salle d'arcade un soir de fête en plein Akihabara. Punk Weight joue sur le sample usant de voix pitché, tic et tac nucléaire et hystérique. Mais sur Lost Boys on tombe dans le son pesant de machines aux nappes dégradées et ondulantes. The Fever fait penser à un piège audio dans une rampe de lancement type "rollercoaster", et on arrive à trouver le titre entraînant un peu pute I've Seen Footage plutôt bien branlé avec son aspect un peu crétin et probablement imbibé. Mais que ce soit dans les réussites, les étalages mauvais goût ou dans l'échec totale Death grips arrive à rester toujours dans une urgence qui rend le disque, bien que perpétuellement agressif et débile, toujours concis.

mercredi 4 juillet 2012

KILLER MIKE- R.A.P. music

Oui mais non. Killer Mike est un ancien de la galaxie Outkast, c'est à dire un type d' Atlanta, jusque là assez discret voir anecdotique malgré, visiblement, des prises de bec avec son ancien posse. De là, le type se dégote le meilleur pote possible et imaginable: Jaime Meline, AKA El-P, le valeureux producteur/rappeur/vitrine New Yorkais qu'on a connu bien plus inspiré. Coup sur coup, Jaime assure l'intégralité de la production de ce nouvel album et signe son nouveau LP- Cancer 4 Cure. On avait de quoi s'enthousiasmer: le dernier album dont Meline s'est occupé intégralement (et sur lequel il ne rappe pas, nuance importante) s'appelle The Cold Vein, un des albums les plus importants et réussis du hip hop indépendant, signé Cannibal Ox (on a simplement causé du split avec Co Flow dans ces pages) il y a ... 11 ans, déjà. Manque de chance, Meline ne retrouve pas la superbe de son mythique essai de 2001, et n'a pas su non plus refourguer à Killer Mike la folie, la densité, la créativité des beats qu'il se concocte pour lui en solo. Une douzaine de titres produit sans trop de conviction ni de génie. Efficace, au demeurant, le disque figure en bonne position dans les prévisions type "meilleur disque hip hop de l'année". Mais en fait il n'y a pas grand chose de remarquable ici qui ne soit présent ailleurs et en mieux. Tout sonne laptop, propre, parfois un peu gros- l'artisanat de Cold Vein semble avoir complètement disparu au profit d'une prod bien grasse mais à qui il manque un peu de substance organique, si ce n'est d'âme. Vu que Mike a une voix passe partout et un flow ni excellent ni minable, on remarque à peine ce qu'on entend. Mais c'est vraiment la production, peut-être sur-estimé en amont, qui déçoit. El-P produit comme un Rick Rubin des années 80, avec le génie et la fraicheur en moins. Tous les beats sont électronique, un peu plastique, sans vie, sans groove. Des simulations de 808, 909 et consorts, pas de samples génialement dégotés, pas de coups de génie côté claviers. Au milieu de quelques beats compacteur de cortex, on décèle des tentatives de morceaux plus mélancolique, mais un peu foireux, comme le triste Willie Buck Sherwood qui se chante sans conviction, ou Ghetto Gospel, mélodieux sans y croire. On retiendra tout de même le clip promo, hommage à Drive un peu mongolo et peut-être intentionnellement choquant pour les moins de 8 ans.

mardi 3 juillet 2012

EMPTYSET- Medium

Emptyset a ce truc fascinant, ce parcours singulier qui a vu le duo créer ce que peu avait osé jusque là. Deux types, de Bristol, passionné de dance music (au sens noble) et de bruit. Rares sont les formations à avoir poussé le vice jusqu'au bout, annihilant totalement l'aspect dancefloor de sa musique pour ne laisser subsister au final que le bruit,  après avoir brisé et balayé le potentiel dansant. L'équation a fonctionné parfaitement sur l'excellent Demiurge, un album obsédant, minimal et impeccablement mené de bout en bout. Les deux avaient même eu l'idée de pousser l'affiliation techno jusqu'à inviter Cornelius Harris de l'écurie Underground Resistance venir marmonner des phrases en hommage à Aleister Crowley-pour un morceau magistral. La collision des deux univers avait fonctionné, mais ce Medium laisse un peu perplexe. Le mystique a voulu prendre le dessus sur le reste et on est quelque peu déçu devant le résultat. Pas vraiment de surprise sur les 5 morceaux de ce nouvel EP. Ginzburg et Purgas se sont enfermés dans un manoir anglais pour produire Medium. La démarche s'apparente désormais bien plus à la recherche d'un Sunn O))) qu'à la moindre formation club. Mais si Demiurge  était passionant, il manque à Medium un petit quelque chose, peut-être un peu de surprise pour vraiment être prenant comme son prédécesseur. La première face semble hésiter à démarrer et s'achève bien rapidement. De l'autre côté, on se retrouve en admiration devant Interstice, au kick lent, régulier, lacéré d'ondulations évolutives de bruit blanc, avant de retomber sur un plus traditionnel (si jamais cela pouvait dire quelque chose) Divide. Au milieu de cette démonstration d'orchestration des masses et bruits, le silence semble devenir de plus en plus un élément constituant du son Emptyset-peut être une piste pour la suite, en attendant l'album définitivement drone ou noise.

lundi 2 juillet 2012

BLACK RAIN - Now I'm Just a Number: Soundtracks 1994-95

Le dubstep, quoi qu'on en dise, aura eu au moins un mérite: celui de ramener un peu de méchanceté dans la musique électronique. On l'avait déjà envisagé lorsque Shackleton et son pote Applebim sortaient la dernière compilation Skull Disco, nous remémorant les travaux déviants de quelques artisans sonores belliqueux des années 90. Le lien avec le dubstep, loin et peu évident: une prédominance des basses et des rythmes obsédant refusant pour autant le kick systématique du 4/4. Skull Disco dessinait tranquillement une musique qui regardait sur les côtés, se voulant aussi bien essentielle pour les clubs que pour les diggers en quête d'un héritier de Coil ou ce genre de formation, où le sound design réfléchi pouvait aussi prendre le dessus sur le rythme. En quelques années, c'est toute une frange qui met la déconne, l'autotune ou le fluo de côté qui se manifeste, reprenant le flambeau de Scorn, Autechre, Muslimgauze, Kevin Martin, de Meat Beat Manifesto, de Laswell (inspiré), DJ Spooky, Panacea, Alec Empire, Porter Ricks, Maurizio, des compils Electric Ladyland, de Wordsound, de la musique industrielle qui ne se complaît pas uniquement dans le bruit ou la théâtralité glam du metal. Leurs noms: Demdike Stare, Raime, Vatican Shadow, Andy Stott, Kouhei Matsunaga, Regis, Actress, Shifted, Emptyset, Cut Hands, Shackleton (donc), et des écuries comme Modern Love, Raster Noton (logique), et Blackest Ever Black.
B.E.B. est la maison qui porte sérieusement le plus de projets actuellement excitants, sortant les disques obscurs de Raime ou vatican Shadow (on y reviendra), tenant un tumblr dans la plus grande tradition (c'est à dire une compilation d'images troublantes sans aucuns mots, au milieu d'annonces de soirées et de sorties vinyles) et remettant au goût du jour des sorties avortées et acclamées. Exemple donc avec ce Black Rain, lui aussi nécessitant une présentation. Issu de la foisonnante scène New Yorkaise des années 80 (no wave et consort, les débuts du hip hop...), Stuart Argabright s'écarte de son mythique projet Ike Yard à la fin de ladite décennie pour fonder Death Comet Crew avec Shinichi Shimokawa. Le duo se retrouve quelques temps plus tard autour du projet Black Rain (un quatuor dans un premier temps) pour lequel  ils s'engagent à réaliser la trame sonore du livre Neuromancer et du film Johnny Mnemonic, tous deux issus de l'esprit (fertile) de William Gibson. Seulement, une fois le boulot finit le film avec Keanu Reeves se passe de la partition du duo et les bandes sont oubliés. Défini par le groupe comme de la Biotechno ou du Post-Indus, la musique de Black Rain est glorieusement redécouverte aujourd'hui et trouve logiquement sa place au milieu du catalogue Blackest Ever Black. Lentes progressions rythmique, les morceaux de Black Rain dégagent sans aucune difficulté le climat SF typé année 80-90. Le travail sur les ambiances, le sound design élégant, peuvent faire songer à un Lustmord moins grandiloquent, et qui assume aussi un côté plus humain, notamment dû aux samples de voix lointains, confus. Le disque reste néanmoins très rythmique, comme de longs thèmes où les stridences diffuses se mèlent à un minimalisme sombre, et des percussions obsédantes. On sent cependant que le disque fait son âge: les presets de percussions issus des machines utilisées par le duo ne sonnent pas de première jeunesse et ne bénéficient pas du traitement vintage qui plairait aux obsédé rigoureux du son des vieilles machines analogiques. On est dans l'émulation parfois cheap de percussions traditionnelles, couplé aux beats de BaR- en cohérence avec le thème des travaux, en plein dans le numérique. Reste quand même un disque qui se découvre avec plaisir au milieu des autres sorties du label, et qui vient également donner une certaine idée de paternité à toutes ces formations. Black Rain s'exhibe au bon moment, et Blackest Ever Black publie un objet qui fait honneur au travail du duo.

mercredi 27 juin 2012

THE ROOTS- Zenith

L'équivalent contemporain de feu Lol et le groupe, sans DJ Abdel, a quitté quelques semaines Jimmy Fallon pour une tournée, histoire de défendre un peu le petit dernier Undun. On avait quitté les Roots plutôt déçus du dernier passage en ville, concert hommage avec les Last Poets il y a presque 2 ans, composé de longs jams nébuleux un poil chiant. Même si Undun nous a moins convaincu que How I got Over, on prend quand même la peine de payer son billet pour aller voir sur scène, dans leur propre configuration l'orchestre TV le plus classe du moment. Concert réconfortant donc, qui suit un show plutôt drôle et sympathique d'un ancien Saïan Supa Crew qui a permis de constater que lorsque le Zenith dégaine les caissons de basses ce n'est pas qu'à moitié qu'ils dégomment quelques cages thoraciques. Impressionnant. Derrière les Roots joueront moins lourd mais avec une maîtrise du show très américaine, qui rappelle un peu les prestations type NIN que l'on avait également évoqué. Sauf qu'avec une dose de  déconnade, de chorégraphie stupide et de groove surpuissant dans tous les sens, le constat final est sans comparaison. Malgré quelques longueurs, quelques solos qui auraient mérité d'être amputé, le Show du Fallon Orchestra associe joyeusement bordel organisé et spectacle rigoureux. De plus, on sait Questlove et son posse loyal, on apprécie donc logiquement l'ouverture du concert sur une reprise de "Paul Revere" sur l'instru de "She's Crafty"- ça ne sera d'ailleurs pas la seule dans ce foutoir totale, puisqu'on aura aussi droit à un "Love to Love You baby", un "Sweet Child O'Mine", "Jungle Boogie", et "Apache", entre autres.

mercredi 6 juin 2012

UNSANE & BIG BIZ- Glazart

Autant je crois être arrivé à saturation avec les Melvins, autant je ne suis pas sur un jour qu'il soit possible que je me lasse d'Unsane sur scène. Et pratiquement un an tout pile après leur dernier passage, j'y retourne avec grande joie pour prendre à peu de chose près le même type de correction. Mais avant ça la surprise: Big Business. Je n'ai jamais été hyper convaincu par le duo à géométrie variable (gné ?), mais ce soir, étonnament, je vais les trouver particulièrement efficace, voir même excellents. Accompagnés d'un guitariste que je n'identifie pas, le duo basse/batterie est arrivé à un niveau absolument fascinant sur scène. Jared Warren est un bassiste qui joue avec une souplesse et une dextérité remarquable. Alors qu'il pourrait  se contenter d'envoyer du riff épais sans se poser de questions, on observe que le type est quand même suffisamment abîmé du timbre pour se faire chier, malgré le volume excessif de son instrument et l'urgence du jeu implicite pour exécuter au mieux cette noise dansante, à incorporer tout un tas de subtilités dans ses lignes, type vibrato, glissements et autres. Mais surtout, c'est Coady Willis qui attire l'attention. Libéré des Melvins, son jeu dans Big Business est moins remarquable dans sa composition mais reste totalement improbable dans son exécution. Si les parties de batterie ne sont pas aussi folles que celles enfantées dans l'hémisphère de Crover, le marathon auquel se prête Willis est à la limite de l'écoeurement. A la fin de son set, on admire que le type ne se soit pas encore liquéfié grâce au mélange chaleur/gestuelle excessive, mais on reste admiratifs quand le type enchaîne avec le concert d'Unsane, remplaçant Mr Signorelli. Si Coady est un batteur très porté sur le roulement hystérique, il est tout même moins à l'aise avec le jeu plein de feeling du tatoueur New Yorkais (ou hôtelier Mexicain, au choix) bien qu'il soit très probablement meilleur batteur d'un point de vue purement technique. Particulièrement concentré et appliqué, il ne délivre pas le grain, le climat tribal des plans  originaux. Ceci dit, il excelle dans son rôle de dépanneur, et fait probablement office du meilleur batteur capable de remplacer Signorelli. Autour, les deux autres gars, Spencer et Curran, jouent un set puissant et teigneux, mené donc sans sourciller par la machine increvable qu'est Willis.  Basse qui ramone, voix qui s'égosille, guitare aux cordes déchirantes, 3 seaux de bave et 4 de sueur. Simplement, Unsane a été grand. Une fois de plus.

Ps: Un bonus 5.1 Thx sur l'extension vidéo que voici.

lundi 4 juin 2012

SHIT & SHINE, les Instants Chavirés.

Le Grand Larance Prix, Les Instants Chavirés... ça aurait pu être le nom d'un nouvel album. Mais non. Juste un lieu logique pour accueillir une formation hors norme. On se demande un moment si le Wire ne porte pas la poisse: après le faible attrait qu'a suscité la venue de Sensational qui avait fait l'objet d'une couverture du mythique magazine, c'est Shit and Shine, disque du mois de février dans la revue, qui peine à remplir la salle de Montreuil. Merde, tous les joyeux lurons qui ont dépensé presque 30€ pour les Melvins 4 jours plus tôt n'ont pas trouvé 10€ pour voir $&$ ? Il faut dire aussi que le public est beaucoup moins composé de t-shirts noirs qu'à la Grande Halle. Ceux qui nous suivent savent qu'on parle régulièrement du groupe fou de Craig Clouse, mais encore aucun report. Première fois donc qu'on peut voir le groupe sur scène et même si on a eu un peu peur d'assister à un set foutage de gueule, $&$ a été égal à lui-même, ou du moins logique quant on connait ses disques. Une heure de transe rythmique et de bruits générés uniquement via des machines (ils sont 3 préposés au poste), des effets et des batteries. Clouse se masque façon JokerS au début du second batou de Nolan, et s'essai à la batterie- de ce que j'avais vu jusque là de Shit and shine sur scène, il était plus souvent au clavier ou à la guitare- tout en triturant deux samplers desquels s'échappent les boucles servant de base aux déambulations sonores du quintet. En face de lui, un évadé de Todd frappe une batterie minimal mais relié aux effets assourdissant du lapin (cf. photo), également échappé de Todd. Le lapin, dont on ignore le nom, joue au King Tubby diabolique, et lorsqu'il ne tourne pas les potars de ses outils dans tous les sens, ne crie pas dans un micro, prend le temps de faire une sorte de danse, entre course sur place et twist en asile psychiatrique (pour vous faire une idée, regardez donc le petit bonus ici). Pas de guitares donc, et seulement 2 batteurs, mais plus d'un morceau (6, je crois), ce qui n'exclut pas le groupe de dessiner longuement, progressivement, cette ballade psychédélique hystérique où la distortion se mélange à l'absurdité la plus totale. On admire définitivement ce groupe.

VILLETTE SONIQUE 2012: GODFLESH, DOOM, MELVINS, SLEEP, SHABAZZ PALACES, MUDHONEY...

 Ah putain ! Tu t'en fous probablement, toi lecteur, mais le billet initialement prévu pour ce blog vient tout simplement de disparaitre dans les abysses du web. J'aurais pu laisser tomber, mais vu que je me suis quand même fait chier à tenter de prendre des photos minables desdits concerts, je refais ça avec beaucoup moins de mots, et beaucoup plus de bave aux lèvres.

On a déjà dit tout le bien qu'on pense de la Villette Sonique, le seul festival qui nous fait nous sentir moins minable à chaque annonce d'une nouvelle édition de l'ATP en Angleterre. 2012 est un grand cru, peut-être le plus excitant depuis 2008 qui n'affichait que des légendes (TG, Devo, Shellac...). Par contre on s'amusera de voir les gens se dirent de plus en plus ouvert à tous les genres musicaux, mais encore frileux lorsqu'il est temps de débourser des euros pour aller à des concerts d'autres choses. En gros, les metalleux n'étaient pas trop nombreux à la première soirée, et inversement (à la différence que MF DOOM et Shabazz reviennent souvent quand on parle hip hop avec les fanatiques de la 6 cordes distordues, alors que Godflesh ou Melvins ne représentent probablement toujours aucun intérêt pour le public hip hop). Bref, premier soir, premier concert, et première taloche: Shabazz fait honneur à son excellent premier album publié par Sub Pop. Hip hop électronique inventif, qui joue un peu plus sur l'aspect rythmique et (pourquoi pas) tribal qu' Antipop Consortium à qui nous les avions comparé (facilement).

 Doom derrière offre le show minimal par excellence : pas de DJ, juste un mec qui fait 4 fois son volume en guise d'accompagnement, et une vidéo montée en 10 minutes backstage avec la caméra intégré du macbook de Daniel Dumile pour habiller le tout. Mais Doom a le sens du show et crée l'hystérie totale dans la salle, qui fait alors bien plus songer à un concert de punk qu'autre chose: pogo ado et émeute pour s'approcher au plus près du légendaire Metal Face qui occupe avec aisance l'énorme salle de la grande halle. Massivement basé sur Madvillain (déjà 8 ans !!), Doom passe aussi par un peu de King Geedorah, Doomsday ou Mm Food, avant de sortir de manière surprenante un bout de Danger Doom (qu'il avait totalement évité lors de son premier passage dans la capitale). Très grand show. Derrière, Fly Lo déchaîne totalement les derniers guerriers encore debout, en organisant un set autour de ses propres morceaux et d'autres choses finement sélectionnées (Erykah Badu, Beastie Boys, Radiohead, Mr Oizo...). Première soirée, et le niveau est déjà très élevé.

 Même lieu du crime le lendemain pour la seconde soirée. Iceage est composé de mineurs Danois, mais envoi un punk plutôt bien branlé. A vrai dire, si je m'enquillais encore tout ce qui sort en punk/hardcore je n'aurais probablement trouvé aucun intérêt à ces jeunes gens, mais dans ce cadre, je trouve que ça marche pas mal du tout. Le batteur a ce petit truc fascinant des increvables, alors que le chanteur au charisme digne d'un poulpe apporte quelque chose de Black Flag dans sa voix-bien que la programmation les vend plutôt comme des rejetons de Joy Division.
Suit Psychic Paramount, ou "Tool pour les nuls". Sauf que ça n'a strictement rien à voir, puisque PP joue plutôt une sorte de post rock progressif qui n'aurait pas pris le temps de composer les parties calmes et qui se serait concentré sur les parties de bruits. Couches sus couches sur couches. Mais étonnament, il y a un petit quelque chose qui me rappelle le groupe de Maynard. Beau travail de la basse, encore une fois, ça fonctionne bien.

 Je l'avais déjà senti la dernière fois, mais là c'est sur: j'ai trop vu les Melvins. Déjà le coup d'avant je m'étais un peu emmerdé. Là c'est mieux, notamment parce que les mecs ont un répertoire colossal et qu'ils peuvent sortir une surprise à tout moment. Ce coup là c'est l'excellente reprise des Wipers Youth Of America, 10 minutes d'un punk metal parfait qui fait office de synthèse impeccable pour les Melvins-dispo, entre autre, sur un 12" dont on avait causé. Une coupure de courant ensuite les oblige à meubler (avec des versions a cappella de "happy birthday" et de l'hymne américain) avant de finir dans les règles de l'art. En somme, bon concert... mais assez anecdotique.
 Sleep est surtout connu pour être le groupe légendaire à avoir en premier poussé l'expérience doom à son paroxysme en enregistrant un album composé d'un seul et unique morceau, dopesmoker/jerusalem. Si poussé d'ailleurs que le label refusa de publier cette chose, par manque de couilles, faisant du trio une sorte de martyr sacrifié par le label peureux qui entraina sa chute. Depuis les mecs ont formé d'autres groupes (Om pour la section rythmique -Cisneros et Hakius, High On Fire pour le guitariste Matt Pike). Il y a quelques années,  le trio se reformait pour quelques concerts. Depuis, Hakius a disparu (en quittant Om et Sleep), remplacé ici par le frappeur de Neurosis. Pour ceux qui se demandaient où était passé le batteur, la réponse nous saute aux yeux: Cisneros a du le bouffer- et personne ne lui fera remarquer ce soir, le mec est de mauvaise humeur puisque ces deux premières phrases sont pour prévenir qu'en cas d'excès de stage diving ils arrêteront le concert, pour ensuite s'embrouiller avec un tocard au premier rang. Sleep entame son set sur son mythique Dopesmoker, logiquement, amputé de plusieurs minutes (ramené à une grosse demi heure) avant d'aller piocher dans d'autres morceaux -Dragonaut, Holy mountain... Le public est totalement conquis par la prestation du trio, et je suis notamment surpris du nombre incroyable de damoiselles présentes et fascinées par la musique du trio. Au milieu de ce déluge de riffs on (je) se fait un peu chier par ce concert qui tire en longueur.

 Le parc et ses concerts gratuits était devenu une petite habitude. Grace à une circulation parfaite vers Paris, impossible d'arriver en temps et en heure pour voir B L A C K I E (oui, oui, ça c'écrit comme ça) et DJ Rashad & DJ Spinn (représentants du footwork, vraiment dommage), on se contente donc de voir Mudhoney (Mudhoney, gratuit à Paris en 2012...fou). Je ne connais que sommairement Mudhoney, en fait, je ne possède qu'une paire de disques, notamment la compilation qui contient leur excellentissime reprise The Money Will Roll Right In, de Fang, avec une ligne de basse parfaitement crade. Bon, inutile de préciser qu'ils ne la joueront pas. Du coup, Mudhoney est beaucoup plus sage que ce que j'apprécie normalement chez eux (ça ne veut strictement rien dire). Sympathique concert, le cul posé dans l'herbe.

On passe rapidement voir I:Cube dont c'est visiblement le premier live, bien que je croise le nom de ce type depuis plus de 10 piges dans les canards électroniques. Il va falloir que je mette la main sur son dernier LP qui ne reçoit que de bons papiers, ce qu'il balance sur la petite scène de la Villette me plaît beaucoup, même si l'ambiance club parisien sous le cagnard me plait moins, surtout quand il y a environ 40 personnes empilées au mètre carré.
On repasse rapidement vers la grande scène pour voir ce que rend Elektro Guzzi  le groupe que le programme du festival vend comme une formation rock jouant de la techno qui a "tout démoli sur leur passage au Sonar". Bon bah là ils devaient être crevé les mecs...

 Direction le cabaret Sauvage pour la dernière soirée en ce qui nous concerne. Oui, Broadrick ne vend pas encore assez de tickets, et c'est donc dans ce petit...cirque qu'est déplacée la soirée, initialement prévue également à la Grande Halle. L'ambiance est tout de suite différente, moins surprenante et singulière que dans la grande salle, s'inscrivant plus dans une logique de festival où on pourrait -presque- rentrer et ressortir comme si de rien n'était, sauf qu'il faut bien payer les quelques euros quémander par l'orga.
Liturgy passe de 4 à 2 membres et joue un black metal coupé aux chants bavarois sur une bouillie de boite à rythme et ponctué par des cri de goules. Ca donne pas envie ? En tout cas ça fait chier un bon paquet de gens.

 Je ne pensais pas que Soft Moon ferait autant parler d'eux. Les avis post-concerts sont très partagées. D'un côté pas mal y verront une très bonne prestation, parfois même la meilleure du festival, tandis que d'autres soulignent l'impression d'un groupe qui ne cesse d'interrompre ses compositions, ou encore celle de n'entendre que des introductions. Le plus surprenant c'est surtout d'entendre une groupe joué du Cure comme on joue du post-rock: avec une idée et une boucle qui gonfle (au sens premier). Pas mauvais, pas inoubliable.
Bon, ceux qui nous lisent régulièrement l'ont probablement compris, Godflesh fait partie des groupes qu'on désignera raisonnablement ici comme important, qu'on a écouté et saigné jusqu'à faire des copeaux sur les vinyles, créer des sillons sur les CDs, fatigué tout notre entourage. Et oui, c'est bien pour Green et Broadrick qu'on est venu voir ce soir. Après la reformation au hellfest qui m'aurait fait débourser le billet uniquement pour eux, patience fut finalement payante. Et si tu connais un peu Broadrick, tu sais qu'il va y avoir une couille technique, c'est un peu sa marque de fabrique. Tout ça cumulé, on se dit que le concert a autant de chances d'être superbe que minable, mais je ne pouvais pas prendre le risque de rater ça... on sait jamais, je fais partie des gens qui n'ont pas vu Godflesh dans les années 90 alors je profite de les voir enfin- et accessoirement de me laver du souvenir d'un concert douteux à la loco de Jesu où Dälek s'était imposé avec classe comme le groupe de la soirée.
30 minutes pour trouver une alim et brancher son multi effet. Rien de moins. Presque 30 piges de carrières et on en est encore là. Pendant ce long laps de temps, les BaR sont testées pour le soundcheck et première surprise: le son n'est pas massif, il est bien au delà de cette notion. J'ai littéralement le short qui vibre aux coups de boutoir du kick digitale. Une fois le tout arranger, Green, porté disparu pendant 10 piges regarde Broadrick et c'est Like Rats qui ouvre (logiquement) le set. Pas de doutes possible à la fin de la première mesure : Godflesh décalque la trogne à tout le monde, décapite les 5 premiers rangs, provoque 6 descentes d'organes et 3 vomissements. Le set est d'une brutalité magnifique. Green confirme ce qu'on a souvent pensé en écoutant attentivement la disco du duo: il n'est pas juste le bassiste, il est celui qui conduit la musique de Godflesh, quand Broadrick dessine des riffs abstraits, laisse ses 6 cordes vivre et mourir. C'est la basse qui donne à Godflesh ce son imposant, colossale et à la finesse totalement exclue. On comprend mieux pourquoi Flesh a sabordé le projet après que Green se soit barré il y a 10 ans. Le duo fonctionne parfaitement, et ils occupent l'espace avec la puissance de leur son et une présence scénique insoupçonnable: on m'a souvent dit que Broadrick n'était pas bon sur scène, me parlant d'un Techno Animal anecdotique ou d'un Godflesh ratant régulièrement ses shows. Ce soir justice est faite: le concert est magistrale. Un regret tout de même : avec une setlist massivement orientée sur la première partie de la disco (Streetcleaner, Avalanche Master song-de l'éponyme de 88, Mothra-Pure, Crush My Soul -Selfless...) "US & THEM" est totalement écarté, me confortant dans l'idée que cet album est aujourd'hui quelque peu sous-estimé, alors qu'il est totalement logique que "Songs..." et "Hymns" soient mis de côté. On espère que le groupe reviendra défendre ses morceaux lorsque celui-ci aura sorti son nouvel album, confirmé par Broadrick il y a quelques semaines. Godflesh est bien en vie et se porte bien. Très bien. Seconde et ultime tarte de cette édition 2012, une heure et quelques minutes d'un concert simplement parfait et impressionnant, concluant (pour moi) un festival impeccable. Le niveau est très haut pour l'an prochain.

vendredi 18 mai 2012

SENSATIONAL & KOUHEI MATSUNAGA, DJ SCOTCH BONNET, C_C, STORMVARX, dDAMAGE- Klub

Oui, c'était bien-au moins y avait du volume contrairement à la dernière fois; sorte de soirée de l'impossible, qui rassemble 40 perdus. C_C donne le ton avec un hip hop électronique (tendance bruit) gonflé aux hormones analos (on croise les doigts pour un beau 12") et Stormvarx, un habitué des ouvertures Wordsound inonde le Klub d'une noise qui prend progressivement forme en rebondissement rythmique. Derrière, Kouhei Matsunaga s'associe à DJ Scotch Bonnet et on hallucine devant le succès tout relatif de ce genre de soirée: un mec qui a signé sur les plus prestigieux labels (Skam, Raster Noton, Wordsound, Mille Plateaux, Important Rec) qui collabore avec les mecs d'Autechre, Pansonic, Merzbow, Asmus Tietchens, cette fois à coté d'un membre de Seefeel, rejoint plus tard par un type qui fascine les plus grands, ex-membres des mythiques Jungle Brothers... tout ça devant une salle peu remplie. Entre déflagration noise et distortions, Sensational recrache l'air inhalée en se promenant entre beats inédits, morceaux de Spectre, fruit de ses collaborations avec Kouhei, avec une aisance étrange, sorte d'open mic maitrisé et totalement en roue libre, le mec demandant à ses DJ de changer de morceaux n'importe quand, demande une autre instru, exige un morceau plus rapide, et trouve toujours un truc à baragouiner par dessus. Du hip hop pur, c'est à dire dans une forme sans limite, au sein duquel le MC "from another planet" est totalement à l'aise.

mercredi 16 mai 2012

Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui de Jean-Marc Barr et Pascal Arnold

Les films de Barr et Arnold sont formidables à plus d'un titre. Formidables tout d'abord parce qu'ils ne coûtent rien et ne rapportent rien non plus mais trouvent quand même le chemin des salles. Formidables aussi parce qu'ils prennent le contre pied esthétique de toute la production arty d'aujourd'hui : pas de chichi, pas de volutes inexplicables et sidérantes, pas d'étalonnage, une épure fraîche qui se veut l'emprunte du réel sur une fiction théorique à visée documentariste. Formidables enfin parce qu'ils se proposent à chaque fois d'établir avec cohérence une nouvelle éthique de la sexualité au cinéma tout en ratant à chaque fois avec fracas le sujet qu'ils visent. 

Quand je dis à chaque fois, j'exagère... Mais prenons les deux derniers, American Translation et ces Chroniques. Tout deux brillent par leur incroyable candeur et par la cohérence de leur esthétique. Seulement American Translation sonne faux d'un bout à l'autre, pour cause de mauvais dialogues et d'une faiblesse scénaristique corrélative. Chroniques n'est pas bien meilleur de ce point de vue mais ménage quelques moments particulièrement drôles et sincères. La sincérité, c'est très certainement ce que cherche le plus le tandem. Mais à défaut d'avoir de mauvais acteurs, encore faudrait-il qu'ils aient une direction d'acteurs digne de ce nom ! 

Comme dans American Translation, les acteurs de Chroniques sont en vadrouille, tantôt dans des dialogues empesés, tantôt dans un surjeu gêné, gêné par l'enjeu du film. Car l'ambition est puissante : redessiner les contours de la sexualité à l'orée de l'hédonisme, du quotidien et non de la pornographie. Rien que le prétexte vaut le détour en salle. Seulement, nos amis ont eu les yeux plus gros que le ventre, les phalanges plus larges que leurs mains. A défaut d'être bancable, ils ont quand même voulu ouvrir leur film au plus grand nombre et ont coupé 5 minutes de film, à mon avis essentielles, qui leur auraient valu une interdiction aux moins de 16 ans. 

Si bien que sans ces 5 minutes trop explicites, les scènes de sexe perdent tout leur sens. Comment redessiner la sexualité au cinéma si on se prive de la représentation du sexe lui-même ? Qu'il soit en action ou non, la nudité elle-même se retrouve amputée par ce parti pris étrange. Aussi, lorsque Barr et Arnold filment des scènes de sexe, on les trouve au mieux drôles, au pire gênantes voire ennuyeuses. Ennuyeuses car vidées de substance, vidée de la véritable représentation du sexe (du pénis, du vagin et de l'acte de pénétration, tant vaginale, qu'anale ou que buccale (si j'en oublie, faites moi signe)). 

Nuançons ce tableau en louant la performance d'acteurs qui certes, ne brillent pas par leur jeu, mais par leur audace. Parce que oui, c'est difficile de trouver des acteurs capables de s'investir à ce point dans un film et, réciproquement, c'est difficile d'avoir les couilles de venir se les vider devant la caméra (quand on aspire à autres choses qu'au porno). Alors, oui, bravo à Mathias Melloul par exemple, particulièrement gauche et touchant dans sa scène de dépucelage, ou à Yan Brian qui après avoir joué dans Plus belle la vie (!!) s'est risqué à jouer le papy veuf qui entretient une relation avec une prostituée. 

Peut-être aurait-il fallu, du coup, aborder la question d'une façon plus théorique et moins fictionnelle. Cela aurait assurément réduit encore plus le public mais aurait donné un souffle tout à fait différent au film, plus militant, plus intello... Ces Chroniques apparaissent trop simplistes et rigolotes pour nous convaincre qu'elles fouillent réellement le sujet jusqu'à la lie. Et c'est fort dommage.

mardi 15 mai 2012

I Wish de Hirokazu Kore-Eda

Il est mille et une beautés dans le visage d'un enfant que Kore-Eda a, par une science de l'image incandescente, le talent de saisir à chaque plan. I Wish raconte la relation qu'entretiennent deux frères suite à la séparation de leurs parents. L'un est resté avec sa mère, l'autre est parti avec le père. Leur seul lien, c'est ce coup de fil qu'ils se donnent, toujours le même jour de la semaine, après la natation. Le plus grand nourrit l'espoir d'une réunification. Le plus jeune, a du mal à cacher à son frère que ce n'est pas ce qu'il souhaite, mais que pour autant, il ne veut que le meilleur pour son frère, qu'il l'aime quand même. 

Kore-Eda saisit la candeur et la fraîcheur des rêves d'enfants, seuls capables de soulever des montagnes, de dépasser l'impossible. Ses deux gamins s'éloignent des stéréotypes scabreux, rappelant la malice ou la pudeur du petit garçon accompagné par Kitano dans Kikujiro No Natsu. Il dresse également le portrait d'une société japonaise qui change, irrémédiablement, tout en continuant à vivre sous la menace permanente des éléments naturels. Comme si les nouvelles générations apportaient leur lot de vitalité sous la houlette tantôt ravageuse, tantôt grandiose, d'une tradition millénaire. 

Elle est aussi là, la force de Kore-Eda. Capable d'inscrire son cinéma dans la droite lignée d'un maître comme Ozu et de prendre les chemins de traverse que lui montre ses charmants bambins. Ainsi délaisse-t-il quelque peu ses plans fixes si travaillés, qu'il avait tant exploité dans Still Walking pour prendre l'air, gambader, se disperser. Entre la sagesse ancestrale et la vitalité soudaine d'une enfance imprévisible. 

On pourrait croire que I Wish n'a pas de mérite à magnifier les aspirations de l'enfance. Mais loin de se contenter de réaliser les rêves impossibles de gamins aux visages d'ange, il les fait également grandir, plus vite que leurs parents. Face aux éléments intangibles, face à l'histoire qu'ils ne maîtrisent pas, les enfants prennent des responsabilités d'adultes et assument les rêves que leurs parents n'ont pas voulus enterrer. C'est ainsi que Kore-Eda voit l'avenir, entre les mains d'enfants aux rêves joyeux, capables d'un altruisme forcené et d'une raison à toute épreuve. Un bien bel ouvrage, touchant et superbe. 

vendredi 4 mai 2012

ADAM YAUCH/ MCA

De
                                


Jusqu'à


                                          



"MAX RESPECT !"

Si Mike D est l'homme à l'étrange voix plus porté sur le bizness, Ad-Rock le roquet punk hurlant, Adam Yauch a été la force tranquille des Beastie Boys, celui qui se faisait plus discret, mais qui est aussi largement responsable de l'évolution du groupe, de sa mutation, de sa maturité. De ses couplets totalement en décalage avec le ton loufoque largement répandu dans les enregistrements du groupe(cf. "A year and a day") à ses convictions (le Tibet, c'est lui), en passant par ses apports artistiques  ("Awesome", c'est encore lui...) à l'entité Beastie Boys, Yauch a élevé le groupe et lui a donné ce visage humain, évoluant avec le temps. 

Depuis une petite décennie le groupe a amusé par son "grand âge". Le décalage de voir 3 "boys" quadras rapper en casquette faisait sourire, amusait et embarrassait parfois aussi les détracteurs, même si le groupe s'en amusait lui-même (cf. les paroles d' Adam Horovitz "Grandpa been rappin' since 83" par exemple). Et si les Beastie étaient devenus des vieux dans leur domaine, on se rend brutalement compte que 47 ans c'est très jeune. 

Le trio fait probablement partie des groupes les plus importants de la pop culture. Son aura s'est légèrement atténué  ces dernières années, mais tous les gens qui se sont intéressés un jour à la musique au sens large ont aimé ou ont été impacté par la musique des Beastie Boys. Du metalleux au B Boy, du coreux à l'admirateur de Jazz (non, tout le monde ne joue pas à Montreux comme ça) les Beasties font partie des grandes influences. Et au delà. Dans les années 90, beaucoup estimaient que le groupe n'était pas juste une formation musicale, mais représentaient un style de vie à part entière. Aujourd'hui, de la presse au hip hop en passant par le streetwear, beaucoup de mouvements, de musiciens, d'artistes, de magazines, de sites web, doivent quelques choses, de près ou de loin, aux Beastie Boys, à Grand Royal, à X-Large. 
Et c'est en toute logique que les hommages fusent de chaque côté de la toile pour rendre hommage à Yauch. Je ne suis pas sur qu'il existe d'autres formations aussi importantes culturellement, et aussi transe-genre que les Beastie Boys. C'est donc avec parfois d'excellents mots que le groupe est salué, aussi bien par Q Tip que par Converge, par El-P, Outkast, Mr Oizo, Maynard James Keenan, ?uestlove, REM (!), James Iha, Liam Howlett, Wes Borland, Jimmy Fallon, Oprah Winfrey, RZA, Weezer, Green Day, les METS, De La Soul, Tom Morello, Chuck D, Amanda Palmer, Oktopus, Kevin Martin, Perry Farrell, Milla Jovovich, Stephen O'Malley et encore bien d'autres, dans des formules allant du simple "RIP" au plus poétique "Bon voyage Adam", en passant par les remarques sur l'importante partie de New York qui vient de disparaitre. 

On ne parlera pas (trop) des fans anonymes, regrettant un presque grand frère, tant les Beastie ont accompagné nombre de gens, parfois au passé, parfois au présent. Ils sont légions, à s'être passé Paul's boutique, à avoir décortiquer Check Your Head, à s'être murgé sur  Licensed to Ill. Personnellement, une partie de ce que je fais tous les jours, je le dois aux Beastie Boys; tous les disques que j'amasse, je leur dois partiellement. Et il n'y a aucun voyage que j'ai fait duquel je suis revenu sans un disque des 3 dans le sac. 

Il n'y aura peut-être pas de fin du monde cette année, comme prévu, mais ce monde vient de perdre un groupe qui nous fait tous nous éloigner un peu plus de notre jeunesse.




mercredi 2 mai 2012

GANGRENE- Vodka & Ayahuasca

Deuxième coup de latte du duo dynamique, déjà. Prolifique, il faut le souligner. La première production de cette association avait déjà largement séduit, de sa pochette étrange qu'on aurait plutôt imaginer pour un combo grindcore écolo en passant par le 12" en forme de scie circulaire, le genre d'objet qui impose toujours un peu le respect. Un casting soigné aussi: The Alchemist, homme de l'ombre aussi à l'aise avec Dilated People qu'avec les truands de Mobb Deep, collé aux pompes du frangin de Madlib, Oh No, créateur de quelques morceaux imparables (notamment le titre qui ouvrait le dernier Mos Def en date). L'association sous psychotrope se confirme et s'affirme sur ce second LP, véritable ode aux déambulations psychiques en tout genre et aux mélanges brumeux. Le visuel s'éloigne cette fois de la vision cauchemardesque du précédent album, et rappelle aussi bien les visuels d'Adam Jones que la pochette du seul album de Shape Of Broad Minds, "Craft of the lost art".
Il est déjà possible de mentionner quelques disques que l'on qualifierait volontier de hip hop psychédélique, mais Gangrene apporte avec aisance sa pierre à l'édifice. La production de l'album est d'une densité remarquable, incarné par des beats écrasant, comprimant l'espace sonore, tandis que les samples débordent de vie de toute part. Entre ses longues plages de phaser, ses boucles de guitares en roue libre et ses sons de sirènes noyés dans les effets et les accidents audio, on se retrouve dans une excursion au déroulement incertain et aux envolées parfois improbables, comme sur le titre éponyme qui mélange une progression totalement psychédélique pour déboucher brillamment sur une phrase de guitare type 13th Floor elevator se mélangeant au scratchs lapidaires dans une éruption sonore de possédés. Magie noire audio, les deux hémisphères malades des deux amateurs de perceptions modifiées s'accompagnent d'une floppée de MCs proche du groupe (Prodigy, Kool G rap, Evidence...), venus incarner vocalement cette cérémonie opaque. Si l'album brille par ses productions, on ne négligera alors pas la trame "vocale" de l'album, bien que ce "Vodka & Ayahuasca", dynamique et ramassé, s'avère verbeux sur la longueur. Du coup, cette association très réussie (me) rappelle aussi un album devenu classique et issu d'une rencontre entre deux MCs aux univers distinct: "Blackout !" de deux autres grands admirateurs d'herbes.