Après avoir été plutôt rare, Matsunaga se fait prolifique et disponible. Entre deux travaux où le japonais travaille sur le rythme et la dynamique de ses plages, il continue de grossir ses publications de travaux plus abstraits et moins évidents. C'est encore les impeccables Important Rds qui s'y collent pour sortir cette divagation sonore. Kouhei se confronte ici à Asmus Tietchens, emblématique figure de la scène électronique expérimentale allemande depuis les années 70. Une face chacun où Tietchens s'offre les deux premiers essais. Tietchens s'offre un sample de guitare préparé par le scultpeur de Fear Falls Burning. En ressort une variation sur les ultras sons plutôt désagréables avant de déboucher sur un second morceau immersif et plus convainquant. Il y déploie alors une répétition enivrante de sonorités épaisses et ésotériques. L'autre face est donc dédiée à Matsunaga qui dessine presque une symétrie: il commence pour sa part sur un travail des nappes envoûtantes puis se dirige vers des variations aléatoires de cliquetis digitaux, qui rappellent le genre d'exercice que Jack Dangers propose lors de travaux parallèles (comme sur le disque dédié à Forbidden Planet, déjà sur Important par ailleurs !). Si le second morceau laisse également perplexe, son ouverture est d'une grande beauté. Matsunaga développe un climat cotonneux de nappes éthérées qui semble se composer de résonances métalliques aux réverbérations majestueuses. Très convainquant.
mardi 31 janvier 2012
ASMUS TIETCHENS & KOUHEI MATSUNAGA- Split
Après avoir été plutôt rare, Matsunaga se fait prolifique et disponible. Entre deux travaux où le japonais travaille sur le rythme et la dynamique de ses plages, il continue de grossir ses publications de travaux plus abstraits et moins évidents. C'est encore les impeccables Important Rds qui s'y collent pour sortir cette divagation sonore. Kouhei se confronte ici à Asmus Tietchens, emblématique figure de la scène électronique expérimentale allemande depuis les années 70. Une face chacun où Tietchens s'offre les deux premiers essais. Tietchens s'offre un sample de guitare préparé par le scultpeur de Fear Falls Burning. En ressort une variation sur les ultras sons plutôt désagréables avant de déboucher sur un second morceau immersif et plus convainquant. Il y déploie alors une répétition enivrante de sonorités épaisses et ésotériques. L'autre face est donc dédiée à Matsunaga qui dessine presque une symétrie: il commence pour sa part sur un travail des nappes envoûtantes puis se dirige vers des variations aléatoires de cliquetis digitaux, qui rappellent le genre d'exercice que Jack Dangers propose lors de travaux parallèles (comme sur le disque dédié à Forbidden Planet, déjà sur Important par ailleurs !). Si le second morceau laisse également perplexe, son ouverture est d'une grande beauté. Matsunaga développe un climat cotonneux de nappes éthérées qui semble se composer de résonances métalliques aux réverbérations majestueuses. Très convainquant.
vendredi 20 janvier 2012
BLUT AUS NORD-777: The Desanctification
La quête sonore audacieuse continue pour Blut Aus Nord. Audacieuse car les plus puristes ne sont pas invités ici à comprendre au plus juste ce que l'entité produit. BAN continue de s'éloigner d'un black metal codifié nordique pour aller creuser davantage dans les ressources offertes par les machines sans délaisser la recherche mélodique qui s'avère triomphale quand il(s) y cède(nt) complètement. Aberration sonore, l'entité francophone opère une fusion pratiquement inconcevable avec des formes de groove vicieuses pour égarer les oreilles de quelques auditeurs fanatiques de compartimentation. C'est pourtant un large spectre qui est balayé ici, avec ingéniosité. Mélodies, nappes, distortions, glaires vocaux, choeurs, swing, boue, lumières, agression, accalmie, chant clair, sprint rythmique, tout y est, même la démo du dernier flanger/phaser acheté (cf. la troisième plage, entre anecdotique foutage de gueule et pause éthérée). Un second volume qui fait attendre la conclusion, mais qui se suffit à lui même car Blut Aus Nord a particulièrement soigné chaque chapitre. Ce deuxième enregistrement croise une certaine forme de beauté épique à un groove rare et malsain, alternant rame de guitare avec envolé quasi dub progressive, coups martiaux avec blasts marathonien, dans un emballage visuel très réussi qui invite à la curiosité et à la découverte.
mercredi 18 janvier 2012
Millenium de David Fincher
Le nouveau film de Fincher pose au moins une bonne question : que dire d'un film que vous avez déjà vu? C'est en fait le noeud de la problématique de cette deuxième version, de ce remake, de cette redite autour du phénomène Millenium. Je n'ai, personnellement pas lu le livre, je ne suis pas un grand lecteur de romans en réalité... J'étais donc allé voir le premier film de Arden Oplev vierge de tout préjugé littéraire et je l'avais trouvé tout à fait convaincant dans son traitement nerveux de l'intrigue, mesuré dans ses effets de manche et pourtant terriblement vicieux, parfois à la limite du sordide. Rien de jouissif ni de véritablement excitant, juste une bonne pâte, un peu dérangeante, un peu violente et surtout qui mettait habilement en valeur la véritable intrigue, celle de cette affaire de crimes nazis, eugénistes, incestueux... mardi 17 janvier 2012
THE WASHINGTONIANS: Discussion près du feu.
Lecteur, tu te demandes pourquoi il n'y a quasi aucune activité sur cette page depuis quelques jours, et tu as raison de te poser cette question. Non, ce ne sont pas les tops de fin d'années qui nous ont pris tout notre temps. Alors on se rattrape: ici on parle rarement avec des groupes ou des gens, mais quand on le fait, on choisit des intervenants qualité sucre. Premier article musical de l'année, une discussion autour du feu encore chaud des fêtes avec le batteur des Washingtonians, dont on avait vanté les mérites de leur excellent premier album ici même en fin d'année. Réalisé par mail, Antoine, frappeur de peaux de bêtes synthétiques, répond à quelques questions classiques et d'autres plus foireuses.Antoine Washingtonians : Salut C****** (Oui, c'est un vrai prénom-ndlr.), on s’est formé il y a 3 ans à peu près, il y a donc Garth au chant, Eric à la guitare, Tof à la basse et moi-même à la batterie. On est tous complètement autodidactes, pour ma part j’ai juste pris trois mois de cours, avec un prof qui me faisait bosser du Metallica…je me suis donc empressé d’arrêter, en parallèle je bossais des plans de groupes de thrash que j’écoutais à l’époque, les classique en gros, Machine Head, Sacred Reich, Sepultura, Meshuggah, ou des trucs de death etc…On a sorti une démo, un lp et on a quelques titres sur des compil.
BTN : Washingtonians est-il votre premier groupe ? D’autres formations en parallèle ou précédemment ?
AW : On a tous joué dans d’autres groupes auparavant, depuis une dizaine d’années, en particulier avec Garth et Eric, on a partagé plusieurs « formations » ensemble, Accion Mutante(grindcore) avec Dobey d’Inside Conflict aussi aux fûts, No Compromise (hardcore metal batard), Eric faisait aussi du death avant quand il était sur Paris, dans Rigor Mortys, Tof était bassiste dans un groupe de noise rock, et j’ai fait de la gratte dans Inside Conflict pendant deux ans. On se connait depuis un moment tous, du coup ça a été plutôt simple à mettre en place.
BTN : Vous êtes de Poitiers : y a t-il d’autres groupes dans le genre agressif en ce moment ou vous êtes un peu seul pour les concerts ?
AW : On est loin d’être les seuls, il y a toujours eu pas mal de groupes à Poitiers et dans les villes autour, une bonne scène rock au sens large du terme, ça va du skate punk au black, il y a The Phantom Carriage, Nothingness, Microfilm, Tanen, Vergogne, Crawling in Sludge, The Bottle Doom Lazy Band, Astron Fall, Naked, Angmar, Klone, Hacride…, bref il y a de quoi faire. De façon plus générale, il y a un gros vivier d’ "activistes " en tous genres, des graphistes, des orgas de concerts, du skate, des labels/distros,…
BTN : Par ailleurs, j’ai entendu via l’émission de radio à laquelle tu participes que tu semblais un peu remonté contre la ville –du moins son administration- puisqu’il est visiblement impossible de jouer le week end ( ?) désormais. Ce qui est un peu gênant pour des petits groupes... Peux tu développer ça et nous raconter ce qu’il en est ?
AW : C’est un vaste sujet … Disons que la ville ne fait peut être pas ce qu’il faudrait pour avoir une situation idéale, même si, et c’est ça le pire, on a pas trop à se plaindre ici en fin de compte. Ce n’est pas nécessairement la mairie ou son service culturel les responsables du manque de structures adéquates… c’est toujours pareil, va expliquer aux mecs qui bookent des tournées de groupes punk/hardcore, sludge etc qu’il faut communiquer et caler les tournées 8 mois à l’avance…il y a un petit problème d’emblée à ce niveau. Pour le reste c’est plus vicieux. Tu peux ajouter dans l’équation le fait que beaucoup de concerts se font un peu à l’arrache, en mode DIY etc, la mairie n’a peut être même pas connaissance et conscience du potentiel et de l’activisme qui se passe à Poitiers, du coup de façon générale, ça perdure et vivote comme ça peut avec les bars qui sont prêts à jouer le jeu –ce qui implique pour eux de prendre des « risques », plaintes régulières des voisins, flics, menaces de fermetures administratives -quand ça n’ en reste pas qu’au stade de menaces- , et c’est ce qu’il s’est passé cette année…on avait un pur spot pour faire des concerts dans de bonnes conditions, avec des patrons cools qui avaient envie de faire les choses bien, donc qui ne se foutaient pas de la gueule du monde en terme d’accueil. Et le public, comme les groupes et les orgas l’appréciaient énormément.
Et bien bingo, une voisine pas très fûtée(faut quand même être con pour aller habiter à côté d’un bar en plein centre-ville d’une ville étudiante, en espérant y trouver quiétude et tranquillité dès 21h) s’est plainte rapidement, et la suite on la connait, plus de concerts sinon fermeture du bar etc etc…il nous reste juste un bar actuellement pour y faire quelques concerts de temps en temps, mais seulement en semaine puisque le weekend ce lieu accueille une toute autre clientèle…il y a quand même le Confort Moderne, la SMAC de Poitiers, où il est possible de faire des choses, mais ce n’est jamais très simple malgré la bonne volonté des gens qui y bossent, ils mettent à disposition le lieu (la salle ou le bar en fonction de la renommée des groupes ), un peu de matos et les techniciens nécessaires, et en gros tu fais le reste. Le soucis c’est qu’il faut nourrir tout ce petit monde en plus des groupes que tu fais jouer, ce qui est tout à fait normal, voire la moindre des choses. Mais sachant que tu n’as que les entrées pour couvrir tes frais, et bien…il vaut mieux être sûr de son coup. Du coup ça refroidit un peu, tu ne fais pas jouer un groupe de crust tchèque dans ces conditions, t’es sûr de te ramasser… on attend tous l’ouverture d’un vrai club dédié aux concerts , privé, sinon on retombe dans le système public et là bonjour les délais etc, une bonne alternative à tout ça qui permettrait de subvenir aux besoins de toutes les assos frustrées du coin.
BTN : Severed Heads est votre premier album, qui suit de 2 ans un premier jet : le processus a-t-il été long ? Ou alors vous avez été assez rapide ? (Ca semble brut comme changement de sujet- les risques de l'entretien mail-ndlr.)
AW : On compose assez vite, et ça c’est dû à la nature des morceaux qui sont plutôt courts et simples, par contre on est feignants et fauchés, du coup pour réunir les moyens financiers, caler les dates entre nous et Lionel (ingé son et propriétaire du Studio 4 où l’on enregistre) pour le studio c’est beaucoup plus long. Tu ajoutes le temps de trouver les moyens et les gens pour financer le pressage, et on arrive vite à quasiment une année.
BTN : Comment avez vous obtenu Rica, qu’on a vu illustrer Noise mag (entre autres), pour votre pochette ?
AW : Tof(basse) le connaît depuis quelques années, ça n’a donc pas été compliqué pour nous de le contacter et de lui demander si il avait le temps, si ça l’intéressait. A partir de là on a échangé un peu sur ce qu’on avait en tête, comment il voyait le truc puis c’était parti.

BTN : Vous lui avez laissé carte blanche ou vous aviez une idée dans les grandes lignes ? Il ya un coté Burns (facile) mais aussi un coté Terry Gilliam dans le visuel.
AW : Terry Gilliam c’est pas faux oui. Oui il a eu carrément carte blanche, bien sûr on lui a donné deux trois pistes, on lui a parlé de deux trois pochettes qu’on aimait bien dans le genre, mais globalement il avait le nom de l’album, le film des Washingtonians en tête et ses crayons (J'ignorais totalement l'existence de ce film et, du coup, le lien avec le groupe. Honte à moi, mauvaises recherches de ma part. Mais peut-être que notre Mr Cinéma nous en causera ultétieurement-ndlr.). D’où la fourchette plantée dans le crâne du mec , sur l’arrière de la pochette, petit clin d’œil au film par exemple.
BTN : Pourquoi les smileys ?
AW : Haha, lui seul peut répondre à cette question. (l'appel est lancé !! -nldr.)
BTN : Comment avez vous approché Franck Hueso ? C’est un pote ou vous aimiez son travail (sur Inside Conflict par exemple) avant ? (lecteur, il va se passer une chose très intéressante dans la réponse: la double peine. D'une je me suis gouré quant au metteur en son de l'album, et deuxièmement, je me rend compte que j'ai posé une question assez idiote-ndlr).
AW : Oui Franck est un pote, on se connait depuis longtemps, par contre on aime pas du tout son travail (voilà, ça c'est pour la question con-ndlr.). Mais juste une précision pour cet enregistrement, Franck a simplement masterisé la version vinyle, ce n’est pas lui qui a fait le son. On le doit à Lionel Ferry dont je te parlais un peu plus haut -et sur la démo aussi d’ailleurs- qui a son propre studio(le Studio 4 donc) à côté de Poitiers. Franck y enregistre aussi certains groupes de temps en temps. Pour nous c’est plutôt naturel d’aller chez lui, on se connaît super bien, on a joué pendant quelques années ensemble, on sait comment il bosse et à quel point il est tolérant avec nous, il sait comment on fonctionne… c’est simple avec lui haha(je veux pas dire par là que c’est pas simple avec Franck hein).
BTN : Là encore carte blanche ou vous aviez une idée du son que vous vouliez ? J’aime le son du disque, qui s’éloigne un peu des « habitudes » du rock sale actuel (cf. n’importe quelle sortie relapse).
AW : La seule contrainte qu’on s’est imposé au départ avec ce groupe, c’était de ne pas sonner metal (ça veut pas dire qu’on le fera pas un jour) ou du moins d’éviter au maximum, ça peut vite manquer de relief, et tuer un peu la spontanéité qui peut se dégager de ce genre de zique. Bref, on avait pas d’idée précise du son pour l’album, et tout y est hyper brut au final(très peu de mix), c’est un peu ce qu’on voulait, relativement brut et rentre dedans. La seule certitude c’est qu’au grand jamais on essayera d’approcher une prod comme tout ce qui peut sortir de l’usine Deathwish/Ballou. Agoraphobic Nosebleed ont écrit un morceau à ce sujet d’ailleurs, le texte y est parfait. (Pour les curieux, allez voir en bas de cette page. Oui, vous ne délirez pas, ils avaient bien partagé un split il y a quelques années-ndlr.)
BTN : Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ce type de musique ?
AW : Sûrement un mélange de ce qu’on écoute et de ce qu’on aime individuellement. Disons qu’on repique des plans à beaucoup de groupes… Genocide Superstars, les Spudmonsters, Entombed , les vieux groupes crust metal genre Loudpipes, The Dukes of Nothing, après on écoute tous plein de trucs différents, Tof pourrait dire Unlogisitc, X-Or(les toulousains), World Burns to Death, les Poppies, Eric Zeke, Disfear, Trash Talk, Garth Impaled Nazarene, Rocking Dildos et aller jusqu’à Emperor , Ulver…y’en a tellement…
BTN : Il y a un coté hyper rock’n’roll, voir groovy dans cet album, c’est quoi l’idée ou l’impulsion derrière ?
AW : La question précédente répond un peu à celle-ci du coup (en effet, Genocide SS ou Dukes of Nothing sont des groupes assez groovy malgré le bois tronçonné et envoyé à chaque morceau-ndlr.). Ça doit sûrement venir de tout ça. L’idée c’est juste de faire un truc énergique où on se fait plaisir, et surtout où on se pose pas trop de questions. Faut que ça reste spontané.
BTN : De quoi causent les Washingtonians ? Politique ? Abstrait ? Autre ?
AW : Je passe. On a jamais trop compris Garth, même en tant qu’individu. Ça doit pas mal tourner autour du cinéma hongkongais, après…aucune idée.
AW : Pareil, aucune idée. On a enregistré ce morceau complètement en catastrophe, le dernier jour de l’enregistrement en se disant que ce serait pas mal d’avoir une sorte d’interlude(tu me diras une interlude à la fin c’est un peu débile), un truc un peu plus posé histoire de pas simplement avoir une rafale de morceaux rapides et bourrins qui s’enchainent. On a mis en commun quelques riffs qui trainaient avec Eric, on a fait tourner le truc deux trois fois, et on l’a enregistré dans la foulée, mais c’était pas du tout prévu. On a fait les quelques samples de l’intro avec un vieux Roland, on a aussi pitché toute la zique histoire de lui donner un côté un peu « rampant », un peu « sludge ». Et pour le chant Garth a juste lu un passage du bouquin qu’il lisait à ce moment là, le pauvre il a même pas eu le temps d’écrire de textes.
BTN : Ici (en France), on est devenu assez réputé pour notre Black Metal, mais j’ai l’impression que d’autres « genres » commencent à s’imposer. Après un passage assez calme, quand je vois votre album, ou, pour brasser large, le dernier Kicback ou le Comity qui arrive à grand pas, j’ai comme l’impression que le Hardcore aligne de bonnes sorties en ce moment- du moins des choses plus intéressantes qu’ailleurs. Un sentiment là dessus ?
AW : Je me sens pas trop de juger tout ça, il y avait déjà d’excellents groupes il y a 10 ans, et plein de choses qui se passaient, le problème c’est qu’il y avait beaucoup moins de visibilité que maintenant…merci internet. Par contre il est évident que les groupes français s’exportent beaucoup plus facilement à l’étranger désormais, et sans chauvinisme aucun, ça fait plaisir de voir que certains groupes d’ici cartonnent, à juste titre, et ont des opportunités dignes de ce nom.
BTN : Pourquoi la version CD est sortie si longtemps après le LP ? c’était pas prévu ? D’ailleurs pourquoi avoir sorti le CD avec cette pochette en sérigraphie ? Pour donner un coté Constellation ou pour proposer tout simplement un autre objet et pas une copie du LP ?
AW : Au départ ça ne devait sortir qu’en vinyle oui. Puis on a eu quelques demandes, des gens qui voulaient acheter le disque, à force on s’est dit que ce serait peut être pas mal histoire de pas faire les snobs. Alexis de Gheea Music était motivé pour nous filer un coup de main, et on a mis le reste avec mon pote Sylvain, avec qui on a monté Beards & Bones, notre asso pour les concerts et qui fait aussi pseudo label à ses heures. On s’est dit avec le groupe que quitte à faire un cd, autant faire autre chose qu’une copie conforme du vinyle, ça n’avait pas grand intérêt pour nous, surtout un an après. La sérigraphie c’était un peu pour le côté esthétique de l’objet, et il faut bien le dire, parce qu’on a le labo de la Fanzinothèque à côté de chez nous, il y a un aspect pratique évidemment, c’est pas très cher, il y a pas mal de possibilités, on peut voir l’avancement de la chose en temps réel, apprendre 2/3 trucs au passage, s’épargner quelques galères de logistique… et en toute honnêteté sortir un bon vieux boitier cristal, ça nous branchait pas vraiment. On a également ajouté un morceau « bonus » qui n’était pas sur l’album, ça redonnait une seconde vie au disque quelque part. En tout cas dans nos esprits haha…
BTN : Actu à venir pour le groupe ?
AW : On a une douzaine de nouveaux morceaux donc on va essayer d’enregistrer quelque chose au printemps, si on a assez de thunes. On a eu un ou deux plans pour faire des splits, mais rien de bien concret pour l’instant… sinon quelques dates notamment le Bloodshed Festival au Dynamo à Eindhoven, avec Dropdead, Looking For an Answer, Gride et plein d’autres groupes, on était plutôt content quand on appris la nouvelle. On a également eu la confirmation d’une tournée d’une dizaine de jours à Cuba en février 2013 sur le Brutal Fest, un festival itinérant, avec les danois de Hexis, nos copains de The Phantom Carriage, qui sont eux aussi de Poitiers, et une petite dizaine d’autres groupes… on a bien hâte !
BTN : Dernière question, passage obligatoire imposé par un de mes collègue et qui, je le sais, va te faire plaisir : que penses- tu de Prodigy, le groupe anglais ?
AW : Alors là……pas grand-chose malheureusement. A vrai dire je connais très peu voire pas du tout, quand ça a commencé à cartonner j’écoutais plus Obituary, Napalm Death et consorts, j’étais pas trop dans le délire mix rock/musique électronique, et à part deux trois trucs plus « lourds » de l’époque, j’étais quand même vachement plus branché death,thrash et black. Du coup j’ai juste le vague souvenir d’un clip dans Best of Thrash à l’époque qui m’agressait visuellement , faudrait que je retente mais je suis pas convaincu du résultat…
BTN : Le mot de la fin ?
AW : Un grand merci à toi pour tes questions et ton intérêt , et Garth tient à te remercier personnellement, il s’est senti beau après avoir lu ta chronique.
mardi 3 janvier 2012
Take Shelter de Jeff Nichols
Alors que l'Occident s'enfonce dans une crise tant économique que politique, le cinéma, lui, s'éprend douloureusement de celle-ci et étale ses peurs de fin du monde. Frissonnante fin tragique d'une civilisation euro-américaine en panne d'idées ? En tout cas, cette même "civilisation" ne semble pas en manquer lorsqu'il s'agit de sa chute. Prenons la Hongrie par exemple. Alors que le pays, au bord du gouffre financier, s'enfonce dans un autoritarisme ultra-conservateur qui rampe lentement mais surement vers le despotisme d'un parti unique, Bela Tarr, fer de lance du cinéma hongrois, sort son dernier chef d'oeuvre, le Cheval de Turin. 
vendredi 30 décembre 2011
BLACK FACE- S/T 7"
En posant le diamant sur le sillon, on y croit, on en est persuadé: on est en plein milieu d'un disque de 85. Du pur punk ou du pur hardcore de l'époque, les riffs, les sons, et l'immédiateté des paroles ne laissent presque planer aucun doute. C'est la face "I Want To Kill You" qui ne pouvait être écrit que par deux personnes pour pouvoir être prise au sérieux. La première, c'est Rollins qui se serait pas encore engagé ni dans le cinéma ni dans les spoken words ou les émissions de TV. L'autre c'est Eugene Robinson. On est, de fait, en 2011 -pour encore quelques heures- et c'est donc Robinson qui se ferait une joie de te coincer la trogne entre ses jambes pour t'expliquer la moindre subtilité qui pourrait t'échapper. Sur le papier ça ressemble à la meilleure idée de tous les temps: foutre Robinson avec Dukowski pour faire vivre une alternative au Black Flag déchu. Sur disque on se rend surtout compte que ça fonctionne parce que la promesse des mecs est la suivante: ils ne l'ont pas fait pour la nostalgie (inexistante, de surcroît) mais pour l'envie de détruire tout une fois sur scène. L'envie de tuer. La face A suinte, comme promis, de ces lignes de basses typiques et de la haine glaviotante de Robinson bien épaulé. Sur l'autre, on se croirait sur une envolée chantée tirée d'un "Process of Weeding Out" qui virerait sans s'excuser vers un quasi funk psychédélique où Eugene de Whipping Boy se rapprocherait du Robinson en slip d'Oxbow. On attend forcément que cette incarnation viennent avoiner le curieux sur scène.
vendredi 23 décembre 2011
PUSCIFER- Conditions of my parole
Tool nous avait habitué à un rythme de croisière quasi régulier, publiant un nouvel album 5 ans après le précédent sur ces deux dernières productions. Cette année nous n'avons pas eu notre dose, les fanatiques n'en peuvent plus et c'est finalement Puscifer qui a dégainé plus vite... reléguant par ailleurs le projet phare (quoi qu'on en dise) de Maynard James Keenan au placard pour encore quelques temps. Surtout que Puscifer avait déjà sortis deux disques (un album et son siamois de remixs) qui, bien que loin d'être mauvais, n'étaient que la preuve que Puscifer était avant tout un projet fourre-tout de luxe pour le vigneron. "V for vagina " était surtout le moyen de voir ce que glandouillait Keenan loin d'un groupe, et le concept ne prenait pas plus que ça une fois sur bandes, malgré un casting incroyable (RATM presque au complet, Tim Alexander...). mercredi 21 décembre 2011
MOBB DEEP- Black Cocaine
La preuve que les formats courts ont du bon, on se met à rêver quant à le prolifération de ce genre d'EP, ramassé, puissant, qui se tient sans longueurs ni faiblesses. De Mobb Deep on connait surtout les deux classiques "the infamous" et "Hell on earth", deux indispensables du hip hop type sécheresse sonore et regard mauvais. Black Cocaine est un disque court mais impeccable, composé de 5 morceaux qui nous pousseraient à nous pencher sur les autres albums du duo, du moins à guetter celui qui arrive si il est dans la même veine. Hip hop de truands certifié, production phat qualité supérieur, peu importe qui s'occupe de tapoter la mpc: Beat Butcha ouvre avec un morceau se basant sur un sample de rude boy et des claviers type horrorcore, Havoc produit lui-même un Conquer qui commence en faisant peur avec ses cors samplés mais qui fait ses preuves avec une construction redoutable et un beat lourd. The Alchemist s'occupe pour sa part de deux morceaux habités de samples et de sons hypnotiques, dont un soutenu par Nas qui ne brille plus que grâce à ses apparitions chez les autres. Freak Beats produit le dernier morceau, entre piano irritants et samples gras de guitares, synthés stellaires et batterie massive. Cinq morceaux sérieux sur un EP brillant, entre clin d'oeil aux petits nouveaux (on pense très fort à Clipse sur deux morceaux) et retour prometteur.
mardi 20 décembre 2011
KICKBACK-Et le diable rit avec nous
Etonnamment prolifique, Kickback revient seulement 2 ans après l'album précédent (rappelons nous que No Surrender n'est séparé que de 12 ans de son prédécesseur). Un retour donc plutôt inattendu, et qui ne s'est pas fait attendre: annoncé et publié rapidement, à l'image de la musique d'ailleurs. Un coup rapide, furtif.vendredi 16 décembre 2011
THE WASHINGTONIANS-Severed Heads
Les Washingtonians auraient totalement pu exister il y a 10 ans, à l'époque où des dizaines de groupes apparaissaient chaque semaines et où chacun d'eux faisait l'effort d'être plus créatif, plus efficace ou plus sauvage que les autres. Et les Washingtonians se seraient déjà largement démarqué. Nous sommes à la veille de 2012, et la pénurie de groupes de rock agressif se fait de plus en plus sentir. Les grands labels sont à la rue, et quand ils veulent briller, ils sortent des ré-éditions. En évitant de verser dans le "c'était mieux avant", c'est avec le sourire qu'un groupe comme les Washingtonians est accueilli. Après son premier essai traité ici, le groupe a pris le temps de concocter un long disque gavé jusqu'à la gueule en quantité mais qui a aussi le bon goût de ne pas faire saturer les oreilles de son auditoire: l'album est dense mais ne s'éternise pas. 19 morceaux pour 30 minutes, impeccable. Pour poser la rigueur du groupe c'est l'ensemble du projet qui est abouti et qui mets des points: l'album s'enrobe d'un visuel superbe (de Rica, qui avait signé quelques couvs chez Noise et bossé pour Marvin ou Death to Pigs) rappelant les comics indés US, avec un Georges à la tête décomposée en cubes libérant une armée de smileys: Washingtonians s'éloignent de son premier disque avec un visuel à l'opposé du précédent. C'est F. Hueso qui s'est occupé de capter le fouin, habitué de la console pour des projets parfois nettement moins intéressants mais qui produit un superbe son dynamique et adéquat. A l'heure où tout sonne comme un produit plastique Relapse, Washingtonians joue sur une production plus serrée, et qui ne donne pas dans l'artifice usant. Chaque membre a sa place et tout se distingue.mardi 6 décembre 2011
TOM WAITS- Bad As ME
Waits ne se fait plus si rare, se fait moins désirer et ne mets que 4 ans à donner vie à ce Bad As Me (si l'on considère "Orphans..." comme un véritable album), et deux ans seulement depuis le live au son âpre que nous avions mentionné lors d'une réunion. Bad As Me, titre qui pourrait tout dire mais qui ne le fait pas, parce que "Bad" n'est valable dans aucun sens du terme. On a connu Waits plus effrayant, plus noir, plus vicieux, et on a connu des albums bien pires (sans parler, de fait, de sa discographie).lundi 28 novembre 2011
KING MIDAS SOUND- Without you
Kevin Martin semble créer maintenant une distortion étrange dans son projet KMS: alors que sa musique semble faire une boucle sur elle même et vient se régénérer au coeur de sa propre culture, le groupe sort un simili second album qui n'est pas vraiment un album de remixs au sens traditionnelle mais plutôt une collection de travaux tournant autour du premier album du groupe. Expliquons-nous: il est clair que le trio se dirige vers une musique de plus en plus brute et bruyante, comme si Hitomi et Robinson aidaient Martin à se réconcilier avec ses propres racines, créant un trait d'union entre Ghosts de Techno Animal et Waiting For You, l'album le plus accessible et mélodieux (qui se chante comme le racontait Martin au Wire) de toute sa carrière. Lovers Rock en plein ébat avec l'indus la plus âpre. Without You n'est pas un simple album commandé et conçu, il s'apparente plus à une collection de remixs épars, puisque reprenant des remixs originaux (Gang Gang Dance...) des versions où les voix sont redéfinis (Cooly G) et des mixs datant du tout premier EP- Il est d'ailleurs surprenant que le morceau de Dabrye figure sur l'album en piste cachée. Le disque hésite donc entre remixs fous d'un coté et approfondissement du climat dessiné sur l'album de l'autre. Gang Gang Dance assure une lecture limite mongolo et psychédélique à base de bonbons cosmiques (et le clip qui va avec), Nite Jewel imite le pire de Miles Davis avec ses cuivres synthétiques et ses sonorités cheaps et Cooly G rechante sans conviction un Spin Me Around qui se perd dans les "OoOh YeaaaAaaah" déstabilisants. Mala et Kuedo se partageaient un EP avec leurs deux morceaux, et on se demande un court instant si le 12" ne grillait pas toutes les cartouches du groupe quant à ce projet: remixs impeccables et soignés sur chaque face, Mala renforce le rythme avant de faire apparaitre les samples originaux alors que Kuedo dresse un décor K. Dick-ien comme sur son propre album en y incorporant la voix de Robinson. Kode 9 & Spaceape posent un remix ramassé, court et agréable tandis que Deepchord Presents Echospace incruste son langage au fantomatique son du trio avec les honneurs. On arrive au bout avec l'idée d'être en compagnie d'un mutant bien sage du premier album, un disque dont l'aspect foutraque prend le dessus malgré un climat générale obsédé et également hyper sensuelle, alors que la suite des aventures discographiques du groupes se veulent sinon passionnantes au moins aventureuses.
mercredi 16 novembre 2011
ROLY PORTER- Aftertime
Créateur avec son camarade Kuedo (Jamie Teasdale) du duo Vex'D, Porter part pratiquement anonyme pour enregistrer ce premier album solo. Pourtant, Vex'D restera probablement comme le projet ayant accouché d'un des tous premiers albums de dubstep de l'histoire. Etrange sabordage à l'heure où la frange la plus bourrine du genre se régale avec à sa tête d'horribles tentatives comme Skrillex. La séparation découle ainsi sur deux projets distincts, Kuedo d'une part, dont nous reparlerons, et Porter sous son nom, sans pseudonyme ni incarnation de l'autre. Si le premier projet peut traduire une certaine évolution, l'album de Porter montre, hurle même une certaine forme de nécessité quant à l'abandon (temporaire?) du projet Vex'D tant sa vision solitaire se place à contresens des travaux précédents.vendredi 11 novembre 2011
Les harmonies Werckmeister de Béla Tarr
Le premier film de Béla Tarr que j'ai eu l'occasion de voir fut assez désespérant. Non pas que le film eu été un désastre, bien au contraire, mais Damnation (c'est son titre) était rempli d'un désespoir qui inondait au delà de l'écran, tous les interstices de mon corps et de mon âme. Alors que s'entamait le générique de fin je ne pus m'empêcher de pouffer nerveusement tant l'abattement qui venait de s'offrir à mes yeux était immense, incommensurable... galactique. C'était en réalité, la seule réaction rationnelle qu'il m'était possible d'avoir, mis à part la pendaison. mardi 8 novembre 2011
BRUTAL TRUTH-End time
On attendait même pas Brutal Truth, tant l'album du retour était une suite logique mais surtout suffisante à l'histoire du groupe. Ils remettent déjà le couvert avec un album qui propose du BT classique et donc en très grande forme. Grind punk de folie certifiée qui se ballade dans les champs voisins, du rampant et du crade agressif, Hoak joue toujours comme un malade mentale parkinsonien sous amphétamine, rentrant les plus improbables roulement à une vitesse ridiculement excessive; la dernière recrue, Burke, demeure le tenancier de la 6 cordes pour BT, et injecte visiblement sa connaissance du stoner et du hardcore dans des riffs où la lourdeur est de mise mais est capable aussi d'abattre des plans nébuleux, quasi psychédélique quand la rythmique de Hoak et Lilker s'embarquent dans l'excès de vitesse, créant une sorte de "contre-champs" musicale habilement mené ("Lottery"). Sharp prononce toujours la messe avec sa voix de cowboy Grindcore, efficace et sans fioriture. L'album en plus, celui qui confirme le groupe sans afficher de marque de fatigue, qui n'aligne pas autant de morceaux cultes que l'ainé Sounds of Animal Kingdom, mais qui ne décevra pas le fanatique. Bière, chasse et blast dans les enceintes. En revanche, l'édition vinyle ne propose pas le tout dernier morceau, longue évolution flirtant avec l'indus sur 15 minutes. Pourquoi ???
jeudi 3 novembre 2011
MELVINS- Glazart.
lundi 31 octobre 2011
CODY SIMPSON - Coast to Coast
Bah quoi, c'est Halloween non? Quoi de mieux qu'un clone austral de Justin Bieber pour faire revenir les morts? Rien. Strictement rien. Au risque d'aguicher au passage quelques blondinettes à appareil dentaire qui rêvent de surf et de crème de visage la nuit, mais bon, à ce prix là franchement! Vous aurez bien quelques bonbons (gifles) à leur filer. The Roost de Ti West
Je zonais sur la toile lorsque j'ai vu que le réalisateur Ti West allait sortir un nouveau film au doux nom de The Innkeepers, une histoire d'hôtel hanté qui semble s'inspirer grandement du Insidious de James Wan ou des Autres d'Alejandro Amenabar. Cette petite bande annonce m'a rappelé au bon souvenir du premier film de Ti West, sorti incognito aux USA en 2005 et sorti incognito directement en DVD chez nous, sans que je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir le moindre exemplaire dans un bac... vendredi 28 octobre 2011
UMBERTO-Prophecy of the black widow
Musique de giallo version 2010, comme un goût de revival anti-daté, par un type appelé Matt Hill et qui se cache sous l'étrange blaze d'Umberto. Un truc de nostalgique un peu geek, coincé dans une époque qui l'accueil les bras ouverts: la clique Not not fun se fait un malin plaisir à signer ça. Le disque que Jus Oborne aimerait composé avec un ampli Orange en s'insipirant de Goblin. Du kitch italien supposé mais composé avec le sourire de celui qui comprend, grosse tendance du synthé vintage, un rein en échange, et des milliers d'idées et d'image se bousculent dans la tête de l'auditeur. Une sorte de musique de dessins animés Metal Hurlant qui se finirait dans un bain de sang, Vampirella assise dans ton fauteuil en train de te vider ta cave à vins, l'oeil complice. Roulement de toms d'une autre époque, du type que tu n'entends plus sauf chez Céline (celle sur le paquebot) ou Barbara, passés dans des reverbs à la discrétion interdite. Anton LaVey te lit un poème de son cru pendant une descende en quinte diminuée, la boite à rythme n'atteindra pas le 666 BPM, calme toi. Tu paries bêtement que Daft Punk est en featuring sur le disque, ayant troqué les casques contre des bures de moines, levant les bras au ciel implorant le dieu Maiden de les pardonner. Orgie de sons, la vierge, seulement vêtue de crâne sur les seins et d'une cape en fourrure bondit pour échapper à sa punition nocturne, poursuivi par un découpeur de tête sous drogue, pendant que tu ris, affalé sur un canapé en vinyle rose. Soirée gothique qui vire au cauchemar comique et un peu plus, les basses rondelettes d'Umberto sont presque sympathiques avec cette musique qui accompagne la découverte d'un coffre longtemps oublié dans un grenier. Riffs de cloches et choeurs de synthés, chaque oscillateur sollicité ici est imbibé d'envolées Cartpenter-esque. Parait qu'il était prévu une version cassette, le format absolu du nouveau millénaire, dans un fourreau en moumoute rose.
jeudi 27 octobre 2011
CYPRESS HILL- III Temples of boom
Il est assez intéressant de se repasser par ordre chronologique la discographie de Cypress Hill, puisqu'en plus de montrer l'évolution (j'aurais bien parlé de "progression" si le groupe était mort en 99) du groupe californien, les albums du posse enfumé sont aussi d'excellents traducteurs des grandes tendances du hip hop des années 90 jusqu'à aujourd'hui. Un premier album basé sur des samples archi grillés de soul et de funk, puis un second disque plus obscur, habité par ces fameuses "sirènes", petits sons stridents typique du rap de jadis, et également grande spécialité d'un DJ Muggs Monomaniaque puisque s'évertuant à perpétuer la tradition chez ses poulains New Yorkais de House of Pain à la même époque. Plus tard suivra la volonté d'ouvrir le son Cypress à des orchestrations plus denses et rock avec les prémices sur l'excellent "IV", avant de s'embourber dans le médiocre hip hop au violon mal samplé sur Skull & Bones, complété par un disque de... metal, venant aboutir une démarche intéressante mais qui se panne sévèrement au final. On a déjà évoqué le nullissime Stones Raiders par ailleurs, premier disque totalement inexcusable du groupe. mercredi 26 octobre 2011
THE RESIDENTS- Freak Show
C'est à peu près un des rares trucs qui peut être sur avec les Residents: ces braves gens feront toujours un peu plus peur que les autres. Je me demandais justement quel aspect des Residents étaient le plus terrifiant. Leurs premières sorties, à l'humour intolérable en jouant avec les codes du nazisme sans scrupules ou de la pop ? Leur albums instrumentaux, vastes songes auditifs et perturbant ? Leurs vidéos, totalement perturbantes, jouant avec des codes graphiques élémentaires mais avec une volonté de nuire à votre psyché avec une certaine aisance ? Ou leurs albums plus classique, composé de (presque) chansons comme ce classique Freak Show ? lundi 24 octobre 2011
New York City Inferno de Jacques Scandelari
New York City Inferno est un film pornographique gay de 1975. A cette époque l'homosexualité en France est un délit, ce qu'elle n'est pas à New York. Aussi, quand Jacques Scandelari s'envole pour les Etats-Unis il est très au fait de cette situation juridique et morale. L'objectif était de filmer en peu de temps (le film a été tourné en quatre jours) le gay New York, celui de The Village, celui dont il avait entendu parler, qu'il avait fantasmé. Politique, cela va sans dire. Réaliser un film porno homo dans les années 70, c'est déjà un fait d'arme. Mais NYCI ne se contente pas simplement du geste. Il y porte la réflexion qui va avec à travers le biais scénaristique des lettres de Paul dans lesquelles il raconte les différences entre les deux villes et pourquoi il préfère continuer à vivre son homosexualité de l'autre côté de l'Atlantique.
Drôle, c'est indéniable. Quel porno se permet aujourd'hui d'insérer de déconcertants plans sur un chat pendant une partie de jambes en l'air, fait des panneaux sur des graffitis "Fuck" pendant une fellation dans un hangar ou habille ses protagonistes de vison ridicule? Quel porno utilise des chansons de Village People comme BO? Aucun, car le porno d'aujourd'hui n'a plus aucun second degré. NYCI ne se prend pas au sérieux, il a d'autres atouts. Il invite d'une part à réfléchir sur le combat homosexuel pour sa reconnaissance tout en se moquant des convenances orgasmiques.
Documentaire car le film se transforme souvent en une véritable plongée dans le NY gay de l'époque. Ses rues, ses cabarets, ses cruising incongrus (les quais du port industriel), ses backrooms... Il est aussi un témoignage sur des pratiques sexuelles qui sont devenues aujourd'hui mythiques, héritage affirmé des fantasmes de Kenneth Anger, de Jean Genet et de son Querelle (les pissotières par exemple).
Cinématographique enfin car NYCI n'est pas un vilain cliché froid à la lumière blanche clinique et sans âme. Il est brûlant, maladroit, déviant, imaginatif. Il multiplie les panneaux, propose un montage astucieux qui alterne intelligemment des scènes de off drôle (la séquence chez le tatoueur) et des scènes de sexe entre poilus-moustachus qui restent insondables pour les poilophobes modernes.
Pourquoi j'écris un billet là dessus, alors que c'est le mois spécial Halloween? NYCI ne s'achève pas par hasard sur un Inferno torride, presque satanique. Il s'achève dans une backroom quasiment démoniaque où l'on circule en caméra portée entre des bouffeurs de cul et des maîtres adeptes du dog training le tout dans des jeux de lumière aléatoires et sur une musique carbonique et démentielle de Camille O'Grady qui perf' en live au milieu de cette orgie hors norme. L'enfer on vous dit. Avec du cuir, du bondage, du sling, de la moustache et des dizaines de paires de coucougnettes bien pleines. L'apothéose pour un film turbulent et subversif, un porno vraiment pas comme les autres.
BLACK HOLE- Charles Burns
