jeudi 31 mars 2011

MOGWAI-Hardcore will never die, but you will

Ca fait 3 albums maintenant que Mogwai s'évertue à proposer sur disque une rage proche de leur prestations scéniques après avoir progressivement calmé le jeu entre "CODY" et "Happy songs...". Mr Beast restera probablement l'album le plus surprenant et aussi leur pièce maitresse encore pour un bout. Le suivant ne charmait qu'a moitié, et le live sorti fin 2010 manquait cruellement de ce "je ne sais quoi" caractérisant la puissance du groupe sur scène. Hardcore wil never die, but you will affiche d'emblée une série de bons points: un titre absolument parfait, qui s'inscrit dans la logique du groupe depuis ses débuts avec des titres tous plus singuliers les uns que les autres, et enregistre ici directement le meilleur nom d'album de tous les temps. La pochette ensuite, faisant suite à l'horrible visuel issu d'un t-shirt acheté sur le marché de Trouville est une des plus réussies du groupe. La version double vinyle est magnifique. Une pochette qui a tout d'un classique, à ranger entre hotel california et Animals. Ou alors entre Young Team et Ten rapid. On restera ensuite dubitatif quant aux techniques marketing déjà usitées chez d'autres, à savoir foutre un bonus en mp3 (ou sur CD pour la version double CD) pour ensuite chouiner sur la dématérialisation de la musique en interview.
Ca commence pourtant très mal avec cette niaiserie que Coldplay adorerait avoir composé en ouverture, avec ce piano débile et cette progression stérile, suivie de trop près par une cavalcade au vocoder fatigante. Il faut donc attendre le troisième morceau pour que le quintet nous resserve un peu de sa soupe, à laquelle on finit pourtant par adhérer car les écossais n'en demeurent pas moins pertinent dans leur domaine. Jusqu'au final et malgré quelques tentative plus up tempo, toujours bienvenue en comapraison d'autres tentatives foireuses (le début de l'album, ou encore quelques esquisses douteuses du précédent), Mogwai progresse sans avancer jusqu' à la syndicale clôture de distortions cannibales ou la mélodie se voit anéantie par la lourdeur suffocante. Le titre bonus de 25 minutes est une parade de guitare en écho à "Zidane", digression onirique sans passionné davantage l'auditeur. Un disque en plus. Confortable.

mercredi 30 mars 2011

BEANS- End it all

Même si rien n'est officiellement annoncé - aucune allusion sur le site d' Antipop ni sur les pages de Beans lui-même- Beans sort son nouvel album après son évasion du mythique collectif New Yorkais. Première sortie pour le MC chez Anticon, le label qui semble en perte de vitesse et qui affiche ici une de ses plus remarquables signatures depuis des lustres. L'album est-il pour autant de la classe des grands ? Beans a tout délégué cette fois-ci pour se concentrer sur le verbe et le flow, se laissant guider par ses invités. Une galerie hallucinante d'ailleurs se dévoile au long des morceaux, sans pour autant diminué la cohérence de l'ensemble. Beans, et plus précisément sa voix, maintient le fil rouge et l'album ne semble pas foncièrement différent de Thorns, le précédent essai. Death Sweater propose un refrain chanté et bidouillé sur fond de basses poisseuses, suivi d'une prestation du très (trop?) estimé Fourtet, qui entre un morceau bidouillé avec Burial et Thom "oeil torve" Yorke a trouvé le temps de refourguer une ébauche de beat. Air Is Free fait songer à un MC issu des balbutiements du hip hop dans la grosse pomme au début des années 80. Tortoise sort un bout de Bumps pour habiller un Electric Eliminator qui prend des allures de freestyle oldschool. Adebimpe, en vacance de TV on the Radio chantonne sur un pattern en attendant le retour de Sitek. Sur Electric Bitch, Beans se fait silence et laisse l'ossature rythmique vivre d'elle même quelques secondes, offrant une respiration bienvenu. Car Beans est un mec verbeux et cet album n'échappe pas à la règle. Néanmoins, si l'on peut applaudir la cohérence des 13 morceaux, on pourra aussi regretter de ne pas être totalement accrocher plus souvent par un album qui ressemble à un casting de potes offrants leurs chutes plutôt qu'un ensemble vraiment solide.

mardi 29 mars 2011

BLACK KEYS-Olympia

Aïe. Retour du pays du soleil levant tout juste validé, me voilà déjà en vadrouille dans Paris vers une soirée dansante prévue de longue date. Black Keys, tu connais ? Forcément que tu connais, même si on en a encore jamais parlé par ici. Blakroc ? Ca te revient. Les deux même avec une tripotée de potes venus pousser le verbe (mention à RZA et son "zip, zap, han") y a un peu plus d'un an dans un essai fort remarqué. J'ai beau tenir debout par miracle (décalage horaire tenace) je n'ai aucune difficulté à remarquer qu'après m'être enquillé du "Arigato" à tous bout de champs pendant quelques jours, les parisiens semblent définitivement abonnés absents niveau politesse, et je soupsonne même que depuis mon départ, le vocabulaire de la jeunesse de la capitale s'est encore amoindrie.
"-Nan mais, enfin, tu vois quoi ?!"

-C'est clair ! "


Je me suis presque fait trainer par les cheveux pour aller voir les Black keys, enfin, c'est ce que je devrais plaider en fait mais il n'en est rien, c'est juste que je ne possède par la moindre galette de ce groupe mais ma curiosité me pousse à voir ce que peut donner le (très bon) duo sur scène. Encore une fois, je félicite l'audace des programmateurs de la soirée puisque la première partie ressemble à du Black Keys en plus minimale: normal, c'est un mec tout seul qui fait la guitare, la voix, la batterie et qui nous chante comme si le bayou lui innondait les cordes vocales. On y croit pas une seule seconde mais tout cela est fort joli, alors on applaudit respectueusement, aussi bien le mec sur scène que les génies derrière la programmation.

Black Keys effectue un set en terrain conquis: les fans sont en masse, aucune note ne leur est étrangère; j'en veux pour preuve un solo de guitare chantée par une gueuleuse derrière moi. Leur rock-blues-garage-psyché, qu'il soit joué à 2 ou à 4 paires de bras et autant de jambes est d'une efficience remarquable, brillament mené par un son granuleux et épais qui ferait baver bien plus d'un apprenti doomster. Alors que le groupe se dirige progressivement vers ses morceaux les plus connus (les "singles" comme on dit), me vient alors à l'esprit que la dernière fois que je me suis rendu à un concert blues, c'était il y a presque 10 ans pour aller voir Popa Chubby. En réalisant cela, je me rend compte que Black Keys offre une prestation à mille lieux de la démonstration technique (et à vraie dire totalement hallucinante) du groupe accompagnant le singulier guitariste. Comme s'il s'agissait de comparer Terry Bozio et Phil Rudd. Dans les deux cas, pas dégueu.

mercredi 16 mars 2011

Sonic Youth - SYR 9 (Bo de Simon Werner a disparu)

On ne sait pas vraiment quelles conclusions tirer de ce neuvième opus de la série des Sonic Youth recordings. Plusieurs nous viennent à l'esprit. Tout d'abord, que l'artwork est minable, bien loin des teints rosés du SYR 7, ou de l'apocalypse jaunie (pas de mauvaise blague en rapport avec de récents évènements au Japon) du SYR 8. Deuxièmement, le concept est beaucoup moins attrayant que celui du SYR 4 (reprises de compositeurs contemporains) ou encore que les diverses collaborations SYR 6 ou SYR 8 (merzbow). Ici, un réalisateur français pose son scénario, et demande à son groupe fétiche de lui composer une bande son. Du culot payant. Pourtant, le film, je ne connais personne qui l'a vu, et je ne le verrais surement pas (et je défie mon collègue cinéphile de lui régler son compte ici bas). Un cadre chaleureux pour accueillir ce nouvel opus de Sonic Youth. Jeunesse sonique qui n'a d'ailleurs plus grand chose de sonique en live (cf primavera sound d'il y à une paire d'années) et qui a peur de mélanger rock/pop et expérimentations dans un même opus depuis un paquet de temps (d'ou cette dissociation schizophrène entre enregistrements dits expérimentaux et enregistrements officiels). Dernière conclusion, c'est aussi que cet enregistrement s'éloigne des autres SYR, par son approche beaucoup plus rock, ses mélodies bien reconaissables, ses distortions bien coutumières et ses arrangements bien ranaldiens. On reconnait aussi ci et là les quelques riffs de l'ami Thurston, qui semble nous balancer des chutes de studio d'experimental jet. Une douzaine de moments rock sonic youthien, de jolis moments guitaristique, des agencements rythmiques du plus bel effet, un son etouffé qui rend beaucoup plus grâce à une musique tortueuse, mais une douzaine de moments qui n'ont pas grand chose d'une BO. Une sorte de labellisation d'un réalisateur, une etiquette SOnic Youth sur son film, et un gros coup de pub pour le monsieur, tout comme une intellectualisation de plus pour les New Yorkais, qui se la jouent cette fois ci français. Tout en n'étant pas dupes sur la démarche, et sur la qualité intrinséque du produit, on se surprend pourtant à retrouver les sonorités qui nous avaient toujours plus chez Sonic Youth, et ces bribes de morceaux purement instrumentaux nous emportent peu à peu dans des contrées beaucoup plus interessantes que le trio murray street/rather ripped ou eternal. Un retour vers les années intello arty o rourkiennes du groupe, et des morceaux beaucoup plus efficaces que depuis une paye. Quel dommage que l'enregistrement soit labellisé SYR finalement, pour un joli disque de faces B instrumentales de Sonic Youth, à ranger à côté de son destroyed room donc.

Austin Peralta – Endless planets

Même si on s'attendait pas à celle-ci, elle reste quand même cohérente en plus d'être bienvenue. Brainfeeder, le label de flying Lotus nous balance un disque qui n'a rien à voir avec le reste du catalogue. Le disque d'un musicien de jazz d'une vingtaine d'années, qui a déjà bossé avec Erykah badu (celle là elle est pour mon collègue, spéciale dédicace) ou encore Chick Corea. Le mot jazz est dernièrement à la mode dans les sphères des musiques dites déviantes, intellectuelles, arty, fashion, appelez ça comme vous voulez. Même les types qui font du rock et qui n'assument pas accolent le mot math, ou jazz à leur description, histoire de pas rentrer dans une case trop étroite qui ne leur correspondrait pas. On a aussi toute la vague électronique, où certains types se contentent de sampler un peu de sax, ou d'amuser la galerie avec quelques ambiances ''lounge jazzy'' que ne renierait pas les compilations d'Hotel Costes ou autre Budha Bar (re dédicace aux parisiens cette fois ci). Bref, la sortie d'un disque dit ''jazz'' sur brainfeeder n'inspirait pas grand chose. Pourtant Austin Peralta livre un brillant disque old school, naviguant dans les eaux d'un Coltrane période Meditations, d'un Arkestra dans le côté ethnique et brillant, et parfois vers Rabih Abou Khalil dans le côté chaloupé des rythmiques. Le pianiste sait s'entourer pour former un quintet, mais aussi de quelques toucheurs de machines, dont le Cinematic Orchestra (bien que leur touche soit restreinte, voire complétement absente, et c'est tant mieux). Jolie surprise que ce disque atypique qui permet au catalogue de Flying Lotus de ne pas s'engouffrer dans une voie dubstep déjà périmée, qui aurait pu faire mal à un label frisant le génie sur de récentes sorties, notamment celle de Teebs. La musique du pianiste est parfois grisante d'inventivité, et respire la joie de composer. Aucune démonstration instrumentale, en primant sur l'accessibilité du tout, lorgnant du côté de l'époque Olé de Coltrane, qui brasse quantité d'influences mais aussi de plans dans un même morceau. La production ronde rend toute sa splendeur à la basse qui se pose en contrepoids parfait au jeu de cymbales. Une odyssée rythmique qui s'envole au gré du combat mélodique que se livrent saxophones et piano, et qui permet à endless planets d'être suffisamment passionnant et attrayant. Mention spéciale au final que représente Algiers, dans son petit quart d'heure qui fait se côtoyer l'insistance rythmique feutrée et des lignes mélodiques magiques dans une pièce qui nous fait voyager bien loin. Si Flying Lotus le dit lui même ''cet album vise une direction que j'ai envie de suivre avec Brainfeeder'', on attend la suite avec impatience. Inattendu et grisant. (Brainfeeder)

Transports – A trip on Quebec supersonic Railroads (CKK013)

Dernier disque de 2010 pour Chez Kito Kat Records, ce Transports est une compilation réalisée par E1000, l'ami québécois du crew, qui a (re)sorti son programme d'entrainement pour les éléphants sur la structure messine plus tôt. C'est le moment pour les kito de passer la frontière maritime qui les sépare du Canada et d'afficher aux yeux de tous leur amour pour le Québec. Comme vous avez pu le lire dans l'interview réalisée à la structure l'an dernier, cet endroit est un peu spécial pour eux et ils y ont séjourné. Des rencontres, mais aussi de la création ont été les laïus de ces voyages. Le choix des artistes a été laissé en main de l'ami E100, qui fréquente assidument cette scène au quotidien et la production à Maxime Robin, qui avait livré un morceau sur la troisième édition des Kito Sounds (et un joli morceau). Du coup on navigue pas mal en terrain inconnu, à part deux trois noms plus familiers : Stopmotion, le crew d'arbee et E1000, et voilà tout. C'est aussi un joli moyen pour la structure de réafirmer ses tendances électroniques et son amour pour les machines suite à une période plus axée sur des sorties folk/pop avec Alone With King Kong, Twin pricks et Sug(r)cane et sa pop cristalline. Retour aux passions de base du trio de tête, Mr Bios et Dog bless you en tête. On imagine qu'E1000 a du fréquenter pas mal de ces musiciens, au moins lors de soirées qu'il animait sur Montreal et c'est l'occasion pour eux de sortir de l'ambiance de clubs restreints. Au niveau de la thématique, pourquoi pas ? Soul Jazz le fait souvent avec succès et qualité, en mêlant un endroit géographique à une scène musicale. Cohérente en soi, cette démarche a quelque chose du déterminisme géographique et surtout de la consanguinité des scènes et par extension des sons. Et il y a quelque chose de cohérent dans ce Transports, malgré sa diversité et son côté fourre du premier abord. Tous ces artistes semblent mélanger leur amour du beat et leur science des rythmiques avec la recherche d'une intensité dramatique dans leur trame, en y injectant quantités d'instrumentations qui racontent. C'est le cas de felprézidente et sa guitare acoustique accolée à un beat purement hip hop (morceau magique qui donne envie de retrouver le Mobb Deep des débuts rapper par dessus), mais aussi de double D et ses percussions en mode lame de fond sur un songwriting rappelant Vex'd. C'est aussi le cas de ce morceau de Stopmotion avec une sortie en forme de riff jubilatoire sur clavier lunaire qui scinde le cerveau en deux et envoie une partie a raz de terre pendant que l'autre s'envole avec classe. Cette partie là s'envolera avec le Heartquake d'E1000, morceau qui aurait eu sa place sur son EP et qui reste marqué par la patte du bonhomme avec des sonorités très visuelles et très marquantes, et un sens de la mélodie qui fait mouche. Les morceaux de l'algorythme, de My en featuring avec Maxime Robin et de Morti viventear partagent aussi cet amour des mélopées 8bit et ce traitement des sonorités presque jeux vidéos sur des soubresauts rythmiques. Le moins bon est en fait situé en début de disque, avec des influences jazzy qui saccagent un peu le côté spatiale de la compilation (surtout pour Tehu donc). Mais le voyage arrivant à sa fin, aux côtés d'arbee et de stopmotion qui réalisent un atterrissage en douceur à la Oversteps (autechre) tout cotonneux, c'est avec plaisir que l'on redécouvre les passages les plus enchanteurs de cette heure de train québécois. Un voyage Chez Kito Kat records.

Erik Friedlander - 50 Miniatures for improvising quintet

On vous rassure d'entrée, le disque ne comporte pas 50 pièces, mais sept grands axes qui rassemblent sept compositions microscopiques (+1 donc pour la pièce finale, on voit venir les râleurs). Le quintet est composé de quelques têtes plus ou moins connues de l'entourage de Zorn et de Tzadik. Erik friedlander au violoncelle, Sylvie Courvoisier au piano, Trevor Dunn à la basse, Mike Sarin aux percussions et Jennifer Choi au violon. Pour ceux qui suivent les Book of angels, ils ont du prendre l'habitude de voir venir ces noms. Ces improvisations ont toutes été crée pour un projet en partenariat avec le musée contemporain juif et John Zorn, comme quoi, le monde est petit. L'interêt de ces pièces c'est qu'elles sont construites autour de d'embryons de compositions que les musiciens détruisent dans l'œuf. Frustrant et à la fois très vivifiant, ces morceaux sont en fait la somme de quantités d'idées qui s'acheminent petit à petit. Le projet est bien entendu basé sur une histoire biblique, et sur les jours antérieurs à la réception des dix commandements (au cinquantième donc, si vous suivez). Pas forcément de cohérence donc à l'intérieur même d'une journée, et pas forcément de jeu de quintet à proprement parler. On navigue entre différentes ambiances allant du très mélancolique au expérimentations sur les instruments eux même. Le poids du silence est exacerbé sur des pièces où le piano disparaît et violon et violoncelles se font nos pires ennemis car refusant toute continuations aux amorces de structures mélodiques. Les quelques envolées de basse permettent au son de trouver le corps et la respiration qu'il refuse le reste du temps. L'intérêt réside justement dans cette capacité à jouer avec leur propre musique sans jamais laisser libre cours à leurs habitudes de composition. Ces miniatures en sont vraiment et ce projet de Friedlander est avant tout un nid à idées où les musiciens évitent l'écueil de leur propre savoir faire (la piste 4 qui tue une porte de sortie klezmer au moment où on la voyait arriver). Une bien belle prestation, qui gagnait surement de l'intérêt à être vue live, et où on aurait aimé voir Joey Baron à la batterie. (Skipstone Records)

Hildur Gudnadottir – Mount A

Cet album est une réédition d'un disque de 2006 appelé Lost in Hildurness, par Hildur, aussi membre de The Nix noltes, qui est apparu sur scène aux côtés de Pan Sonic. Cette sortie chez Touch interpelle encore une fois par sa beauté, et l'identité de l'objet toujours du même type de Digipack. Cette fois ci on s'éloigne des dernières sorties du label pour arriver à une musique plus humaine et plus proche du field recordings. Mount A s'inscrit toujours dans cette optique de drone où les sons se disposent sur la longueur pour former des couches qui s'entrechoquent et créent un paysage des plus contemplatif. Cette musique nous vient d'Islande et semble être habitée par une vision filmesque de la musique, en nous livrant des scènes d'une tristesse et d'une nostalgie liées. Eloignée de la composition électronique puisque Hildur a quasiment voulu tout faire par ses propres moyens, et à l'aide de quelques instruments classique. Un violon, une viole, un piano avec une approche profondément expérimentale de la musique qui n'est pas sans rappeler les agencements électroniques voire de des adeptes de field recordings (on se souvient de la sortie de Jana Winderen l'an dernier). Le charme de Mount A réside surtout dans cette capacité de dresser des paysages d'une rare tristesse, plongés dans le néant et nous peignant une sorte de complainte mélancolique. Malgré l'aspect retenu de la musique et le tempo très lent, beaucoup plus axée sur la répétition et éloignée d'un lyrisme quelconque (sauf peut être sur un growth plus enlevé), Mount A semble étaler la souffrance sans échappatoire, avec des instruments qui pleurent tout au long du disque. Le désespoir de la musique d'Hildur semble être sans fond et en devient profondément touchant, tout en gardant quantités de surprises disséminées tout au long du disque permettant d'explorer d'autres cadres, avec l'ajout parcimonieux de vibraphone donnant une tonalité enfantine à cette tristesse et l'habillant de quelques apparats. Un disque humble et retenu , qualités qui en font sa force et son intelligence et qui donne au format de comptines cet aspect immersif. Mount A est une coupure temporelle et redonne au violon sa force initiale, éloignée ici de toute mièvrerie post rock islandaise au pathos débordant. Un beau disque renfermant des morceaux concis qui forment un tout d'une rare noirceur lumineuse et une conclusion céleste. Droit au but. (Touch)

dimanche 6 mars 2011

La Casa Muda de Gustavo Hernandez

Voici un petit film d'horreur uruguayen qui cache assez mal son jeu de "phénomène horrifique de l'année". Sorti de nulle part (enfin si, d'Uruguay...), ce film, rebaptisé The Silent House pour les besoins de sa commercialisation française (qui débutera le 16 mars prochain), a atterri on ne sait trop comment au Festival de Cannes 2010.

Après l'avoir vu on en sait (forcément) un peu plus. Comme nombre de films de genre récemment sortis sur les écrans, la part la plus importante du travail se fait autour du concept dit "novateur". En cela le cinéma d'horreur se rapproche certainement plus que d'autres genres cinématographiques narratifs des arts conceptuels, minimalistes ou d'avant garde. La Casa Muda a même l'audace de tendre vers le happening en développant un plan séquence unique d'environ 79 minutes. C'est un peu comme si vous étiez avec Joseph Beuys dans une maison hantée bien glauque...

Audacieux? Certainement, même si le film n'est apparemment pas le premier à être tourné de la sorte (Allociné précisant qu'un certain Albert Pyun avait déjà tenté une expérience similaire avec un film intitulé Infection en 2005). Il l'est vraiment si l'on considère le film d'horreur ou d'épouvante comme un genre qui laisse peu de place aux temps morts. Ou disons plutôt que certains spectateurs ont beaucoup de mal à comprendre l'intérêt d'un temps mort dans un film d'horreur, ayant la cordiale mais non moins désagréable impression qu'on se moque un peu d'eux. C'est la dictature du frisson : si l'on a pas atteint son quota ou pire, si l'on a été capable de dire "même pas peur" à la caméra, on oublie un petit peu de prendre du recul vis à vis de ce triomphe de la subjectivité sensible sur son humanité effrayée.

Or le plan séquence n'est pas une technique qui ménage le spectateur et son besoin d'action, bien au contraire. Cependant il est particulièrement propice aux poussées d'angoisses atmosphériques, créant une sensation d'enfermement et d'oppression palpable. La caméra ne s'arrêtant jamais, on est obligé de réfléchir en tant réel à ce qui se passe sur l'écran, d'avancer au même rythme que le personnage.

Comme bon nombre de film concept de ce genre, Paranormal Activity ou Cloverfield en tête, La Casa Muda ne brille pas par son scénario fouillé ou par des propositions novatrices à cette échelle. Hernandez ne voit que part la prouesse technique que le Canon 5D lui permet de réaliser. Et encore, si on était vraiment très exigeant on aurait aimé qu'il soigne un peu plus son cadre... Certains diront qu'un plan séquence aussi long c'est forcément mal cadré à un moment donné. Je les renverrai alors à L'arche russe de Sokourov (un plan séquence de 95 minutes) ou je les défis d'aller dire à Bela Tarr qu'un cadre dans ce genre de plan ça décadre obligatoirement.

Là dessus je suis un peu de mauvaise foi. Hernandez filme avec un appareil photo, caméra à l'épaule... A défaut d'un cadre parfait son film ne manque pas vraiment de rythme. Il défonce toutefois tous les écueils scénaristiques possibles. Il fallait visiblement faire un choix. Reste qu'ici, malgré de chouettes lumières et une très solide chorégraphie, le solitaire concept technique n'atteint pas l'autosuffisance requise pour devenir une oeuvre de premier ordre.

dimanche 20 février 2011

TYLER THE CREATOR- Bastard

ODD FUTURE est un collectif qui pourrait évoquer une sorte de Pistols des années 2010, version hip hop. Punk en somme. Dégueu. Crade. Du beat au clip. Les gars de ce collectif ( Odd Future Wolf Gang Kill Them All, ou OFWGKTA) sont en train de réaliser un coup d'état musicale pratiquement sans fautes. Cet été, avec le clip du cadet Earl Sweatshirt (16 ans) ils avaient soulevé quelques questions quant aux propos généralement tenus par ces jeunes gens tout en questionnant sévèrement sur la véracité de ce qui était montré à l'écran (un cocktail étrange aux effets sanguinolents). Progressivement, le posse gravit les échelons du buzz moderne jusqu'à franchir un nouveau cap crucial: le passage chez Jimmy Fallon, le meilleur TV Show de la planète lors d'une prestation puissante avec les Roots et un Mos Def hystérique en guise de conclusion. Les gaziers de ce collectif sont peut-être des génies du marketing ou de véritables cramés du bulbe et skaters sans avenir, toujours est-il que leur musique se fait entendre de plus en plus et se voit l'objet d'une certaine estime (Wire, blogs, artistes... sans parler des rares concerts en dehors de Los Angeles, sold out en moins d'une heure). Alors que la suite de la tête pensante, Tyler The Creator, ne devrait plus tarder (un maxi teaser déjà disponible, première sortie payante du label/ collectif) Bastard continue de tourner dans l'ampli (forcément, c'est du meupeu 3). Du punk, il en est forcément question quand on écoute ces basses cannibales ces beats quasi dépouillés et ses sons entêtants. Les mélodies en berne, jouées à un seul doigt (sans ongles) ne sont que des notions vaguement présentes. Les sons de claviers bubblegum se veulent gras et portent les quelques samples (dont un morceau basé sur une boucle similaire à une prouesse de Madvillain) qui apparaissent ici et là, pendant que la voix trafiquée du jeune MC tombe comme une sentence, sans émotion, froide, résignée. Les Cool Kids qui auraient écoutés Co Flow, Gravediggaz et Spectre en boucle. Des morceaux créées de toute évidence par quelqu'un qui sait où il veut se rendre, avec un minimalisme et une évidence pesante. Et si l'on hésite entre génie ou coup de pub, reste une poignée de morceaux bien assemblés, qui ramène un peu de crasse dans un hip hop qui a tendance à n'être sale que dans sa luxure.

jeudi 17 février 2011

Black Swan de Darren Aronofsky

Certains ont cru, voire espéré, qu'Aronofsky deviendrait un artiste déchu et sans avenir suite à l'échec tant critique que commercial de The Fountain en 2006. Ce film, qui vît Aronofsky pousser les logiques esthétique et scénaristique déjà éprouvées dans Pi et Requiem For A Dream à leur paroxysme et certainement au delà de leurs limites intrinsèques, fut lynché, plus ou moins justement, par tout un pan de spécialistes y voyant l'occasion de descendre un talent et d'enterrer une carrière.

Ce qu'ils n'avaient certainement pas prévu, c'est la force de renouvellement qu'a pu fournir le réalisateur américain. Ce dernier s'est montré capable de tourner le dos à son esthétique ultra léchée, à certaines habitudes de cadre (pour en adopter d'autres), à une certaine surenchère visuelle qui étouffait peut-être la force dramatique de ses précédents opus.

De ce fait, The Wrestler fut un véritable choc pour les adeptes d'Aronofsky. Imbibé de culture (cinématographique) européenne et bercé par le cinéma indépendant américain, se balançant entre Cassavetes et le naturalisme des Dardenne, le film, qui voit par ailleurs la résurrection qualitative de Mickey Rourke, marque un tournant important dans la philosophie esthétique du cinéaste.

Black Swan s'inscrit directement dans la continuité de cette précédente oeuvre et en reprend même quelques bases élémentaires. On suit ici la déchéance d'un être (physique dans The Wrestler, psychologique dans Black Swan) qui a aperçu les sommets au mépris de sa santé, de sa vie et des autres. Black Swan est l'histoire d'une danseuse qui, au crépuscule de sa carrière se voit enfin proposer le rôle principal d'un ballet. Mais ce rôle, exigeant, difficile, ne va pas sans de nouveaux efforts. Dévoré par sa volonté de réussir et par la complexité du personnage qu'elle doit incarné (ou plutôt des personnages, le cygne blanc et le cygne noir), la jeune femme s’effondre dans l'hystérie et la paranoïa.

Le film d'Aronofsky a cela de fascinant qu'on ne sait par où il faut en commencer la lecture tant son sujet et sa mise en scène foisonnent et transpirent d'une intelligence et d'une fine maîtrise de l'excès. C'est l'un des thèmes principaux du film. D'abord par le caractère particulièrement archétypique des personnages qui l'habitent. Les femmes sont gonflées des tares freudiennes qui leurs sont coutumières, saphisme et hystérie, tandis que les hommes sont affligés d'une virilité bestiale et inconséquente. Et pourtant, cela ne choque pas, au contraire, cela subjugue.

Ensuite parce qu'Aronofsky conduit son héroïne aux confins de la folie. Nathalie Portman, qui tient certainement là l'un de ses plus grands rôles, navigue dans une perdition latente, dans une tension qui bascule, qui chavire, avant de s'engouffrer avec violence dans une parano sordide et hallucinatoire.

Film sur le monde impitoyable de la danse, sur la folie mais aussi film de passage. Portman incarne à merveille cette jeune femme enfant hantée par une mère tyrannique qui la maintient prisonnière dans un monde enfantin sordide. Son rôle, une nouvelle danseuse, remettent en question ce monde confiné et la jeune fille se découvre femme, attirante, sexuelle...

De tous ces excès Aronofsky tire un film incroyablement jouissif et noir, à la souffrance à fleur de peau qui délaisse peu à peu le thriller pour s'engouffrer sur les sentiers, plus sordides encore, du fantastique et de l'épouvante. Et de nous revenir alors, plus terrifiantes que jamais, les images du Répulsion de Polanski.

On saluera encore la performance de Winona Ryder, méconnaissable, la virevoltante caméra du cinéaste qui nous gratifie de deux séquences de danse mémorables, une en ouverture et une en fermeture. Et l'on dévorera sans fin cette quête effrénée de la perfection, excentrique et glauque, bourrée de symboles et de rituels qui finalement emprunte au paganisme le plus érotique pour créer une mystique de la folie d'une rare intensité.

Matta - Prototype

On avait parlé du premier EP the lost dans ces pages, et il est clair que celui ci était bien plus marquant que le dernier EP d'enduser. Oubliez tout ce que vous avez pu apprendre sur le dubstep. Imaginez la rencontre du dernier High Tone (Monster) avec l'intelligence du In Sect de Niveau Zéro, et le côté coup de massue dancefloor du Music for the jilted generation de .... Prodigy (car cela faisait bien longtemps à mon goût que l'on avait pas mentionné l'obsession commune). Protoype ne propose en soi rien de nouveau, si ce n'est une collection de morceaux déjà présents sur les précédentes sorties vinyles. Depuis The lost, une collection de live tous plus acclamés les uns que les autres, une collection de dancefloor qui implosent, une collection de cerveaux cramés, et une belle liste de noms avec qui les deux gaziers ont collaboré pour une si courte carrière: Bong-Ra, Hecq, Black Lung. Pour ceux qui sont déjà convaincus à ce stade là, Prototype est en quelque sorte le seul objet ''ultime'' du combo, qui recompile tout ce qui existe en format physique à ce jour. Oubliez les maxis et autres raretés pour rat de magasins poussiéreux, celui là fait bien l'affaire. Pour les autres, qui restent encore chiffonés par l'appellation dubstep, qui les empêche de poser une oreille sans jugement préalable, on ne cherchera pas à les convertir, vu que les morceaux le feront facilement au cours de ces dix pépites. A la fois grossier, putassier et raffiné, nous faisant des ronds de jambes en guise d'agression rythmiques pour mieux nous la faire à l'envers tout en nous caressant le poil avec de jolies envolées lyriques, où en nous enveloppant de nappes d'une rare cohérence sonique. Prototype est de ces compilations où chaque morceau nous transporte, dans des climats vulgaires que l'on apprécie à certains moments, avec cette violence électrique digne de l'énergie rave des débuts; mais aussi dans des labyrinthes de sonorités bien plus raffinées, dans des avalanches rythmiques héritage des années Warp, de l'ami Aphex, mais aussi du psychédélisme chatoyant de Boards of Canada (Suicide Stutter). Je n'ai aucun problême à l'avouer. De mon côté Prototype tourne et retourne, et chaque morceau est un moteur qui galvanise l'écoute du suivant, avec une joie prononcée. Epique, immédiat et parpaing de secours. (Ad Noiseam)
Pour le plaisir: PAN

vendredi 11 février 2011

Rosemary's K Diaries : Binaire/Nicolas Dick

Les disques de plomb en ont sûrement eu des galères qui ont retardé l'arrivée de ce deuxième 10'' de la série des journées spéciales. L'attente valait clairement le coup. L'affiche est encore plus alléchante, avec le duo Binaire, auteur d'un des tous meilleurs disques récents et Nicolas Dick, leur pote ancien Kill the Thrill, qui bossait sur quelques morceaux d'Idole.
Binaire continue dans des morceaux dans la veine d'Idole, avec ce rock/punk mongoloide hachée et découpé à la machette. Les rythmiques s'emballent, les machines lancent le tempo et les guitares sautillent tout en s'emballant dans des murs du son galvanisants. Binaire cette fois ci se la raconte en français, ce qui accentue le côté tube et hymnes de chacun de ces quatre morceaux. Toujours aussi hurlé, toujours aussi débile, toute en ironie, les phrases fusent, provoquent et titillent: "un corps ethéré, de l'héro dans le nez, c'est une putain de soirée". Binaire pousse la lourdeur de son son et le côté lumineux dans ses retranchements. Les chants se passent le relais, hurlements versus hurlement lorsque le tempo s'emballe. Putain de soirée commence par des chuchotements conteurs, dans un morceau dionysiaque rempli d'ironie. Sur Massacre en France, c'est Marilyn, qui chantait sur Tellurique de Kill The Thrill qui se permet de repasser au premier degré dans une diction engagée et salutaire. Finalement, ces quatre morceaux sont encore meilleurs que les précédents, toujours plus loin dans le côté immédiat, toujours plus vicieux sur la durée, toujours plus tristes dans la gaieté. Binaire c'est le son du dancefloor qui implose, le son du punk qui s'amuse avec ses machines.
De l'autre côté, Nicolas Dick continue son expérimentation commencée avec une belle journée, avec une seule piste bien nommée retourné, en guise de quatrième jour des journaux de Rosemary. Nicolas Dick joue toujours avec ses textures, déconstruit ses mélodies orientalisantes et atteint certaines apothéoses de mur du son qu'il efface aussitot. Un morceau immersif, digne des expérimentation de Fennesz, rempli de vie grâce à un son organique. Marrant comme le sérieux que dégage la musique de Nicolas Dick s'oppose totalement à la douleur non feinte de l'humour noir de Binaire et à son envie festive. On attent la réedition d'Une belle journée en LP et on l'encourage à continuer dans cette voie. L'objet quant à lui est encore plus réussi que le premier volet, avec une illustration magnifique aux jolies couleurs bien immersive bien loin de la photo de famille du premier volet. Toujours un coupon téléchargement fourni avec, histoire de pouvoir dodeliner de la tête sur les morceaux de binaire en voiture. On attend la suite, qui sera le nouvel album de l'enfance rouge en double 10'', comme quoi, la structure semble pour l'instant réaliser un sans fautes sur les projets. Merci à eux, en attendant le jour 5 et 6. (Les disques de plomb)

jeudi 10 février 2011

Subheim - No land called home

Approach était un beau manifeste des capacités de ce projet. Entre visions modernes et structures plus néoclassiques, le disque disséquait une électronique tribale et pleine de beauté. C'est aujourd'hui un double défi qui entoure cette nouvelle sortie. D'abord un défi pour Ad Noiseam, qui pousse de plus en plus dans la diversité de ses sorties pour s'éloigner de l'étiquette dubstep d'ores et déjà périmée. Après un Niveau Zéro plus qu'efficace, un Black Lung complètement addictif et un dernier Igorr déjà acclamé partout, c'est au tour de subheim de faire parti du renouveau de la structure. C'est aussi un défi pour le groupe en soi, qui renouvelle entièrement son esthétique. No land called home met de côté les velléités synthétiques pour une approche beaucoup plus humaine de sa musique. Un disque qui ne paye pas forcément de mine au départ, notamment à cause de ces vocaux parsemés un peu partout (un The Veil insipide avec un chant masculin insupportable). Ces vocaux sont une des grandes nouveautés de Subheim en 2010. Katja, la vocaliste live de Subheim prête ici sa voix au studio sur la majorité des morceaux. Au final, cette voix va de paire avec l'approche humanisée de la musique de subheim. No land called home tisse des instrumentations bien plus organiques et chaudes, et l'électronique n'est qu'une toile de fond pour de chaleureuses incursions ethniques (Conspiracies) et des envolées lyriques sur percées tribales. Les prestations live ont du galvaniser Subheim et le besoin de jouer les instruments, de faire apparaître toutes ces percussions, de convoquer une armada de cordes rendent No land called home soniquement immersif. Subheim 2.0 est une armada de cordes, d'orchestrations de tous types et s'impose plus en héritier de dead can dance dernière période (dunes et son ambiance spiritchaser) que de tzolkin. On trouve d'ailleurs des réminiscences des projets solos des deux larrons de dead can dance, quelque part entre le dépouillement chaleureux du silver tree de Lisa gerrard (le magnifique cold hearted sea) et les pépites électroniques du Ark de Brendan Perry. Un pari osé pour une reconversion totale, mais qui prend grâce à nos oreilles grâce à de chaleureuses orchestrations. (Ad Noiseam)

mercredi 9 février 2011

SEEFEEL-Seefeel

Le retour, comme prévu et annoncé avec Faults dont on a causé (en bien) plus tôt. Le retour d'un projet oblique, musicalement passionnant mais demeurant un coffre à pépites pour gens concernés. Seefeel est une référence discrète, celle qui fait automatiquement acquiescer le connoisseur, forcément un peu seul, et celui qui fait systématiquement répéter le profane- "Comment tu dis que ça s'appel?". Un secret étrangement bien gardé, malgré une estime réelle et des papiers flatteurs jadis. Du quatuor d'origine, cette résurrection d'un auto-sabordage n'en garde que la moitié: le guitariste et tête pensante Mark Clifford, parti besogner sur Disjecta pendant 15 ans, et Sarah Peacock, également guitariste et chanteuse, gonflé par l'arrivé de deux nippons que sont le premier batteur des Boredoms et le mentalement atteint DJ Scotch Egg.
Dans l'idée générale, ce nouvel album de Seefeel a plus à voir avec leur début qu'avec leur chef d'oeuvre Succour, sorti au milieu des années 90. Alors collègues de label avec Autechre et Boards Of Canada (le dernier concert de la formation initiale s'effectua d'ailleurs en compagnie de ces derniers, l'un des quelques 5 ou 6 concert que donna BoC de toute leur carrière) leur musique, orignalement exécuté par un groupe de rock (guitare/basse/batterie) n'en avait plus la moindre trace, bien plus à mettre en liaison avec leur label et ses spécialités, l'ambient, l'electronica ou je ne sais quoi encore fait à base de glapissements de séquenceurs et d'oscillateurs. Seefeel pour son retour s'accroche à une batterie sauvagement acoustique (du moins elle sonne de la sorte) et ne s'offre que peu de variation dans le son. C'est d'ailleurs le parti pris le plus étrange pour l'album et qui peut être le plus gros défaut du disque. L'électronique permet un renouvellement du langage toujours appréciable. D'un morceau à l'autre, la musique change sa parure. Avec Seefeel, les mêmes sons reviennent sans cesse, créant une sorte d'enfermement sonore très particulier. La caisse claire sonne toujorus identique. La basse aussi. Et les sons de claviers, les effets, les distortions également. Le fait que la musique se porte d'avantage sur des constructions progressives et électroniques en font donc, à l'inverse d'une dynamique rock, une sorte de redondance qui peut aussi fatiguer l' auditeur. Pourtant l'album, entre sonorité poisseuse, marécageuse et audaces bruitistes et spatiales surnage sur cette étrange décision. La musique de Seefeel est étonnamment plus concrète que sur Succour, s'avère aller d'un début vers une fin, porte un but. Le disque semble être un voyage, avec ses pauses et intrusions d'abstraction bruyante et ses longues épopées rythmiques. Une partition longue et segmentée en morceaux. Et si effectivement parti pris il y a , la production générale n'en est pas moins puissante. Clifford et sa bande viennent d'enregistrer parmi les lignes de basses les plus massives récemment gravées sur un sillon. Les éclats de bruits et de distortions cisaillent remarquablement les autres éléments. L'air de rien, surtout, l'album renvoi un sentiment de tristesse, de mélancolie diffus et largement entretenu pendant les 11 segments. "Seefeel" présente un groupe qui se replace logiquement sur l'échiquier des groupes innovants et passionnants, en proposant une oeuvre unique ( aussi bien pour le fond que pour la forme) et sombre mais néanmoins soigneusement esquissée.

dimanche 6 février 2011

Un été suédois de Fredrik Edfeldt

Un été suédois soulève un problème qui est récurrent chez nous, celui de la traduction des titres de films étrangers. Un été suédois est en effet la traduction choisie pour Flickan qui signifie "petite fille" en suédois... Alors certes, le film se déroule durant l'été en Suède mais le choix de Flickan n'est pas anodin, comme ne l'est jamais un choix de titre (enfin normalement). Si Edfeldt a choisi pour son premier film de l'intituler Flickan, c'est bien parce que toute son intrigue tourne autour de cette jeune fille à la chevelure rousse et au regard triste. Ceci n'est pas la chronique d'un été suédois mais le récit initiatique d'une petite suédoise qui se déroule durant l'été. Ce qui n'est pas la même chose...

Je referme donc ce lourd aparté (mal écrit et un peu ballot) pour revenir à cette petite chose délicate et fragile. Flickan est un peu comme une de ces babioles sans intérêt pour les grandes personnes mais qui prend une dimension sentimentale voire initiatique pour les enfants. Cette fillette rêve de l'Afrique. Ses parents y partent bientôt et elle est persuadée d'être du voyage. Seulement quelques jours avant le départ, ils lui apprennent qu'elle ne vient pas et qu'elle va passer l'été avec sa tante, qu'elle ne connait pas vraiment. Cette tante est inconséquente et la jeune fille n'aura pas de mal à l'éloigner de la maison, l'envoyant faire du bateau avec un riche bonhomme qu'elle convoite. La gamine reste seule dans sa grande maison, livrée à elle-même...

Flickan sort un brin des sentiers battus et rebattus de l'initiation chez l'enfant en confrontant parfois très cruellement la jeune fille à la réalité du monde qui l'entoure. Edfeldt cadre son personnage dans des plans très serrés, comme s'il l'enfermait dans cette innocence voilée et trouble. Le début du film laisse en effet peu de place à l'espace et aux autres personnages. Puis les plans s'ouvrent peu à peu, timidement, laissant jaillir les autres dans ce micro-univers.

Pour le pire et pour le meilleur. Le film dépeint avec sévérité et noirceur l'irresponsabilité des adultes (les parents de la jeune fille partent aider des enfants en Afrique mais laissent leur fille entre les mains d'une tante immature...), la frivolité des préoccupations adolescentes. Il oppose l'univers complexe, naturaliste et solitaire de sa jeune fille à celui de ses deux amies, deux godiches manipulatrices qui s'invente une célébrité de carton en faisant du play-back sur les chansons d'Abba.

Seulement cette solitude est troublée de toute part par l'irruption d'un charmant petit blondinet dont la jeune fille s'entiche. Les premiers émois, très pudiques, très maladroits sont retranscrits avec une infinie justesse qui met parfois mal à l'aise (comme lorsque la fillette s'assoie sur un miroir les jambes écartées pour dessiner son sexe sur une feuille de papier). On est touché, troublé, inquiet devant l'éclatement de cette jeunesse. On pense à la merveilleuse Swedish Love Story de Roy Anderson (En Karlekshistoria, 1969), monument oublié du film sur l'adolescence.

Enfin Flickan évite le piège nostalgique. Bercée dans une mise en image très raffinée (oeuvre du directeur de la photographie de Morse) le film propose, distille malaise et beauté avec un réalisme élégiaque et clair. Même si elle se situe dans les années 70, l'intrigue touche à "l'universel" à travers une approche pourtant très personnelle du rapport de l'enfant au sexe, à l'amour, à la liberté et à l'autre.

Le discours d'un roi de Tom Hooper

Chaque année offre son grand Colin Firth. Cela pourrait être un nouvel adage. L'an dernier l'acteur britannique était passé tout prêt de remporter une statuette pour sa très belle composition dans le non moins formidable A Single Man de Tom Ford. Mais une telle affirmation reviendrait à faire abstraction d'une carrière qui a longtemps hoquetée entre navets de premier ordre et seconds rôles remarqués. Sa performance chez Ford n'efface pas les horribles Bridget Jones, Love Actually ou encore La dernière légion mais nous rappelle aux bons souvenirs d'un acteur doué qui fut le Valmont de Milos Forman au début des années 90...

D'autre part, il convient pour ce Discours d'un roi de remettre cette performance dans le contexte d'ensemble du film. Colin Firth interprète ici le roi George VI, confronté à un bégaiement qui l’empêche de prendre la parole en publique. Sa femme le pousse dans le cabinet d'un orthophoniste peu orthodoxe qui va bousculer ses royales certitudes et devenir, au fil des ans, son ami.

En voilà donc une belle histoire qui devrait affoler les compteurs à Oscars. Hooper ne prend pas vraiment de risques en adaptant cette pièce de théâtre, suivant en père tranquille une narration chronologique balisée et parfaitement ordonnée, dénuée de la moindre surprise. Le scénario apparaît parfois enfantin tant est si bien que ce classicisme formel passerait presque pour une vision simplette des processus historiques qui cernent l'intrigue.

Car au-delà de la rencontre entre ces deux hommes, il y a un contexte historique lourd. La montée du Nazisme et l'entrée en guerre de la Grande Bretagne. Tout cela passe loin, très loin des préoccupations de Hooper, trop concentré à mettre en boite sa jolie leçon d'amitié. Du coup, son film manque cruellement de profondeur historique et s'affadie au fil des minutes.

Il s'affadie d'autant plus que certaines petites choses deviennent elles aussi très irritantes. Le jeu outré et cabot d'Helena Bonham Carter qui en fait des louches, noyant son personnage dans une surenchère toute burtonienne particulièrement indésirable... Et puis il y a la musique de Desplat, lourde elle aussi, oppressante et vieux jeu.

Tout cela laisse un sentiment assez mitigé au final. L'impression laissée par Firth et Rush, tout deux impeccables, et par les dialogues, finement écrits, est contrebalancée par un manque flagrant d'audace qui semble ramener le cinéma dans des circonvolutions anachroniques, voire ancestrales. Au fond, loin d'offrir une lecture intrigante des méthodes de l'orthophoniste ou de la complexité des relations de pouvoir qui se tiennent entre les deux hommes, Hooper offre juste une petite fable, un gentil Rox et Rouky pour adultes, agréable pour les yeux mais sans grande ambition.

jeudi 3 février 2011

FluiD - Duality

Première sortie pour le musicien/producteur/arrangeur de Chicago et un gros pavé dans la mare. Un pavé dans la mare de ses propres influences tout d'abord, qu'il brandit haut et fort dans leur diversité. Un pavé aussi dans l'esthétique sonore sans concession, et d'une beauté nuancée. Ce disque de FluiD, à l'artwork qui va bien avec notre bandeau, mais moins avec nos yeux est un manifeste de dub industriel. Les influences sont nettes : Mick Harris et Scorn, Justin Broadrick pour techno Animal et les versions dub de Love and song in hate. Quelques rares incursions vocales sont à placer sur ce disque, avec on imagine un sample sur disrupting the ghost, et ce featuring très typé Oddatee sur Iron Communique. Dans l'ensemble les instrumentations sont poisseuses et sombre, avec des lignes de basse dantesque sur lesquelles s'accolent guitare noisy, nappes ténébreuses ou retours de machines de fin du monde à la stealth (the absent present). FluiD alterne accalmies bienvenues sur passages bien dark et mélopées de machines grésillantes tout en mettant en avant la propreté et l'insistance des rythmiques : lignes de basses chaloupées et programmation de batterie itérative. Certaines évasions mélodiques ou lignes de clavier permettent d'aérer la quantité de sonorités marécageuses (sublimation in the zero hour) et rendent le tout encore plus maladif. FluiD arrive à canaliser l'ambiance asphyxiante du Tricky période Angels with dirty faces tout en récitant des litanies dub industrielles aux confluents du hip hop version 3.0 d'absence. On lui souhaite une tournée avec dälek, pourquoi pas Picore et quelques collaborations fraiches qui rendent le tout encore plus inédit et indispensable. (Alrealon, www.myspace.com/fluidemusique)

lundi 31 janvier 2011

MARVIN, ZËRO, EZEKIEL& HINT, SCORN- La machine du moulin rouge


Après avoir tourné de manière bien trop ridicule pour trouver une place pour dévoiler ici le temps qu'il m'a fallu pour me garer rue des martyrs, et après un passage rapide chez Ronald, c'est à la bourre que je rentre enfin dans la loco, pour voir la grosse soirée (la première de l'année, fait un voeux) de janvier, qui affiche fièrement les groupes qu'on voit régulièrement dans noise mag sur scène.
J'aurais aimé dire que j'ai assisté à un superbe concert de Zëro, que j'adore ce groupe, et que c'était éblouissant, mais ça serait faux. Déjà, j'aimerais aimer Zëro, mais à chaque fois que j'ai tenu un de leur disque dans mes fébrils mains, il a finalement finit là d'où il venait, dans son bac, si ce n'est leur tout premier 10" que je me passe régulièrement en faisant le même constat: faudrait que je chope le reste. De plus j'aurais aimé voir Zëro. Ce n'est pas le cas. J'ai vu 3 morceaux, avec un son dégueu de là où j'étais. Ca ne ressemblait pas à grand chose, la batterie n'avait aucun relief (merde ! Je me repasserais Spade & Archer demain pour la peine), et la voix était un peu braillarde (le vrai reproche constant de pas mal de groupe d'ici, et déjà chez Bästard je n'aimais pas la voix). Pourtant tout chez ce groupe devrait me plaire: une musique sans limite de style, audacieuse, faites par de vrais passionnés, fans des Residents, de Devo, de Pere Ubu; pleins de claviers judicieusement choisis, et avec une rotation des taches qui fait plaisir à voir. Mais ça ne me touche pas, et ce que j'en vois est bien trop court pour m'emballer. Quand je retrouve mon posse, le constat est sec: "bien mais poussif au bout d'un moment".
Hint & Ezekiel. Le public semble massivement être celui d' Ezekiel, quand les morceaux du duo retentissent, les intros ne suscitent pas les faveurs du public. Pourtant, je n'ai pas grand chose à faire d'Ezekiel. Hint est un groupe qui m'a toujours fasciné, bien que découvert sur le tard, via RAGE, quand ils sortaient Wu Wei, leur dernier album. C'est seulement 2 ou 3 ans plus tard que j'ai enfin pu mettre la main sur le disque- ma première rencontre avec celui-ci, enfin-tout en me remémorant les papiers sur le groupe de l'époque. " Un no man's land sonique". Wu Wei est un album passionnant, et le reste de la discographie l'est tout autant. Du coup, après avoir raté l'occasion de les voir avec Overmars il y a déjà longtemps (2003? 04?), c'est seulement maintenant que je peux enfin les voir (les précédents passages avec Ezekiel à Paris n'avaient pas été possible non plus). Et malgré une première partie (les 45 premières minutes) redoutable, passé Mr Investigator et Chinatown (reprise de Bästard, justement) je commence à me faire un peu chier. J'aimerais être 15 ans en arrière, voir le groupe sortir son vinyle de remixs au stand merch et les voir en formation resserré devant les visuels. Un concert tout de même impressionnant avec ce dispositif scénique titanesque.
J'ai déjà vu Marvin et j'ai à peu près le même rapport qu'avec Zëro: je n'arrive pas à me décider pour m'acheter leurs disques, j'en entend le plus grand bien , et sur scène, ce que j'en ai vu m'a paru très satisfaisant. Mais non, ça me parle pas. Pourtant j'aime Trans Am - oué, elle est facile. Deux quarts de morceaux (ce qui fait à peu près un demi morceau, mais c'est absolument pas raisonnable pour en parler) et je remonte pour ne pas rater tonton Harris. Les gens qui nous lisent un peu de temps en temps ou qui nous connaissent personnellement savent que Mick Harris fait partie des artistes importants et estimé ici. La première fois que j'ai pu voir Scorn en concert fait partie des 5 mornifles les plus mémorable de ma vie musicale, sans aucun doute possible. Depuis, je n'ai raté aucun passage de l'anglais, même si je sais aussi que si Harris a décidé de dépasser les 120 BPM je me ferais chier. Heureusement, Michou est dans une "dub mood" ce soir et propose des morceaux issus de "Stealth" et "Refuse, start fires"- dans la mesure du reconnaissable. Basses étouffantes, beats malsains, larsens et drones menaçants, la patte Harris résonne magnifiquement dans la machine du moulin rouge. La machine tremble, l'ambiance est poisseuse, épaisse, limite palpable. Harris se retire en laissant des cerveaux totalement dévastés, comme à la fin d'un film de Romero.

PS: J'allais oublié de mentionner un public composé de phénomènes, certes choquant, mais particulièrement remarquables: danseur imitant le paon ou la grippe aviaire, hystérique qui crie en rythme, et la palme: un mec qui secoue la tête pendant 2 minutes puis s'arrête et hurle à son voisin "Ca l'fait trop avec les cheveux longs!". Ceci est véridique.

PS2: Je lance un appel: si quelqu'un veut se débarrasser de son split Hint/Unsane, qu'il me fasse signe. Je cherche ce disque depuis 10 piges !

Audioactivism #2

J'ai toujours trouvé que le label lyonnais était le pendant français à Ninja Tune, ou du moins sa réponse avec une touche française. Le label oscille entre les excellentes idées et les signatures plus convenues. Les récentes sorties de Kaly Live dub ne m'ont pas vraiment enthousiasmé, mais au contraire les diverses collaborations instigués par les têtes pensantes du label : Ez3kiel et Hint, ou encore tous ces inédits du studio JFX sortis sur des maxis sont passionnantes. Jarring est un label qui prône la création avant tout, et le vivier d'artistes qui se rencontrent dans le studio. Audioactivism fait la part belle à leur amour pour le hip hop nouvelle génération et recompile des morceaux éparpillés sur différents maxis, mais aussi de nouvelles collaborations. Au programme, deux morceaux de Vagina Rush de Rzatz (chroniqué dans ces pages), deux morceaux du JFX studio session #1 (collab entre Picore et différents Mc's, dont oddatee et ben Sharpa, chroniqué aussi dans ces pages), une poignée de morceaux issus des dernières sorties Jarring et des nouveautés. Une jolie manière de regrouper sur un seul disque quantité de morceau dans la même optique, comme la division Big Dada pour Ninja Tune. On insistera encore sur la beauté du morceau de Picore et Oddateee, décidément magique, avec sa nappe toute en montée qui rappelle dälek dans ses meilleurs ébats industriels tout en attendant patiemment la suite de l'hélium du peuple qui devrait arriver en 2011. Belle surprise que K The I ??? qui pose sa voix sur un morceau de Kaly Live dub, dans un flow toujours aux limites de l'acceptable, mais toujours aussi novateur. Hip hop aux gros beats, qu'eux appellent abstract dans leur volonté de se différencier du reste de la scène, mais qui est une version moderne des dernières tendances grime ou dubstep avec flow accolé par dessus. Du déchet sur le morceau avec John Morrisson (n'est pas Roots Manuva qui veut) et sur l'inédit de Senbeï rapidement irritants. Un point positif pour l'initiative et pour le tracklisting plutôt complet. Ils attendent votre coup de pouce pour les sortir des galères financières. (jarring Effect)

Fowatile - Fowatile EP

A l'heure où Madlib en découd avec son challenge d'un disque par mois, et continue dans sa version open source du beat, en les faisant se multiplier comme l'ami le faisait avec les pains, d'autres s'essayent à des voies alternatives pour faire sonner leur hip hop. C'est le cas de ce premier EP de Fowatile, qui s'engouffre dans une voie d'un hip hop moderne, acceptant les influences initiales pour ranger le sampleur au placard. Une session purement live, sans aucune séquences ni préenregistrement, à base de beats de claviers et de batterie électroniques. Du coup on à droit à des kick spatiaux et complétement arythmiques, entre handclaps fédérateurs et envolées mélodiques sur fond d'effets abstract surréalistes. Vocalement, Fowatile navigue entre le très bon (Conglomerate a un gros feeling nous rappelant le Roots Manuva des maisons) et le moins inspiré surtout dans les refrains soulful un peu en trop (Beatyful girl). Du coup Fowatile nous emmène bien loin de la galaxie des malaxeurs de cire que peuvent être les amis de chez Stonesthrow et s'intéressent plus à l'aspect dévastateur des beats, aux possibilités de la composition directe et à la fraicheur de la rencontre de plusieurs cerveaux connectés par cette modernité. Les programmations de batterie sont parfois très étranges (Coca holla) et se posent en contrepoids complet de beats qui raclent et sentent la fumée. Fowatile signe leur manifeste en choisissant leur camps, plus Flying Lotus que Mf Doom, plus Ninja Tunes/Warp que Stonesthrow. Pour le bon comme pour le mauvais finalement. Pour le plus inspiré comme pour le plus embarrassant.

mardi 25 janvier 2011

SENSATIONAL MEETS KOYXEN- S/T


Skam n'en est pas à son coup d'essai en hip hop, on se souviendra de Shadow Huntaz, formation trop peu connu, mais de manière plus large aussi les emblèmes du label comme Gescom ou Boards Of Canada, pour lesquelles le hip hop fut (et reste probablement) une part importante de la construction sonore caratérisant leurs sorties -on en profite pour croiser les doigts quant à un nouvel album de BoC, mais ceci est une autre histoire. Second volet d'une rencontre entamé sur Wordsound (Sensational meets Kouhei) 4 ans plus tôt, ce second opus vient conclure une année riche en sortie pour le Japonais avec les 3 disques sorties sur Important plus tôt ( et nous faisant prendre conscience que Mr Matsunaga est désormais présent sur les plus prestigieux label de musiques exientes: Raster Noton, Important, Skam, WordSound, Mille Plateaux...). Ce deuxième volet de la rencontre sur disque entre Sensational et Kouhei parait s'inscrire dans la logique des plus récents travaux de Colin Julius Bobb, soit un hip hop plus funky, plus élastique, moins glauque et lourd que par le passé. On pense notamment à Acid & Bass. Sur le 5ème morceau, le semblant de refrain fait même penser au Funkee Homosapien, on est loin de la conception du minimalisme malade et baveux du Freak Styler sur ses premiers jets. On est quand même jamais chez Outkast pour autant: ici la voix part dans tous les sens, joue des effets comme l'écho et la stéréo, murmure dans l'oreille de l'auditeur avec ses cordes vocales totalement arrachées par le crack, caractéristique première et immuable de Bobb. Et ce n'est pas Mastunaga qui va offrir un écrin défendable sur MTV avec cette collaboration. Plus concret que certains de ses récents travaux partagés avec Vainio et Booth, ou même de son album solo qui pouvait parfois s'éloigner dans des digressions bruitistes pures, Koyxen signe une partition lourde et agressive. Mais avec toute la saleté déployé avec amour du bruit bien fait, le constat demeure inchangé: ce second opus à ce petit "je ne sais quoi" qui le rend (très) sensiblement moins hermétique que son prédécesseur. "GH" a des allures de battle attrapé en pleine rue et repasser dans un sampler branché à un cable poussiéreux. "SenKyx_st denis paris" semble avoir été enregistré dans la capitale française, probablement dans une piaule d'hôtel pendant la dernière tournée commune, et pendant que Sensational éructe 2-3 trucs, Kouhei esquisse rapidement un beat avec couinement digitaux en bonus. L'avant dernier morceau, qui voit Black Chameleon et D s'inviter sur le morceau, s'enfonce dans un périple électronique fait d'une saturation parasite éreintante alors que le beat ou la ligne de basse ne cesse de battre inlassablement sur le même motif. On reste ici dans la musique qui ne plait qu'à peu. Le morceau final a des allures de cavalcade de séquenceur, comme un segment de Quaristice échappé de sa session d'origine et remodeler par un vieux lascar armé d'un micro. On aurait aimé un peu plus, mais la durée se veut aussi austère que la production et la pochette- et on appréciera le retour du sticker en braille.

lundi 24 janvier 2011

Les chemins de la liberté de Peter Weir


Lors de sa présentation en avant première au Forum des images, le rédacteur en chef du magasine Positif disait de Peter Weir qu'il avait cela de particulier qu'on ne savait pas vraiment d'où il venait. Façon dissimuler de dire, "vous savez les australiens et le cinéma c'est un peu comme les muets et la chanson, certes ils peuvent ouvrir la bouche mais ils n'ont jamais sorti un disque". J'extrapole un peu, mais cette réflexion sortie de nulle part si ce n'est des tréfonds d'un égocentrisme très atlantiste, m'a un peu rappé la gorge. Des détestables Bazz Luhrmann ou Robert Luketic aux respectables Paul John Hogan (ouais bon... mais Muriel c'était marrant quand même, non?) ou Alex Proyas (surtout pour Dark City), la colonie australienne a plutôt bien percé à Hollywood et est loin de représentée une touche si "exotique" dans le paysage cinématographique.

Bref, oublions, l'intérêt du nouveau film de Peter Weir n'est pas de savoir s'il a quelque chose d'australien où non. Il n'est pas non plus dans le fait qu'il aura fallu attendre 8 ans entre Master and Commander et Les chemins de la liberté. Les mauvaises langues vous diront que le seul intérêt du film réside dans ces jolies retrouvailles entre le réalisateur et Ed Harris, qu'il avait dirigé en 1998 dans The Truman Show, oubliant peut être la belle performance d'un Jim Sturgess que l'on découvre littéralement ou celle, plus anecdotique certes, d'un Colin Farrell en briguant naïf et finalement sympathique.

L'histoire que nous conte Weir est l'adaptation du roman "A marche forcée" de Slavomir Rawicz, l'escapade d'une poignée d'hommes, fraîchement évadée d'un goulag, qui a traversé la Sibérie, le désert de Gobi et l'Himalaya pour rejoindre l'Inde et fuir le communisme en expansion.

Noyant l’âpreté de son récit dans une sauce très mélodramatique et trop romanesque, cette quête de la liberté s'aventure plus sur les dunes nauséabondes du Patient Anglais d'Anthony Minghella que sur les traces du Into the Wild de Sean Penn. Lyrisme forcé, raccourcis scénaristiques et choix de mise en scène discutables plombent cette échappée sauvage. Ainsi on n'a du mal à comprendre le montage inintelligible de l'évasion du goulag. Il en va de même pour les nombreuses coupes qui semblent privilégiées la beauté des paysages à la dureté et la violence de leur fuite.

Weir semble également peiner avec son contexte politique. Seconde Guerre Mondiale, guerre civile en Chine, expansion du communisme en Mongolie... La charge contre le stalinisme et contre l'internationalisation du communisme est à sens unique. On ne saura nier l'évidence des affres du totalitarisme à travers le monde. On pourra juste douter de la pertinence du réalisateur quand, au terme de leur périple, il les fait arriver en Inde, dans une liesse toute proprette, comme si l'Inde s'avérait être la patrie de la liberté. Weir semble juste oublier que, jusqu'en 1947, l'Inde est une colonie anglaise, qui lutte, pacifiquement, pour son indépendance et donc pour obtenir sa liberté à disposer d'elle-même, contre l'impérialisme britannique...

Alors si Weir, avec une obstination sans faille et un manque cruel de relativisme historique, taille avec une serpe bien affûtée dans le gâteau pourri de l'URSS et du stalinisme, il se vautre avec la même aisance dans ce visqueux fantasme de la terre promise. Son dénouement quant à lui est une pure plaisanterie, d'une naïveté toute déplacée lorsque l'on aborde un tel sujet. Si bien que l'aventure incroyable de ces hommes au courage sans pareil, devient une peu subtile démonstration d'une idéologie de la facilité. On aurait aimé que Weir réussisse à insuffler le même élan clairvoyant qui rugissait dans The Truman Show, le même optimisme adolescent qui jaillissait du Cercle des poètes disparus ou encore, le même naturalisme qui habitait son sublime Pique-nique à Hanging Rock. Il n'en est malheureusement rien...

dimanche 23 janvier 2011

The Green Hornet de Michel Gondry


Lorsqu'on connaît la carrière du monsieur, on se demande bien ce qui a pu le pousser à faire un film comme The Green Hornet. Selon ses propres dires, ce serait pour se faire pardonner auprès de son fils d'être un homme trop pris par son travail... Pourquoi pas, après tout. Si papa peut s'amuser tout en travaillant et en se faisant pardonner par son fiston, il n'y a pas de raison de se priver d'une telle opportunité.

The Green Hornet est, dès le départ, un ovni dans le genre du film de "super héros" qui s'émancipe (un peu trop peut-être, Cf. la bande annonce de Thor ou de Green Lantern...) sur les écrans depuis le début des années 2000. Tout d'abord parce qu'ici personne n'a vraiment de super pouvoirs. Ok, Kato est capable de ralentir le temps quand il saute en l'air pour donner un fulguro-coup-de-pied dans le nez du méchant, mais bon, c'est pas franchement grandiose. D'autre part parce que l'adaptation portée sur grand écran par Jay Chou et Seth Rogen joue sur un paradoxe que Hollywood commence à bien aimer: la révolte de l'anti-héros brimé en manque de reconnaissance et qui se découvre une vocation de défenseur des opprimés.

De surcroît, le duo central repose lui aussi sur un antagonisme original puisque le sous fifre asiatique est plus connu que le riche héritier grassouillet. Et surtout il est bien meilleur en castagne, en gadget, en intelligence pure etc. Bref, tout un tas de bonnes choses qui brouille un peu les codes d'une industrie éprouvante pour les méninges et pour les créateurs comme Gondry.

Tout cela offre une place immense aux acteurs. Tout l'intérêt du scénario écrit par Seth Rogen est de mettre en avant de jouissifs échanges verbaux entre les différents personnages, leur laissant de grandes latitudes comiques. Dommage peut être que l'humour de Rogen s'affadissent à la longue par la répétition quasi mécanique du potache adulescent mais la petite tension gay qui se trame entre les deux zigotos est particulièrement bien vue. Dommage également que le scénario ne propose pas à Waltz de faire autre chose qu'une imitation pataude de son personnage d'officier nazi dans Inglorious Basterds.

Gondry lui, évite tant bien que mal les écueils de la grosse production classique. Chiche en effets spéciaux, préférant coûte que coûte les effets de plateau aux rajouts de postproduction, il se concentre sur le cadrage très propre de ses acteurs et sur leurs volubiles pérégrinations. Ca se bagarre, ça explose, certes, mais avec économie. Jusqu'à la dernière demi heure. Voulant visiblement rentrer dans son cahier des charges, le réalisateur français en rajoute des tonnes en multipliant des effets de manche qui s'épuisent et s'annulent les uns après les autres.

On en sort assez désemparé. The Green Hornet répond aux attentes des plus indulgents mais laisse pantois ceux qui espéraient un peu plus d'esprit. Le scénario balourd et trop centré sur Rogen (qui n'en mérite pourtant pas tant) saborde la psychologie des seconds rôles. On rît beaucoup mais sans arriver à distinguer le rire franc du rire putassier, voire indigné. Et puis reste le problème de la 3D. Inutile au possible, elle n'offre aucune valeur ajoutée à un film suffisamment spectaculaire pour ça... Du coup on n'est pas tout à fait certain que Gondry se fasse pardonner par son fils...

jeudi 20 janvier 2011

Kito Sounds #3 (CKK012)

Opulence. En voilà une jolie sortie. C'est d'ailleurs pas évident de raconter quelques trucs dessus en étant bref. Voici le troisième volume de Kito Sounds. On connait l'importance de ces compilations pour le label Chez Kito kat. Elles marquent en quelque sorte des points d'étape entre les différentes sorties. C'est aussi un bon moyen de mettre en exergue l'esprit de la structure : amitié, rencontres, coups de cœur. C'est aussi le moment de faire le point sur des directions artistiques, d'intégrer des petits nouveaux qui n'ont pas encore la matière de sortir un ep ou un disque. C'est aussi une plaque de rencontre géographique, qui permet de naviguer entre le Québec, Metz, le luxembourg... Et c'est finalement un moyen pour certains des artisans de la structure de lâcher des morceaux composés en partenariat, des inédits, voire des projets éphémères. Pour la troisième édition de ces compilations, on à droit à un double disque, et plus de deux heures de musique. Deux disques qui marquent une rupture entre les deux amours et les deux fascinations du label:l'aspect rock/folk/pop et le côté plus axé sur les machines. Du coup, deux disques, nommés sobrement Words et Sounds, qui permettent de marquer une première division au sein même de la compilation. Au Mastering, l'ami Kaliayev, qui couronne l'activité amicale et bon enfant du tout, en devenant un des artisans des Kito. Et vu le côté perfectionniste du Monsieur, c'est tout vu, on lui tire son chapeau. L'emballage suit toujours la règle d'or du fait maison, avec les coutures de rigueur, avec un rendu toujours aussi intéressant (Honte à vous les Twin pricks et votre originalité).

Côté Words, beaucoup de belles surprises. La première c'est ce morceau purement hip hop avec une instru céleste que se farcit Dog Bless you, et un flow inspiré d'un poto du quebec (pour l'anecdote, un collègue d'un ancien Dead for a minute, avec qui l'un des kito buvait des bières en regardant le hockey, avant d'apprendre que le monsieur rappait quand il ne regardait pas ce sport national). La deuxième c'est Salima, l'une des trois Kito qui prend son envol et son assurance et se retrouve en featurings sur pas mal de morceaux. C'est tout d'abord la voix de Beat for Sale, le trio made in Kito qui va bientôt sortir son premier EP. Les prestations live de Beat for sale ayant apparemment été une grande réussite, dans leur kraut électro post suicide motorique ultra efficace et qui sent le tube à plein nez sur tout ce que j'ai entendu, la demoiselle assume de plus en plus sa voix et son flow, avec raison. Beat for Sale livre un on the road entrainant et basique (bouffe bouffe bouffe mon beat, ya que ca qui t'excite). Elle chante aussi en présence de No drum no moog, ce backing band pour la tournée de Twin pricks qui livre une musique bien plus robotique que ce à quoi on pouvait s'attendre (va savoir pourquoi). Et dernière surprise, on la retrouve aussi sur ce tout nouveau morceau de Kaliayev, nouvelle perle d'une rare douceur, morceau à tiroirs d'une rare efficacité qui conjugue phrasés hip hop et arpèges cristallins, sur des changements rythmiques et des mélodies sucrées à tomber. Words c'est aussi un nouveau morceau de Twin pricks, que l'on connaissait déjà par vidéos interposés, à strasbourg dans le tramway comme ailleurs j'imagine, ou alors sur scène pour ceux qui les ont vu, mais encore dans votre jardin. Un joli morceau qui laisse la part belle à la voix de Dr Geo, sur une boite à rythmes rappelant a better view, et encore une fois ce sens du tube qui cloue le bec. Des morceaux que l'on chante au bout de la première écoute, il y en a peu. Dr Geo, on le retrouve aussi en solo, et lui aussi va aussi sortir un EP dans l'année. Toujours dans cette recherche des effets, des superpositions de couches, il nous livre un morceau encore une fois à la Thom Yorke version lonesome cowboy. Côté retrouvailles, c'est aussi le retour d'Alone with king kong avec un nouveau morceau, toujours aussi évident, comme s'il chantait dans ton salon. Un spleen et une mélancolie enfantine, et des accords immédiats. Sug(r)cane et diaporama sont aussi là, l'un dans la suite de son ep l'autre dans la continuation de son electronica romancée et raffinée chantée en français (j'ai plus de mal avec ce projet). Côté nouveautés, on nous introduit les skans, les jeunes strokes messins pour faire putassier mais pourtant tellement vrai. Bienvenue aussi à Ori, et son spleen à la New order première période, entre Ceremony et truth, d'une rare justesse. Bienvenue aussi à hAll, les squatteurs d'un bar messin (copyright DBY), dans un morceau non identifié, qui commence lentement en égrainant quelques arpèges pour susurrer insidieusement un malaise palpable dans une musique distordue au mélodisme outrageux. Incompréhensible et rempli de mal être, un malaise mélodique raffiné comme on pouvait retrouver sur le split de l'Austrasian Goat avec l'Acephale. Ce morceau va me hanter pendant un bon bout de temps. Niandra Lades est égal à lui même, dans une envolée lyrique habituelle du groupe qui rappelle le dernier album du chapelier fou avec une voix à la Billy Corgan, sans savoir pourquoi j'associe les deux. Pour clore la première face, RV Mell nous invite au recueillement dans une sorte de rock filmesque bourré de samples cinématographiques, et n'évite pas le rapprochement avec Microfilm, et c'est tant mieux pour eux.


L'opulence sera de rigueur aussi sur le deuxième disque, sounds, qui lui fait la part belle aux musiques électroniques de tous bords. Les chouchous de Komparce (Dog Bless you+ Mr Bios) entament la compil sur le parc, et pousse les possibilités du duo vers un nouvel horizon rempli de claviers, en livrant une douce version electronica cosmique où les mélodies se superposent sans jamais s'entrechoquer. Raffiné, tout comme le nouveau morceau de Dog Bless you beaucoup plus feutré, articulé encore autour des claviers grésillant, et d'un beat hommage à toute une frange de la scène hip hop. Quant à cette note de guitare obsédante, je jurerais savoir d'où provient le sample. On mange des briques rouges, et lui aussi nous vend du beat, comme quoi le serpent se mord la queue dans ce morceau endiablé. Je prends les paris sur la qualité du disque à venir, et je réserve mon exemplaire, sachant que le gros chien a une marge de progression ahurissante à chaque nouvelle production. God Bless you, dog. Le troisième projet des deux larrons, c'est Mr Bios donc, qui pose sa carte de visite de responsable de l'aspect lunaire de la musique de Komparce dans une sorte de version de Thriller (je vous jure, le beat) sous LSD. Sonorités sous prozac qui s'entrechoquent et s'envolent comme si Jonas Reinhardt avait le sens du rythme. Sounds c'est aussi cette mélodie bienvenue de Maxime Robin, la partie québécoise du crew qui lamine nos oreilles avec du coton dans une version épique de la musique électronique. Chez les québécois connus, on retrouve E1000 avec un morceau d'une rare intelligence, bourré de différentes parties et qui allie rythmiques déjantés à une ambiance flottante avec une rare maitrise. Du coup, on a du mal à comprendre pourquoi il s'affuble de cette grotesque étiquette dubstep sachant que sa musique n'a rien de putassier et au contraire côtoie les sphères ambiant. J'accroche moins au morceau de Brach, qui fait dans l'electro jazzy avec une ligne de basse un peu encombrante et Artaban pêche un peu sur une production surchargée qui ne rend pas grâce a son parti pris enlevé et sa richesse sonore. Mauvaise surprise en milieu de parcours sur ce délire de Monsieur Beater, prénom kurston qui nous renvoie en pleine gueule les cauchemars dancefloor du samedi soir. Niveau découvertes, on s'attardera sur deux Ovni. Tout d'abord ce morceau drone de Main de givre d'une rare beauté glaciale, rappelant les sorties Touch par la grâce atteinte par les cordes et cette boucle obsédante et minimaliste. Deuxième grande surprise, sur 14:13, possiblement le projet de l'austrasian Goat elle même qui livre une pièce chaotique et pourtant superbement orchestrée où se côtoient quantités de plans différents, entre ambiant contemplative et claviers distordus qui font copuler les doors avec sister ray. Un grand morceau de bravoure, qui en devient obsédant. Une agréable surprise en fin de disque, avec ce morceau de fracture commençant doucement pour se terminer dans une orgie shoegaze magnifiée au son épique. Mention spéciale au morceau de Fleo (c'est encore Dr Geo, j'en suis presque certain) qui triture sa guitare dans un morceau rappelant autant le Neil Young de dead man avec un reverb d'église et une mélodie de comptine pour enfant. Sûr que Ben Chasny est jaloux. On oublie pas Millimetrik, Sample book et son amourette lancinante, Dr Hood qui fait office du fou du roi dans un morceau déjanté et Jeff qui triture ses claviers sur un morceau qui a quelque chose de naïvement terrifiant.

Il y en a pour tout le monde et cette troisième édition marque d'un sceau une grande période créative pour l'une des structures les plus agréables et les plus créatives de l'hexagone. Merci. (Chez Kito Kat).

mercredi 19 janvier 2011

King Cannibal - The Way of the Ninja

King cannibal se rajoute aux vingt ans du label Ninja tune, qui pose sur un disque ce que Ninja Tune avait décidé de ne pas sortir. L'originalité avait primé en essayant de regarder vers l'avant et de privilégier les collaborations inédites plutôt que le best of redite, et King Cannibal décide de rendre hommage à un label qui a forgé ses goûts musicaux. King cannibal livre le mix Ninja Tune. Il recompile ses vinyles, ses disques, ses mp3's et essaye à l'aide de ses machines de créer un mix d'un disque rempli à raz bord (à comprendre 75 minutes de musique) pour créer le best of Ninja Tune made in Cannibal. L'hommage à Jarmusch au passage (facile mais ça fait plaisir) et on est parti pour une heure quinze de musique dansante et futuriste, entre grosses nappes et cut ups anarchiques selons le bon gré du sieur. Pour qui suit le label depuis une paye, le mix est peut être inutile, bien qu'il permette de faire ressurgir certaines gloires du label. Un éclectisme un peu putassier parfois, avec ce besoin de balancer du rock et des guitares, car cela fait aussi partie du label (chouette). Dans l'ensemble, de jolies tranches de bonheur, et encore une fois de très belles pièces qui bénéficient d'un joli traitement et d'un joli agencement. On reconnaît pleins de choses un peu partout, sans que ça vaille le coup de revenir sur chaque passage (le site www.ninjatune.net/thewayoftheninja le fera clairement mieux que moi) et les pièces modernes les plus efficaces sont représentés. Warrior queen est encore là avec ce morceau de The Bug qui me hante decidemment et que je retrouve dernièrement partout (que Stockton revende son maxi et retourne écouter Godflesh, on ne lui en tiendra pas rigeur). L'initiative est carrément fun et bien plus entreprenante qu'un vulgaire best of et Ninja Tune prouve cette année qu'ils ont fêté leurs vingt ans comme il se devait, avec pour ligne directrice la création artistique, les rencontres et les yeux tournés vers le futur. Une jolie rétrospective qui tournera dans votre platine en enchainant claques sur claques et sons gigantesques tout en gardant le côté dancefloor auquel un tel mix aspire. On regrettera quelques passages un peu irritants où certains sons sont gardés de manière itérative pour les besoins du mix. Je vois déjà venir le camarade Damo qui préfère les sessions de King Midas Sound. (Ninja Tune)