Ca fait 3 albums maintenant que Mogwai s'évertue à proposer sur disque une rage proche de leur prestations scéniques après avoir progressivement calmé le jeu entre "CODY" et "Happy songs...". Mr Beast restera probablement l'album le plus surprenant et aussi leur pièce maitresse encore pour un bout. Le suivant ne charmait qu'a moitié, et le live sorti fin 2010 manquait cruellement de ce "je ne sais quoi" caractérisant la puissance du groupe sur scène. Hardcore wil never die, but you will affiche d'emblée une série de bons points: un titre absolument parfait, qui s'inscrit dans la logique du groupe depuis ses débuts avec des titres tous plus singuliers les uns que les autres, et enregistre ici directement le meilleur nom d'album de tous les temps. La pochette ensuite, faisant suite à l'horrible visuel issu d'un t-shirt acheté sur le marché de Trouville est une des plus réussies du groupe. La version double vinyle est magnifique. Une pochette qui a tout d'un classique, à ranger entre hotel california et Animals. Ou alors entre Young Team et Ten rapid. On restera ensuite dubitatif quant aux techniques marketing déjà usitées chez d'autres, à savoir foutre un bonus en mp3 (ou sur CD pour la version double CD) pour ensuite chouiner sur la dématérialisation de la musique en interview. jeudi 31 mars 2011
MOGWAI-Hardcore will never die, but you will
Ca fait 3 albums maintenant que Mogwai s'évertue à proposer sur disque une rage proche de leur prestations scéniques après avoir progressivement calmé le jeu entre "CODY" et "Happy songs...". Mr Beast restera probablement l'album le plus surprenant et aussi leur pièce maitresse encore pour un bout. Le suivant ne charmait qu'a moitié, et le live sorti fin 2010 manquait cruellement de ce "je ne sais quoi" caractérisant la puissance du groupe sur scène. Hardcore wil never die, but you will affiche d'emblée une série de bons points: un titre absolument parfait, qui s'inscrit dans la logique du groupe depuis ses débuts avec des titres tous plus singuliers les uns que les autres, et enregistre ici directement le meilleur nom d'album de tous les temps. La pochette ensuite, faisant suite à l'horrible visuel issu d'un t-shirt acheté sur le marché de Trouville est une des plus réussies du groupe. La version double vinyle est magnifique. Une pochette qui a tout d'un classique, à ranger entre hotel california et Animals. Ou alors entre Young Team et Ten rapid. On restera ensuite dubitatif quant aux techniques marketing déjà usitées chez d'autres, à savoir foutre un bonus en mp3 (ou sur CD pour la version double CD) pour ensuite chouiner sur la dématérialisation de la musique en interview. mercredi 30 mars 2011
BEANS- End it all
Même si rien n'est officiellement annoncé - aucune allusion sur le site d' Antipop ni sur les pages de Beans lui-même- Beans sort son nouvel album après son évasion du mythique collectif New Yorkais. Première sortie pour le MC chez Anticon, le label qui semble en perte de vitesse et qui affiche ici une de ses plus remarquables signatures depuis des lustres. L'album est-il pour autant de la classe des grands ? Beans a tout délégué cette fois-ci pour se concentrer sur le verbe et le flow, se laissant guider par ses invités. Une galerie hallucinante d'ailleurs se dévoile au long des morceaux, sans pour autant diminué la cohérence de l'ensemble. Beans, et plus précisément sa voix, maintient le fil rouge et l'album ne semble pas foncièrement différent de Thorns, le précédent essai. Death Sweater propose un refrain chanté et bidouillé sur fond de basses poisseuses, suivi d'une prestation du très (trop?) estimé Fourtet, qui entre un morceau bidouillé avec Burial et Thom "oeil torve" Yorke a trouvé le temps de refourguer une ébauche de beat. Air Is Free fait songer à un MC issu des balbutiements du hip hop dans la grosse pomme au début des années 80. Tortoise sort un bout de Bumps pour habiller un Electric Eliminator qui prend des allures de freestyle oldschool. Adebimpe, en vacance de TV on the Radio chantonne sur un pattern en attendant le retour de Sitek. Sur Electric Bitch, Beans se fait silence et laisse l'ossature rythmique vivre d'elle même quelques secondes, offrant une respiration bienvenu. Car Beans est un mec verbeux et cet album n'échappe pas à la règle. Néanmoins, si l'on peut applaudir la cohérence des 13 morceaux, on pourra aussi regretter de ne pas être totalement accrocher plus souvent par un album qui ressemble à un casting de potes offrants leurs chutes plutôt qu'un ensemble vraiment solide.
mardi 29 mars 2011
BLACK KEYS-Olympia
Aïe. Retour du pays du soleil levant tout juste validé, me voilà déjà en vadrouille dans Paris vers une soirée dansante prévue de longue date. Black Keys, tu connais ? Forcément que tu connais, même si on en a encore jamais parlé par ici. Blakroc ? Ca te revient. Les deux même avec une tripotée de potes venus pousser le verbe (mention à RZA et son "zip, zap, han") y a un peu plus d'un an dans un essai fort remarqué. J'ai beau tenir debout par miracle (décalage horaire tenace) je n'ai aucune difficulté à remarquer qu'après m'être enquillé du "Arigato" à tous bout de champs pendant quelques jours, les parisiens semblent définitivement abonnés absents niveau politesse, et je soupsonne même que depuis mon départ, le vocabulaire de la jeunesse de la capitale s'est encore amoindrie. mercredi 16 mars 2011
Sonic Youth - SYR 9 (Bo de Simon Werner a disparu)
On ne sait pas vraiment quelles conclusions tirer de ce neuvième opus de la série des Sonic Youth recordings. Plusieurs nous viennent à l'esprit. Tout d'abord, que l'artwork est minable, bien loin des teints rosés du SYR 7, ou de l'apocalypse jaunie (pas de mauvaise blague en rapport avec de récents évènements au Japon) du SYR 8. Deuxièmement, le concept est beaucoup moins attrayant que celui du SYR 4 (reprises de compositeurs contemporains) ou encore que les diverses collaborations SYR 6 ou SYR 8 (merzbow). Ici, un réalisateur français pose son scénario, et demande à son groupe fétiche de lui composer une bande son. Du culot payant. Pourtant, le film, je ne connais personne qui l'a vu, et je ne le verrais surement pas (et je défie mon collègue cinéphile de lui régler son compte ici bas). Un cadre chaleureux pour accueillir ce nouvel opus de Sonic Youth. Jeunesse sonique qui n'a d'ailleurs plus grand chose de sonique en live (cf primavera sound d'il y à une paire d'années) et qui a peur de mélanger rock/pop et expérimentations dans un même opus depuis un paquet de temps (d'ou cette dissociation schizophrène entre enregistrements dits expérimentaux et enregistrements officiels). Dernière conclusion, c'est aussi que cet enregistrement s'éloigne des autres SYR, par son approche beaucoup plus rock, ses mélodies bien reconaissables, ses distortions bien coutumières et ses arrangements bien ranaldiens. On reconnait aussi ci et là les quelques riffs de l'ami Thurston, qui semble nous balancer des chutes de studio d'experimental jet. Une douzaine de moments rock sonic youthien, de jolis moments guitaristique, des agencements rythmiques du plus bel effet, un son etouffé qui rend beaucoup plus grâce à une musique tortueuse, mais une douzaine de moments qui n'ont pas grand chose d'une BO. Une sorte de labellisation d'un réalisateur, une etiquette SOnic Youth sur son film, et un gros coup de pub pour le monsieur, tout comme une intellectualisation de plus pour les New Yorkais, qui se la jouent cette fois ci français. Tout en n'étant pas dupes sur la démarche, et sur la qualité intrinséque du produit, on se surprend pourtant à retrouver les sonorités qui nous avaient toujours plus chez Sonic Youth, et ces bribes de morceaux purement instrumentaux nous emportent peu à peu dans des contrées beaucoup plus interessantes que le trio murray street/rather ripped ou eternal. Un retour vers les années intello arty o rourkiennes du groupe, et des morceaux beaucoup plus efficaces que depuis une paye. Quel dommage que l'enregistrement soit labellisé SYR finalement, pour un joli disque de faces B instrumentales de Sonic Youth, à ranger à côté de son destroyed room donc.
Austin Peralta – Endless planets
Même si on s'attendait pas à celle-ci, elle reste quand même cohérente en plus d'être bienvenue. Brainfeeder, le label de flying Lotus nous balance un disque qui n'a rien à voir avec le reste du catalogue. Le disque d'un musicien de jazz d'une vingtaine d'années, qui a déjà bossé avec Erykah badu (celle là elle est pour mon collègue, spéciale dédicace) ou encore Chick Corea. Le mot jazz est dernièrement à la mode dans les sphères des musiques dites déviantes, intellectuelles, arty, fashion, appelez ça comme vous voulez. Même les types qui font du rock et qui n'assument pas accolent le mot math, ou jazz à leur description, histoire de pas rentrer dans une case trop étroite qui ne leur correspondrait pas. On a aussi toute la vague électronique, où certains types se contentent de sampler un peu de sax, ou d'amuser la galerie avec quelques ambiances ''lounge jazzy'' que ne renierait pas les compilations d'Hotel Costes ou autre Budha Bar (re dédicace aux parisiens cette fois ci). Bref, la sortie d'un disque dit ''jazz'' sur brainfeeder n'inspirait pas grand chose. Pourtant Austin Peralta livre un brillant disque old school, naviguant dans les eaux d'un Coltrane période Meditations, d'un Arkestra dans le côté ethnique et brillant, et parfois vers Rabih Abou Khalil dans le côté chaloupé des rythmiques. Le pianiste sait s'entourer pour former un quintet, mais aussi de quelques toucheurs de machines, dont le Cinematic Orchestra (bien que leur touche soit restreinte, voire complétement absente, et c'est tant mieux). Jolie surprise que ce disque atypique qui permet au catalogue de Flying Lotus de ne pas s'engouffrer dans une voie dubstep déjà périmée, qui aurait pu faire mal à un label frisant le génie sur de récentes sorties, notamment celle de Teebs. La musique du pianiste est parfois grisante d'inventivité, et respire la joie de composer. Aucune démonstration instrumentale, en primant sur l'accessibilité du tout, lorgnant du côté de l'époque Olé de Coltrane, qui brasse quantité d'influences mais aussi de plans dans un même morceau. La production ronde rend toute sa splendeur à la basse qui se pose en contrepoids parfait au jeu de cymbales. Une odyssée rythmique qui s'envole au gré du combat mélodique que se livrent saxophones et piano, et qui permet à endless planets d'être suffisamment passionnant et attrayant. Mention spéciale au final que représente Algiers, dans son petit quart d'heure qui fait se côtoyer l'insistance rythmique feutrée et des lignes mélodiques magiques dans une pièce qui nous fait voyager bien loin. Si Flying Lotus le dit lui même ''cet album vise une direction que j'ai envie de suivre avec Brainfeeder'', on attend la suite avec impatience. Inattendu et grisant. (Brainfeeder)
Transports – A trip on Quebec supersonic Railroads (CKK013)
Dernier disque de 2010 pour Chez Kito Kat Records, ce Transports est une compilation réalisée par E1000, l'ami québécois du crew, qui a (re)sorti son programme d'entrainement pour les éléphants sur la structure messine plus tôt. C'est le moment pour les kito de passer la frontière maritime qui les sépare du Canada et d'afficher aux yeux de tous leur amour pour le Québec. Comme vous avez pu le lire dans l'interview réalisée à la structure l'an dernier, cet endroit est un peu spécial pour eux et ils y ont séjourné. Des rencontres, mais aussi de la création ont été les laïus de ces voyages. Le choix des artistes a été laissé en main de l'ami E100, qui fréquente assidument cette scène au quotidien et la production à Maxime Robin, qui avait livré un morceau sur la troisième édition des Kito Sounds (et un joli morceau). Du coup on navigue pas mal en terrain inconnu, à part deux trois noms plus familiers : Stopmotion, le crew d'arbee et E1000, et voilà tout. C'est aussi un joli moyen pour la structure de réafirmer ses tendances électroniques et son amour pour les machines suite à une période plus axée sur des sorties folk/pop avec Alone With King Kong, Twin pricks et Sug(r)cane et sa pop cristalline. Retour aux passions de base du trio de tête, Mr Bios et Dog bless you en tête. On imagine qu'E1000 a du fréquenter pas mal de ces musiciens, au moins lors de soirées qu'il animait sur Montreal et c'est l'occasion pour eux de sortir de l'ambiance de clubs restreints. Au niveau de la thématique, pourquoi pas ? Soul Jazz le fait souvent avec succès et qualité, en mêlant un endroit géographique à une scène musicale. Cohérente en soi, cette démarche a quelque chose du déterminisme géographique et surtout de la consanguinité des scènes et par extension des sons. Et il y a quelque chose de cohérent dans ce Transports, malgré sa diversité et son côté fourre du premier abord. Tous ces artistes semblent mélanger leur amour du beat et leur science des rythmiques avec la recherche d'une intensité dramatique dans leur trame, en y injectant quantités d'instrumentations qui racontent. C'est le cas de felprézidente et sa guitare acoustique accolée à un beat purement hip hop (morceau magique qui donne envie de retrouver le Mobb Deep des débuts rapper par dessus), mais aussi de double D et ses percussions en mode lame de fond sur un songwriting rappelant Vex'd. C'est aussi le cas de ce morceau de Stopmotion avec une sortie en forme de riff jubilatoire sur clavier lunaire qui scinde le cerveau en deux et envoie une partie a raz de terre pendant que l'autre s'envole avec classe. Cette partie là s'envolera avec le Heartquake d'E1000, morceau qui aurait eu sa place sur son EP et qui reste marqué par la patte du bonhomme avec des sonorités très visuelles et très marquantes, et un sens de la mélodie qui fait mouche. Les morceaux de l'algorythme, de My en featuring avec Maxime Robin et de Morti viventear partagent aussi cet amour des mélopées 8bit et ce traitement des sonorités presque jeux vidéos sur des soubresauts rythmiques. Le moins bon est en fait situé en début de disque, avec des influences jazzy qui saccagent un peu le côté spatiale de la compilation (surtout pour Tehu donc). Mais le voyage arrivant à sa fin, aux côtés d'arbee et de stopmotion qui réalisent un atterrissage en douceur à la Oversteps (autechre) tout cotonneux, c'est avec plaisir que l'on redécouvre les passages les plus enchanteurs de cette heure de train québécois. Un voyage Chez Kito Kat records.
Erik Friedlander - 50 Miniatures for improvising quintet
On vous rassure d'entrée, le disque ne comporte pas 50 pièces, mais sept grands axes qui rassemblent sept compositions microscopiques (+1 donc pour la pièce finale, on voit venir les râleurs). Le quintet est composé de quelques têtes plus ou moins connues de l'entourage de Zorn et de Tzadik. Erik friedlander au violoncelle, Sylvie Courvoisier au piano, Trevor Dunn à la basse, Mike Sarin aux percussions et Jennifer Choi au violon. Pour ceux qui suivent les Book of angels, ils ont du prendre l'habitude de voir venir ces noms. Ces improvisations ont toutes été crée pour un projet en partenariat avec le musée contemporain juif et John Zorn, comme quoi, le monde est petit. L'interêt de ces pièces c'est qu'elles sont construites autour de d'embryons de compositions que les musiciens détruisent dans l'œuf. Frustrant et à la fois très vivifiant, ces morceaux sont en fait la somme de quantités d'idées qui s'acheminent petit à petit. Le projet est bien entendu basé sur une histoire biblique, et sur les jours antérieurs à la réception des dix commandements (au cinquantième donc, si vous suivez). Pas forcément de cohérence donc à l'intérieur même d'une journée, et pas forcément de jeu de quintet à proprement parler. On navigue entre différentes ambiances allant du très mélancolique au expérimentations sur les instruments eux même. Le poids du silence est exacerbé sur des pièces où le piano disparaît et violon et violoncelles se font nos pires ennemis car refusant toute continuations aux amorces de structures mélodiques. Les quelques envolées de basse permettent au son de trouver le corps et la respiration qu'il refuse le reste du temps. L'intérêt réside justement dans cette capacité à jouer avec leur propre musique sans jamais laisser libre cours à leurs habitudes de composition. Ces miniatures en sont vraiment et ce projet de Friedlander est avant tout un nid à idées où les musiciens évitent l'écueil de leur propre savoir faire (la piste 4 qui tue une porte de sortie klezmer au moment où on la voyait arriver). Une bien belle prestation, qui gagnait surement de l'intérêt à être vue live, et où on aurait aimé voir Joey Baron à la batterie. (Skipstone Records)
Hildur Gudnadottir – Mount A
Cet album est une réédition d'un disque de 2006 appelé Lost in Hildurness, par Hildur, aussi membre de The Nix noltes, qui est apparu sur scène aux côtés de Pan Sonic. Cette sortie chez Touch interpelle encore une fois par sa beauté, et l'identité de l'objet toujours du même type de Digipack. Cette fois ci on s'éloigne des dernières sorties du label pour arriver à une musique plus humaine et plus proche du field recordings. Mount A s'inscrit toujours dans cette optique de drone où les sons se disposent sur la longueur pour former des couches qui s'entrechoquent et créent un paysage des plus contemplatif. Cette musique nous vient d'Islande et semble être habitée par une vision filmesque de la musique, en nous livrant des scènes d'une tristesse et d'une nostalgie liées. Eloignée de la composition électronique puisque Hildur a quasiment voulu tout faire par ses propres moyens, et à l'aide de quelques instruments classique. Un violon, une viole, un piano avec une approche profondément expérimentale de la musique qui n'est pas sans rappeler les agencements électroniques voire de des adeptes de field recordings (on se souvient de la sortie de Jana Winderen l'an dernier). Le charme de Mount A réside surtout dans cette capacité de dresser des paysages d'une rare tristesse, plongés dans le néant et nous peignant une sorte de complainte mélancolique. Malgré l'aspect retenu de la musique et le tempo très lent, beaucoup plus axée sur la répétition et éloignée d'un lyrisme quelconque (sauf peut être sur un growth plus enlevé), Mount A semble étaler la souffrance sans échappatoire, avec des instruments qui pleurent tout au long du disque. Le désespoir de la musique d'Hildur semble être sans fond et en devient profondément touchant, tout en gardant quantités de surprises disséminées tout au long du disque permettant d'explorer d'autres cadres, avec l'ajout parcimonieux de vibraphone donnant une tonalité enfantine à cette tristesse et l'habillant de quelques apparats. Un disque humble et retenu , qualités qui en font sa force et son intelligence et qui donne au format de comptines cet aspect immersif. Mount A est une coupure temporelle et redonne au violon sa force initiale, éloignée ici de toute mièvrerie post rock islandaise au pathos débordant. Un beau disque renfermant des morceaux concis qui forment un tout d'une rare noirceur lumineuse et une conclusion céleste. Droit au but. (Touch)
dimanche 6 mars 2011
La Casa Muda de Gustavo Hernandez

dimanche 20 février 2011
TYLER THE CREATOR- Bastard
ODD FUTURE est un collectif qui pourrait évoquer une sorte de Pistols des années 2010, version hip hop. Punk en somme. Dégueu. Crade. Du beat au clip. Les gars de ce collectif ( Odd Future Wolf Gang Kill Them All, ou OFWGKTA) sont en train de réaliser un coup d'état musicale pratiquement sans fautes. Cet été, avec le clip du cadet Earl Sweatshirt (16 ans) ils avaient soulevé quelques questions quant aux propos généralement tenus par ces jeunes gens tout en questionnant sévèrement sur la véracité de ce qui était montré à l'écran (un cocktail étrange aux effets sanguinolents). Progressivement, le posse gravit les échelons du buzz moderne jusqu'à franchir un nouveau cap crucial: le passage chez Jimmy Fallon, le meilleur TV Show de la planète lors d'une prestation puissante avec les Roots et un Mos Def hystérique en guise de conclusion. Les gaziers de ce collectif sont peut-être des génies du marketing ou de véritables cramés du bulbe et skaters sans avenir, toujours est-il que leur musique se fait entendre de plus en plus et se voit l'objet d'une certaine estime (Wire, blogs, artistes... sans parler des rares concerts en dehors de Los Angeles, sold out en moins d'une heure). Alors que la suite de la tête pensante, Tyler The Creator, ne devrait plus tarder (un maxi teaser déjà disponible, première sortie payante du label/ collectif) Bastard continue de tourner dans l'ampli (forcément, c'est du meupeu 3). Du punk, il en est forcément question quand on écoute ces basses cannibales ces beats quasi dépouillés et ses sons entêtants. Les mélodies en berne, jouées à un seul doigt (sans ongles) ne sont que des notions vaguement présentes. Les sons de claviers bubblegum se veulent gras et portent les quelques samples (dont un morceau basé sur une boucle similaire à une prouesse de Madvillain) qui apparaissent ici et là, pendant que la voix trafiquée du jeune MC tombe comme une sentence, sans émotion, froide, résignée. Les Cool Kids qui auraient écoutés Co Flow, Gravediggaz et Spectre en boucle. Des morceaux créées de toute évidence par quelqu'un qui sait où il veut se rendre, avec un minimalisme et une évidence pesante. Et si l'on hésite entre génie ou coup de pub, reste une poignée de morceaux bien assemblés, qui ramène un peu de crasse dans un hip hop qui a tendance à n'être sale que dans sa luxure.
jeudi 17 février 2011
Black Swan de Darren Aronofsky

Matta - Prototype
On avait parlé du premier EP the lost dans ces pages, et il est clair que celui ci était bien plus marquant que le dernier EP d'enduser. Oubliez tout ce que vous avez pu apprendre sur le dubstep. Imaginez la rencontre du dernier High Tone (Monster) avec l'intelligence du In Sect de Niveau Zéro, et le côté coup de massue dancefloor du Music for the jilted generation de .... Prodigy (car cela faisait bien longtemps à mon goût que l'on avait pas mentionné l'obsession commune). Protoype ne propose en soi rien de nouveau, si ce n'est une collection de morceaux déjà présents sur les précédentes sorties vinyles. Depuis The lost, une collection de live tous plus acclamés les uns que les autres, une collection de dancefloor qui implosent, une collection de cerveaux cramés, et une belle liste de noms avec qui les deux gaziers ont collaboré pour une si courte carrière: Bong-Ra, Hecq, Black Lung. Pour ceux qui sont déjà convaincus à ce stade là, Prototype est en quelque sorte le seul objet ''ultime'' du combo, qui recompile tout ce qui existe en format physique à ce jour. Oubliez les maxis et autres raretés pour rat de magasins poussiéreux, celui là fait bien l'affaire. Pour les autres, qui restent encore chiffonés par l'appellation dubstep, qui les empêche de poser une oreille sans jugement préalable, on ne cherchera pas à les convertir, vu que les morceaux le feront facilement au cours de ces dix pépites. A la fois grossier, putassier et raffiné, nous faisant des ronds de jambes en guise d'agression rythmiques pour mieux nous la faire à l'envers tout en nous caressant le poil avec de jolies envolées lyriques, où en nous enveloppant de nappes d'une rare cohérence sonique. Prototype est de ces compilations où chaque morceau nous transporte, dans des climats vulgaires que l'on apprécie à certains moments, avec cette violence électrique digne de l'énergie rave des débuts; mais aussi dans des labyrinthes de sonorités bien plus raffinées, dans des avalanches rythmiques héritage des années Warp, de l'ami Aphex, mais aussi du psychédélisme chatoyant de Boards of Canada (Suicide Stutter). Je n'ai aucun problême à l'avouer. De mon côté Prototype tourne et retourne, et chaque morceau est un moteur qui galvanise l'écoute du suivant, avec une joie prononcée. Epique, immédiat et parpaing de secours. (Ad Noiseam)Pour le plaisir: PAN
vendredi 11 février 2011
Rosemary's K Diaries : Binaire/Nicolas Dick
Les disques de plomb en ont sûrement eu des galères qui ont retardé l'arrivée de ce deuxième 10'' de la série des journées spéciales. L'attente valait clairement le coup. L'affiche est encore plus alléchante, avec le duo Binaire, auteur d'un des tous meilleurs disques récents et Nicolas Dick, leur pote ancien Kill the Thrill, qui bossait sur quelques morceaux d'Idole.Binaire continue dans des morceaux dans la veine d'Idole, avec ce rock/punk mongoloide hachée et découpé à la machette. Les rythmiques s'emballent, les machines lancent le tempo et les guitares sautillent tout en s'emballant dans des murs du son galvanisants. Binaire cette fois ci se la raconte en français, ce qui accentue le côté tube et hymnes de chacun de ces quatre morceaux. Toujours aussi hurlé, toujours aussi débile, toute en ironie, les phrases fusent, provoquent et titillent: "un corps ethéré, de l'héro dans le nez, c'est une putain de soirée". Binaire pousse la lourdeur de son son et le côté lumineux dans ses retranchements. Les chants se passent le relais, hurlements versus hurlement lorsque le tempo s'emballe. Putain de soirée commence par des chuchotements conteurs, dans un morceau dionysiaque rempli d'ironie. Sur Massacre en France, c'est Marilyn, qui chantait sur Tellurique de Kill The Thrill qui se permet de repasser au premier degré dans une diction engagée et salutaire. Finalement, ces quatre morceaux sont encore meilleurs que les précédents, toujours plus loin dans le côté immédiat, toujours plus vicieux sur la durée, toujours plus tristes dans la gaieté. Binaire c'est le son du dancefloor qui implose, le son du punk qui s'amuse avec ses machines.
De l'autre côté, Nicolas Dick continue son expérimentation commencée avec une belle journée, avec une seule piste bien nommée retourné, en guise de quatrième jour des journaux de Rosemary. Nicolas Dick joue toujours avec ses textures, déconstruit ses mélodies orientalisantes et atteint certaines apothéoses de mur du son qu'il efface aussitot. Un morceau immersif, digne des expérimentation de Fennesz, rempli de vie grâce à un son organique. Marrant comme le sérieux que dégage la musique de Nicolas Dick s'oppose totalement à la douleur non feinte de l'humour noir de Binaire et à son envie festive. On attent la réedition d'Une belle journée en LP et on l'encourage à continuer dans cette voie. L'objet quant à lui est encore plus réussi que le premier volet, avec une illustration magnifique aux jolies couleurs bien immersive bien loin de la photo de famille du premier volet. Toujours un coupon téléchargement fourni avec, histoire de pouvoir dodeliner de la tête sur les morceaux de binaire en voiture. On attend la suite, qui sera le nouvel album de l'enfance rouge en double 10'', comme quoi, la structure semble pour l'instant réaliser un sans fautes sur les projets. Merci à eux, en attendant le jour 5 et 6. (Les disques de plomb)
jeudi 10 février 2011
Subheim - No land called home
Approach était un beau manifeste des capacités de ce projet. Entre visions modernes et structures plus néoclassiques, le disque disséquait une électronique tribale et pleine de beauté. C'est aujourd'hui un double défi qui entoure cette nouvelle sortie. D'abord un défi pour Ad Noiseam, qui pousse de plus en plus dans la diversité de ses sorties pour s'éloigner de l'étiquette dubstep d'ores et déjà périmée. Après un Niveau Zéro plus qu'efficace, un Black Lung complètement addictif et un dernier Igorr déjà acclamé partout, c'est au tour de subheim de faire parti du renouveau de la structure. C'est aussi un défi pour le groupe en soi, qui renouvelle entièrement son esthétique. No land called home met de côté les velléités synthétiques pour une approche beaucoup plus humaine de sa musique. Un disque qui ne paye pas forcément de mine au départ, notamment à cause de ces vocaux parsemés un peu partout (un The Veil insipide avec un chant masculin insupportable). Ces vocaux sont une des grandes nouveautés de Subheim en 2010. Katja, la vocaliste live de Subheim prête ici sa voix au studio sur la majorité des morceaux. Au final, cette voix va de paire avec l'approche humanisée de la musique de subheim. No land called home tisse des instrumentations bien plus organiques et chaudes, et l'électronique n'est qu'une toile de fond pour de chaleureuses incursions ethniques (Conspiracies) et des envolées lyriques sur percées tribales. Les prestations live ont du galvaniser Subheim et le besoin de jouer les instruments, de faire apparaître toutes ces percussions, de convoquer une armada de cordes rendent No land called home soniquement immersif. Subheim 2.0 est une armada de cordes, d'orchestrations de tous types et s'impose plus en héritier de dead can dance dernière période (dunes et son ambiance spiritchaser) que de tzolkin. On trouve d'ailleurs des réminiscences des projets solos des deux larrons de dead can dance, quelque part entre le dépouillement chaleureux du silver tree de Lisa gerrard (le magnifique cold hearted sea) et les pépites électroniques du Ark de Brendan Perry. Un pari osé pour une reconversion totale, mais qui prend grâce à nos oreilles grâce à de chaleureuses orchestrations. (Ad Noiseam)
mercredi 9 février 2011
SEEFEEL-Seefeel
Le retour, comme prévu et annoncé avec Faults dont on a causé (en bien) plus tôt. Le retour d'un projet oblique, musicalement passionnant mais demeurant un coffre à pépites pour gens concernés. Seefeel est une référence discrète, celle qui fait automatiquement acquiescer le connoisseur, forcément un peu seul, et celui qui fait systématiquement répéter le profane- "Comment tu dis que ça s'appel?". Un secret étrangement bien gardé, malgré une estime réelle et des papiers flatteurs jadis. Du quatuor d'origine, cette résurrection d'un auto-sabordage n'en garde que la moitié: le guitariste et tête pensante Mark Clifford, parti besogner sur Disjecta pendant 15 ans, et Sarah Peacock, également guitariste et chanteuse, gonflé par l'arrivé de deux nippons que sont le premier batteur des Boredoms et le mentalement atteint DJ Scotch Egg. dimanche 6 février 2011
Un été suédois de Fredrik Edfeldt

Le discours d'un roi de Tom Hooper

jeudi 3 février 2011
FluiD - Duality
Première sortie pour le musicien/producteur/arrangeur de Chicago et un gros pavé dans la mare. Un pavé dans la mare de ses propres influences tout d'abord, qu'il brandit haut et fort dans leur diversité. Un pavé aussi dans l'esthétique sonore sans concession, et d'une beauté nuancée. Ce disque de FluiD, à l'artwork qui va bien avec notre bandeau, mais moins avec nos yeux est un manifeste de dub industriel. Les influences sont nettes : Mick Harris et Scorn, Justin Broadrick pour techno Animal et les versions dub de Love and song in hate. Quelques rares incursions vocales sont à placer sur ce disque, avec on imagine un sample sur disrupting the ghost, et ce featuring très typé Oddatee sur Iron Communique. Dans l'ensemble les instrumentations sont poisseuses et sombre, avec des lignes de basse dantesque sur lesquelles s'accolent guitare noisy, nappes ténébreuses ou retours de machines de fin du monde à la stealth (the absent present). FluiD alterne accalmies bienvenues sur passages bien dark et mélopées de machines grésillantes tout en mettant en avant la propreté et l'insistance des rythmiques : lignes de basses chaloupées et programmation de batterie itérative. Certaines évasions mélodiques ou lignes de clavier permettent d'aérer la quantité de sonorités marécageuses (sublimation in the zero hour) et rendent le tout encore plus maladif. FluiD arrive à canaliser l'ambiance asphyxiante du Tricky période Angels with dirty faces tout en récitant des litanies dub industrielles aux confluents du hip hop version 3.0 d'absence. On lui souhaite une tournée avec dälek, pourquoi pas Picore et quelques collaborations fraiches qui rendent le tout encore plus inédit et indispensable. (Alrealon, www.myspace.com/fluidemusique)
lundi 31 janvier 2011
MARVIN, ZËRO, EZEKIEL& HINT, SCORN- La machine du moulin rouge

Après avoir tourné de manière bien trop ridicule pour trouver une place pour dévoiler ici le temps qu'il m'a fallu pour me garer rue des martyrs, et après un passage rapide chez Ronald, c'est à la bourre que je rentre enfin dans la loco, pour voir la grosse soirée (la première de l'année, fait un voeux) de janvier, qui affiche fièrement les groupes qu'on voit régulièrement dans noise mag sur scène.
Audioactivism #2
J'ai toujours trouvé que le label lyonnais était le pendant français à Ninja Tune, ou du moins sa réponse avec une touche française. Le label oscille entre les excellentes idées et les signatures plus convenues. Les récentes sorties de Kaly Live dub ne m'ont pas vraiment enthousiasmé, mais au contraire les diverses collaborations instigués par les têtes pensantes du label : Ez3kiel et Hint, ou encore tous ces inédits du studio JFX sortis sur des maxis sont passionnantes. Jarring est un label qui prône la création avant tout, et le vivier d'artistes qui se rencontrent dans le studio. Audioactivism fait la part belle à leur amour pour le hip hop nouvelle génération et recompile des morceaux éparpillés sur différents maxis, mais aussi de nouvelles collaborations. Au programme, deux morceaux de Vagina Rush de Rzatz (chroniqué dans ces pages), deux morceaux du JFX studio session #1 (collab entre Picore et différents Mc's, dont oddatee et ben Sharpa, chroniqué aussi dans ces pages), une poignée de morceaux issus des dernières sorties Jarring et des nouveautés. Une jolie manière de regrouper sur un seul disque quantité de morceau dans la même optique, comme la division Big Dada pour Ninja Tune. On insistera encore sur la beauté du morceau de Picore et Oddateee, décidément magique, avec sa nappe toute en montée qui rappelle dälek dans ses meilleurs ébats industriels tout en attendant patiemment la suite de l'hélium du peuple qui devrait arriver en 2011. Belle surprise que K The I ??? qui pose sa voix sur un morceau de Kaly Live dub, dans un flow toujours aux limites de l'acceptable, mais toujours aussi novateur. Hip hop aux gros beats, qu'eux appellent abstract dans leur volonté de se différencier du reste de la scène, mais qui est une version moderne des dernières tendances grime ou dubstep avec flow accolé par dessus. Du déchet sur le morceau avec John Morrisson (n'est pas Roots Manuva qui veut) et sur l'inédit de Senbeï rapidement irritants. Un point positif pour l'initiative et pour le tracklisting plutôt complet. Ils attendent votre coup de pouce pour les sortir des galères financières. (jarring Effect)
Fowatile - Fowatile EP
A l'heure où Madlib en découd avec son challenge d'un disque par mois, et continue dans sa version open source du beat, en les faisant se multiplier comme l'ami le faisait avec les pains, d'autres s'essayent à des voies alternatives pour faire sonner leur hip hop. C'est le cas de ce premier EP de Fowatile, qui s'engouffre dans une voie d'un hip hop moderne, acceptant les influences initiales pour ranger le sampleur au placard. Une session purement live, sans aucune séquences ni préenregistrement, à base de beats de claviers et de batterie électroniques. Du coup on à droit à des kick spatiaux et complétement arythmiques, entre handclaps fédérateurs et envolées mélodiques sur fond d'effets abstract surréalistes. Vocalement, Fowatile navigue entre le très bon (Conglomerate a un gros feeling nous rappelant le Roots Manuva des maisons) et le moins inspiré surtout dans les refrains soulful un peu en trop (Beatyful girl). Du coup Fowatile nous emmène bien loin de la galaxie des malaxeurs de cire que peuvent être les amis de chez Stonesthrow et s'intéressent plus à l'aspect dévastateur des beats, aux possibilités de la composition directe et à la fraicheur de la rencontre de plusieurs cerveaux connectés par cette modernité. Les programmations de batterie sont parfois très étranges (Coca holla) et se posent en contrepoids complet de beats qui raclent et sentent la fumée. Fowatile signe leur manifeste en choisissant leur camps, plus Flying Lotus que Mf Doom, plus Ninja Tunes/Warp que Stonesthrow. Pour le bon comme pour le mauvais finalement. Pour le plus inspiré comme pour le plus embarrassant.
mardi 25 janvier 2011
SENSATIONAL MEETS KOYXEN- S/T

Skam n'en est pas à son coup d'essai en hip hop, on se souviendra de Shadow Huntaz, formation trop peu connu, mais de manière plus large aussi les emblèmes du label comme Gescom ou Boards Of Canada, pour lesquelles le hip hop fut (et reste probablement) une part importante de la construction sonore caratérisant leurs sorties -on en profite pour croiser les doigts quant à un nouvel album de BoC, mais ceci est une autre histoire. Second volet d'une rencontre entamé sur Wordsound (Sensational meets Kouhei) 4 ans plus tôt, ce second opus vient conclure une année riche en sortie pour le Japonais avec les 3 disques sorties sur Important plus tôt ( et nous faisant prendre conscience que Mr Matsunaga est désormais présent sur les plus prestigieux label de musiques exientes: Raster Noton, Important, Skam, WordSound, Mille Plateaux...). Ce deuxième volet de la rencontre sur disque entre Sensational et Kouhei parait s'inscrire dans la logique des plus récents travaux de Colin Julius Bobb, soit un hip hop plus funky, plus élastique, moins glauque et lourd que par le passé. On pense notamment à Acid & Bass. Sur le 5ème morceau, le semblant de refrain fait même penser au Funkee Homosapien, on est loin de la conception du minimalisme malade et baveux du Freak Styler sur ses premiers jets. On est quand même jamais chez Outkast pour autant: ici la voix part dans tous les sens, joue des effets comme l'écho et la stéréo, murmure dans l'oreille de l'auditeur avec ses cordes vocales totalement arrachées par le crack, caractéristique première et immuable de Bobb. Et ce n'est pas Mastunaga qui va offrir un écrin défendable sur MTV avec cette collaboration. Plus concret que certains de ses récents travaux partagés avec Vainio et Booth, ou même de son album solo qui pouvait parfois s'éloigner dans des digressions bruitistes pures, Koyxen signe une partition lourde et agressive. Mais avec toute la saleté déployé avec amour du bruit bien fait, le constat demeure inchangé: ce second opus à ce petit "je ne sais quoi" qui le rend (très) sensiblement moins hermétique que son prédécesseur. "GH" a des allures de battle attrapé en pleine rue et repasser dans un sampler branché à un cable poussiéreux. "SenKyx_st denis paris" semble avoir été enregistré dans la capitale française, probablement dans une piaule d'hôtel pendant la dernière tournée commune, et pendant que Sensational éructe 2-3 trucs, Kouhei esquisse rapidement un beat avec couinement digitaux en bonus. L'avant dernier morceau, qui voit Black Chameleon et D s'inviter sur le morceau, s'enfonce dans un périple électronique fait d'une saturation parasite éreintante alors que le beat ou la ligne de basse ne cesse de battre inlassablement sur le même motif. On reste ici dans la musique qui ne plait qu'à peu. Le morceau final a des allures de cavalcade de séquenceur, comme un segment de Quaristice échappé de sa session d'origine et remodeler par un vieux lascar armé d'un micro. On aurait aimé un peu plus, mais la durée se veut aussi austère que la production et la pochette- et on appréciera le retour du sticker en braille.
lundi 24 janvier 2011
Les chemins de la liberté de Peter Weir

dimanche 23 janvier 2011
The Green Hornet de Michel Gondry

jeudi 20 janvier 2011
Kito Sounds #3 (CKK012)
Opulence. En voilà une jolie sortie. C'est d'ailleurs pas évident de raconter quelques trucs dessus en étant bref. Voici le troisième volume de Kito Sounds. On connait l'importance de ces compilations pour le label Chez Kito kat. Elles marquent en quelque sorte des points d'étape entre les différentes sorties. C'est aussi un bon moyen de mettre en exergue l'esprit de la structure : amitié, rencontres, coups de cœur. C'est aussi le moment de faire le point sur des directions artistiques, d'intégrer des petits nouveaux qui n'ont pas encore la matière de sortir un ep ou un disque. C'est aussi une plaque de rencontre géographique, qui permet de naviguer entre le Québec, Metz, le luxembourg... Et c'est finalement un moyen pour certains des artisans de la structure de lâcher des morceaux composés en partenariat, des inédits, voire des projets éphémères. Pour la troisième édition de ces compilations, on à droit à un double disque, et plus de deux heures de musique. Deux disques qui marquent une rupture entre les deux amours et les deux fascinations du label:l'aspect rock/folk/pop et le côté plus axé sur les machines. Du coup, deux disques, nommés sobrement Words et Sounds, qui permettent de marquer une première division au sein même de la compilation. Au Mastering, l'ami Kaliayev, qui couronne l'activité amicale et bon enfant du tout, en devenant un des artisans des Kito. Et vu le côté perfectionniste du Monsieur, c'est tout vu, on lui tire son chapeau. L'emballage suit toujours la règle d'or du fait maison, avec les coutures de rigueur, avec un rendu toujours aussi intéressant (Honte à vous les Twin pricks et votre originalité). Côté Words, beaucoup de belles surprises. La première c'est ce morceau purement hip hop avec une instru céleste que se farcit Dog Bless you, et un flow inspiré d'un poto du quebec (pour l'anecdote, un collègue d'un ancien Dead for a minute, avec qui l'un des kito buvait des bières en regardant le hockey, avant d'apprendre que le monsieur rappait quand il ne regardait pas ce sport national). La deuxième c'est Salima, l'une des trois Kito qui prend son envol et son assurance et se retrouve en featurings sur pas mal de morceaux. C'est tout d'abord la voix de Beat for Sale, le trio made in Kito qui va bientôt sortir son premier EP. Les prestations live de Beat for sale ayant apparemment été une grande réussite, dans leur kraut électro post suicide motorique ultra efficace et qui sent le tube à plein nez sur tout ce que j'ai entendu, la demoiselle assume de plus en plus sa voix et son flow, avec raison. Beat for Sale livre un on the road entrainant et basique (bouffe bouffe bouffe mon beat, ya que ca qui t'excite). Elle chante aussi en présence de No drum no moog, ce backing band pour la tournée de Twin pricks qui livre une musique bien plus robotique que ce à quoi on pouvait s'attendre (va savoir pourquoi). Et dernière surprise, on la retrouve aussi sur ce tout nouveau morceau de Kaliayev, nouvelle perle d'une rare douceur, morceau à tiroirs d'une rare efficacité qui conjugue phrasés hip hop et arpèges cristallins, sur des changements rythmiques et des mélodies sucrées à tomber. Words c'est aussi un nouveau morceau de Twin pricks, que l'on connaissait déjà par vidéos interposés, à strasbourg dans le tramway comme ailleurs j'imagine, ou alors sur scène pour ceux qui les ont vu, mais encore dans votre jardin. Un joli morceau qui laisse la part belle à la voix de Dr Geo, sur une boite à rythmes rappelant a better view, et encore une fois ce sens du tube qui cloue le bec. Des morceaux que l'on chante au bout de la première écoute, il y en a peu. Dr Geo, on le retrouve aussi en solo, et lui aussi va aussi sortir un EP dans l'année. Toujours dans cette recherche des effets, des superpositions de couches, il nous livre un morceau encore une fois à la Thom Yorke version lonesome cowboy. Côté retrouvailles, c'est aussi le retour d'Alone with king kong avec un nouveau morceau, toujours aussi évident, comme s'il chantait dans ton salon. Un spleen et une mélancolie enfantine, et des accords immédiats. Sug(r)cane et diaporama sont aussi là, l'un dans la suite de son ep l'autre dans la continuation de son electronica romancée et raffinée chantée en français (j'ai plus de mal avec ce projet). Côté nouveautés, on nous introduit les skans, les jeunes strokes messins pour faire putassier mais pourtant tellement vrai. Bienvenue aussi à Ori, et son spleen à la New order première période, entre Ceremony et truth, d'une rare justesse. Bienvenue aussi à hAll, les squatteurs d'un bar messin (copyright DBY), dans un morceau non identifié, qui commence lentement en égrainant quelques arpèges pour susurrer insidieusement un malaise palpable dans une musique distordue au mélodisme outrageux. Incompréhensible et rempli de mal être, un malaise mélodique raffiné comme on pouvait retrouver sur le split de l'Austrasian Goat avec l'Acephale. Ce morceau va me hanter pendant un bon bout de temps. Niandra Lades est égal à lui même, dans une envolée lyrique habituelle du groupe qui rappelle le dernier album du chapelier fou avec une voix à la Billy Corgan, sans savoir pourquoi j'associe les deux. Pour clore la première face, RV Mell nous invite au recueillement dans une sorte de rock filmesque bourré de samples cinématographiques, et n'évite pas le rapprochement avec Microfilm, et c'est tant mieux pour eux.
L'opulence sera de rigueur aussi sur le deuxième disque, sounds, qui lui fait la part belle aux musiques électroniques de tous bords. Les chouchous de Komparce (Dog Bless you+ Mr Bios) entament la compil sur le parc, et pousse les possibilités du duo vers un nouvel horizon rempli de claviers, en livrant une douce version electronica cosmique où les mélodies se superposent sans jamais s'entrechoquer. Raffiné, tout comme le nouveau morceau de Dog Bless you beaucoup plus feutré, articulé encore autour des claviers grésillant, et d'un beat hommage à toute une frange de la scène hip hop. Quant à cette note de guitare obsédante, je jurerais savoir d'où provient le sample. On mange des briques rouges, et lui aussi nous vend du beat, comme quoi le serpent se mord la queue dans ce morceau endiablé. Je prends les paris sur la qualité du disque à venir, et je réserve mon exemplaire, sachant que le gros chien a une marge de progression ahurissante à chaque nouvelle production. God Bless you, dog. Le troisième projet des deux larrons, c'est Mr Bios donc, qui pose sa carte de visite de responsable de l'aspect lunaire de la musique de Komparce dans une sorte de version de Thriller (je vous jure, le beat) sous LSD. Sonorités sous prozac qui s'entrechoquent et s'envolent comme si Jonas Reinhardt avait le sens du rythme. Sounds c'est aussi cette mélodie bienvenue de Maxime Robin, la partie québécoise du crew qui lamine nos oreilles avec du coton dans une version épique de la musique électronique. Chez les québécois connus, on retrouve E1000 avec un morceau d'une rare intelligence, bourré de différentes parties et qui allie rythmiques déjantés à une ambiance flottante avec une rare maitrise. Du coup, on a du mal à comprendre pourquoi il s'affuble de cette grotesque étiquette dubstep sachant que sa musique n'a rien de putassier et au contraire côtoie les sphères ambiant. J'accroche moins au morceau de Brach, qui fait dans l'electro jazzy avec une ligne de basse un peu encombrante et Artaban pêche un peu sur une production surchargée qui ne rend pas grâce a son parti pris enlevé et sa richesse sonore. Mauvaise surprise en milieu de parcours sur ce délire de Monsieur Beater, prénom kurston qui nous renvoie en pleine gueule les cauchemars dancefloor du samedi soir. Niveau découvertes, on s'attardera sur deux Ovni. Tout d'abord ce morceau drone de Main de givre d'une rare beauté glaciale, rappelant les sorties Touch par la grâce atteinte par les cordes et cette boucle obsédante et minimaliste. Deuxième grande surprise, sur 14:13, possiblement le projet de l'austrasian Goat elle même qui livre une pièce chaotique et pourtant superbement orchestrée où se côtoient quantités de plans différents, entre ambiant contemplative et claviers distordus qui font copuler les doors avec sister ray. Un grand morceau de bravoure, qui en devient obsédant. Une agréable surprise en fin de disque, avec ce morceau de fracture commençant doucement pour se terminer dans une orgie shoegaze magnifiée au son épique. Mention spéciale au morceau de Fleo (c'est encore Dr Geo, j'en suis presque certain) qui triture sa guitare dans un morceau rappelant autant le Neil Young de dead man avec un reverb d'église et une mélodie de comptine pour enfant. Sûr que Ben Chasny est jaloux. On oublie pas Millimetrik, Sample book et son amourette lancinante, Dr Hood qui fait office du fou du roi dans un morceau déjanté et Jeff qui triture ses claviers sur un morceau qui a quelque chose de naïvement terrifiant.
Il y en a pour tout le monde et cette troisième édition marque d'un sceau une grande période créative pour l'une des structures les plus agréables et les plus créatives de l'hexagone. Merci. (Chez Kito Kat).
mercredi 19 janvier 2011
King Cannibal - The Way of the Ninja
King cannibal se rajoute aux vingt ans du label Ninja tune, qui pose sur un disque ce que Ninja Tune avait décidé de ne pas sortir. L'originalité avait primé en essayant de regarder vers l'avant et de privilégier les collaborations inédites plutôt que le best of redite, et King Cannibal décide de rendre hommage à un label qui a forgé ses goûts musicaux. King cannibal livre le mix Ninja Tune. Il recompile ses vinyles, ses disques, ses mp3's et essaye à l'aide de ses machines de créer un mix d'un disque rempli à raz bord (à comprendre 75 minutes de musique) pour créer le best of Ninja Tune made in Cannibal. L'hommage à Jarmusch au passage (facile mais ça fait plaisir) et on est parti pour une heure quinze de musique dansante et futuriste, entre grosses nappes et cut ups anarchiques selons le bon gré du sieur. Pour qui suit le label depuis une paye, le mix est peut être inutile, bien qu'il permette de faire ressurgir certaines gloires du label. Un éclectisme un peu putassier parfois, avec ce besoin de balancer du rock et des guitares, car cela fait aussi partie du label (chouette). Dans l'ensemble, de jolies tranches de bonheur, et encore une fois de très belles pièces qui bénéficient d'un joli traitement et d'un joli agencement. On reconnaît pleins de choses un peu partout, sans que ça vaille le coup de revenir sur chaque passage (le site www.ninjatune.net/thewayoftheninja le fera clairement mieux que moi) et les pièces modernes les plus efficaces sont représentés. Warrior queen est encore là avec ce morceau de The Bug qui me hante decidemment et que je retrouve dernièrement partout (que Stockton revende son maxi et retourne écouter Godflesh, on ne lui en tiendra pas rigeur). L'initiative est carrément fun et bien plus entreprenante qu'un vulgaire best of et Ninja Tune prouve cette année qu'ils ont fêté leurs vingt ans comme il se devait, avec pour ligne directrice la création artistique, les rencontres et les yeux tournés vers le futur. Une jolie rétrospective qui tournera dans votre platine en enchainant claques sur claques et sons gigantesques tout en gardant le côté dancefloor auquel un tel mix aspire. On regrettera quelques passages un peu irritants où certains sons sont gardés de manière itérative pour les besoins du mix. Je vois déjà venir le camarade Damo qui préfère les sessions de King Midas Sound. (Ninja Tune)