vendredi 2 septembre 2011

Melancholia de Lars Von Trier

Le dernier souvenir que l'on ait de Lars Von Trier est son fameux "dérapage" cannois, où nazion rimait avec admiration et circonspection mais aussi avec tradition puisque le réalisateur danois n'en est pas à sa première provocation, bla bla bla. Son nouveau film, Melancholia, n'a absolument pas besoin d'être jugé ou estimé à l'aune de cette anecdotique dérive. Un peu comme un enfant qui teste les limites, Trier s'est pris les pieds dans son propre jeu et l'a payé cash. Saluons le jury cannois qui a su faire la part des choses en remettant un prix d'interprétation à Kirsten Dunst.

Melancholia est à la fois dans la continuité de son travail récent sur la (sur "sa" en fait) dépression et les rapports homme-femme-mythologie/religion et un retour à une certaine idée du Dogme95, atrocement bourgeoise. Comme Antichrist, Melancholia s'ouvre sur un prologue de ralentis ultra travaillés à la beauté un peu toc mais évidente, sur une musique de Wagner qui annonce la prochaine apocalypse. Mélange de plans cauchemardesques et de visions astrales, il énonce les principaux enjeux du film: la solitude, la vaine fuite en avant du monde, le mal-être... Le tout noyé dans un symbolisme clinquant et parfois kitch.

Il établit également la principale dichotomie sur laquelle tourne tout le film puisque sa structure en chapitre y fait écho: deux femmes, deux perceptions du monde, deux influences astrales. Justine (Dunst) est sous l'influence de Melancholia, elle attend la fin, presque sereine, elle est incapable de profiter de son mariage, rongée par une peur qui se transforme peu à peu en un calme certain de l'inéluctabilité, désenchanté et sec, dépouillé de toute croyance mystique et de tout espoir. Claire (Gainsbourg) elle, est sous la tutelle de la Lune; personnage contradictoire, froid mais aimant, broyé lui aussi par la peur de mourir, la peur de tout perdre, par l'envie de se battre, pour son fils notamment.

Cette séparation au sein du genre féminin est une sorte de continuum du portrait hystérique et presque bestial que Von Trier dessinait dans Antichrist. Les femmes y sont plus complexes mais tout aussi insaisissables, comme ne répondant qu'à des logiques astrales inconnues (d'où l'exoplanète, qui ne respecte pas les rythmes connus du système solaire). L'homme, fort de ses certitudes scientifiques (Willem Defoe dans Antichrist, Kiefer Sutherland ici) est à nouveau bousculé par les forces de la nature et l'instinct féminin. Il connaît la vérité mais sa lâcheté le conduit à la cacher aux siens et à se voiler la face. Incapable d'accepter son échec et dans un acte de lâcheté final, il préfère se castrer (symboliquement) seul.

Von Trier maltraite en filigrane la croyance et la foi, en transformant son mariage en véritable carnage. L'institution religieuse est passée à la moulinette par deux personnages: le premier, la mère, jouée par Rampling, est haut en couleur et malheureusement trop rare sur l'écran. Elle déteste le mariage et promet déjà une fin douloureuse à l'idylle. L'autre, c'est la mariée elle-même, Justine, qui est saisie par cette mélancolie qui la rend incapable de profiter de ces instants de bonheur. Aucun temps n'est respecté, les invités sont de simples pantomimes qui ornent le luxueux décors. Tout cela en est ridicule tant le luxe abonde de façon inconsidérée. Le marié lui est fantoche: bercé d'une douce naïveté, il est renvoyé à son statut de jeune premier mignon mais inoffensif, contrarié dans sa sexualité passionnelle. Le mariage est sacrifié et c'est Justine qui l'achève sur le terrain de golf. Tout cela nous rappelle Festen, de Thomas Vinterberg, cofondateur du Dogme. Un repas de famille qui tourne au règlement de compte, où les vérités éclates, où les sourires de façade se fendent en de terribles déconvenues.

Ainsi va la dépression de Lars, d'un pessimisme sans beaucoup d’équivalent. Rien ne semble pouvoir sauver ce monde qui se ment, ni l'espoir, ni la science; ni l'homme, ni la femme. Et Wagner donc d'accompagner ce chant du cygne familial et terrien dans un final implacable mais loin d'être transcendant esthétiquement. La technique est une des limites de la démonstration de Von Trier, parfois maladroite et simpliste. Il n'empêche, pour une sortie estivale, Melancholia s'impose comme l'un des films les plus fascinants et dérangeants de l'année.

jeudi 25 août 2011

GLASSJAW-Coloring book

Et la claque arriva juste derrière. Qui aurait pu croire que ce groupe taré allait complètement redéfinir sa musique (ne serait-ce que le temps de cet ep) ? Glassjaw aurait pu revenir en sortant un album, triomphal, pour tenter de récupérer une couronne qui lui revenait, celle de l'emo-rock teigneux qu'ils ont largement pré-défini et qui mal copié par des ignares rempli les balladeurs mp3 de quelques gamins colonisant les rues du 11ème arrondissements le samedi. Et pourtant, Palumbo, Beck, Carrero et Lang reconstruisent complètement le bâti Glassjaw et le pare de nouveaux éléments, tout en maintenant l'identité du groupe avec force. Coloring book suit de peu Our color green et se propose comme la version renouvelée d'un groupe silencieux pendant presque une décennie. La hargne du groupe s'est changé en tension, une tension lourde, continu. Les nouveaux morceaux du groupe New Yorkais flirtent avec une noise poisseuse. Lang est un passionné de Jazz et le groupe semble hurler haut et fort son amour de l'afrobeat sur ces compositions, mené par une batterie souvent monomaniaque, mais totalement inspirée. Beck élargit son terrain de jeu en s'offrant quelques lignes de claviers, de pianos électriques placées ici et là. Palumbo ne hurle plus, mais pose toujorus sa voix qui semble possible des plus improbables écarts, et dessine de brillantes lignes mélodiques sur l'ensemble rythmique. Surtout, on remarquera le travail incroyablement soigné de Carrero sur ces 6 titres. Il livre d'énormes lignes de basses, profondes, lourdes, étouffantes et parfois mélodiques (le refrain de Miracle in inches). Il fait glisser ses cordes vers le fond du spectre sonore, et insuffle un groove vicieux mais qui donne au groupe une identité remarquable. Les 6 titres semblent pencher presque vers un dub urbain, sale, tout en maintenant le cap d'un rock qui tire directement ses enseignements du hardcore. Un hommage aux Bad Brains qui pourrait presque sonner comme une version acceptable de God, Ice ou 16-17. Mais Glassjaw demeure bien mieux élevé que ces formations voraces. Il se reconstruit en tout cas sur ces 6 titres avec une classe royale, une créativité qu'on aimerait entendre plus souvent pour accoucher d'un disque ambitieux et particulièrement réussi.

ps: On regrettera juste que ce disque ne fut que donné lors de quelques shows US, en attendant un pressage hypothétique et commercialisé à plus grande échelle... ou un album de cette trempe.

GLASSJAW- Our color green

Glassjaw sort enfin, après des années sans aucun signe discographique digne de ce nom, une suite à son excellent second album, "Worship & Tribute", sorti en 2002. Disséminé sur une poignée de vinyle qu'il vous sera pratiquement impossible d'acquérir, Our Color Green compile digitalement ses vinyles et propose une poignée de morceaux composé entre 2005 et 2010, comme si le groupe avait simplement voulu enregistrer ces morceaux pour qu'ils ne tombent pas totalement dans l'oubli avant de passer à autre chose. Cinq morceaux qui semblent tout droit dans la lignée de ce que le groupe a toujours fait, en poussant sa folie hystérique peut-être encore plus loin. Mosh part soignés, riffs coupeurs de têtes, basses nébuleuses, hurlements inhumains puis aplats mélodiques et chants impeccablement élastique, le duo Beck-Palumbo continue de faire Glassjaw comme ils le font depuis Kiss Kiss Bang Bang, mais les excès de brutalité et d'hystérie rappellent plus Siberian Kiss qu'Ape Dos Mil. On est donc plus proche du premier album, puisqu'on voit d'ailleurs le bassiste dudit album, Manuel Carrero, revenir dans le groupe accompagné de Durijah Lang- ce qui constitue d'ailleurs et de manière surprenante la version la plus longuement stable du line up de Glassjaw. Sans aucune surprise sinon un coté "bigger stronger faster", Glassjaw marque un retour discographique plaisant mais pas inoubliable.

jeudi 18 août 2011

††† (CROSSES)- S/T EP

Après le prodigieux retour de Deftones, quasi inespéré vu la situation humaine du groupe et musicale jusque là (qui se souvient des albums après White Pony, jusqu'à Diamond Eyes ?) Chino Moreno s'offre une pause avec un nouveau groupe, visiblement un duo, appelé "†††" ou Crosses, qu'il forme avec Shaun Lopez, producteur et déjà ex- Far à nouveau. Cette nouvelle incarnation envoie un message qui semble assez clair quant à l'avenir de Team Sleep: "†††" navigue dans les mêmes eaux, quoique bien plus classiques. C'est d'ailleurs là ou ça coince: Si Team Sleep possédait de réelles qualités dans ses compositions, il disposait surtout d'une mise en son remarquable. On ne pourra pas en dire autant de ce nouveau projet, nettement plus bas du front. On est du coté d'un rock pop où Chino chante comme dans Deftones, très peu de différence, si ce n'est que l'aspect metal est totalement écarté. Ici on est bien plus dans le domaine du synthé. Les vidéos du site sont d'ailleurs assez précises quant au talent de claviériste du duo, si bien que ce premier EP est aussi subtil qu'un projet metal de Stephen Carpenter. On s'aperçoit que Chino réussi enfin à mettre sur pied son propre groupe "à la" Depeche Mode, version boite à rythme qui fait boum boum et riffs de guitare convenus. On sauvera l'avant dernier morceau et ses faux airs de rock composé par Danny Elfman, débouchant sur une outro qui se tient.

mardi 16 août 2011

WILEY- 100% Publishing

Une pochette peut encore, aujourd'hui, attirer l'attention, j'en suis la preuve. J'avais fait une croix sur Wiley, son album Playtime is over, le seul que je possedais jusque là, me semblait trop monomaniaque, pas incroyable, vite oublié, entendre le mec caler des "Eskiboy" dans chaque phrase usant ma patience. Pourtant, un tatouage dans le cou devrait être totalement rédhibitoire, le genre de truc que tu trouves désormais surtout chez le mec faisant le plein à coté de toi à la station essence ou chez les vendeurs de godasses de Carnaby Street. Mais la pochette, toute en sobriété attira ma curiosité. 100% Publishing parce que Wiley a tout fait tout seule, et au bout du compte on se rend compte qu'il s'en sort plutôt pas mal sur ce 7ème album. Si on met de coté le très dispensable "Boom Boom Da Na" avec son gimmick de fête foraine qui arrachera tout de même un sourire, les titres de ce nouvel album se tiennent, Wiley sait produire et donner du corps à son grime nerveux. "Wise Man..." pourrait être un naufrage totale, mais la tentative de piano classique et de beats méchants révèle même une certaine finesse dans la réussite. On restera plus circonspect quant au médiocre "talk about life", mais l'anglais ne s'excuse pas de loucher sérieusement du coté du R'n'B pute. Wiley est ultra prolifique et le temps d'assimiler cette galette, déjà deux autres sont en chantier, et devraient sortir prochainement (si ce n'est déjà fait). A croire que l'Angleterre regorge de MCs qui en veulent plus que de raison, cette boulimie de production étant déjà relativement présente chez son (ex) pote Dizzee. On aimerait que Wiley ne finisse pas en train de cabotiner chez Shakira.

DJ HARVEY- Locussolus

DJ quasi légendaire (notamment ces derniers temps grâce à une omniprésence web-esque qui fait gausser le geek de forum croyant en premier lieu en une erreur avec Poly Jean), DJ Harvey enregistre avec ce Locussolus un album qui semble dire tout ce que le mec tente déjà de faire passer à travers sa touche: le gars fait de la musique d'une autre époque pour enivrer la foule et probablement pour que la fille au premier rang qui se déhanche finisse par lui faire une proposition salace qu'il ne pourra pas refuser, que ce soit dans sa chambre d'hôtel, sur la plage à coté, ou dans les chiottes du club où Harvey pousse les disques. Avec ses beats langoureux ou discoïdes, ses samples de guitares psychés, ses synthés passé au phaser, ses périples quasi dub progressifs ou encore ses remixs bon goût, tout dans ce disque finit par sentir la communion avec l'autre, peu importe la forme. Harvey est ceci dit un homme de gout, car dans sa débauche, il s'assure une production de grand, comme son pote Weatherall, qui ne s'oblige pas à une débauche d'effet, mais proposant un disque qui aurait pu sortir 15 ans plus tôt, sans abuser de l'infra qui tape, du wooble et de la caisse claire fatigante. Après l"intelligent dance music", voici un chapitre de plus dans l"hedonistic dance music".

LIMP BIZKIT- Gold cobra

Il semblait quasiment impossible que Durst ressorte un jour un album sous le nom Limp Bizkit après la débâcle (inexplicable ceci dit) de 2006. Après son disque le plus réussi (aucune mauvaise langue ne pourrait affirmer le contraire) en 2005, un disque d'une sobriété insoupçonnable et d'une puissance remarquable, Borland s'en était allé, préférant des projets aux relents plus gothiques qu'aux conneries de Durst pourtant toujours épaulé par DJ Lethal et Sam Rivers (seul membre constant de la formation avec Fredo, et pourtant toujours en retrait). La suite se composa de 2-3 ans où Durst pleurniche à propos de son groupe défunt sur sa page myspace en mettant régulièrement des chansons à l'eau de rose, tandis que la maison de disque sortait un best of aussi inutile que méprisé par le groupe lui-même. La rumeur du re-retour de Borland auprès des siens prit forme en 2008, se concrétisant en 2009 par quelques concerts ici et là. Mort et encore debout.

Bêtement, on attendait, ou on espérait une suite à "Unquestionable truth", alors que les intentions, notamment de Borland sont tout autre:"amusons nous tant que nous en avons encore l'âge". Le guitariste sait ce qu'il vaut sur le marché du rock'n'roll, il n'est pas idiot, il connait sa cote, et n'ignore pas qu'il est convoité par les plus grands. Pourtant le petit génie de la guitare semble incapable de s'épanouir en dehors de son groupe de toujours. Et le clip promo de ce nouvel album le montre dans une grande forme: déguisement, maquillage, pose ridicule, Borland joue son propre jeu à fond... et derrière la guitare, le constat est similaire: Peut-être moins efficace que sur le mini album de 2005, Wes est capable des riffs les plus décisifs, des triturages de 6 cordes les plus inventifs, comme il l'a toujours fait avec le groupe. En ce sens, l'album Gold Cobra, attendu pendant plus de deux ans est un disque d'une grande logique dans la carrière du groupe. S'écartant de la sur-production de Chocolate Starfish, ce disque fait le lien parfait avec le premier album et Significant Other: tout est là et rien ne bouge, mais renonce cependant au surplus de vernis de "CS&HDFW" en optant pour une production plus mate. Compositions impeccables, sens du spectacle, Lethal toujours d'une aide précieuse quand il est temps de gonfler la musique de trouvailles, et une section rythmique solide et puissante (John Otto est un excellent batteur, Rivers un bon bassiste). Reste ce qui plombe le groupe depuis ses débuts et plus encore depuis le troisième album (pour faire court: une production ahurissante quoique bien trop bidouillée, les meilleurs riffs de Borland, et un Durst qui s'auto-parodie jusqu'au bout, couinements aigües et paroles embarrassantes en guise de cahiers des charges pour chaque morceaux): son chanteur. Fredo s'était montré particulièrement efficace et sobre sur le mini album, tendant à montrer que le leader du groupe pouvait aussi fermer sa gueule et se faire pertinent. Evidemment, avec l'ambition de passer du bon temps en faisant du LB et rien d'autre, Durst offre une prestation assez éloigné de "Unquestionable truth", mais reste loin du vomi verbeux à ultra sons que fut Chocolate Starfish. Mais entre les tentatives (même pour rire) à l'autotune et des morceaux comme "douchebag", on navigue quand même largement dans le pénible.

EN 2011, Limp Bizkit existe encore, livre un album musicalement solide, assez dispensable dans sa globalité (ie. avec ses voix et ses morceaux bonus- contentez vous de la version normal). En somme, c'est tout ce qu'on attend d'un gros blockbuster estivale: du bourrin qui tache, pas forcément malin, construit avec quelques bonnes idées et qui en met pleins la gueule. Mais pas inoubliable, avec quelques blagues scato-lycée et un sens de la mise en scène peu subtil.

mardi 2 août 2011

XOMBI- John Rozum & Frazer Irving, DC Comics

Depuis l'ouverture de BTN, je me dis qu'un jour, il faudrait que je fasse une chronique BD, voir même tenir une sorte de billet régulier. Lorsque vous lisez la petite présentation sur le coté, il est spécifié qu'on parlera de tout, et si depuis quelques mois le cinéma est présent dans ces pages, que quelques livres et même revues ont eu leur place ici, les BD n'ont pas encore eu leur chronique. Il y avait pourtant eut un billet surWatchmen, sur Dodgem Logic, qui auraient pu mettre sur la voix, et quelques tentatives avortés de chroniques (black hole, pour ne pas le nommer) doivent somnoler dans un vieux disque dur-me tenant à l'écart par prudence d'un regard poussé, n'étant pas un fin analyste de la mise en page d'untel ou du "storytelling" d'un autre.

C'est en ouvrant le deuxième numéro de Xombi que j'ai vu l'opportunité de corriger le tir. A peine arrivé à la cinquième page, une nonne dégomme des mômes à coup de revolver tandis qu'une autre fissure du crâne de mioche au coutelas. Etonnamment publié par DC (on aurait pu s'attendre à une série Vertigo, le label adulte de l'éditeur), Xombi dégueule de concept dans tous les sens, si bien que les 22 premières pages de la série contiennent plus d'idées que 95% de la publication actuelle par an. Rozum, scénariste, ressuscite une série qu'il avait défini dans les années 90 et qui s'était étalé sur 22 numéros. Il rend vie à son personnage, David Kim, un scientifique infesté de nanotechnologies increvable. On pense d'ailleurs fortement à Vertigo lorsqu'on lit les premiers numéros et on pense plus encore à Grant Morisson, le génie écossais. Même foisonnement, même hystérie, même ambiance. Et Rozum se paye Irving aux dessins, qui sort tout juste de quelques collaboration avec Momo, puisque responsable de quelques unes des pages les plus terrifiantes de Batman & Robin. Irving est un génie, il dessine un monde psychédélique et etouffant comme peu et colore lui même ses crayonnés avec classe et rigueur. Et lorsqu'un génie s'associe à un malade mental comme Rozum (je m'appuie juste sur le scénario que je lis actuellement pour tirer de telles conclusions quant à la santé mentale de l'auteur), le résultat est simplement brillant. Complexe mais fluide, Rozum écrit une histoire qui actuellement semble totalement maitrisée. Pour les connoisseurs qui n'auraient pas encore tenté, Xombie se rapproche dangereusement de l'age d'or de Vertigo (radote). Pour les frileux quant aux comics, le style de Frazer Irving devrait convenir pour se plonger dans cette fresque sans rejets allergiques.

Pour les curieux, la série comporte actuellement 5 numéros (VO) facilement dénichables dans certaines échoppes, quant aux curieux qui ne seraient pas adeptes de l'archéologie, une version relié devrait probablement sortir d'ici quelques mois.

PS: l'illustration choisie est la couverture non définitive du n°4, à mon sens illustrant au mieux la créativité habitant Rozum & Irving.

dimanche 31 juillet 2011

Ce qu'il fallait voir avant de partir en vacances

Dans l'esprit malade des journalistes de télé, l'été est le terrain d'une guerre presque centenaire qui remonterait au Front Populaire. Elle opposerait "juillettistes", ceux qui aiment prendre le risque de savonner leur 2 semaines de congés payés sous la pluie en Bretagne, et "aoûtiens", peureux et friqués qui préfèrent l'aridité Andalouse. Bref, une guerre de stéréotypes qui occupe les premières pages de JT pendant que Bachar El Assad s'éclate au tir à la carabine dans cette belle fête foraine qu'est le Moyen Orient...

A l'heure pour moi de partir en vacances (ni en Espagne, ni en Armorique, ni au Moyen Orient), un petit point rapide et incomplet sur quelques dernières sorties à ne pas rater ou, comme le dit le Canard Enchainé, "qu'on peut voir à la rigueur". Au programme donc, J'ai rencontré le diable, Submarine, Un amour de jeunesse et Deep End.

J'ai rencontré le diable est très certainement le film le plus abouti du réalisateur sud coréen Kim Jee Woon. Mettant en scène deux acteurs géniaux (l'immense Choi Mon-sik vu dans Old Boy et le sémillant Lee Byun-hun, un habitué des films de Kim, vu notamment dans A Bittersweet Life), le film raconte la vengeance d'un flic dont la femme a été tué par un psychopathe. Loin de devenir le vigilant avide de justice qu'est par exemple Harry Brown dont j'avais déjà parlé ici, le personnage de Lee est contraint et forcé de devenir l'égale du "diable" pour assouvir sa soif de vengeance. Pour atteindre les cimes de la souffrance, il pourchasse sans relâche son adversaire en l'empêchant à chaque étape, de jouir des femmes qu'il voudrait tuer. Film absolu à la noirceur et à la violence rare, J'ai rencontré le diable est un thriller palpitant et sauvage, parcourant les paysages coréens une lame dans la bouche et du sang sur les grolles. Il consacre Kim Jee-woon au sommet du cinéma asiatique, lui qui avait déjà montré son adaptation à différents genres, s'approprie littéralement celui-ci et en livre sa version ultime, insurmontable.

Submarine est lui le premier long métrage du réalisateur Richard Ayoade, cantonné au clip jusqu'alors. Oliver est un jeune garçon amoureux de Jordana et soucieux de la santé du couple de ses parents. Mais quand on a quinze ans, comment être amoureux sans être niais? Comment passer le cap de la sexualité active ou encore, comment sauver une union parentale qui bat de l'aile? L'originalité de Submarine tient plus dans sa forme que dans le fond. Des errements et des questionnement de l'adolescence, toujours traités avec finesses, Ayoade tire autant de clip pop, parfois mis bout à bout avec un certain manque d'audace, mais aux savoureuses couleurs et au dialogues piquants. Le film vaut surtout pour la musique mélancolique d'Alex Turner (Arctic Monkeys et The Last Shadow Puppets) et pour le jeune Craig Robert (20 ans IRL et non 15), à qui la rondeur du regard devrait ouvrir quelques portes.

L'amour adolescent, je m'en rends compte, est véritablement le fil conducteur de ce mashup cinétique car mis à part le film de Kim Jee-woon, les trois suivants abordent cette même thématique. Mia Hansen-Love livre avec Un amour de jeunesse une variation autobiographique qui tend vers le cinéma d'Eric Rohmer et sa série des Contes. Tempo lent, bavard et contemplations estivales: une douceur atypique ce dégage de cette histoire d'amour portée par la jolie Lola Créton et le charmant Sebastian Urzendowski. Avec une économie d'effets dramatiques, Hansen-Love arrive à un résultat plutôt convaincant: elle évite les crises de larmes, les cris au profit des douleurs profondes, des jeux de regards et des silences naturels.

Enfin, quoi de mieux qu'un retour aux sources du film adolescent pour aborder le genre? C'est possible avec la ressortie des premiers films de Jerzy Skolimowski (auteur de Essential Killing cette année) dont notamment, l'introuvable Deep End, magnifique film pop de 1970 qui voit, dans un Londres acidulé, un ado de 15 ans s'enticher d'une jeune femme de 20. Le film est fabriqué autour de deux personnages très forts: d'un côté un jeune garçon pudique qui découvre la force du sentiment amoureux mais aussi l'effroi face à l'attitude de Milf tentaculaires; de l'autre une fille, à la rousseur hypnotique, qui se joue des sentiments du garçon sans savoir vraiment de quoi il est capable. De fortes images à la beauté restituée, croquant la nudité, la cruauté des jeux, la naïveté qui s'efface au fur et à mesure qui l'initiation prend forme. Un très bel essai. Vous l'aurez compris, l'été sera adolescent ou ne le sera pas...

mercredi 27 juillet 2011

NEUROSIS, La Machine du Moulin Rouge

Même si la majorité des disques passant sur ma platine ne sont plus rangés au rayon "metal", je reste attaché à quelques principes sinon quelques envies. Neurosis fait partie des groupes que je continue d'estimer, et surtout, que j'espérais un jour voir live. Leur dernier passage en salle parisienne date de 99, une année où j'avais à peine l'age de conduire avec un parent. Il semblait inconcevable de revoir la formation culte repasser dans une salle à Paris, surtout que Neurosis semble limiter ces déplacements à quelques points très précis (Londres, le Fury/HellFest, San Francisco ...). Miracle annoncé au printemps 2011: Neurosis jouera à Paris, le 23 juillet.


La machine est blindée, trop remplie même, abusant de la place (on parle de 950 tickets vendus), et affichant complet depuis 2 mois. Neurosis attire les foules, y compris tous ceux qui 12 ans plus tôt n'ont pas fait le trajet et qui veulent enfin voir le phénomène. Je ne m'amuserais pas à faire une liste de tous les présents, mais moults têtes inaperçues depuis quelques temps sont sorties de leur tannière pour l'évènement.


Je vais essayer de ne pas m'étendre sur Amen Ra. Les fans ont aimés, et c'est probablement bien là l'essentiel. Je me rappelle les avoir vu avec Switchblade il y a déjà quelques années et avoir trouvé ça extrêmement médiocre. Au lieu de saborder leur prestation que j'ai pourtant tenter de fuire, je dirais simplement qu'une partie de l'orga n'y croyait pas elle-même, en espérant que ça en dira suffisament long sur la qualité estimée de ce groupe.


Alors Neurosis au complet, avec Josh Graham qui se ballade dans la salle arrive, et ce qu'un bon fanatique appelerait "la messe" commence. Locust Star, le tube de Through Silver In Blood entame le set, suivi de quelques morceaux pris ici et là, de Times of Grace (Belief, End of the harvest) à quelques inédits (deux nouveaux morceaux, pour être plus exact). Le son du groupe semble être immense, mais sur le début, la sono semble difficilement suivre. Le son se précise toutefois au fur et à mesure. Dès la moitié du set, les enceintes de l'ex Loco semblent enfin aptes à suivre. Dave Edwardson est en grande forme, choucroute rouge sur la trogne, tee de crust fait main, il hurle comme un Didier Morville de Californie. Kelly et Von Till lui répondent dans un registre similaire: hochements de tête à tasser de la cervicale et hurlements bestiaux. Landis et Roeder, les forces tranquiles mais indispensables ne font pas tâche pour autant. Les morceaux s'enchaînent sans difficulté, Neurosis assure un show carré et impeccable. Pourtant, il y a comme un goût étrange qui se manifeste assez rapidement et qui s'amplifiera avec le temps: je me fais royalement chier. J'aurais aimer parler pour moi mais dès le lendemain les avis sur la toile traduisaient pour de nombreux présents une forme de déception, certains se demandant si ils sont blasés ou si ils se font trop vieux pour supporter le boucan. De toute évidence le spectacle est pourtant de qualité, mais quelque chose cloche. Mais quoi? Peut-être le sur-professionnalisme du groupe sur scène: rien ne déborde, tout est exactement comme sur disque, sans surprise. Rien ne dépasse excepté quelques pains. On peut facilement adhérer à un groupe qui ne se permet pas d'excès dans sa musique lorsque celui ci joue une musique exigente. On pourra mentionner Tool ou The Locust, jouant une musique extrêmement technique et précise et qui sur scène peut reproduire à l'identique ce qui est enregistré sur disque. Mais Neurosis ne joue pas une musique d'une telle maitrise. D'ailleurs, ça serait oublier que Maynard et ses potes savent aussi partir sur des improvisations et des retouches sur scènes. Alors Neurosis manchot? A moins que ce ne soit l'excès de sérieux de leur musique et de sa représentation qui ne soit responsable? Les 5 sur scène sont d'une rigueur "metal" obsédante, et le show est d'une rigidité abusive. A tel point qu'entre les voix parfois caricaturales et les projections en fond totalement misérables (non mais sérieux, des loups au ralenti, des corbeaux, la faucheuse... c'est une compilation de clichés minables !!) on rit au dépend du groupe et à plusieurs reprises. Mais eux non, ils font la gueule, lancent des regards noirs, ne causent pas pendant 1heure et 43 minutes (j'ai pas chronométré en fait). Ils sont Neurosis, le groupe de metal depressif de la première note jusqu'au dernier larsen.


Heureusement vient le dernier morceau: Through Silver In Blood, le morceau qui ouvrait l'album éponyme. Et ce n'est pas la joie de les voir en finir avec ce set poussif qui nous réjouit mais bien le spectacle offert sur ces 10 dernières minutes (la moitié est visible en bonus). Le quintet, toujours devant ses projection risibles détruit totalement sa musique, piétine tout l'équilibre maintenu jusque là. Von Till termine sa guitare, landis dégomme ses claviers, Kelly s'explose le front dans son micro, avant la fin tribale de roulements annoncant le déclin, la fin, le chaos. En 10 minutes, Neurosis sauve presque l'honneur du set pénible assuré jusque là. Mais soyons honnête: le groupe reste bien loin devant tous ses suiveurs. Ils ne sont pas de vulgaires artisans du riff étalé sur 10 minutes, non, ils demeurent des compositeurs âvisés, leurs morceaux restent des classiques, la construction de leur titres, bien qu'assez simple, est magnifiée par les climats: après tout ils ont inventés cette forme de musique. Et les voix si atypiques du trio Edwardson/Kelly/Von Till lui confère, en plus d'une puissance vocale singulière, toute son identité et sa force. Même décevant Neurosis écrase la concurrence.

mardi 26 juillet 2011

Sortilège de Daniel Barnz

Il est une tradition à Hollywood qui veut qu'un grand classique contient, indépendamment de son contexte historique d'écriture et de production, quelque chose d'universel, transposable à l'infini à travers les époques, les générations. Il s'agit de véritables mythes culturels, fondateurs de la culture contemporaine mais aussi de la représentation de l'homme au cinéma.

Sortilège est de ces films qui sont tirés d'un livre lui même inspiré d'un mythe. Difficile ici de ne pas voir la très nette influence du conte La Belle et la Bête, immortalisé par Jean Cocteau en 1945 avec Jean Marais et Josette Day. Un jeune garçon, imbu de sa personne mais dont la popularité est sans pareille se voit jeter un sort par une sorcière (Mary Kate Olsen en goth à froufrou tout droit descendue d'un podium de mode). Il a une année pour trouver quelqu'un qui l'aime pour ce qu'il est sinon sa beauté (physique) sera à jamais perdue et il sera condamné à être un laid jusqu'à la fin de ses jours.

Je ne grossis pas le trait, vraiment pas la peine, le film est bien bâti sur cette très frêle dichotomie qui veut que la beauté plastique soit dépourvue de toute beauté intérieure mais détienne un pouvoir de contrôle presque hypnotique sur les masses tandis que la laideur renferme des trésors de bonté et d'humanité. D'un côté Kyle (Alex Pettyfer), fils à papa élevé dans un luxe scandaleux, dans l'absence d'une mère et le dédain d'un père affairé qui ne se trouve une raison d'être que dans l'étalage naïf et prétentieux de son charme ravageur; de l'autre, la prolo du quartier, Lindy (Vanessa Hudgens, loin d'être moche), sans mère elle non plus, qui distribue des paniers repas aux SDF et cherche son père drogué la nuit dans les rues sombres de New York. Tout deux sont condamnés à s'aimer. Lui parce qu'il devient laid et elle parce qu'elle a su percevoir les blessures du bellâtre qui se la pétait grave.

Au delà de sa nanardise indiscutable, Sortilège dresse un portrait au vitriole d'une jeunesse qui n'existe nulle part et qu'on croit pourtant déceler parfois. Une jeunesse qui aurait vécu dans le confort matériel absolu mais qui aurait été délaissée affectivement. Kyle n'est poussé par son père qu'à être beau, à vivre pour cela et par cela, aux dépends des autres et du reste. D'ailleurs son père est incapable de lui adresser la parole plus de deux minutes. Lindy elle a été amenée à devenir mature plus vite puisque ses relations avec son père sont distendues. La primauté du paraître a étouffé la nécessité de vivre avec les autres.

Par ailleurs Sortilège résume assez bien ce que la société du paraître et du consommable a fait de la politique: une marchandise de confort vidée de substance. Le film s'ouvre sur un ubuesque discours de Kyle qui se présente à l'élection des Verts (écolo) de son lycée. Son seul argument est la beauté. Pire, il l'affirme haut et fort, il n'a que faire de l'écologie. Sa seule ambition est, justement, son ambition, son arrivisme, la nécessité de paraître mais de paraître au sommet. Et la salle comble de l'applaudir et de l'élire. On croirait voir une foule d'italiens heureux d'avoir encore réélu le gominé Berlusconi...

Sortilège est certainement l'un des plus beaux nanars de l'été, sinon de l'année. Son casting teen cheap et joli, ses dialogues abêtissants, son humour besogneux et sa dialectique de la beauté sont, pour le coup, hideux. Tout comme son romantisme à trois kopecks: c'est vrai qu'on a rarement fait mieux qu'un baiser final devant un Foot Locker... Placement de marque oblige! Il s'inscrit donc dans cette lignée des réactualisations médiocres et vulgaires, à l'image de ce qu'a pu être l'ignoble Sexe Intentions de Roger Kumble. Cette pochage vile et grotesque revisitait de la pire des manières l'ouvrage de Choderlos de Laclos, Les Liaisons Dangereuses. De la même manière, les producteurs s'imaginent que la poésie, la complexité de dialogues fouillées et d'intrigues raffinées ne sont pas des biens consommables pour de jeunes adultes en devenir. On en viendrait même à recommander le dessin animé de Disney...

lundi 25 juillet 2011

SWANS- Maroquinerie.

Les Swans dans la capitale, après un passage au bbmix quelques mois plus tôt. Christoph Hahn, guitariste lapsteel s'occupe de la première partie, et il est impossible de deviner que ce calme gentleman assurant seul sans distortion quelques blues et folks va devenir un des 6 malins invoquant le dieu Bruit quelques minutes plus tard, du moins il est impossible de se douter qu'il est aussi capable, à ce moment précis, de créer un tel fouin.


"Swans are not dead", annonce remplaçant une épitaphe longuement valide, prend son sens. Et c'est précisémennt les Swans qui jouent ce soir, soit Gira et Westberg, les deux seuls membres présents sur tous les disques du groupe -ou presque. Hahn est un fidèle du clan Gira, puisqu'opérant jadis sur l'album au lapin (avec Signorelli aux percussions), tout comme Thor Harris, le dieu nordique qui semble tout faire pour ressembler à une version folklorique de son homonyme, et Phil Puleo. Seul le bassite, Chris Pravdica semble être un nouveau venu dans la famille Gira agrandie. Pourtant Pravdica, avec Puleo, mènent véritablement la musique des Swans en live. Ils organisent, structurent les morceaux, qui ne deviennent plus que des idées, étirées jusqu'à l'épuisement des troupes. Difficile de reconnaître les morceaux, même si le dernier album est largement revisité. Gira, entre quelques abus d'alcools est parfois ailleurs, assure des danses qui embarasseraient n'importe quel être raisonnable dans une autre situation, se tape le cul, pousses des cris, manque de se tuer la gueule dans l'ampli à plusieurs reprises. Ce qui fait qu'outre le groupe qui joue impeccablement derrière, c'est surtout l'ultra imposant Norman Westberg qui semble un maitre silencieux imposant la légende, faisant vivre le mythe. Souvent en retrait, il ne participe qu'a des moments précis pour abbatre ses 6 cordes avec une précision et un entêtement qui ne parait pas perturbable. De courtes phrases, cycliques et plus rythmique que mélodique. Le reste du temps, impassible, il mâche son chewing gum et transperce du regard ceux qui oseraient le fixer. Puis lentement, se prépare à alourdir le boucan. C'est tout de même étonné qu'outre Heroin Sheiks et quelques disques de Foetus, on se rend compte que cet imposant musicien semble s'être peu aventurer en dehors des Swans- on espère un jour entendre quelques morceaux de NeVAh, groupe qu'il forme avec Signorelli (encore lui).
Le mythe de la no wave, de l'indus New Yorkais se débat donc avec ses propres fantômes de morceaux, en les étirants, en les torturant dans un chaos de bruit absolu que ne renierait pas certains artistes de Noise pure. Mais au vu de notre législation, il est surtout étonnant de voir à quel volume joue le groupe ce soir, défiant toute concurrence. Ils sont proabbelement bien au delà du décent, et joue dans un excès redoutable. Une prestation qui oscilla donc entre moment de pure génie et relachement vers une ceraine facilité, mais assuré par une formation qui au contraire de TG semble se soucier, tout de même, d'offrir un spectacle grandiose... et physique-le but du groupe, de ses débuts jusquà ce soir. Une cérémonie parfois discutable (on aurait bien amputé de quelques longueurs) mais totalement remarquable car la légende s'entretient, et plutôt bien.




Ps: Bonus vidéos ici.

jeudi 21 juillet 2011

Chico & Rita de Fernando Trueba et Javier Mariscal

Belle surprise que ce dessin animé espagnol aux graphismes voluptueux et parfois osés qui rend un séduisant hommage au jazz cubain. Nous sommes à la fin des années 40, Chico, pianiste et séducteur rencontre par hasard Rita, jeune femme à la voix suave et enchanteresse. Il lui propose d'être sa chanteuse et de participer à un concours avec lui. La joie du concours gagné est rapidement emportée dans la tourmente des sentiments amoureux: Rita est abordée par un producteur américain qui lui propose de se produire à New York. Chico, jaloux, envoie chier Rita qui s'envole seule, le coeur déchiré.

Chico et Rita ne s'arrête pas là et c'est bien son plus grand charme. Sur ces airs de conte cubain un peu rétro, le film fait la part belle à un musicien, le gigantesque Bebo Valdes, légende perdue puis retrouvée du jazz cubain. Chico et Rita s'inspire en effet de la vie du légendaire jazzman : Chico porte le nom de Valdes, traverse l'histoire du jazz de New York à Paris et sombre dans l'oubli le plus complet avant d'être ramené à la gloire par la nouvelle génération (Bebo lui a disparu environ 30 ans, jouant dans l'anonymat le plus complet à Stockholm avant d'être redécouvert au début des années 2000).

Plusieurs choses séduisent indéfectiblement. Tout d'abord, et c'est une évidence, la musique composée par Valdes transcende chacune des scènes du film et permet en filigrane de remonter la pendule musicale dans tous les sens de l'Histoire. Elle est sensuelle comme les rondeurs de Rita, colorée comme La Havane, chiadée et sophistiquée comme ce New York grisâtre. Samba, be-bop, tout y passe. Le film emmerde royalement les enfants. Les corps se dénudent et s'enlacent tendrement et les références pleuvent. On croise tour à tour des monstres tels que Dizzie Gillespie et Thelonious Monk, Nat King Cole et Charlie Parker, Tito Puente. On traverse 50 piges de jazz avec un bonheur énorme, sans délaisser pour autant les péripéties de nos deux amoureux.

Ces deux jeunes gens ne traversent bien évidemment pas que le jazz, ils sont également les témoins d'un monde qui bouge, constamment. Trueba et Mariscal dressent également une petite histoire de Cuba: Chico quitte son île sous la dictature de Batista, alors que les clubs et les matelots américains fourmillent dans la capitale. Il y revient en pleine révolution castriste; les temps changent. Le jazz, musique d'afro-américain, musique d'esclave devient un mode d'expression de l'impérialisme américain. Rita quant à elle, doit faire face aux préjugés raciaux qui règnent aux Etats-Unis, en pleine ségrégation. En cela, Chico & Rita rejoint quelque part Le Chat du Rabbin de Joan Sfar : défaire les clichés et asseoir une réflexion sur la tolérance.

Enfin, Chico et Rita s'avère être une profonde réflexion sur l'inspiration artistique et la célébrité. De l'éphémère succès du duo que les deux amoureux formèrent dans les années quarante, il ne reste qu'un lointain souvenir. Il en va de même pour la carrière américaine de Rita, emportée par son amour pour Chico et pour une prise de position politique courageuse (bien que prise sous alcool). Bref, Trueba et Mariscal rappellent que les racines de la musique cubaine et plus largement de la musique latine d'aujourd'hui se trouvent dans des travaux perdus d'artistes oubliés, victimes d’évènements politiques complexes. La relecture, la réactualisation, la redécouverte, comme fut celle des auteurs grecs pour les philosophes de la Renaissance, est une source intarissable de créativité nouvelle.

De La Havana à New York, du chaud au froid, les couleurs et les lignes épaisses de Mariscal ravissent autant que la musique régale. D'autant plus que l'hybridité formelle du projet (mélange de 2D et de 3D) est plutôt réussie. Non, le dessin animé n'est pas l'apanage des enfants. Qui l'eut cru d'ailleurs? Alors que règne en maître les American Dad ou South Park à la TV, que ces dernières années ont vu la consécration de cinéaste comme Mulloy ou Plympton, on savoure avec à propos, ce délicieux élixir musical et visuel chargé d'histoire et pour certains de souvenirs. Chico et Rita est au dessin animé ce que le Buena Vista Social Club de Wenders est au documentaire, une référence sur la musique et l'histoire de Cuba.

Sole & the Skyrider Band - Hello Cruel World

Sole n'a jamais été aussi bavard que depuis qu'il a quitté Anticon, entité qu'il avait formée. Bavard sur pleins de sujets d'actualité, bavard sur ses propres projets. Bavard, mais aussi généreux. Des mixtapes, des albums libres, des quantités de morceaux livrés avec son coeur. Sole est victime depuis peu de boulimie artistique. Son premier album avec le Skyrider band (un backing band rock, en gros) était vraiment bien gaulé, pleins de morceaux de bravoure et de pavés rageurs, entre digressions post rock et flow haineux. Il permettait justement de marquer une coupure avec les sorties Anticon de plus en plus insipides intellectualisées à outrance. C'est pourtant bizarrement que cette nouvelle sortie se rapproche de cette ambiance hip hop electronique qui se veut loin du hip hop, copulant avec la sphère pop, voire RNB. On découvre ses amours pour les productions à la timbaland, les envolées lyriques à la Justin Timberlake et les instrumentations oisives et fainéantes. C'est aussi un changement crucial dans son flow, qui se fait plus aéré, plus intimiste et loin de 300 mps (mots par seconde). En clair, SOle et le Skyrider Band explorent leur facette plus pop, pour le pire et pour le meilleur. Certains grands moments de bravoure sont disséminés ci et là sur la galette, avec un DIY proche du premier disque, piano et phrasé craché de rigueur. On apprécie aussi un home aint shit intimiste. Le disque pêche surtout par ses refrains chantés putassiers, ses passages haches au vocoder, son apporoche pop et ses sonorités synthétiques accouplés à une production raccoleuse. Sole a quitté le navire Anticon, mais livre son album se rapprochant le plus des sorties récentes de l'écurie (featuring de Sage francis en prime). Bien en dessous du premier essai avec le skyrider donc.

mercredi 13 juillet 2011

BLACK CHOW- Wonderland EP

Ms Hitomi est partout, elle s'incruste désormais sur le moindre sillon qu'enregistre ce bon vieux Kevin. Sauf que Black Chow est leur projet à eux, et personne d'autres. Pas de featuring, non les deux ensembles sur un projet commun. Pas une pièce rapportée à la dernière minute non plus. Black Chow sort là son premier EP, après avoir dispersé des morceaux sur quelques compilations (Souljazz, et Hyperdub, bref, les maisons de Martin d'une manière ou d'une autre). Black Chow est une sorte de forme mutante de King Midas Sound, c'est à dire un dub électronique ultra sexué et langoureux, qui se croiserait avec la teigne du riff 8bit tout sec qu'on rapprocherait plus, par fainéantise, de The Bug. La super nes en rut contre le minitel. La pochette, proposé par Ms Hitomi (encore) semble affirmer le propos: typo du web des années 90, couleur rasta, et Alice qui chute dans le cosmos face à un... critters (?). Deux faces dont une se décline en 3 versions "instrumentalement" identiques, mais dont la voix change, ou disparait totalement -idem pour l'autre face mais en double version, soit 2 vrais morceaux pour 5 pistes. Martin recycle ses propres sons et gimmicks, on sent qu'il tourne un peu en rond. Récemment, il admettait s'être investit dans la construction d'un modulaire. On espère que ce projet débouche sur une redéfinition de son langage. Ceci dit, ce 12" est un disque qu'on a plaisir à se passer, et même à se repasser.

mercredi 6 juillet 2011

VENETIAN SNARES- Cubist reggae

Depuis les Beastie Boys en mai, je me rend compte qu'aucune chronique ici ne déborde d'enthousiasme pour l'objet évoqué. On va finir par passer pour de pauvres aigris. Pourtant il existe encore des disques qui nous mettent en joie. Prenons exemple en ce début d'été avec le dernier vinyle, 4 titres, de Venetian Snares. La preuve absolue qu'il se passe encore des choses dans cette caboche bien amochée que celle d' Aaron Funk. Spécialiste du breakbeat hystérique et la surproduction (en terme quantitatif), Funk se prend parfois d'obsession totalement respectable, comme ce disque si bien nommé: Cubist Reggae. Ces morceaux font d'ailleurs forcément échos au 10" sorti chez Kriss. La première face est particulièrement réussie, Funk fait du dub comme on imaginerait que Booth & Brown en ferait: accidenté, composé de multiple granules, de sons glaciaux et d'infra basses subtiles. Après l'accalmie rythmique du second morceau- marquée par l'inflation de la lourdeur,la seconde face grimpe progressivement en BPM pour déboucher sur du typique Snares, abrutissant et hystérique, déluge de breakbeats au séquenceur surchargé. Léger regret, on aurait préféré que Funk essaie de maintenir son exercice de style imposé jusqu'au bout sans céder à ses pulsions. Néanmoins, on salue le résultat, loin d'être vain, et qui pourrait peut-être (on espère) déboucher sur un long.

BURIAL- Street Halo

Le roi de la musique "que tu te dois d'aimer absolument", de France inter à Thom Yorke, ressort de son placard, faisant suite à une certaine discrétion qui épiloguait un stakhanovisme remarquable (deux disques couronnés de succès en moins de 18 mois). Coup double avec le disque que l'anonyme -relatif- Burial partage avec la pleureuse de Radiohead et le très estimé Fourtet. Street Halo (pratiquement épuisé), toujours chez Hyperdub qui va boire la tasse plus vite que prévu, se compose de 3 morceaux, où les crépitements sonores se précisent et où les samples vocaux R'n'B d'un autre monde se mélangent toujours avec cette patte si reconnaissable. Mais l'inspiration semblerait presque loin, avec ce son de vinyle qui habille le beat un peu sec et les voix fantomatiques. Si peu de surprise, si facilement proposé. Pourtant, avec son coté rave party improbable capturée sur bande il y a 15 ans, le morceau qui occupe une face en solo tire le disque vers le haut. Retour en arrière, les gens lèvent les bras et la drogue leur fait croire qu'ils sont dans Flashback. L'anglais (?) se confirme confortablement dans sa propre grammaire: entre coup de génie de metteur en son, et inclinaison tenace pour un mauvais gout délavé.

jeudi 30 juin 2011

ATARI TEENAGE RIOT- Is this hyperreal?

Plaisir coupable de l'été, je sens une curiosité adolescente se concrétiser en ce mois de juin. Je me souviens d' Atari Teenage Riot prenant en otage tous les journaux musicaux en été 99, à l'occasion de la sortie de leur album "60 seconds wipeout". Rage, Rock'n'Folk et ainsi de suite. Tout cela me semblait certes amusant mais vain, et se dire politiser à excès me paraissait un peu facile pour justifier une crétinerie musicale discutable. Je me contentais de quelques morceaux éparpillés sur des samplers, des cassettes, des CDr et des BOF. Depuis j'ai découvert Alec Empire dans d'autres configurations, et certaines valent largement le détour. On mentionnera rapidement Low On Ice, son disque de jazz moderne, sa collaboration avec Techno Animal, celle avec Merzbow, son dernier solo ou son mix pour Staubgold.
ATR s'était éteint avec le décès du MC historique du groupe, Carl Crack, et la séparation avec Hanin Elias semblait déjà bien entamée (cf. les interviews récents). C'est donc avec sa muse Nic Endo, maîtresse du bruit qu'il réactive ATR, complété par Cx Kidtronik, signé chez Stones Throw et responsable de quelques coups fumant avec Reznor et Saul Williams. Dès les premières secondes, pas d'erreur, Atari Teenage Riot sonne comme il y a 10 piges et la formule "tr 909, sample de guitare, hurlements" reste la même. Plus débile que subversif, de fait. Mais Empire, seul rescapé de la formation première s'est acharné à faire sonner ce disque comme si il avait 15 ans, alors le charme désuet et gentiment balisé du champs d'action fonctionne correctement, jusqu'à ce final totalement grossier au refrain qui ressemble à un chant de stade de foot. Pourtant, entre les premières mesures type Rave Party glauque en Bavière et le final de supporter, malgré quelques coup de BaR digne d'une animation de fête foraine et des samples de guitares parfois aussi charmants qu'une démo bontempi, l'album s'égare parfois dans une sorte de chaos obscur et instable où Endo semble tiré le tout vers le haut- à l'image de la pochette: le groupe semble s'éloigner de son visuel pochette en .gif et ninja hystérique pour quelque chose d'un poil plus sobre, sinon de plus esthétique. De timides mélodies esquissées ici et là, guidées par la voix de la dame permettent au disque de surnager au delà de sa vulgarité pour offrir quelques moments brillants. Une sorte de musique compacte mais opaque se forme, et les pauses et accalmies viennent enrichir le tout. Musique inepte, certes, mais pas totalement stérile. Plaisir coupable jusqu'au bout.

mardi 28 juin 2011

TYLER, THE CREATOR- Goblin

Consécration ? Ou implosion du buzz qui aura gonflé jusqu'à l'excès ? Tyler se fait donc publier par XL, label glorieux de l'époque rave hardcore qui signe depuis le début du millénaire pleins d'autres choses, pour assurer la première sortie physique d' OFWGKTA. La formule n'a pas changé depuis son premier album dispo gratuitement. Tyler, tête pensante et première star du posse fait un hip hop minimal et monodoigt. Plus simple. Mais il se débrouille, et on se laisse prendre par ses instrus aux beats anguleux, à ses sons de films gores pour ado, à ses basses carnivores mais creuses. De sa voix si singulière (seulement 20 piges), il baigne dans les eaux d'un rap glaviotant entre provocation gratuite à punch line décisives et regrets d'adulescent. La force de Tyler, et il l'a bien compris, c'est que son discours séduit bien au delà du raisonnable. L' OPA sauvage a marché, les mecs peuvent clamer que le fric est secondaire, c'est déjà la guerre dans les rédactions, sur les blogs. Odd Future évolution ou révolution ? Un mix des deux. Evolution car le son gentiment niais qui tourne en rotation lourde sur les ondes se prend un coup de pompe au cul. Le hip hop teigneux se déploie. Révolution car on aura beau prendre ce disque dans tous les sens, il n'apporte strictement RIEN de nouveau. De Sensational à NORE, de Gravediggaz à Mr Dead, ressortez vos Wu et vos Wordsound, repassez vous vos Neptunes, vos Can Ox, écoutez attentivement, sérieusement, tout est déjà là. Un beau 360°. Et la grande faiblesse de ce premier disque véritable se révèle lamentablement: Tyler a trop tiré sur la corde et on arrive péniblement à la moitié de l'album, exténué pas ses poussives extensions, et on remarque qu'il en reste tout autant à se taper. L'album s'étire, en devient écoeurant, éreintant. Alors tout le monde se prosterne devant le posse mais ce premier coup se plante. Et c'est peut-être en s'injectant homéopathiquement les 3 morceaux de l'édition bonus -sur un cd à part- qu'on arrive à apprécier dans son ensemble un disque entier de Tyler.

lundi 27 juin 2011

Insidious de James Wan

Insidious est un film postmoderne par excellence, jusque dans ses pires défauts. Le productif James Wan, à l'origine de la franchise trashporn Saw dont il a brillamment réalisé le premier épisode continue son exploration du cinéma d'épouvante des années 50 et 60 avec cette histoire de maison (ou d'enfant?) hantée. On l'avait déjà remarqué dans l'essai passé inaperçu Dead Silence où il mélangeait son amour des poupées (clin d'oeil à celle de jigsaw) et des brumes inquiétantes. Si Dead Silence n'a rencontré aucun succès, tant critique que public, il a tout de même permis à Wan de prendre très rapidement le large et de briser (en partie) le lien qui l'unit à Saw. Il en fut de même pour son compère, Darren Lynn Bousman qui rendît (mal) hommage à The Rocky Horror Picture Show une fois débouté de Saw avec Repo (un échec lui aussi).

Bref, tout ça pour dire que Insidious est un ouvrage postmoderne complet. Comme nous venons de le dire, il s'inscrit dans la lignée des films citations ou des films hommages, qui lorgne vers quelques classiques en s'en accaparant les codes pour mieux les transcender. On retrouve ainsi du Poltergeit et des ambiances à la Carpenter. On ne peut pas non plus s’empêcher de penser à La maison du diable de Robert Wise (pour ceux qui ont vu l'horrible remake qu'est Hantise, ceci est l'original) ou encore à La malédiction, film culte de Richard Donner. Wan aime les portes qui claquent et qui grincent, les bruits oppressants de balancier (la pendule, le métronome, le cheval à bascule), les enfants qui errent seuls la nuit, les fantômes et les diables velus à sabots... Tout cela rend la première partie du film particulièrement réussie et parfois un tantinet prétentieuse (lorsque les auteurs se citent eux même ça fait mauvais genre: la tête de jigsaw sur le tableau...).

Seulement il y a de mauvais versants à cette tendance artistique. Que Wan verse parfois dans le mélodrame familial passe encore, les codes narratifs hollywoodiens ont tellement éreintés les quelques irréductibles qui les haïssaient qu'on a fini par faire semblant de s'en accommoder. Mais qu'il se refuse à porter son film avec sérieux est bien plus dérangeant. A mi parcours, se rendant certainement compte que la fin du film virerait au grand guignol, Wan saborde le sérieux et convoque une autoparodie mal venue et indélicate. Le charme est dès lors rompu et il est difficile de rester apeuré devant ce qui suit. Deux guignols tendance geek rigolo débarquent dans la maison avec leur attirail et se chipouille le moignon pour savoir lequel est le plus utile à la résolution de l'histoire... On s'en serait passé.

Cette parodie est d'autant plus ennuyeuse que jusqu'à son intervention, on était saisi par l'effroi et les effets particulièrement réussis du réalisateur. Malheureusement, il est plus aisé de saborder un ton que de le tenir jusqu'à son terme. Ring par exemple, d'Hideo Nakata: pas une concession au burlesque, pas un soubresaut comique déplacé, rien qu'une peur glaciale qui s'installe lentement jusqu'à son apothéose finale. Autre exemple, The Horseman de Steven Kastrissios: une violence froide, très premier degré, sans répit, sans décalage, un film frontal et dur au corps. Des films qui s'assument quoi et qui ne reculent pas devant le genre auquel ils se frottent. C'est ce qu'on aurait voulu voir dans Insidious.

mardi 21 juin 2011

UNSANE, Maroquinerie

En première partie, un duo guitare/batterie qui joue un rock noise hystérique, par deux mecs qu'on imagine bien se refiler les disques Skin Graft jusqu'a écoeurement et qui jouent dans le public et non sur scène. Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?"Lightning bolt" ? Comment oses-tu, fumier ?

Depuis leur reformation en 2003, je ne crois pas avoir raté un seul des passages d' Unsane à Paris. Pourtant c'est seulement la troisième fois que le trio se pointe en formation "comme sur le disque" depuis 8 ans. Will Sharff de Keelhaul s'en est allé, et le basseux de Cop Shoot Cop aussi, laissant place aux seuls Unsane, les vrais, ceux qui empestent le New York pur jus et qui incarne une autre image de la ville, celle urbaine et sale, loin des groupes en tees trop courts et aux coupes de cheveux Woodstock. Je ne pensais pourtant pas revoir un jour Unsane au complet sur scène, entre les projets des uns (Celan, Pigs, Cutthroats 9, Paradise Club et Storm of light -merci, Vinnie s'est tiré de ce guet apen malsain) et l'éloignement géographique (Mexique, Berlin...) rendant une hypothétique suite à l'aventure assez incertaine. Peut-être la toute dernière tournée, ceci dit. Qui sait ?

Spencer semble assez statique sur scène, mais il n'oublie pas de remplir un grand saut de fluides corporels, à ce niveau là, c'est de l'art et en plus c'est syndical. Le seul membre d'origine du groupe a troqué son frigo d'ampli contre deux petits combos Fender, le même truc redoutable qui équipe aussi son camarade d'Oxbow ou encore KK Null avec Zeni Geva: approuvé par la crême du bruit rock'n'roll "worldwide". Peut-être aussi que c'est plus simple à trimballer tous les 3 mois entre Berlin et Brooklyn. Du coup, avec son équipement aussi impressionnant qu'un groupe amateur à la fête de la musique, il prend en traître. Quand il ne tord pas son manche (?) il gratte et c'est baveux qu'il dégomme quelques paires d'oreilles.

Curran est donc de retour. On l'avait aperçu avec Porn, nous rassurant sur l'état de son visa, aussi sur son approche de la 4 cordes. Si son absence est moins remarquable que celle de Signorelli, Curran prouve qu'il est au même titre que ses deux compères une partie de l'identité "Unsane". Sans l'un des trois, le groupe n'est plus le même. On vient voir le trio, on les regarde tous les trois mettre le public à mal. Pas de leader, pas de personnalité qui se dégage, mais 3 bonhommes au charisme et à la présence incroyable. Outre sa voix bien différente de Spencer (et qui mène un des meilleurs morceaux d' Occupational Hazard), son jeu est lourd et granuleux, sale mais précis. Curran tient la basse pour le groupe depuis le troisième LP, et même en dernière recrue, on espère que personne ne viendra lui prendre sa place sur un éventuel future enregistrement. Ce soir les 4 cordes vibrent comme chez personne d'autre, teigneuses et rouillées, appuyant salement sur l'intestin.

Vincent Signorelli a posé son dermographe et est sortit de sa dernière terre d'accueil, le Mexique, pour tourner avec son posse. Le doyen est toujours un des batteurs les plus impressionnant que j'ai pu voir, pas le meilleur technicien mais un de ces joueurs au feeling improbable et décourageant pour des tonnes de batteur. Entouré de Curran et Spencer, il semble apte à fendre de la cymbale de sa gestuelle ample et serrée.
Unsane peut donc enfin défendre à sa juste valeur Visqueen, comme le souhaitait Spencer, peut-être un des tous meilleurs albums du groupe. Et en glissant les vieilleries au milieu et un enchaînement Scrape/Get off my back impeccable en fin de set, le trio crache à la gueule du public qu'il est maitre ès noise, patron du groove 'made in NYC', et que comme les autres grands du genre, il reste indétrônable- même quand le mec aux lumières n'a jamais été aussi mauvais (ou bourré) que ce soir.

jeudi 16 juin 2011

MELVINS-Sugar Daddy live

Il est un peu plus de 2 heures du matin, et je lis quelques trucs dans la presse musicale qui m'amusent. Tout ça n'a pas grande importance, mais en fond, comme une réponse tacite à ces sentences définitives les Melvins jouent Senile animal et Nude with Boots sur un live officiel. Réponse à l'introuvable live d' Amrep , ou complément au Houdini Live, à toi de voir. Ipecac publie cet album qui ne présente pas grand intérêt sauf pour les quelques égarés au portefeuille sensible. Toshi, avec qui Crover s'amuse dans Altamont et qui enregistre les Melvins depuis quelques années maintenant s'occupe de la prise et du traitement en proposant un son étrangement mat mais justifié, collant avec la lourdeur des toms et des guitares granuleuses. L'exécution est bien sur parfaite parce que les Melvins sont devenus de bons techniciens, contre toute attente. Comme d'habitude, Mackie Osborne a réalisé un emballage très réussi, même si on aurait apprécié plus de photos du concert puisque le photographe est gracieusement remercié dans le livret. Reste à savoir si après l'album de remixs, le live, et 3 albums sensiblement identiques, les Melvins vont à nouveau se renouveller lors d'un prochain essai spectaculaire (cf. Pigs of roman empire, Bootlicker, Colossus of destiny...).

dimanche 12 juin 2011

Suicide Vs Scorn

Un petit aparté estivant avec la collaboration du stylo d'un collègue qui se prête au jeu d'un parallèle entre deux choses qui n'avaient pas forcément à être accolés, mais qui au final ont bien le mérite de cohabiter sur un même article. Des liens de parenté évidents, les grands pères et les tontons d'un mouvement mais aussi une approche du live qui justifie à elle seule l'existence de cet article. Deux mornifles, dans un genre différent, par Daminou donc, que l'on remercie de nous faire partager. Explications et impressions:



Suicide en concert, (Barcelone, Primavera Sound, 26/05/2011)
c'est Martin Rev qui balance des boucles de 2 ou 4 notes, hyper répétitives et qui par dessus nous assomme avec une sorte de chaos sonore, on le voit faire n'imorte quoi sur son synthé, on est à la limite de la cacophonie. A côté de ca, on a un Alan Vega, limite grabataire, sorte de trisomique autiste qui hurle des insanité dans son micro, qui peut à peine se déplacer mais qui pourtant à une présence incroyable. Ils jouent leur premier album, on reconnait pas grand chose, mais ca ne nous empêche pas d'en prendre véritablement plein la gueule. Certains fuient le concert en se bouchant les oreilles. Il faut reconnaitre que pour un concert en extérieur le volume sonore est hallucinant. Mais se faire défoncer les oreilles ne nous fait pas peur, on est en transe, hypnotisés par cette musique. On danse sur place, sans bouger, à la limite de la crise d'épilepsie. Suicide en live c'est véritablement un viol sonore, et à la fin on est épuisés, laminés, mais on en redemande.

Scorn en concert, (Toulouse, Bikini, 09/06/2011)
c'est Mick Harris derrière des machines et un Mac qui envoit des nappes sonores noisy, industrielles, proche du dark ambient. Par dessus, des basses hyper fortes qui nous font véritablement trembler de l'interieur. On sent les vibrations se déplacer à l'intérieur de nous. Il nous transporte véritablement en ajoutant une alternance de percu très froide et de gros beat bien lourd, bien chaud. Cette musique relativement lente, nous hypnotise, on commence un voyage vers l'inconnu, on pense au début que cela va être un aller simple pour l'enfer, puis assez rapidement on se retrouve sur un nuage (peut être bien radioactif). Le son de Harris est cotonneux, on pensait se faire agresser, mais pas du tout, on est simplement hypnotisé, une nouvelle fois en transe, mais d'une manière très différente, on danse, on bouge sur les rythmes lents mais bondissants et résonnants dans nos têtes.
On part vers l'inconnu, se perdant dans ces nombreuses sonorités industrielles. Harris en véritable chef d'orchestre numérique, nous sert de guide pour ce voyage au centre de nous même. On le suit volontier, on ne sait pas où l'on va, mais peu importe, la destination n'a aucune importance, ce voyage là se suffit à lui même. Magique.

L'enfance Rouge - Bar Bari

On l'avait mentionné lors de la sortie récente du split entre Nicolas Dick et Binaire, les disques de plomb enchainent les jolies sorties entre collaborations inédites et réeditions à la gloire du format vinyle. Bar Bari n'est pas un vrai nouvel album de l'enfance rouge. D'abord, l'album était déjà sorti en version cd sur un autre label. Mais surtout, Bar Bari mis à part son morceau d'ouverture est constitué de versions remaniées du précédent (et plus qu'atypique) album Trapani, composé en compagnie d'une troupe d'instruments orientaux qui avait permis à ce trio de toucher à des paysages entre avant rock et world music au sein de leur noise rock ecorché. Ces versions sont en réalité des versions plus classiques du groupe d'origine. Elles sont le squelette décharné de Trapani qui aurait été composé à trois, comme par le passé. Il en ressort ainsi des versions presques méconaissables (peut être à part la petite mort, bien différente) et bien plus distordues, qui forment un tout nouvel album mettant en exergue cette ambiance littéraire, cette alchimie des sonorités lourdes pour faire voyager l'auditeur et y intercaler leur amour des mots (quelque soit la langue utilisée). Un groupe pourtant bien français dans le fond, mais inspiré par quantités de courant rock des années 90's, prenant presque la forme d'un collectif artistique politisé. Des morceaux parfois fascinants, aux climax bien agencés s'enchainent sur ce double dix pouces de toute beauté, à l'artwork encore une fois réussi. Marrant d'entendre dire de la part d'un des musiciens du groupe que le format vinyle est pourri, que le format cd l'est aussi (en moins encombrant) et que mieux vaut profiter d'un bon mp3 (cherchez l'erreur). En attendant, l'initiative des disques de plomb est encore une fois impec. Un bon disque, pour un bel objet, tout ca en vinyle, ou comment enchainer les perles sur un catalogue. Les disques de plomb

jeudi 9 juin 2011

THE PRODIGY- World's on fire CD/DVD

Voilà, dans la toute dernière ligne droite avant de se terrer dans son studio, Howlett accompagné de ses beaux gosses se plante. En soi, cet objet tient plutôt la route avec un son très correct, une performance honnête ( Big Ad nous a conté ce concert ici) et une exécution remarquable (ceux qui ont déjà vu le groupe sur scène le savent, Howlett est un pro de la ligne de clavier bourrée de fausses notes qu'il aime rajouter en live, et pour MK, visiblement, il avait révisé car aucun son ne semble vraiment inadapté. On se souviendra qu'il fut pianiste avant toute chose).
Mais voilà, sur un concert évènement, le groupe avait proposé une set list plutôt bien foutue. Et de ce concert, il ne reste pratiquement que les morceaux du dernier album, et les "gros" tubes. Les deux seules audaces de ce concert conservées sont "Everybody in the place" et surtout "Weather Experience" morceau clé du premier album, écourté mais imposant. Et pour être cohérent avec moi-même, pour une fois, je ne vois pas l'intérêt de ne proposer qu'une copie du dernier album, puisque celui ci est à mon sens le plus proche de leurs concerts. Quand on connaît les morceaux écartés, on reste sceptiques: Charly (?!), Mindfields (le fait est que pour celui ci, il était évident que le groupe n'allait pas le laisser puisqu'ils se sont plantés le grand soir), Poison ( ?!!!), No Good (?!?), Diesel Power (?!????) et enfin World's On fire, a mon humble avis une des meilleurs ouvertures de concert possible, au même titre que l'excellent Wake Up Call sur la tournée de 2004 qui étrangement, donne son nom au disque. La seule réjouissance sera, de fait, d'avoir une version presque officielle du Thunder live, dubstepisé et gonflé aux hormones sur disque.
Et le DVD ? Et bien il est tout aussi décevant. La presse anglaise a plutôt fait de bons retours sur le film (lors de projections en salles...) pourtant le montage hystérique fait vite mal au crane, et voir les gens dans la foule faire une concours de trogne possédé et de danses embrassantes n'arrange pas le truc. On preferera presque les bonus. Ou le live à Brixton de 97 sorti en 2005. Un film usant en somme, et un peu vain. N'ayant pas vu la version Blu ray, je ne peux rien certifier mais la version DVD n'est pas franchement convaincante du point de vue qualité, l'image y est crade. Du coup, ce package reste "intéressant" pour les fans, pour les curieux et pour ceux qui n'ont jamais vu le groupe en concert et qui aimeraient se faire une idée. Hormis pour ces quelques gens, cette sortie est déconcertante.

vendredi 3 juin 2011

Primavera Sound 2011

Troisième édition du festival barcelonais pour moi, aprés un an de hiatus boudeur face à une programmation plus fluokids et pitchfork que de coutume, cette année paraissait chargée. Changement de sponsor de bière, pour une programmation toujours à double tranchant, le festival pouvait à la fois faire le bonheur de l'avide lecteur de la dernière tendance rock pop, comme celui du vieux briscard deconnecté de l'actu depuis pas mal de temps. Et c'est un peu vers le premier visage du festival que la première journée commence avec un concert de blank dogs assez festif, dans une veine années 80, boite à rythmes et claviers sur fond de madchester un peu sombre, rappelant aussi bien joy division que indochine, dans des morceaux plutot fédérateurs. Premier concert attendu, celui de Seefeel, qui a composé un album remarqué par chez nous. Un concert en apesanteur, bien différent de l'image disque plus austère et nordique du groupe. Des basses chaloupées en puissance, à la limite du dub, sur une batterie rappelant le dernier Scorn sur lesquelles se greffent arpèges de guitare et nappes en tous genres. Un concert surprenant, complétement vivant et fragile. On rate les Emeralds et Salem (ahah qui avait envie de les voir déjà?) avec le crew pour se diriger dans le premier trou du festival et écouter PIL (public image limited donc). Etre fan c'est une chose (ridicule qui plus est?) mais profiter de ce spectacle grand guignolesque criant à l'authenticité (comme le suprême NTM) et au non appat du gain avec un rotten qui en fait des tonnes possède quand même son charme. Un petite excursion pour rater la fin de Oneohtrix Point Never (qui avait l'air ,magique, et surtout un des groupes que je tenais absolument à voir dans ce fest, toujours des sacrifices à faire donc) qui semblait perché là haut loin dans les contrées visuelles de ses installations soniques pas loin de Ben frost. Le moment de la soirée où le crew se sépare est sur le croisement Grinderman/Glenn Branca Ensemble. Je m'apréte donc à prendre ma mornifle sur ce parrain des musiques lourdes, cet eveque de la distortion, de la no wave, le papa de Neurosis, mais aussi de Sonic Youth et de la scène 90. On est loin d'être décu, avec ce qui ressemble au meilleur concert du festival. Une musique lourde, une ascension sans fin vers des contrées arides portées par cet ensemble de 5 guitares electriques, une basse et une batterie. Un sérieux et une application loin de toute pose, pour ces musiciens qui écoutent sans faille le chef Glenn, porté par sa musique, plié en deux par le poids de ses envolées qui retombent dans un magma sonore bouillant. Une grande expérience, et surement un des plus gros étonnements ded mes expériences live. La première soirée se termine sur une des tête d'affiche du festival donc: Suicide performant le premier LP en entier. Autant sur disque Suicide est dansant, gentil, amoureux et plein de mélodies, autant les deux martiens en concert sont des guerriers et nous balancent une bouillie sonore méchante, sur le fond des vociférations du boiteux Alan Vega qui abuse et son echo. Ils jouent fort, trés fort, et les claviers sont des murs du son qui rendent quasiment tout méconaissables pour insister sur le côté violent de cet LP. Du coup, on réecoute son disque avec une toute autre oreille.Un viol collectif, orchestré par deux barjos.
Dans les festivals il y a toujours un jour à blanc, et c'était le deuxième. Beaucoup de groupes pop sans saveurs (ou avec saveur, mais qui jouaient en même temps que d'autre choses), et beaucoup de blancs nous font donc passer à côté (avec ou sans regret) de The national, Battles et consorts. Gros moment de la soirée donc sur Pere Ubu qui interprete the Moderne dances (son meilleur album?) et nous explique qu'iul agrémente son set de quelques singles vu que l'album était vraiment le minimum syndical en durée. Un set blues arraché, post punk lancinant, dub dans certaines rythmiques révelent un pere ubu plus que touchant en conteur arraché, qui sirote sa flasque entre quelques anecdotes. On comprend un peu la musique d'oxbow, dans cette façon d'instaurer une ambiance sinistre dans le n'importe quoi, et de nous emporter au gré des maugréments de sa voix raclée. Il n'est pas sting, il le dit lui même, et s'il avait été sting, sting aurait été différent. Un grand moment de ce festival donc, pour ce qui est un groupe qui reste à part dans cette dynastie des années 80, un mélange de The fall, Oxbow et Tom waits. On finit la soirée sur Kode 9 qui interpréte un set de Burial, chouette moment ravagé par ces voix (oui, les mêmes que l'on entend sur Untrue).

Dernier jour, et une grosse journée, qui commence par une organisation désastreuse qui nous fait rater John Cale car en intérieur. On aurait pu nous prévenir qu'il fallait réserver par email. Du coup on ère sans but, entre Warpaint (qui restera le concert le plus désagréable vu à ce jour pour mes oreilles), une minute de Yuck (qu'est ce que c'est que cet immondice?) et la débil, combo espagnol qui mélange Tortoise et Savage republic intercalé entre deux monologues à la Léo ferré. Vient le moment d'Einsturzende Neubauten, un des concerts marquants de ce festival. Marquant pour deux choses. La première c'est que Blixa a vraiment l'air de cette vieille charogne imbue d'elle même, n'hésitant pas à nous vendre des clés USB contenant le concert du soir, dans une attitude mégalo au possible. La deuxième, c'est que Neubauten en 2011 présente toujours un grand interêt, surtout sur cette tournée des Strategies against architecture IV, compilation que j'ai plutot apprecié. Si Neubautent est clairement moins frontal, le groupe est aussi beaucoup plus raffiné dans ses climax et ses tensions soniques. Certains passages sont carrément grisants et l'utilisation de certains objets dans une formation orientée plus rock donne du corps à la musique. Même constat que pour Branca, la musique prend même une sacré ampleur lorsque les musiciens se permettent quelques envolées bruitistes (toujours gérées bien entendu, n'oublions pas que ce sont des vieux). On appréciera moins les quelques passages chantés longuets un peu inutiles (surtout en anglais). Un saut à Pj Harvey le temps de me faire renverser l'equivalent d'une pinte de bière sur le t shirt par une demoiselle enervée de ne pas pouvoir se trouver au premier rang avant de renoncer, sans aucun regret à écouter cette bouillie pop sous morphine bien rébarbative. Quelques mouvements pour entendre un peu de garage sur Davila 666, rater le Jon spencer Blues explosions (et oui....deuxième regret) pour me diriger devant les Swans. Les swans sur disque en 2011, c'est franchement pas trés grisant. Un peu de folk, quelques lourdeurs, beaucoup de chant, pas mal de mélodies et quelques riffs sur des percus, on en avait parlé, le retour ne m'enchantait pas forcément. Grand mal m'en a pris. Les swans sur scène, ce sont les même qu'avant, loin des angels of light. Gira ne chante presque pas ou presque. Il se contente d'orchestrer en grand manitou le déluge sonore et les mantra de percussion, de guitares et de basse tout en nous décrochant le coeur dans certains passages épiques. Rois de la répétition, de la musique à fort volume, des gros riffs et des distortions envolées, les incursions noisy en deviennent salvatrices. Même les morceaux reconnus du dernier album (no words no thoughts ou eden prison) en deviennent des mantras religieux qui sont la suite exacte de cop. Gifle. Fin du festival plus festive avec les black angels aussi sérieux que sur disque, copie conforme de leurs morceaux qui marchent d'ailleurs aussi bien, professionnels dans leur mixture post punk 60's mais surtout Odd future (merci collègue) en seul concert hip hop du fest qui valait plus que le détour tellement on aurait cru voir le wu tang première période devant nos yeux. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'ils nous gratifient d'une reprise du crew précedemment cité, au cours d'un set qui termine en grand n'importe quoi a capella, avec la moitié su public sur scène avec pour mot d'ordre de tout sacager. Poum!