jeudi 29 mars 2012

BREACH-Godbox

A quelques mois de l'enregistrement de son chef d'oeuvre Kollapse, qui marquera également la fin du groupe, Breach publie Godbox, dernière salve purement sauvage avant la désintégration. Si les disques de Breach semblent tous construire l'édifice de sa légende, Godbox dispose d'un statut particulier, puisqu'il semble aussi être la production qui a permis au groupe d'évacuer ses morceaux belliqueux, peut-être trop breach pour le groupe lui même avant de passer en studio pour son dernier album, le plus ambitieux et remarquable de toute sa (trop courte) carrière. De fait, les deux disques se complètent parfaitement, même si chacun se suffit à lui même. Pour la première fois, Breach semble proposer un disque qui ne fait plus avancer sa mixture, qui regarde dans le rétroviseur avant de donner son ultime coup d'accélérateur.
En effet, Godbox se situe dans la continuité logique de l'etouffant Venom (sauf qu'il ne s'ouvre pas sur un rot mais sur un hurlement lointain), le disque qui a définitivement placé Breach sur la carte des groupes uniques et influents. On nage dans un hardcore dense et lourd, qui montre ses racines noise autant (si ce n'est plus) que metal, tout en imposant clairement une patte que l'on qualifiera bassement de "suédoise", notamment grâce à ce son organique et sa basse riche qui semble apte à tailler le bois. Le point le plus étonnant à l'écoute de ce disque est sa production. Le livret stipule que ces morceaux ont été capturés pendant plusieurs sessions de répétitions. On imagine alors le groupe poser les micros au milieu du local, puis laisser tourner autour de ses morceaux groovy et basiques, aux riffs énormes et à la rythmique quasi obsessionnelle. Le résultat est logique: le son manque de franchise, la batterie sonne complètement éloignée, la voix est sous mixée et presque inaudible. Redécouvrir cet enregistrement à une époque où le moindre petit groupe n'ose plus rien sortir sans avoir le son relapse est une source de joie pour les fanatiques (théorique) du son rugueux. En résulte 5 titres, presque monomaniaques, qui permettront (indirectement ? ) à Kollapse d'aller expérimenter sur d'autres terrains de jeux.
En 2000, c'est le label Chrome Saint Magnus qui se risque à sortir cet étrange disque, petit label allemand tenu par les mecs de Systral et Acme, qui produit d'autres groupes très proches dans l'esprit (Knut, Burst, Cave In...). Breach fait donc une infidélité à Burning Heart, label suédois surtout réputé pour ses signatures punk à roulette au milieu desquels les gars font surtout office de méchants tâcherons un rien psychopathes. L'édition vinyle aujourd'hui pressée par Apocaplexy Rds et Serene Rds permet de rectifier le tir quant à la version originale: le visuel bâclé au photoshop du CD est complètement refait, composé du même visage peint que sur It's Me God (le second LP du groupe), marquant une certaine unité avec le reste de la discographie, et complété par une photo du concert de reformation exceptionnel de 2007. Les notes intérieures précisent à nouveau que l'enregistrement provient de répétitions, mais ne reproduit pas l'étrange petit laïus sur un morceau qui ne figure pourtant pas sur le tracklisting (si quelqu'un a compris quelque chose à ça, d'ailleurs...) et qui est présent sur Venom. En revanche, le remaster ne change absolument pas le son du disque, et hormis le son traditionnellement plus chaud et rond du vinyle, on ne remarque aucun changement dans la production. Ne reste plus qu'à espérer qu'un label prenne le temps de presser une version vinyle digne de ce nom du magnifique Kollapse précédemment mentionné.

mercredi 28 mars 2012

PRIMUS au Zenith, Paris

Rien prévu ce soir, rien du tout qui se prépare et s'envisage. Jusqu'au moment où le téléphone sonne. Ce soir ? Rien. Primus ? J'arrive. N'ayant pas les moyens (ni vraiment l'envie) de mettre la rançon demandée pour voir le groupe, ça m'était sorti de l'esprit. Mais y a des choses qui rendent curieux. Primus en fait partie.
Etonnant une fois sur place de sentir qu'il n'y a pas foule, que les parisiens ne se sont pas déplacés en masse ce soir. L'an dernier, Primus blindait à ras bord la Cigale et affichait sold out bien avant la date, mais visiblement il ne manquait aucun fan sur cette première soirée. Le prix de la place aidant aussi à dissuader les curieux. Et le stand merch à l'avenant: tous les trucs sont horriblement chers ( 55€ le sweat, 10 le set de...stickers ...), et les moins chers ne peuvent être pris seuls, il faut un autre truc (donc plus cher) avec. Je peux ? Oui ? Voleurs !
Par contre, pour les fans, ce soir c'est grand soir, Primus régale son public comme promis: un premier set composé de vieux morceaux, le groupe assurant lui même sa première partie. La suite sera composé du dernier album en intégralité, après une pause.
Première partie donc pour chauffer le public. Déjà on mesure tout de suite le spectacle: la décoration. La scène est devant un écran égant diffusant des vidéos diverses et variées, allant du vieux film de SF à un reportage sur les castors, des effets visuels couplés à des clips du groupes, encore un bout de documentaire avec un écureuil radioactif et des homards prêt à déguster. L'écran est présenté par deux bonshommes géants, en fait deux astronautes en ballons gonflables sur lesquels sont projetés le visage d'un homme au niveau de la visière, qui semble scruter le public, ou veiller à ce que tout se déroule bien.
Devant l'écran Jay Lane, batteur des touts débuts du groupe qui n'a pourtant jamais enregistré la moindre note pour le groupe (jusqu'à l'an dernier) tient les baguettes. Les Claypool n'a pas été avare en compliment à propos de son ex acolyte, avec lequel il semble ravi de repartager la scène. Et c'est surtout son jeu de batterie qui fait l'objet des louanges de Colonel Claypool et de toute évidence, on comprend vite pourquoi. On est assez éloigné du jeu plus metal de Brain et plus aérien que celui de Tim Alexander (je tiens à préciser: tous deux d'excellents batteurs !!) et son jeu est ouvertement inspiré du groove, du funk au hip hop en passant par le reggae. Il valse entre les toms avec une aisance certaine, mais c'est surtout son approche des cymbales et des charleys qui laissent admiratif. Mais c'est aussi rapidement le gros point noir de la performance: obsédé par ses quelques gimmicks obsessionnels au charley, on se lasse assez vite de ses pirouettes, même si le talent demeure impeccable.
Sur la gauche, Larry LaLonde, sans doute le frère de Brice, assure les parties de guitare de Primus qu'il compose depuis 20 ans désormais, alliant lui aussi un mélange de riffs puissants et de passages plus psychédéliques, vaporeux, ou également très rythmique et tout en retenu (ici aussi, on songe parfois à des moments pratiquement reggae). Les Claypool, à droite, est le chef, le meneur et probablement le seul réel décideur de Primus. Mais son autorité trouve aussi toute sa légitimité tant son approche de l'instrument est incroyable. Claypool est probablement un des bassistes rock les plus talentueux, et sa maitrise des 4 (minimum) cordes est un spectacle qui force le respect. Entre nappes lourdes à la contre-basse électrique ou les passages slappés à la rythmique complexe, on s'incline devant l'aisance du monsieur. Pendant une bonne heure, le trio s'amuse donc à revisiter ses fossiles, bien souvent en les renforçant de jams qui tendent à s'éterniser, partant dans le space rock ou le jazz fusion psychédélique. L'impression alors de regarder un groupe qui prend plaisir à s'entendre jouer prend le dessus sur l'impression d'un éventuel spectacle. Quelques longueurs puis s'en vont. 4 épisodes de Popeye diffusés pour faire patienter le public (quelle audace ! ) et revoilà le trio cette fois pour jouer le Greene Naugahyde, dernier enregistrement produit par le groupe, et donc le premier sous cette forme. Lane est cette fois sur son propre répertoire et peut donc pleinement user jusqu'à l'excès de ces gimmicks. Claypool le confirme jusqu'au dernier morceau du rappel: de son côté, en plus d'être un technicien hors pairs, il est aussi un artiste appliqué. Si il aime étendre ses morceaux une fois sur scène, il sait aussi reproduire à l'identique ses enregistrements. Et si un morceau propose un certain son, sur scène, il en sera de même. On retrouve donc les mêmes variations sonores de la basse, bien souvent avec cette sensation étrange de notes liquide, renforcée bien sur par la fluidité du jeu. On reste tout de même circonspect face au son que produit le zénith ce soir. On l'a déjà dit, la salle est capable de rendre de très belles choses. Mais le son est étrange ici. La batterie manque parfois de dynamique, d'impact. Il manque souvent le petit truc d'énergie qui ferait la différence. La caisse claire, par exemple, semble parfois largement sous-mixée (alors que le kick est imposant à excès). La guitare de LaLonde semble elle aussi parfois nager dans les basses, et le tout prend alors un aspect un peu boueux et imprécis dans le rendu.
Mais arrivé au bout du set, les codes Primus déroulées sans honte pendant presque 2 heures 30, l'impression d'écouter un seul et même long morceau commence sévèrement à se faire sentir. On ne peut que rester admiratif devant la performance, intense, sans fautes, mais on se fatigue de ces tricotage de charleston et de ces slaps incessants. Reste alors le rappel, expédié en quelques minutes: My Name is Mud où la basse de Claypool sonne comme un m16 en action, et Jerry was a race car driver, qui se conclue sur son simili refrain quasi hardcore avec les guitares de LaLonde (enfin) blindées de distortions. Un trip SF psyché baroque proposé par une bande d'escrocs un peu long mais respectable, qui se finit dans la joie d'une déflagration rock sauvage.

lundi 26 mars 2012

BURIAL-Kindred

Burial a atteint un statut particulier au sein de la caste des créateurs cachés derrière un laptop: celle des grands. A vrai dire, le garçon pourrait produire n'importe quoi aujourd'hui qu'il passerait à travers les mailles du filet de la critique. Qui viendrait aujourd'hui lui reprocher de ne plus avancer ? Personne, car on cherche chez Burial ce qu'il a déjà fait, mais en neuf. Stagnation. Juste, du neuf. Les idées, on verra. Preuve de l'adoubement suprême ? Le prix de son EP avec Massive Attack, sold out en moins de 24 heures, et qui se revend actuellement jusqu' à 500€ sur le net. Folie pure. Bref, tout ce qu'il touche vaut de l'or, aussi bien d'un point de vue financier que "moral", dirons nous. "Kindred" est donc le énième EP qui fera attendre le troisième album, celui qui permettra de crier au génie ou à l'imposture. Pourtant, sur ce disque raz la gueule (3 morceaux dont 2 dépassant les 11 minutes), on sent que l'anglais après avoir joué avec les limites du mauvais goût via les usages de samples vocaux répétés à outrance se tourne de plus en plus dans les soirées du sud de Londres et semble définitivement vouloir passer en club. On dirait que c'est fait pour danser, et c'est toujours aussi moite. Et si il n'y avait pas ses craquements et ses brûlures sonores, ses sons poussiéreux, on penserait presque avec ces claviers lumineux (rappelle toi The Orb) et ses beats 4/4 que c'est uniquement fait pour cartonner en soirée.

mercredi 21 mars 2012

UNSANE- Wreck

20 piges qu' Unsane envoi la purée en gros maintenant dans les oreilles d'assemblées que l'on saluera autant pour leur endurance auditive que pour leur résistance aux douches buccales assurées par Mr Spencer en live, le non-chef glaviotant du trio mythique de New York. Non-chef car la force du groupe depuis la moitié des années 90, c'est de s'être imposé comme un trio, où chaque membre est aussi important qu'un autre. Les absences des uns et des autres l'ont démontré à plusieurs reprises: Unsane sans Curran, c'est pas Unsane, et Unsane sans Signorelli, c'est encore moins Unsane. Pourtant, Unsane, c'est Unsane depuis "Unsane", le premier LP d'Unsane en 91-duquel groupe il ne reste que Spencer.
On s'étonne tout de même que le trou d'activité du groupe soit aussi important: 5 ans depuis le dernier album en date, le magnifique Visqueen. C'est à dire que même quand le groupe s'est séparé en 2000, il a été silencieux moins longtemps (même si de fait, il y a 7 ans qui sépare le dernier LP d'alors avec l'album du grand retour). A vrai dire la pérennité du groupe a même été sévèrement remise en question quand Spencer s'installa en Allemagne et se pointa avec Celan, en assurant qu'il n'y avait absolument aucun plan avec le trio. Un EP digital et une série de concerts l'été dernier nous permettaient tout de même d'y croire à nouveau.
C'est Alternative Tentacle qui se charge de publier ce nouvel enregistrement, et on ne peut que féliciter le groupe de n'afficher que les plus prestigieux labels rock à son actif: Amphetamine Reptile, Man's Ruin, City Slang, Matador, Relapse, Ipecac, Sub Pop... Carte de visite impeccable. Jello signe donc les patrons du noise rock made in NYC pour un album impeccable. Impeccable car on retrouve Unsane comme on les a quitté. Et à vrai dire, ce q'on finirait presque par redouter chez Unsane, c'est un changement brut... encore que. Parce que nouveauté, Unsane s'est ouvert (plus que la main) pour ce nouvel album. Un morceau à la construction presque retenu, que certains désignent déjà comme un héritage de Celan se place directement en seconde position. Choc. Le monde change. Mais c'est presque un épopée mélodique, progressive qui s'offre à nous. Devant le talent, on s'incline, tout simplement. Sur l'autre face, deux autres surprises. La première est une reprise de Flipper qui conclue l'album. Si le groupe a toujours clamé son admiration pour le hardcore, le morceau, ne faisant pas tache, marque une réelle rupture dans le déroulement de l'album. On sent que ça ne riff pas comme d'habitude chez Spencer, tout comme on sent Signorelli se laisser aller à plus d'évidence. La véritable surprise de l'album s'appelle Stuck. Pour la première fois de son histoire sur album, si ce n'est l'introduction d'Alleged il y a 17 ans, Unsane se... calme. Spencer chante, et la guitare se fait tout en slide. Un blues grave et impérial. On s'incline, encore, devant la densité, tandis que Curran conduit de sa grosse basse cet improbable morceau, même quand la voix de Spencer semble se barrer. Pas d'autotune. Mais croire qu'Unsane n'enclenchera pas sa pédale RAT est une erreur et le morceau se termine comme un (grand) classique du groupe. Rat, d'ailleurs, c'est le morceau d'ouverture. Parce qu'il faut parler des autres morceaux, ceux qui ne sont pas hors norme. Et si on mentionnait le premier LP du groupe plus haut, c'est aussi à lui qu'on viendra se référer pour saisir une partie des morceaux Unsane pur jus de ce nouvel album. Rat semble une version moderne des premiers enregitrements: on sait que Signorelli est un patron de la rythmique aux toms, et des percussions tribales- d'ailleurs, sa participation aux Swans est créditée ainsi, il n'a jamais été mentionné en tant que batteur. Les trois semblent s'éloigner d'une formule plus traditionnelle de leur musique, moins 4/4 qui s'était vigoureusement imposée depuis Scattered, Smothered & Covered. La logique est maintenue sur Roach, ou sur Metropolis. De l'autre coté, on conserve le Unsane direct, qui tâche salement avec Curran qui tronçonne de la buche comme un goret à coups de 4 cordes malsaines (goret qu'il s'avère aussi incarner à la perfection quand il prend le micro), Signorelli qui frappe avec grâce et lourdeur en même temps (l'animal !!) le tout taillé dans les riffs les plus remarquables, les arpèges épiques (Pigeon) ou l'harmonica dégueulasse. 10 titres pour un album ramassé, mais sans fautes, qui présente encore Unsane comme les glorieux empereurs du rock sale, étouffant et qui fait toujours la différence à l'arrivée grâce à une alchimie des trois, un savoir faire et une intensité magistrale, au milieu d'une production qui peine à aligner des sorties convenables. Un très grand Unsane.

VLADISLAV DELAY- Vantaa

Comme un songe prolongée au coeur d'une longue nuit hivernale. Vladislav Delay, élève appliqué de l'école Basic Channel, auprès de laquelle il se produit d'ailleurs en intermittent sur scène, sort un album ovni chez Raster Noton. Si le label a l'habitude de produire des albums froids et cliniques, Delay propose un son plus humain, presque chaud (si on compare aux errements et cliquetis digitaux qui règnent en maitre chez Alva Noto, Pixel ou SND). Et le label a d'ailleurs marqué le coup en cassant sa palette graphique: ici pas de blanc éclatant, mais un beige recyclé. Un album terreux, orné d'une sorte de blason cuivré. La musique suit exactement la logique du détachement visuel, donc. Vladislav Delay chauffe les habitudes du label. Basses profondes, on est directement dans la lignée de Maurizio ou de Porter Ricks, entre nappes épaisses et échos spatiaux ramenés sur terre. Un trip lointain trainé dans la boue techno dub et roulé dans les graviers de l'electronica propre. Froide, la musique l'est tout de même, lézardée de nappes lointaines et de rythmiques dont on ne distingue plus que les résonances, mené par ses beats sans évidences, ses synthés granuleux et parfois étouffant. Le voyage conduit sur un morceau étonnament brut, "Lauma", à la tension inattendue se dématérialisant dans un bain d'échos, pour déboucher sur une plage dub ambient lumineuse, vive. Une sorte d'écart pour Raster Noton, et une production solide d'un genre riche en réussite ces derniers temps.

vendredi 16 mars 2012

TRENT REZNOR & ATTICUS ROSS-The Girl With The Dragon Tattoo

En attendant de remettre sur pied NIN (on l'avait dit, et visiblement ça se confirme: le groupe ne restera pas mort bien longtemps), Reznor et son fidèle acolyte Ross re-signent pour Fincher une BO. De mémoire, c'est la première fois que Fincher reconduit une équipe pour signer deux fois de suite la musique de ses métrages- et peut-être d'avantage si la trilogie se réalise. Et il paraît difficile de l'accuser de se planter, puisque les disques enregistrés sont bons.
Le duo a été particulièrement ambitieux (ou alors totalement laxiste en prévision, justement, des 2 suites probables) sur ce projet puisqu'ils ont enregistré une somme considérable de morceaux, s'étalant sur un triple album. L'objet s'ouvre et se ferme sur deux reprises: la première est une version d' Immigrant Song (Led Zeppelin) chantée par l'efficace Karen O (Yeah yeah Yeah), qui illustre l'hallucinante et très visuelle séquence d'ouverture comme l'a souligné Mr Cinéma, alors que la conclusion est une reprise de Bryan Ferry, interprétée officiellement par How To Destroy Angels, c'est à dire miaulée et maniérée par Mme Reznor. On passera rapidement sur ces deux morceaux insignifiants, pour se concentrer donc sur ce qui se trouve au milieu de ses deux extrémités -vite oubliées- et faisant, heureusement, le gros de l'oeuvre.
On sait que Reznor est un homme qui s'applique, qui s'est construit un studio solide, rempli de machines incroyables, et qui s'avère même être un homme de goût lorsqu'il sait s'écarter de son rock pour stade millimétré. On songe forcément à sa proximité avec Coil lorsque son association avec le producteur Ross (qui avait notamment travaillé avec Bomb the Bass dans les années 90 en signant une partie des beats de l'album Clear) donne des résultats comme Perihelion- pour n'en citer qu'un. Fond synthétique dense alors que des souvenirs de notes semblent s'effondrer aléatoirement autour. L'association des deux s'inscrit dans la continuité parfaite du travail précédemment fourni, Social Network. La partition remplit le cahier des charges. L'audience est mené dans un tunnel de morceaux, de petites représentations sonores basées sur le climat, l'ambiance. Et Fincher a été formel puisqu'ayant proposé au duo d'être juste "froid". L'exercice de style plait au duo. Les obsessions au piano de Reznor se repercutent dans sa quête du son synthétique. Ils y mèlent ainsi une trame électronique franche et parfois discrète à un ensemble plus organique, traditionnel. De fait, les codes de la bande originale moderne sont scrupuleusement respectés. Mais les deux savent cependant être pertinent tout en restant dans le cadre- si on excepte la longueur du disque, finalement.
Ross et Reznor ont articulé leur partition sur le mariage des pianos, des sonorités métalliques, des cordes et autres sonorités acoustiques avec l'armada de synthétiseur et d'effets en tout genre. Le Swarmatron, synthé à ruban qui a largement été utilisé sur Social Network mène encore la danse sur quelques titres. L'impression de chute, d'instabilité mais aussi d'un bourdonnement effrayant se distingue à plusieurs reprises. Les nappes de claviers, d'une épaisseur et d'une propreté remarquables accompagnent les sons cristallins et les cordes légèrement pincées. L'illustration sonore du film est impeccable: entre la tradition de l'exercice, et l'opression climatique conduite par les machines. Et là où l'album s'avère réussie, c'est que si en accompagnement du film il est à sa place, il ne manque pas d'intérêt sans son support d'origine. Même sa longueur excessive n'est pas un point négatif. Reznor y développe thèmes et motifs progressivement, pour parfois déboucher sur des morceaux au rythme tribal et aux guitares saturés bienvenus (A thousand details, Oraculum et ses claquements secs...). Le Reznor de studio, méticuleux , et bien accompagné par Ross signe une réussite, publiée sur le cultissime label Mute, comme une sorte de refuge légitime pour le leader de feu (plus pour longtemps) NIN.

jeudi 15 mars 2012

PORTER RICKS- Biokinetics

Mission de sauvetage nécessaire réussie pour Type, qui se colle à la réédition du mythique premier "album" de Porter Ricks, disparu des bacs à disque et renégocier à prix d'or sur le net depuis fort longtemps. "Album" en terme discutable car les morceaux présentés sur ce double LP sont plus la somme du travail du duo qu'un projet composé en tant que tel. Porter Ricks est un projet mythique de dub techno pensé et mené par Andy Mellwig (également occupé au sein d' EAR ou avec un membre de Monolake, également fondateur d' Ableton) et Tomas Köner, ayant ainsi fait avec cet enregistrement les belles heures de Chain Reaction (sous label de Basic Chanel). Si la première édition dudit objet était dans un classieux boitier métallique semblant rescapé d'un vieux film de SF, Type accorde cette sortie à son catalogue et ré-encartonne le tout en posant en couverture un paysage lointain et incertain. Deux albums et une collaboration avec Techno Animal et ce fut plié: Porter Ricks jeta assez rapidement l'éponge après avoir enregistré parmi les albums les plus influents et importants de leur époque.
Chez eux, une obsession devient assez vite évidente: l'eau. Est-ce d'ailleurs pour ça que Porter Ricks tient son nom d'un personnage de la série TV Flipper ? Probable. Outre les titres (nautical dub...), c'est l'impression d'immersion aquatique qui prédomine la musique produite par la paire et le traitement des échos et résonances. Lointaines, dégardées, mais lumineuses et confortables. Porter Ricks joue avec les impressions auditives, les va-et-vients de vagues synthétiques, les oscillations du son et les passages de rythme. Sur le premier mouvement "Biokinetics 1", le son s'apparente à un épais sable entourant la tête de l'auditeur, s'imposant avec force au milieu du sound design soigné. Sa suite est composé d'un beat à la profondeur troublante et assailli par des battements éloignés rempli d'un écho pesant. Ce second mouvement rappel légèrement l'exercice de style que constitua Salt Marie Celeste, sorte de cauchemar ambient naval produit par Nurse With Wound. L'effet d'omniprésence de l'élément aquatique est également renforcé par les magnifiques nappes qui habillent les différents morceaux. Epaisses et lourdes, elles dessinent au sein des non mélodies des éclairs d'une grande beauté. Les claviers y paraissent alors analogiques et instables. Leur traitement fait songer aux impressions soniques conceptualisées par Boards Of Canada pour illustrer leur couleurs et photos vintages. Les basses, infras, sourdes et lourdes sont les reines de l'album, même si elles sont parfois muettes. Elles se font élastiques et obsédantes pour la cloture de l'album sur Nautical Zone, conduit par des sonorités de bulles digitales et un début de mélodie aux claviers dubs lointains. Un morceau de conclusion qui, de manière surprenante, semble résumé l'ensemble des thèmes et évocations sonores mises en avant jusque là. Une nouvelle édition donc bienvenu d'un classique inépuisable.

lundi 5 mars 2012

SHIT & SHINE- Le Grand Larance Prix

On a déjà largement parlé de $&$ sur ces pages, à plusieurs reprises depuis l'ouverture de BTN. Projet mystérieux de Clouse (Todd), l'entité s'est distingué par ses enregistrements farfelus s'organisant autour de la répétitions de motifs en tout genre, tout en créant un alter égo live maintenant le cap d'un rock noise et abrasif n'offrant jamais la moindre prestation sans au moins une paire de batteurs. Si Todd semble désormais de l'histoire ancienne- Clouse est visiblement retourné aux USA, formant un énième groupe avec le batteur des Butthole Surfers- Shit & Shine donne un signe de vie dans un élan d'une grande discrétion. "Le Grand Larance Prix", c'est son titre, est un album qui n'a bénéficié que d'un minimum de promotion, assuré par le label et non par le groupe (?) lui même puisque totalement muet. 180 copies du disque, distribué à quelques magasins de confiance aux yeux de Clouse, le tout composé d'un triple vinyle blanc uniquement (en attendant un second pressage pour les retardataires, rouge, celui ci). Aucun nom d'album, aucun crédit, juste le nom du label et le nom des morceaux tamponnés sur le rond centrale de chaque face.
Plus de deux ans après le dernier album de Clouse, que s'est-il passé dans le cerveau déjà bien abîmé du guitariste ? On savait depuis Cherry que $&$ s'éloignait sur ses enregistrements du rock au sens traditionnel pour s'orienter de plus en plus vers la musique électronique. Mais l'homme n'a pas pour autant été dans la simplicité et n'a pas créer une entité électronique moderne ou orientée dancefloor, mais s'est répandu dans la fange de la distortion, de la répétitivité également tout en améliorant son groove. Si le dernier LP avait été un album décisif dans l'exploration de la saturation, Le Grand Larance Prix est l'exact réponse inattendu de Clouse, et pourtant la cohérence du projet reste intact. En un sens, Shit & Shine signe son album le plus calme, et peut-être même son album le plus accessible. Mais cette facilité n'est recevable que hors contexte, car la musique de Shit & Shine reste singulièrement conçu, et donc profondément étrange et repoussante. A l'excès de distortion, Clouse a préféré l'exploration de la répétition inlassable via des outils nettement moins belliqueux. Synthés, samples, boites à rythmes et guitare ondulent dans une transe psychédélique déroutante. Les titres se passent la balle dans un élan malade, entre délire auditifs incertains et occurrences rythmiques obsessionnelles. Abstrait, le disque l'est. On pense parfois aux globes occulaires de San Francisco, on songe parfois à Lynch, et on se rappelle forcément des Butthole et des Boredoms. Sauf qu'on est dans une agression passive et non frontale, mais nous ne sommes pas non plus dans les nappes éthérées et les carillons japonais. On vire même parfois du coté d'une musique franchement plus europénne, quand Shit & Shine s'obstine: Faust ou Kraftwerk paraissent ici donner des idées à Clouse, obsessions mécaniques et synthés en roue en libre en guise de témoins. Le deuxième disque comprend notamment les faces les plus surprenantes de ce nouvel album. "Switchin 2 nite mode" développe comme un générique télé délabré, dont le retour maladif devient pesant et malsain. Par dessus, des voix samplées et parlées tentent de raconter quelque chose, d'incompréhensible, avant de virer vers une longue marche glorieuse mais exténuée. Malaise. L'autre face est dédié au long "French Automotive", morceau totalement improbable. Autour de quelques notes stellaires de synthétiseurs une nappe oscillante apparait timidement avant de s'éteindre. L'intention est étrange, le résultat rappelle immédiatement les anciennes gloires de la techno européenne: Comme une collision entre la manière d'un Tricky à ses débuts (Maxinquaye/Nearly god), expérimentale et à l'instabilité recherchée, et un Future Sound Of London, avec ses claviers vaporeux et enivrants, ou l'école Chain Reaction grâce à ses résonances électroniques.
Les différents projets de Clouse semblent aujourd'hui n'avoir aucun avenir certain (qui de Todd, vraiment, et qu'en est-il concrètement de $hit & $hine qui propose cet album de manière quasi officieuse ?!?), mais si nous avions déjà largement défendu ces entités, ce rare triple album ne se présentera pas ici comme le premier (et dernier ?) faux pas. Recommandé !

mardi 21 février 2012

KING MIDAS SOUND, IKONIKA, KODE9- La Machine, Paris

Second passage parisien pour King Midas Sound, seconde claque mesquine dans les oreilles pour les curieux. Premier concert 2012 ici, déjà une ouverture référence. Martin est venu chercher son trophée, celui que tout le monde a appelé "héritage trip hop" en alignant les souvenirs de Blue Lines ou de Maxinquaye (relativement justifié pour le second). De fait, King Midas Sound sur disque faisait penser à une version apaisé d 'Under the Skin, premier album séminale mais méconnu d'Ice, visiblement saigné par Thaws. Devant un parterre venu assister à une messe dubstep bon goût, Martin, Hitomi et Robinson sont venus faire saigner les oreilles. Via un set relativement court, le trio a pris le temps de brasser son passé (Waiting for you), son présent alternatif (Catch A fire, signé The Bug) et son avenir. Guerre sonique, débauche de bruits et de basses, beats concassés et dégradés, Martin détruit systématiquement son vernis dub par l'excès de sons distordus et de nappes envahissantes. Punition. Magnifique agression face à laquelle il ne reste que deux possibilité: la soumission ou le rejet. Avant deux DJ sets dancefloor friendly parfois longs, King Midas Sound s'est imposé comme une entité passionnante et aventureuse, sabordant elle même ses acquis pour redéfinir son futur.

vendredi 17 février 2012

The Iron Lady de Phyllida Lloyd

Les hasards de l'histoire ou bien ceux d'une résurgence conservatrice ? Pourquoi faire un film sur Margaret Thatcher aujourd'hui, à l'heure où l'ultralibéralisme qu'elle a toujours défendue se débat pour protéger sa légitimité, tente de convaincre encore et toujours, avec plus de hargne et de virulence que jamais, qu'il est le seul système naturel pour l'épanouissement des ambitions humaines ? The Iron Lady se détourne très profondément de cette question ou du moins, feint de le faire et s'élance sur un parti pris scénaristique qui n'a rien en commun avec le caractère trempé de la vieille dame qu'il est censé nous dépeindre.

Il fallait s'y attendre, à l'instar de La Conquête qui narrait dans un mimétisme absurde l'ascension de Sarkozy, The Iron Lady est loin d'être un brûlot politique. Il est encore moins une analyse de l'Angleterre des années 80. La réalisatrice Phyllida Lloyd a choisi de voir la vie de Thatcher à travers le regard de la vieille dame sénile et malade qu'elle est aujourd'hui et d'exhumer ses souvenirs de jeunesse et de pouvoir. Et c'est un bien regrettable angle d'attaque, aux antipodes de l'histoire de cette femme.

Ni enquête à charge, ni hagiographie dégoûtante, le film cultive une laideur tant intellectuelle que formelle. Redoutant peut-être de froisser quelques bourgeoises mal dégrossies qu'elle avait séduit avec son infâme Mamma Mia !, Lloyd adopte un regard concupiscent et particulièrement impudique, cherchant vainement à agripper la compassion du spectateur. Sa Thatcher est une grand-mère qui perd la boule, encore traumatisée par la perte de son mari pourtant mort il y a des années de cela. Ce prisme de la folie douce et hallucinatoire rend les séquences de souvenir particulièrement irréalistes, non pas dans le sens où elles apparaîtraient comme non conforme à l'idée que l'on s'en fait, mais comme relevant d'un anachronisme perpétuel et d'une tendancieuse manie de ne pas vouloir faire du cinéma. Car, disons-le, en refusant toute analyse sociale, politique ou culturelle de l'Angleterre que Thatcher à traverser et du personnage même, Lloyd refuse le cinéma et le confine à une impuissance politique indécente.

Pourquoi ce refus de l'engagement et de l'analyse ? Que montre t-elle ? La construction d'une jeune fille d'épicier qui rentre à Oxford et s'éprend pour la cause conservatrice? A peine. Et par quel moyen ? D'ignobles flash back qui refusent d'entrer dans la complexité d'une vie, qui refusent de s'interroger réellement sur les processus sociaux et introspectifs de cette femme. Lloyd est piégée dans un scénario qui cherche à tout pris la compassion déplacée pour une personne qui mérite bien mieux que cet acharnement sentimentaliste, qui, par les actes et les engagements qu'elle a eu, mérite qu'on décortique les politiques qu'elle a défendues, la façon dont elle les a menées, la terreur qu'elle a fait régner, le monde qu'elle a contribué à instaurer.

The Iron Lady passe à côté de tout cela. Ni féministe, ni antiféministe, ni travailliste ni conservateur, ni élogieux ni incendiaire, ni politique ni désintéressé. A force d'empiler les "ni", cette biographique très vilainement montée (et aux cadres très approximatifs) finit par ressembler à tout ce que son personnage principal n'est pas (et tout ce qu'il n'a pas voulu être ) : un consensus mou qui refuse de dire sa vérité et louvoie sournoisement dans les abîmes fangeux de l'incohérence esthétique, politique et cinématographique. 

lundi 13 février 2012

GESCOM-Skull Snap

Quelle période faste pour les fanatiques d'Autechre. Depuis 2 ans, le groupe ne cesse de produire et publier des disques sous toutes ses formes. Deux albums en 2010, un coffret pour complétiste ensuite, puis un EP de Gescom et la réeditions de Lego Feet: période aussi importante pour les détracteurs que les fans hardcore et admirateurs critiques- qui trouvent ici une pièce de choix. Gescom est l'incarnation la plus trouble du duo, puisqu'officiellement présentée comme un collectif anonyme auquel les deux participeraient de temps en temps, au coté de Russell Haswell (qui était très probablement l'architecte principal de MiniDisc) et Rob Hall parmi une vingtaine d'autres. En toute logique, la musique de Gescom est la plus éparpillée au gré des enregistrements, allant de la noise expé au hip hop électronique en passant par du hardcore old school. Si la participation de Booth & Brown est donc totalement incertaine, elle semble pourtant bien effective, tant les sonorités luisantes et limpides de la paire semblent asperger le sillon sur les 5 morceaux. Le collectif s'inscrit dans une rupture nette suite aux derniers EP, puisque éloignant ses morceaux d'une musique dansante pour produire ses plages les plus ouvertement hip hop: de la typo au beat, Gescom baigne dans ce son depuis ses débuts et rend hommage au précieux disques ayant atteint les oreilles de ses géniteurs. Mais le penchant naturelle de ses artisans pour les complications donnent l'impression d'une musique brutalisée, d'un hip hop funky passé dans un hachoir n'ayant laissé que peu de place aux évidences, comme si Mantronix s'était fait broyer par les chicos d'un Oval goulu, agresser par les rayons d'un Coil cannibale. Breakbeat digitale accidenté, où le repos semble malvenu, publié sur... Skull Snap, sous-label de Skam dédié au hip hop.

vendredi 10 février 2012

GONJASUFI-Mu.zz.le

Comme si tes oreilles commençaient à bruler, du sable bouillant venant se répandre dans tes conduits. C'est comme si tu découvrais un vieux disque issu d'un futur qui n'existe forcément pas, dans un vieux coffre, que tu soufflais pour en extraire la poussière qui se serait incruster dans les sillons de ce double 10". C'est comme si tes héros les plus opposés avaient décider de produire la musique la plus absurde possible, si Tubby en se passant Blue Lines sur la sono de Martin avait décidé d'inviter 13th floor elevator pour créer des boucles dans un sampler nucléaire défaillant. Comme si en pleine traversée du désert, tu croisais ce vieux mec au look de sans-abri qui, en se grattant l'épaisse chevelure t'indiquait que le chemin que tu cherches, il n'existe pas. Comme si la fin du monde c'était maintenant et que dans un ultime écho tu distinguais la musique qui saluerait la fin de ton passage ici. Comme si Dr Leary imitait le bruit des soucoupes avec un modulaire après t'avoir passé quelques grammes de son meilleur LSD. Comme si la platine refusait obstinément de jouer le rythme à la bonne vitesse, comme si ce sans-abri croisé plus haut avait saisi le micro pour éructer des histoires que lui seul comprend par dessus le pâté de batterie qui s'échappe du diamant. Comme si le chef de fil Sun Ra redescendait sur terre pour festoyer une dernière fois, mais sans toucher le moindre instrument, pour contempler le travail des fidèles manchots.

mardi 31 janvier 2012

ASMUS TIETCHENS & KOUHEI MATSUNAGA- Split

Après avoir été plutôt rare, Matsunaga se fait prolifique et disponible. Entre deux travaux où le japonais travaille sur le rythme et la dynamique de ses plages, il continue de grossir ses publications de travaux plus abstraits et moins évidents. C'est encore les impeccables Important Rds qui s'y collent pour sortir cette divagation sonore. Kouhei se confronte ici à Asmus Tietchens, emblématique figure de la scène électronique expérimentale allemande depuis les années 70. Une face chacun où Tietchens s'offre les deux premiers essais. Tietchens s'offre un sample de guitare préparé par le scultpeur de Fear Falls Burning. En ressort une variation sur les ultras sons plutôt désagréables avant de déboucher sur un second morceau immersif et plus convainquant. Il y déploie alors une répétition enivrante de sonorités épaisses et ésotériques. L'autre face est donc dédiée à Matsunaga qui dessine presque une symétrie: il commence pour sa part sur un travail des nappes envoûtantes puis se dirige vers des variations aléatoires de cliquetis digitaux, qui rappellent le genre d'exercice que Jack Dangers propose lors de travaux parallèles (comme sur le disque dédié à Forbidden Planet, déjà sur Important par ailleurs !). Si le second morceau laisse également perplexe, son ouverture est d'une grande beauté. Matsunaga développe un climat cotonneux de nappes éthérées qui semble se composer de résonances métalliques aux réverbérations majestueuses. Très convainquant.

vendredi 20 janvier 2012

BLUT AUS NORD-777: The Desanctification

La quête sonore audacieuse continue pour Blut Aus Nord. Audacieuse car les plus puristes ne sont pas invités ici à comprendre au plus juste ce que l'entité produit. BAN continue de s'éloigner d'un black metal codifié nordique pour aller creuser davantage dans les ressources offertes par les machines sans délaisser la recherche mélodique qui s'avère triomphale quand il(s) y cède(nt) complètement. Aberration sonore, l'entité francophone opère une fusion pratiquement inconcevable avec des formes de groove vicieuses pour égarer les oreilles de quelques auditeurs fanatiques de compartimentation. C'est pourtant un large spectre qui est balayé ici, avec ingéniosité. Mélodies, nappes, distortions, glaires vocaux, choeurs, swing, boue, lumières, agression, accalmie, chant clair, sprint rythmique, tout y est, même la démo du dernier flanger/phaser acheté (cf. la troisième plage, entre anecdotique foutage de gueule et pause éthérée). Un second volume qui fait attendre la conclusion, mais qui se suffit à lui même car Blut Aus Nord a particulièrement soigné chaque chapitre. Ce deuxième enregistrement croise une certaine forme de beauté épique à un groove rare et malsain, alternant rame de guitare avec envolé quasi dub progressive, coups martiaux avec blasts marathonien, dans un emballage visuel très réussi qui invite à la curiosité et à la découverte.

mercredi 18 janvier 2012

Millenium de David Fincher

Le nouveau film de Fincher pose au moins une bonne question : que dire d'un film que vous avez déjà vu? C'est en fait le noeud de la problématique de cette deuxième version, de ce remake, de cette redite autour du phénomène Millenium. Je n'ai, personnellement pas lu le livre, je ne suis pas un grand lecteur de romans en réalité... J'étais donc allé voir le premier film de Arden Oplev vierge de tout préjugé littéraire et je l'avais trouvé tout à fait convaincant dans son traitement nerveux de l'intrigue, mesuré dans ses effets de manche et pourtant terriblement vicieux, parfois à la limite du sordide. Rien de jouissif ni de véritablement excitant, juste une bonne pâte, un peu dérangeante, un peu violente et surtout qui mettait habilement en valeur la véritable intrigue, celle de cette affaire de crimes nazis, eugénistes, incestueux... 

Le travail de Fincher semblait donc grevé d'avance. Que faire de neuf, si peu de temps après la sortie du premier film? Que faire de personnel? Difficile en effet de trouver un nouvel angle d'attaque sur une histoire si monolithique, avec des contraintes d'adaptation visiblement bien rigides (aux vues des invariances entre les deux versions). Trouver une nouvelle Lisbeth Salander? Difficile... Pourtant la jeune Rooney Mara s'y prête avec aisance. Il faut dire que son rôle est bien moins ténébreux, bien moins sale et plus fragile que celui planté par Noomi Rapace. C'est assez étrange d'ailleurs de la part de Fincher d'avoir rendu ce personnage moins glacial et habité d'une plus grande fragilité. C'est, en fait, un prétexte : ce qui l'intéresse visiblement c'est l'ouverture au monde de cet être contrarié par la vie. Ce qu'il veut c'est montrer que cette ouverture aussi est contrariée et qu'il lui faudra s'accrocher, car le monde est plus dur que la carapace qu'elle tente d'ouvrir. 

En réalité, là où Fincher réussit réellement à produire quelque chose de grandiose et de réellement original, c'est dans son générique d'ouverture. En voilà une belle réussite ! Une variation sur la couleur noir, sur l'élasticité des corps et des substances, un magnifique exercice de style qui voit couler une terrible substance saumâtre qui s'épanche sur le monde, sur la terre, les objets, enrobe des individus... Bref, un mal qui se répand partout et qui fige, de manière infernale, les hurlements vains des protagonistes mystères. Le tout sur une variation (encore) musicale (cette fois) de Trent Reznor (à qui Fincher réserve quelques clins d'oeil, notamment un gros geek qui porte un T-shirt NIN) et Atticus Ross dont le réalisateur américain semble désormais incapable de se séparer. 

Cette création musicale est d'ailleurs un des atouts maîtres du film, lui conférant une ambiance électrisante, perturbante. Malheureusement, tout est si soigné, tout est si millimétré, si propre qu'on finit par se désintéresser progressivement d'une intrigue dont on connaît déjà, par ailleurs, tous les tenants et les aboutissants. Fincher échoue donc à faire de Millenium une oeuvre réellement personnelle, restant à la surface d'une adaptation soignée, efficace, mais qui, au sortir de la salle, laisse très profondément indifférent. 

mardi 17 janvier 2012

THE WASHINGTONIANS: Discussion près du feu.

Lecteur, tu te demandes pourquoi il n'y a quasi aucune activité sur cette page depuis quelques jours, et tu as raison de te poser cette question. Non, ce ne sont pas les tops de fin d'années qui nous ont pris tout notre temps. Alors on se rattrape: ici on parle rarement avec des groupes ou des gens, mais quand on le fait, on choisit des intervenants qualité sucre. Premier article musical de l'année, une discussion autour du feu encore chaud des fêtes avec le batteur des Washingtonians, dont on avait vanté les mérites de leur excellent premier album ici même en fin d'année. Réalisé par mail, Antoine, frappeur de peaux de bêtes synthétiques, répond à quelques questions classiques et d'autres plus foireuses.


BTN : Peux-tu présenter le groupe ? Date de création/membres... En tant que batteur : quelle formation ? Des cours ou juste les oreilles et de la volonté ?

Antoine Washingtonians : Salut C****** (Oui, c'est un vrai prénom-ndlr.), on s’est formé il y a 3 ans à peu près, il y a donc Garth au chant, Eric à la guitare, Tof à la basse et moi-même à la batterie. On est tous complètement autodidactes, pour ma part j’ai juste pris trois mois de cours, avec un prof qui me faisait bosser du Metallica…je me suis donc empressé d’arrêter, en parallèle je bossais des plans de groupes de thrash que j’écoutais à l’époque, les classique en gros, Machine Head, Sacred Reich, Sepultura, Meshuggah, ou des trucs de death etc…On a sorti une démo, un lp et on a quelques titres sur des compil.

BTN : Washingtonians est-il votre premier groupe ? D’autres formations en parallèle ou précédemment ?

AW : On a tous joué dans d’autres groupes auparavant, depuis une dizaine d’années, en particulier avec Garth et Eric, on a partagé plusieurs « formations » ensemble, Accion Mutante(grindcore) avec Dobey d’Inside Conflict aussi aux fûts, No Compromise (hardcore metal batard), Eric faisait aussi du death avant quand il était sur Paris, dans Rigor Mortys, Tof était bassiste dans un groupe de noise rock, et j’ai fait de la gratte dans Inside Conflict pendant deux ans. On se connait depuis un moment tous, du coup ça a été plutôt simple à mettre en place.

BTN : Vous êtes de Poitiers : y a t-il d’autres groupes dans le genre agressif en ce moment ou vous êtes un peu seul pour les concerts ?

AW : On est loin d’être les seuls, il y a toujours eu pas mal de groupes à Poitiers et dans les villes autour, une bonne scène rock au sens large du terme, ça va du skate punk au black, il y a The Phantom Carriage, Nothingness, Microfilm, Tanen, Vergogne, Crawling in Sludge, The Bottle Doom Lazy Band, Astron Fall, Naked, Angmar, Klone, Hacride…, bref il y a de quoi faire. De façon plus générale, il y a un gros vivier d’ "activistes " en tous genres, des graphistes, des orgas de concerts, du skate, des labels/distros,…

BTN : Par ailleurs, j’ai entendu via l’émission de radio à laquelle tu participes que tu semblais un peu remonté contre la ville –du moins son administration- puisqu’il est visiblement impossible de jouer le week end ( ?) désormais. Ce qui est un peu gênant pour des petits groupes... Peux tu développer ça et nous raconter ce qu’il en est ?

AW : C’est un vaste sujet … Disons que la ville ne fait peut être pas ce qu’il faudrait pour avoir une situation idéale, même si, et c’est ça le pire, on a pas trop à se plaindre ici en fin de compte. Ce n’est pas nécessairement la mairie ou son service culturel les responsables du manque de structures adéquates… c’est toujours pareil, va expliquer aux mecs qui bookent des tournées de groupes punk/hardcore, sludge etc qu’il faut communiquer et caler les tournées 8 mois à l’avance…il y a un petit problème d’emblée à ce niveau. Pour le reste c’est plus vicieux. Tu peux ajouter dans l’équation le fait que beaucoup de concerts se font un peu à l’arrache, en mode DIY etc, la mairie n’a peut être même pas connaissance et conscience du potentiel et de l’activisme qui se passe à Poitiers, du coup de façon générale, ça perdure et vivote comme ça peut avec les bars qui sont prêts à jouer le jeu –ce qui implique pour eux de prendre des « risques », plaintes régulières des voisins, flics, menaces de fermetures administratives -quand ça n’ en reste pas qu’au stade de menaces- , et c’est ce qu’il s’est passé cette année…on avait un pur spot pour faire des concerts dans de bonnes conditions, avec des patrons cools qui avaient envie de faire les choses bien, donc qui ne se foutaient pas de la gueule du monde en terme d’accueil. Et le public, comme les groupes et les orgas l’appréciaient énormément.

Et bien bingo, une voisine pas très fûtée(faut quand même être con pour aller habiter à côté d’un bar en plein centre-ville d’une ville étudiante, en espérant y trouver quiétude et tranquillité dès 21h) s’est plainte rapidement, et la suite on la connait, plus de concerts sinon fermeture du bar etc etc…il nous reste juste un bar actuellement pour y faire quelques concerts de temps en temps, mais seulement en semaine puisque le weekend ce lieu accueille une toute autre clientèle…il y a quand même le Confort Moderne, la SMAC de Poitiers, où il est possible de faire des choses, mais ce n’est jamais très simple malgré la bonne volonté des gens qui y bossent, ils mettent à disposition le lieu (la salle ou le bar en fonction de la renommée des groupes ), un peu de matos et les techniciens nécessaires, et en gros tu fais le reste. Le soucis c’est qu’il faut nourrir tout ce petit monde en plus des groupes que tu fais jouer, ce qui est tout à fait normal, voire la moindre des choses. Mais sachant que tu n’as que les entrées pour couvrir tes frais, et bien…il vaut mieux être sûr de son coup. Du coup ça refroidit un peu, tu ne fais pas jouer un groupe de crust tchèque dans ces conditions, t’es sûr de te ramasser… on attend tous l’ouverture d’un vrai club dédié aux concerts , privé, sinon on retombe dans le système public et là bonjour les délais etc, une bonne alternative à tout ça qui permettrait de subvenir aux besoins de toutes les assos frustrées du coin.

BTN : Severed Heads est votre premier album, qui suit de 2 ans un premier jet : le processus a-t-il été long ? Ou alors vous avez été assez rapide ? (Ca semble brut comme changement de sujet- les risques de l'entretien mail-ndlr.)

AW : On compose assez vite, et ça c’est dû à la nature des morceaux qui sont plutôt courts et simples, par contre on est feignants et fauchés, du coup pour réunir les moyens financiers, caler les dates entre nous et Lionel (ingé son et propriétaire du Studio 4 où l’on enregistre) pour le studio c’est beaucoup plus long. Tu ajoutes le temps de trouver les moyens et les gens pour financer le pressage, et on arrive vite à quasiment une année.

BTN : Comment avez vous obtenu Rica, qu’on a vu illustrer Noise mag (entre autres), pour votre pochette ?

AW : Tof(basse) le connaît depuis quelques années, ça n’a donc pas été compliqué pour nous de le contacter et de lui demander si il avait le temps, si ça l’intéressait. A partir de là on a échangé un peu sur ce qu’on avait en tête, comment il voyait le truc puis c’était parti.

BTN : Vous lui avez laissé carte blanche ou vous aviez une idée dans les grandes lignes ? Il ya un coté Burns (facile) mais aussi un coté Terry Gilliam dans le visuel.

AW : Terry Gilliam c’est pas faux oui. Oui il a eu carrément carte blanche, bien sûr on lui a donné deux trois pistes, on lui a parlé de deux trois pochettes qu’on aimait bien dans le genre, mais globalement il avait le nom de l’album, le film des Washingtonians en tête et ses crayons (J'ignorais totalement l'existence de ce film et, du coup, le lien avec le groupe. Honte à moi, mauvaises recherches de ma part. Mais peut-être que notre Mr Cinéma nous en causera ultétieurement-ndlr.). D’où la fourchette plantée dans le crâne du mec , sur l’arrière de la pochette, petit clin d’œil au film par exemple.

BTN : Pourquoi les smileys ?

AW : Haha, lui seul peut répondre à cette question. (l'appel est lancé !! -nldr.)

BTN : Comment avez vous approché Franck Hueso ? C’est un pote ou vous aimiez son travail (sur Inside Conflict par exemple) avant ? (lecteur, il va se passer une chose très intéressante dans la réponse: la double peine. D'une je me suis gouré quant au metteur en son de l'album, et deuxièmement, je me rend compte que j'ai posé une question assez idiote-ndlr).

AW : Oui Franck est un pote, on se connait depuis longtemps, par contre on aime pas du tout son travail (voilà, ça c'est pour la question con-ndlr.). Mais juste une précision pour cet enregistrement, Franck a simplement masterisé la version vinyle, ce n’est pas lui qui a fait le son. On le doit à Lionel Ferry dont je te parlais un peu plus haut -et sur la démo aussi d’ailleurs- qui a son propre studio(le Studio 4 donc) à côté de Poitiers. Franck y enregistre aussi certains groupes de temps en temps. Pour nous c’est plutôt naturel d’aller chez lui, on se connaît super bien, on a joué pendant quelques années ensemble, on sait comment il bosse et à quel point il est tolérant avec nous, il sait comment on fonctionne… c’est simple avec lui haha(je veux pas dire par là que c’est pas simple avec Franck hein).

BTN : Là encore carte blanche ou vous aviez une idée du son que vous vouliez ? J’aime le son du disque, qui s’éloigne un peu des « habitudes » du rock sale actuel (cf. n’importe quelle sortie relapse).

AW : La seule contrainte qu’on s’est imposé au départ avec ce groupe, c’était de ne pas sonner metal (ça veut pas dire qu’on le fera pas un jour) ou du moins d’éviter au maximum, ça peut vite manquer de relief, et tuer un peu la spontanéité qui peut se dégager de ce genre de zique. Bref, on avait pas d’idée précise du son pour l’album, et tout y est hyper brut au final(très peu de mix), c’est un peu ce qu’on voulait, relativement brut et rentre dedans. La seule certitude c’est qu’au grand jamais on essayera d’approcher une prod comme tout ce qui peut sortir de l’usine Deathwish/Ballou. Agoraphobic Nosebleed ont écrit un morceau à ce sujet d’ailleurs, le texte y est parfait. (Pour les curieux, allez voir en bas de cette page. Oui, vous ne délirez pas, ils avaient bien partagé un split il y a quelques années-ndlr.)

BTN : Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ce type de musique ?

AW : Sûrement un mélange de ce qu’on écoute et de ce qu’on aime individuellement. Disons qu’on repique des plans à beaucoup de groupes… Genocide Superstars, les Spudmonsters, Entombed , les vieux groupes crust metal genre Loudpipes, The Dukes of Nothing, après on écoute tous plein de trucs différents, Tof pourrait dire Unlogisitc, X-Or(les toulousains), World Burns to Death, les Poppies, Eric Zeke, Disfear, Trash Talk, Garth Impaled Nazarene, Rocking Dildos et aller jusqu’à Emperor , Ulver…y’en a tellement…

BTN : Il y a un coté hyper rock’n’roll, voir groovy dans cet album, c’est quoi l’idée ou l’impulsion derrière ?

AW : La question précédente répond un peu à celle-ci du coup (en effet, Genocide SS ou Dukes of Nothing sont des groupes assez groovy malgré le bois tronçonné et envoyé à chaque morceau-ndlr.). Ça doit sûrement venir de tout ça. L’idée c’est juste de faire un truc énergique où on se fait plaisir, et surtout où on se pose pas trop de questions. Faut que ça reste spontané.

BTN : De quoi causent les Washingtonians ? Politique ? Abstrait ? Autre ?

AW : Je passe. On a jamais trop compris Garth, même en tant qu’individu. Ça doit pas mal tourner autour du cinéma hongkongais, après…aucune idée.

BTN : Il y a un morceau lent et lourd qui clôt (presque) l’album. C’était quoi la volonté derrière ce morceau ? Cela peut-il aussi montrer une piste pour l’avenir ou c’est juste un exercice ponctuel ? (très réussi, je le redis).

AW : Pareil, aucune idée. On a enregistré ce morceau complètement en catastrophe, le dernier jour de l’enregistrement en se disant que ce serait pas mal d’avoir une sorte d’interlude(tu me diras une interlude à la fin c’est un peu débile), un truc un peu plus posé histoire de pas simplement avoir une rafale de morceaux rapides et bourrins qui s’enchainent. On a mis en commun quelques riffs qui trainaient avec Eric, on a fait tourner le truc deux trois fois, et on l’a enregistré dans la foulée, mais c’était pas du tout prévu. On a fait les quelques samples de l’intro avec un vieux Roland, on a aussi pitché toute la zique histoire de lui donner un côté un peu « rampant », un peu « sludge ». Et pour le chant Garth a juste lu un passage du bouquin qu’il lisait à ce moment là, le pauvre il a même pas eu le temps d’écrire de textes.

BTN : Ici (en France), on est devenu assez réputé pour notre Black Metal, mais j’ai l’impression que d’autres « genres » commencent à s’imposer. Après un passage assez calme, quand je vois votre album, ou, pour brasser large, le dernier Kicback ou le Comity qui arrive à grand pas, j’ai comme l’impression que le Hardcore aligne de bonnes sorties en ce moment- du moins des choses plus intéressantes qu’ailleurs. Un sentiment là dessus ?

AW : Je me sens pas trop de juger tout ça, il y avait déjà d’excellents groupes il y a 10 ans, et plein de choses qui se passaient, le problème c’est qu’il y avait beaucoup moins de visibilité que maintenant…merci internet. Par contre il est évident que les groupes français s’exportent beaucoup plus facilement à l’étranger désormais, et sans chauvinisme aucun, ça fait plaisir de voir que certains groupes d’ici cartonnent, à juste titre, et ont des opportunités dignes de ce nom.

BTN : Pourquoi la version CD est sortie si longtemps après le LP ? c’était pas prévu ? D’ailleurs pourquoi avoir sorti le CD avec cette pochette en sérigraphie ? Pour donner un coté Constellation ou pour proposer tout simplement un autre objet et pas une copie du LP ?

AW : Au départ ça ne devait sortir qu’en vinyle oui. Puis on a eu quelques demandes, des gens qui voulaient acheter le disque, à force on s’est dit que ce serait peut être pas mal histoire de pas faire les snobs. Alexis de Gheea Music était motivé pour nous filer un coup de main, et on a mis le reste avec mon pote Sylvain, avec qui on a monté Beards & Bones, notre asso pour les concerts et qui fait aussi pseudo label à ses heures. On s’est dit avec le groupe que quitte à faire un cd, autant faire autre chose qu’une copie conforme du vinyle, ça n’avait pas grand intérêt pour nous, surtout un an après. La sérigraphie c’était un peu pour le côté esthétique de l’objet, et il faut bien le dire, parce qu’on a le labo de la Fanzinothèque à côté de chez nous, il y a un aspect pratique évidemment, c’est pas très cher, il y a pas mal de possibilités, on peut voir l’avancement de la chose en temps réel, apprendre 2/3 trucs au passage, s’épargner quelques galères de logistique… et en toute honnêteté sortir un bon vieux boitier cristal, ça nous branchait pas vraiment. On a également ajouté un morceau « bonus » qui n’était pas sur l’album, ça redonnait une seconde vie au disque quelque part. En tout cas dans nos esprits haha…

BTN : Actu à venir pour le groupe ?

AW : On a une douzaine de nouveaux morceaux donc on va essayer d’enregistrer quelque chose au printemps, si on a assez de thunes. On a eu un ou deux plans pour faire des splits, mais rien de bien concret pour l’instant… sinon quelques dates notamment le Bloodshed Festival au Dynamo à Eindhoven, avec Dropdead, Looking For an Answer, Gride et plein d’autres groupes, on était plutôt content quand on appris la nouvelle. On a également eu la confirmation d’une tournée d’une dizaine de jours à Cuba en février 2013 sur le Brutal Fest, un festival itinérant, avec les danois de Hexis, nos copains de The Phantom Carriage, qui sont eux aussi de Poitiers, et une petite dizaine d’autres groupes… on a bien hâte !

BTN : Dernière question, passage obligatoire imposé par un de mes collègue et qui, je le sais, va te faire plaisir : que penses- tu de Prodigy, le groupe anglais ?

AW : Alors là……pas grand-chose malheureusement. A vrai dire je connais très peu voire pas du tout, quand ça a commencé à cartonner j’écoutais plus Obituary, Napalm Death et consorts, j’étais pas trop dans le délire mix rock/musique électronique, et à part deux trois trucs plus « lourds » de l’époque, j’étais quand même vachement plus branché death,thrash et black. Du coup j’ai juste le vague souvenir d’un clip dans Best of Thrash à l’époque qui m’agressait visuellement , faudrait que je retente mais je suis pas convaincu du résultat…

BTN : Le mot de la fin ?

AW : Un grand merci à toi pour tes questions et ton intérêt , et Garth tient à te remercier personnellement, il s’est senti beau après avoir lu ta chronique.

mardi 3 janvier 2012

Take Shelter de Jeff Nichols

Alors que l'Occident s'enfonce dans une crise tant économique que politique, le cinéma, lui, s'éprend douloureusement de celle-ci et étale ses peurs de fin du monde. Frissonnante fin tragique d'une civilisation euro-américaine en panne d'idées ? En tout cas, cette même "civilisation" ne semble pas en manquer lorsqu'il s'agit de sa chute. Prenons la Hongrie par exemple. Alors que le pays, au bord du gouffre financier, s'enfonce dans un autoritarisme ultra-conservateur qui rampe lentement mais surement vers le despotisme d'un parti unique, Bela Tarr, fer de lance du cinéma hongrois, sort son dernier chef d'oeuvre, le Cheval de Turin

Ce film magnifique, à l'âpreté sans pareil, déclame un chant de mort glaçant. Un père et sa fille, perdus dans une lande sèche battue par le vent, échouent à échapper à l'horreur de leur quotidien répétitif. De longs plans somptueux qui assènent sans relâche les mêmes gestes, ceux d'une humanité qui ne s'interroge plus sur le pourquoi de son existence ni sur son devenir, qui a accepté l'inacceptable et s'est assise à la table de la misère, le dos courbé, dans le silence le plus complet. Tarr déverse toute sa consternation et tout son abattement dans un unique monologue au milieu du film, qui oeuvre comme un coup de poing. Il nous l'annonce de façon sentencieuse, rien ne sera sauvé car tout, absolument tout, a échoué. 

Dans Take Shelter, l'échec du héros réside dans son incapacité à communiquer les raisons de ses peurs incontrôlables. Le magnétique Michael Shannon campe à nouveau le rôle d'un homme qui perd pied dans un monde qui lui semble de plus en plus hostile. Seulement, il est le seul à percevoir le danger et ses tentatives pour préparer sa famille à l'arrivée du désastre le font passer auprès de tous pour un fou. On ne cesse de penser à Bug de William Friedkin lorsqu'on voit la superbe performance d'acteur de Shannon. Cette plongée dans la psychose est relatée avec grande finesse par Nichols, qui prend le parie de passer beaucoup de temps avec son acteur principal au détriment d'éléments fantastiques qui seraient apparus comme superflus au final. 

On avance donc à tâtons, en accompagnant cet homme en prise avec ses doutes et sa peur intestine, celle de perdre ceux qu'il aime. Cette question impose d'autres interrogations, toujours bien amenées par Nichols. Le réalisateur s'interroge alors sur le sens de la vie de son personnage, sur le sens de ses pulsions, sur l'éclatement progressif d'une bulle familiale qui ignore le monde qui l'entoure au profit de son confort matériel et relationnel. Ces conforts agissent comme de véritables murs entre eux et l'univers entier, comme un gigantesque faux-semblant de verre qu'on ne peut ni toucher, ni voir. Shannon lui, erre comme une bête, pris de visions terrifiantes qui annoncent la fin du monde tel que les autres le voient et tel que lui aussi le voyait peu de temps avant.

Le lien entre le Cheval de Turin et Take Shelter et même, Melancholia, c'est l'aveuglement du monde devant ce qui l'entoure, devant l'imminence de la chute. Ce détournement du véritable, ces oeillères comme en porte le cheval dans le film de Bela Tarr, sont ce qui empêche les gens d'agir réellement pour leur propre survie. Lars Van Trier et Bela Tarr ne laissent aucun espoir aux hommes et aux femmes de cette Terre, celant leur sort à leur aveuglement astral et à l'échec répété qui les ramène inlassablement au point de départ. Take Shelter, lui, offre une autre voie. A vous d'aller la découvrir dès demain. 

vendredi 30 décembre 2011

BLACK FACE- S/T 7"

En posant le diamant sur le sillon, on y croit, on en est persuadé: on est en plein milieu d'un disque de 85. Du pur punk ou du pur hardcore de l'époque, les riffs, les sons, et l'immédiateté des paroles ne laissent presque planer aucun doute. C'est la face "I Want To Kill You" qui ne pouvait être écrit que par deux personnes pour pouvoir être prise au sérieux. La première, c'est Rollins qui se serait pas encore engagé ni dans le cinéma ni dans les spoken words ou les émissions de TV. L'autre c'est Eugene Robinson. On est, de fait, en 2011 -pour encore quelques heures- et c'est donc Robinson qui se ferait une joie de te coincer la trogne entre ses jambes pour t'expliquer la moindre subtilité qui pourrait t'échapper. Sur le papier ça ressemble à la meilleure idée de tous les temps: foutre Robinson avec Dukowski pour faire vivre une alternative au Black Flag déchu. Sur disque on se rend surtout compte que ça fonctionne parce que la promesse des mecs est la suivante: ils ne l'ont pas fait pour la nostalgie (inexistante, de surcroît) mais pour l'envie de détruire tout une fois sur scène. L'envie de tuer. La face A suinte, comme promis, de ces lignes de basses typiques et de la haine glaviotante de Robinson bien épaulé. Sur l'autre, on se croirait sur une envolée chantée tirée d'un "Process of Weeding Out" qui virerait sans s'excuser vers un quasi funk psychédélique où Eugene de Whipping Boy se rapprocherait du Robinson en slip d'Oxbow. On attend forcément que cette incarnation viennent avoiner le curieux sur scène.

vendredi 23 décembre 2011

PUSCIFER- Conditions of my parole

Tool nous avait habitué à un rythme de croisière quasi régulier, publiant un nouvel album 5 ans après le précédent sur ces deux dernières productions. Cette année nous n'avons pas eu notre dose, les fanatiques n'en peuvent plus et c'est finalement Puscifer qui a dégainé plus vite... reléguant par ailleurs le projet phare (quoi qu'on en dise) de Maynard James Keenan au placard pour encore quelques temps. Surtout que Puscifer avait déjà sortis deux disques (un album et son siamois de remixs) qui, bien que loin d'être mauvais, n'étaient que la preuve que Puscifer était avant tout un projet fourre-tout de luxe pour le vigneron. "V for vagina " était surtout le moyen de voir ce que glandouillait Keenan loin d'un groupe, et le concept ne prenait pas plus que ça une fois sur bandes, malgré un casting incroyable (RATM presque au complet, Tim Alexander...).
Puscifer revient avec son deuxième véritable album, alors que les admirateurs attendaient plus un nouveau Tool, voir même un nouvel enregistrement d' A Perfect Circle, pusique ressuscité contre toute attente. MJK a visiblement poussé le jeu du beauf américain de base jusqu'au bout avec cette nouvelle fournée, les clips et visuels promos/pochette allant dans la continuité de Cuntry Boner. On y voit un Keenan ventripotent, moustachu et coiffé d'un mulet de champion dans sa caravane ou en prison. Technique marketing pour faire fuir le metalleux ? On se souvient de son goût pour les costumes affreux, de sa volonté presque maladive à garder l'anonymat (même si pour la première fois de sa carrière, il apparaît sur la pochette d'un de ses albums) et de cette anecdote qui veut qu'un soir, en sortant d'une séance de ciné avec Adam Jones, celui ci se fait abordé par une poignée de fanatiques de Tool une fois séparé de son camarade qui lui demandent l'air ébahis "tu connais le guitariste de Tool ?", n'ayant alors pas été identifié comme le chanteur du quatuor par la horde.
Coté casting, encore une grosse sélection: épaulé par Carina Round sur la plupart des morceaux, il convie également son fils Devo à jouer sur un morceau (contrebasse), Josh Eustis de Telefon TelAviv aux claviers et à la programmation, Tim Alexander, Gil Sharone de Dillinger Escape Plan ainsi que Jon Theodore de One Day As A Lion et Mars Volta à la batterie, Alessandro Cortini de NIN au Buchla (synthé modulaire ésotérique) et Juliette Commagere au chant qui avait largement contribué à la première tournée live du groupe. Et cette fois, le surplus d'invités ne débouchent pas que sur une grosse blague assortie de quelques bons morceaux, mais plutôt d'un disque étonnamment réussi. Ce Puscifer ressemble au disque de pop indus que Perfect Circle n'a jamais enregistré. A la production massive s'ajoute une série de morceaux sérieux, imparables. Dynamiques et intelligentes, les compositions voient Maynard chanter de son impressionnante voix sur des chansons toutes arrangées avec soin, offrant une puissance et une rigueur qu'on ignorait de la part de ce projet. C'est la grande force de ce second album: plutôt que de récolter des ébauches et idées en tout genre, ce nouveau disque se compose de chansons, d'un réel travail d'écriture et couplé à un souci du détail et de la création inventive. On saluera particulièrement les apports de Mitchell, Eustis et Cortini aux claviers, venant truffer ici et là les chansons de trouvailles sonores, de petits sons étranges apportant une dimension nouvelle aux compositions sans aller ni dans la facilité ni dans le dépotoir à sons. Tous se plient au jeu de l'orchestre, personne ne vient faire de la figuration en faisant mumuse, mais sert un projet musicale qui se tient de bout en bout. Le tout, en quelques 12 morceaux et en totale inadéquation avec l'emballage, se présente comme un disque de pop rock malin et créatif, disposant d'une insoupçonnable puissance.

mercredi 21 décembre 2011

MOBB DEEP- Black Cocaine

La preuve que les formats courts ont du bon, on se met à rêver quant à le prolifération de ce genre d'EP, ramassé, puissant, qui se tient sans longueurs ni faiblesses. De Mobb Deep on connait surtout les deux classiques "the infamous" et "Hell on earth", deux indispensables du hip hop type sécheresse sonore et regard mauvais. Black Cocaine est un disque court mais impeccable, composé de 5 morceaux qui nous pousseraient à nous pencher sur les autres albums du duo, du moins à guetter celui qui arrive si il est dans la même veine. Hip hop de truands certifié, production phat qualité supérieur, peu importe qui s'occupe de tapoter la mpc: Beat Butcha ouvre avec un morceau se basant sur un sample de rude boy et des claviers type horrorcore, Havoc produit lui-même un Conquer qui commence en faisant peur avec ses cors samplés mais qui fait ses preuves avec une construction redoutable et un beat lourd. The Alchemist s'occupe pour sa part de deux morceaux habités de samples et de sons hypnotiques, dont un soutenu par Nas qui ne brille plus que grâce à ses apparitions chez les autres. Freak Beats produit le dernier morceau, entre piano irritants et samples gras de guitares, synthés stellaires et batterie massive. Cinq morceaux sérieux sur un EP brillant, entre clin d'oeil aux petits nouveaux (on pense très fort à Clipse sur deux morceaux) et retour prometteur.

mardi 20 décembre 2011

KICKBACK-Et le diable rit avec nous

Etonnamment prolifique, Kickback revient seulement 2 ans après l'album précédent (rappelons nous que No Surrender n'est séparé que de 12 ans de son prédécesseur). Un retour donc plutôt inattendu, et qui ne s'est pas fait attendre: annoncé et publié rapidement, à l'image de la musique d'ailleurs. Un coup rapide, furtif.
Et le diable rit avec nous chante la mélodie et l'amour de bout en bout, on en vient à regretter qu'il ne se soit pas nommé "accolade dans les coquelicots". Logiquement, il se pose comme la suite logique et inévitable de No Surrender (d'ailleurs la pochette reprend le visuel de la première page du livret de l'album précédent), qui avait vu une mutation de la musique du groupe tout en asseyant paradoxalement son identité. Kickback ne ressemble plus qu'à lui même, et son affirmation dégueule de chaque note, chaque coup, chaque hurlements. Certain se précipitèrent pour affirmer un virage black, et si il faut relativiser cette affirmation, la musique du groupe s'est noirci, s'est méchamment salie avec l'arrivée de l'architecte du riff en chef, tête pensante de Diapsiquir. Mais cette suite, expéditive (une grosse demi heure), entame aussi un virage qui semble s'éloigner du groove omniprésent depuis Cornered. Le triple K s'est associé pour ce nouvel enregistrement à un batteur plus sobre que précédemment, et le rythme en devient moins chargé, perdant au passage une dose de groove. Le son des 10 morceaux va d'ailleurs dans ce sens. La production est tranchante, sèche, agressive, et ne déborde pas de basses, manquant légèrement de rondeur. Et le diable rit avec nous est le disque le plus froid de Kickback, le plus austère, et a des allures de punk vénéneux. Une agression glaciale d'une demi heure, remuant dans le crâne puis se retirant sans prévenir. Ce constat serait cependant renforcé sans les deux reprises finales cloturant l'album- une des Geto Boys et une seconde des Brainbombs. On se penchera surtout sur celle des Geto Boys, la plus surprenante. Pendant quelques minutes, Kickback multiplie les sons inédits dans leur mixtures: passages presque claires, samples, saturations absentes pour respirer, mais mixé au denses sonorités âpre de la production. Le rythme est assuré par une BaR, elle aussi glaciale et monomaniaque, puis la reprise se finit sur une longue sortie calme et noire, larsen de machines ravagées.

vendredi 16 décembre 2011

THE WASHINGTONIANS-Severed Heads

Les Washingtonians auraient totalement pu exister il y a 10 ans, à l'époque où des dizaines de groupes apparaissaient chaque semaines et où chacun d'eux faisait l'effort d'être plus créatif, plus efficace ou plus sauvage que les autres. Et les Washingtonians se seraient déjà largement démarqué. Nous sommes à la veille de 2012, et la pénurie de groupes de rock agressif se fait de plus en plus sentir. Les grands labels sont à la rue, et quand ils veulent briller, ils sortent des ré-éditions. En évitant de verser dans le "c'était mieux avant", c'est avec le sourire qu'un groupe comme les Washingtonians est accueilli. Après son premier essai traité ici, le groupe a pris le temps de concocter un long disque gavé jusqu'à la gueule en quantité mais qui a aussi le bon goût de ne pas faire saturer les oreilles de son auditoire: l'album est dense mais ne s'éternise pas. 19 morceaux pour 30 minutes, impeccable. Pour poser la rigueur du groupe c'est l'ensemble du projet qui est abouti et qui mets des points: l'album s'enrobe d'un visuel superbe (de Rica, qui avait signé quelques couvs chez Noise et bossé pour Marvin ou Death to Pigs) rappelant les comics indés US, avec un Georges à la tête décomposée en cubes libérant une armée de smileys: Washingtonians s'éloignent de son premier disque avec un visuel à l'opposé du précédent. C'est F. Hueso qui s'est occupé de capter le fouin, habitué de la console pour des projets parfois nettement moins intéressants mais qui produit un superbe son dynamique et adéquat. A l'heure où tout sonne comme un produit plastique Relapse, Washingtonians joue sur une production plus serrée, et qui ne donne pas dans l'artifice usant. Chaque membre a sa place et tout se distingue.
L'influence Benümb me semble moins parlante pour ce nouveau disque, le son y étant moins magmatique, respirant davantage et les Washingtonians jouant définitivement une musique plus entrainante, possèdant un coté aussi terriblement festif. De fait, le groupe me semble aujourd'hui jouer dans la cour hardcore (ou grind, à vrai dire on s'en tape) comme Entombed joue du death: en y incluant une dose évidente de rock'n'roll et de groove. Sans redéfinir les contours de musiques sauvages et ultra balisés, les 4 jouent avec cette conviction poisseuse et cette énergie impeccablement gérée: chaque break, chaque mesure, chaque plan semble bannir la molesse, même quand ils calment sévèrement le jeu. Techniquement, les membres semblent tous en place, et le travail rythmique est remarquables: entre blasts et ralentissement, chaque coup à l'air teigneux, ça rouste dans tous les coins, cymbales en guerre et peaux de chèvres en ruine. Fait(devenu) rarissime, la voix possède un vrai grain singulier, qui n'est pas sans rappeler Scott Angelacos, hurleur possédé de Bloodlet, Hope & Suicide et désormais dans Junior Bruce. Au bout des courses, le groupe distord complètement sa musique sur deux titres totalement opposés: un morceaux ou tout y est lent et écrasant, puis une dernière rafale tout en vitesse ramassée en quelques secondes. Le dernier titre fait une dernière fois les comptes avant de fermer la porte, mais celui d'avant permet au disque de se reposer et de montrer que si le genre lourd et lent est en surpoids grâce à un nombre de groupes incalculables tentant leur chance dans ce style, il reste un exercice souvent convainquant quand il est est (bien) exécuté par des gens dont ce n'est pas la spécialité. On se souvient d'ailleurs de Cephalic Carnage qui assurait totalement dans ce genre de tentatives. Un Severed Heads soigné de bout en bout, qui se finit comme il se découvre: en imposant une taloche qui rend heureux.

mardi 6 décembre 2011

TOM WAITS- Bad As ME

Waits ne se fait plus si rare, se fait moins désirer et ne mets que 4 ans à donner vie à ce Bad As Me (si l'on considère "Orphans..." comme un véritable album), et deux ans seulement depuis le live au son âpre que nous avions mentionné lors d'une réunion. Bad As Me, titre qui pourrait tout dire mais qui ne le fait pas, parce que "Bad" n'est valable dans aucun sens du terme. On a connu Waits plus effrayant, plus noir, plus vicieux, et on a connu des albums bien pires (sans parler, de fait, de sa discographie).

La famille Waits se fait fidèle lorsque le maître passe en studio: Brennan soutient encore son étrange mari dans ses délires, alors que le fiston se pose derrière la batterie de manière plus importante que jadis puisqu'il frappe sur une bonne partie des titres. Ribot est un fidèle, un habitué tout comme Claypool, toujours présent lorsqu'il peut passer quelques notes de sa 4 cordes mutante au patron du cabaret. Pour la photo, on notera également la présence de Flea, qui prouve encore que les mecs des Red Hot ne sont jamais aussi bons que losqu'ils s'évadent de leur machine à remplir du stade, et également celle plus surprenante et pourtant plus légitime de Keith Richards. On en oublie beaucoup d'autres.

Bad As ME ne porte donc pas vraiment bien son titre. Le cinglé effrayant du blues déglingué ne sort pas ses visages les plus terrifiants, laissant ça au premier tiers d'Orphans ou de Real Gone. Il n'est pourtant pas dans le registre d'un bluesman sobre: la voix mutante continue de se transformer d'une pièce l'autre, et c'est le grain qui assure le fil rouge de l'album; mais sans habitudes, l'auditeur pourrait s'y perdre: Waits est multiple... en plus d'être ravagé. L'instrument vocale de Waits est si complexe et fascinant qu'il pourrait écrire des paroles totalement déplorables qu'on s'en contenterait. Mais en plus d'insulter les cordes vocales de dizaines de troubadours en lichen, il les humilie en s'imposant encore comme un brillant parolier.

Et puis Waits à la classe mais aussi les façons des bruts. Il vous attrape violemment par le bras et vous force à le suivre dans ses déboires de poètes aux carnets sales et aux notes éparses, amenant cohérence dans la folie, la diversité dans sa vision musicale. Blues bâtard ici, folk triste par là, rock poisseux plus loin. Un traversée plurielle du bilan MMXI, entre incantation au rythmiques de bidons rouillés, guitares aux cordes saignantes, orgues enroués et confession plus intime sans importuner les artisans vicieux exécutant les délires et requêtes du taulier. Fanfare macabre et fin de spectacle, ambiance alcoolique pour l'amour de la bonne goutte plutôt que l'opulence du baril. A l'image de sa discographie.