jeudi 21 juillet 2011

Chico & Rita de Fernando Trueba et Javier Mariscal

Belle surprise que ce dessin animé espagnol aux graphismes voluptueux et parfois osés qui rend un séduisant hommage au jazz cubain. Nous sommes à la fin des années 40, Chico, pianiste et séducteur rencontre par hasard Rita, jeune femme à la voix suave et enchanteresse. Il lui propose d'être sa chanteuse et de participer à un concours avec lui. La joie du concours gagné est rapidement emportée dans la tourmente des sentiments amoureux: Rita est abordée par un producteur américain qui lui propose de se produire à New York. Chico, jaloux, envoie chier Rita qui s'envole seule, le coeur déchiré.

Chico et Rita ne s'arrête pas là et c'est bien son plus grand charme. Sur ces airs de conte cubain un peu rétro, le film fait la part belle à un musicien, le gigantesque Bebo Valdes, légende perdue puis retrouvée du jazz cubain. Chico et Rita s'inspire en effet de la vie du légendaire jazzman : Chico porte le nom de Valdes, traverse l'histoire du jazz de New York à Paris et sombre dans l'oubli le plus complet avant d'être ramené à la gloire par la nouvelle génération (Bebo lui a disparu environ 30 ans, jouant dans l'anonymat le plus complet à Stockholm avant d'être redécouvert au début des années 2000).

Plusieurs choses séduisent indéfectiblement. Tout d'abord, et c'est une évidence, la musique composée par Valdes transcende chacune des scènes du film et permet en filigrane de remonter la pendule musicale dans tous les sens de l'Histoire. Elle est sensuelle comme les rondeurs de Rita, colorée comme La Havane, chiadée et sophistiquée comme ce New York grisâtre. Samba, be-bop, tout y passe. Le film emmerde royalement les enfants. Les corps se dénudent et s'enlacent tendrement et les références pleuvent. On croise tour à tour des monstres tels que Dizzie Gillespie et Thelonious Monk, Nat King Cole et Charlie Parker, Tito Puente. On traverse 50 piges de jazz avec un bonheur énorme, sans délaisser pour autant les péripéties de nos deux amoureux.

Ces deux jeunes gens ne traversent bien évidemment pas que le jazz, ils sont également les témoins d'un monde qui bouge, constamment. Trueba et Mariscal dressent également une petite histoire de Cuba: Chico quitte son île sous la dictature de Batista, alors que les clubs et les matelots américains fourmillent dans la capitale. Il y revient en pleine révolution castriste; les temps changent. Le jazz, musique d'afro-américain, musique d'esclave devient un mode d'expression de l'impérialisme américain. Rita quant à elle, doit faire face aux préjugés raciaux qui règnent aux Etats-Unis, en pleine ségrégation. En cela, Chico & Rita rejoint quelque part Le Chat du Rabbin de Joan Sfar : défaire les clichés et asseoir une réflexion sur la tolérance.

Enfin, Chico et Rita s'avère être une profonde réflexion sur l'inspiration artistique et la célébrité. De l'éphémère succès du duo que les deux amoureux formèrent dans les années quarante, il ne reste qu'un lointain souvenir. Il en va de même pour la carrière américaine de Rita, emportée par son amour pour Chico et pour une prise de position politique courageuse (bien que prise sous alcool). Bref, Trueba et Mariscal rappellent que les racines de la musique cubaine et plus largement de la musique latine d'aujourd'hui se trouvent dans des travaux perdus d'artistes oubliés, victimes d’évènements politiques complexes. La relecture, la réactualisation, la redécouverte, comme fut celle des auteurs grecs pour les philosophes de la Renaissance, est une source intarissable de créativité nouvelle.

De La Havana à New York, du chaud au froid, les couleurs et les lignes épaisses de Mariscal ravissent autant que la musique régale. D'autant plus que l'hybridité formelle du projet (mélange de 2D et de 3D) est plutôt réussie. Non, le dessin animé n'est pas l'apanage des enfants. Qui l'eut cru d'ailleurs? Alors que règne en maître les American Dad ou South Park à la TV, que ces dernières années ont vu la consécration de cinéaste comme Mulloy ou Plympton, on savoure avec à propos, ce délicieux élixir musical et visuel chargé d'histoire et pour certains de souvenirs. Chico et Rita est au dessin animé ce que le Buena Vista Social Club de Wenders est au documentaire, une référence sur la musique et l'histoire de Cuba.

Sole & the Skyrider Band - Hello Cruel World

Sole n'a jamais été aussi bavard que depuis qu'il a quitté Anticon, entité qu'il avait formée. Bavard sur pleins de sujets d'actualité, bavard sur ses propres projets. Bavard, mais aussi généreux. Des mixtapes, des albums libres, des quantités de morceaux livrés avec son coeur. Sole est victime depuis peu de boulimie artistique. Son premier album avec le Skyrider band (un backing band rock, en gros) était vraiment bien gaulé, pleins de morceaux de bravoure et de pavés rageurs, entre digressions post rock et flow haineux. Il permettait justement de marquer une coupure avec les sorties Anticon de plus en plus insipides intellectualisées à outrance. C'est pourtant bizarrement que cette nouvelle sortie se rapproche de cette ambiance hip hop electronique qui se veut loin du hip hop, copulant avec la sphère pop, voire RNB. On découvre ses amours pour les productions à la timbaland, les envolées lyriques à la Justin Timberlake et les instrumentations oisives et fainéantes. C'est aussi un changement crucial dans son flow, qui se fait plus aéré, plus intimiste et loin de 300 mps (mots par seconde). En clair, SOle et le Skyrider Band explorent leur facette plus pop, pour le pire et pour le meilleur. Certains grands moments de bravoure sont disséminés ci et là sur la galette, avec un DIY proche du premier disque, piano et phrasé craché de rigueur. On apprécie aussi un home aint shit intimiste. Le disque pêche surtout par ses refrains chantés putassiers, ses passages haches au vocoder, son apporoche pop et ses sonorités synthétiques accouplés à une production raccoleuse. Sole a quitté le navire Anticon, mais livre son album se rapprochant le plus des sorties récentes de l'écurie (featuring de Sage francis en prime). Bien en dessous du premier essai avec le skyrider donc.

mercredi 13 juillet 2011

BLACK CHOW- Wonderland EP

Ms Hitomi est partout, elle s'incruste désormais sur le moindre sillon qu'enregistre ce bon vieux Kevin. Sauf que Black Chow est leur projet à eux, et personne d'autres. Pas de featuring, non les deux ensembles sur un projet commun. Pas une pièce rapportée à la dernière minute non plus. Black Chow sort là son premier EP, après avoir dispersé des morceaux sur quelques compilations (Souljazz, et Hyperdub, bref, les maisons de Martin d'une manière ou d'une autre). Black Chow est une sorte de forme mutante de King Midas Sound, c'est à dire un dub électronique ultra sexué et langoureux, qui se croiserait avec la teigne du riff 8bit tout sec qu'on rapprocherait plus, par fainéantise, de The Bug. La super nes en rut contre le minitel. La pochette, proposé par Ms Hitomi (encore) semble affirmer le propos: typo du web des années 90, couleur rasta, et Alice qui chute dans le cosmos face à un... critters (?). Deux faces dont une se décline en 3 versions "instrumentalement" identiques, mais dont la voix change, ou disparait totalement -idem pour l'autre face mais en double version, soit 2 vrais morceaux pour 5 pistes. Martin recycle ses propres sons et gimmicks, on sent qu'il tourne un peu en rond. Récemment, il admettait s'être investit dans la construction d'un modulaire. On espère que ce projet débouche sur une redéfinition de son langage. Ceci dit, ce 12" est un disque qu'on a plaisir à se passer, et même à se repasser.

mercredi 6 juillet 2011

VENETIAN SNARES- Cubist reggae

Depuis les Beastie Boys en mai, je me rend compte qu'aucune chronique ici ne déborde d'enthousiasme pour l'objet évoqué. On va finir par passer pour de pauvres aigris. Pourtant il existe encore des disques qui nous mettent en joie. Prenons exemple en ce début d'été avec le dernier vinyle, 4 titres, de Venetian Snares. La preuve absolue qu'il se passe encore des choses dans cette caboche bien amochée que celle d' Aaron Funk. Spécialiste du breakbeat hystérique et la surproduction (en terme quantitatif), Funk se prend parfois d'obsession totalement respectable, comme ce disque si bien nommé: Cubist Reggae. Ces morceaux font d'ailleurs forcément échos au 10" sorti chez Kriss. La première face est particulièrement réussie, Funk fait du dub comme on imaginerait que Booth & Brown en ferait: accidenté, composé de multiple granules, de sons glaciaux et d'infra basses subtiles. Après l'accalmie rythmique du second morceau- marquée par l'inflation de la lourdeur,la seconde face grimpe progressivement en BPM pour déboucher sur du typique Snares, abrutissant et hystérique, déluge de breakbeats au séquenceur surchargé. Léger regret, on aurait préféré que Funk essaie de maintenir son exercice de style imposé jusqu'au bout sans céder à ses pulsions. Néanmoins, on salue le résultat, loin d'être vain, et qui pourrait peut-être (on espère) déboucher sur un long.

BURIAL- Street Halo

Le roi de la musique "que tu te dois d'aimer absolument", de France inter à Thom Yorke, ressort de son placard, faisant suite à une certaine discrétion qui épiloguait un stakhanovisme remarquable (deux disques couronnés de succès en moins de 18 mois). Coup double avec le disque que l'anonyme -relatif- Burial partage avec la pleureuse de Radiohead et le très estimé Fourtet. Street Halo (pratiquement épuisé), toujours chez Hyperdub qui va boire la tasse plus vite que prévu, se compose de 3 morceaux, où les crépitements sonores se précisent et où les samples vocaux R'n'B d'un autre monde se mélangent toujours avec cette patte si reconnaissable. Mais l'inspiration semblerait presque loin, avec ce son de vinyle qui habille le beat un peu sec et les voix fantomatiques. Si peu de surprise, si facilement proposé. Pourtant, avec son coté rave party improbable capturée sur bande il y a 15 ans, le morceau qui occupe une face en solo tire le disque vers le haut. Retour en arrière, les gens lèvent les bras et la drogue leur fait croire qu'ils sont dans Flashback. L'anglais (?) se confirme confortablement dans sa propre grammaire: entre coup de génie de metteur en son, et inclinaison tenace pour un mauvais gout délavé.

jeudi 30 juin 2011

ATARI TEENAGE RIOT- Is this hyperreal?

Plaisir coupable de l'été, je sens une curiosité adolescente se concrétiser en ce mois de juin. Je me souviens d' Atari Teenage Riot prenant en otage tous les journaux musicaux en été 99, à l'occasion de la sortie de leur album "60 seconds wipeout". Rage, Rock'n'Folk et ainsi de suite. Tout cela me semblait certes amusant mais vain, et se dire politiser à excès me paraissait un peu facile pour justifier une crétinerie musicale discutable. Je me contentais de quelques morceaux éparpillés sur des samplers, des cassettes, des CDr et des BOF. Depuis j'ai découvert Alec Empire dans d'autres configurations, et certaines valent largement le détour. On mentionnera rapidement Low On Ice, son disque de jazz moderne, sa collaboration avec Techno Animal, celle avec Merzbow, son dernier solo ou son mix pour Staubgold.
ATR s'était éteint avec le décès du MC historique du groupe, Carl Crack, et la séparation avec Hanin Elias semblait déjà bien entamée (cf. les interviews récents). C'est donc avec sa muse Nic Endo, maîtresse du bruit qu'il réactive ATR, complété par Cx Kidtronik, signé chez Stones Throw et responsable de quelques coups fumant avec Reznor et Saul Williams. Dès les premières secondes, pas d'erreur, Atari Teenage Riot sonne comme il y a 10 piges et la formule "tr 909, sample de guitare, hurlements" reste la même. Plus débile que subversif, de fait. Mais Empire, seul rescapé de la formation première s'est acharné à faire sonner ce disque comme si il avait 15 ans, alors le charme désuet et gentiment balisé du champs d'action fonctionne correctement, jusqu'à ce final totalement grossier au refrain qui ressemble à un chant de stade de foot. Pourtant, entre les premières mesures type Rave Party glauque en Bavière et le final de supporter, malgré quelques coup de BaR digne d'une animation de fête foraine et des samples de guitares parfois aussi charmants qu'une démo bontempi, l'album s'égare parfois dans une sorte de chaos obscur et instable où Endo semble tiré le tout vers le haut- à l'image de la pochette: le groupe semble s'éloigner de son visuel pochette en .gif et ninja hystérique pour quelque chose d'un poil plus sobre, sinon de plus esthétique. De timides mélodies esquissées ici et là, guidées par la voix de la dame permettent au disque de surnager au delà de sa vulgarité pour offrir quelques moments brillants. Une sorte de musique compacte mais opaque se forme, et les pauses et accalmies viennent enrichir le tout. Musique inepte, certes, mais pas totalement stérile. Plaisir coupable jusqu'au bout.

mardi 28 juin 2011

TYLER, THE CREATOR- Goblin

Consécration ? Ou implosion du buzz qui aura gonflé jusqu'à l'excès ? Tyler se fait donc publier par XL, label glorieux de l'époque rave hardcore qui signe depuis le début du millénaire pleins d'autres choses, pour assurer la première sortie physique d' OFWGKTA. La formule n'a pas changé depuis son premier album dispo gratuitement. Tyler, tête pensante et première star du posse fait un hip hop minimal et monodoigt. Plus simple. Mais il se débrouille, et on se laisse prendre par ses instrus aux beats anguleux, à ses sons de films gores pour ado, à ses basses carnivores mais creuses. De sa voix si singulière (seulement 20 piges), il baigne dans les eaux d'un rap glaviotant entre provocation gratuite à punch line décisives et regrets d'adulescent. La force de Tyler, et il l'a bien compris, c'est que son discours séduit bien au delà du raisonnable. L' OPA sauvage a marché, les mecs peuvent clamer que le fric est secondaire, c'est déjà la guerre dans les rédactions, sur les blogs. Odd Future évolution ou révolution ? Un mix des deux. Evolution car le son gentiment niais qui tourne en rotation lourde sur les ondes se prend un coup de pompe au cul. Le hip hop teigneux se déploie. Révolution car on aura beau prendre ce disque dans tous les sens, il n'apporte strictement RIEN de nouveau. De Sensational à NORE, de Gravediggaz à Mr Dead, ressortez vos Wu et vos Wordsound, repassez vous vos Neptunes, vos Can Ox, écoutez attentivement, sérieusement, tout est déjà là. Un beau 360°. Et la grande faiblesse de ce premier disque véritable se révèle lamentablement: Tyler a trop tiré sur la corde et on arrive péniblement à la moitié de l'album, exténué pas ses poussives extensions, et on remarque qu'il en reste tout autant à se taper. L'album s'étire, en devient écoeurant, éreintant. Alors tout le monde se prosterne devant le posse mais ce premier coup se plante. Et c'est peut-être en s'injectant homéopathiquement les 3 morceaux de l'édition bonus -sur un cd à part- qu'on arrive à apprécier dans son ensemble un disque entier de Tyler.

lundi 27 juin 2011

Insidious de James Wan

Insidious est un film postmoderne par excellence, jusque dans ses pires défauts. Le productif James Wan, à l'origine de la franchise trashporn Saw dont il a brillamment réalisé le premier épisode continue son exploration du cinéma d'épouvante des années 50 et 60 avec cette histoire de maison (ou d'enfant?) hantée. On l'avait déjà remarqué dans l'essai passé inaperçu Dead Silence où il mélangeait son amour des poupées (clin d'oeil à celle de jigsaw) et des brumes inquiétantes. Si Dead Silence n'a rencontré aucun succès, tant critique que public, il a tout de même permis à Wan de prendre très rapidement le large et de briser (en partie) le lien qui l'unit à Saw. Il en fut de même pour son compère, Darren Lynn Bousman qui rendît (mal) hommage à The Rocky Horror Picture Show une fois débouté de Saw avec Repo (un échec lui aussi).

Bref, tout ça pour dire que Insidious est un ouvrage postmoderne complet. Comme nous venons de le dire, il s'inscrit dans la lignée des films citations ou des films hommages, qui lorgne vers quelques classiques en s'en accaparant les codes pour mieux les transcender. On retrouve ainsi du Poltergeit et des ambiances à la Carpenter. On ne peut pas non plus s’empêcher de penser à La maison du diable de Robert Wise (pour ceux qui ont vu l'horrible remake qu'est Hantise, ceci est l'original) ou encore à La malédiction, film culte de Richard Donner. Wan aime les portes qui claquent et qui grincent, les bruits oppressants de balancier (la pendule, le métronome, le cheval à bascule), les enfants qui errent seuls la nuit, les fantômes et les diables velus à sabots... Tout cela rend la première partie du film particulièrement réussie et parfois un tantinet prétentieuse (lorsque les auteurs se citent eux même ça fait mauvais genre: la tête de jigsaw sur le tableau...).

Seulement il y a de mauvais versants à cette tendance artistique. Que Wan verse parfois dans le mélodrame familial passe encore, les codes narratifs hollywoodiens ont tellement éreintés les quelques irréductibles qui les haïssaient qu'on a fini par faire semblant de s'en accommoder. Mais qu'il se refuse à porter son film avec sérieux est bien plus dérangeant. A mi parcours, se rendant certainement compte que la fin du film virerait au grand guignol, Wan saborde le sérieux et convoque une autoparodie mal venue et indélicate. Le charme est dès lors rompu et il est difficile de rester apeuré devant ce qui suit. Deux guignols tendance geek rigolo débarquent dans la maison avec leur attirail et se chipouille le moignon pour savoir lequel est le plus utile à la résolution de l'histoire... On s'en serait passé.

Cette parodie est d'autant plus ennuyeuse que jusqu'à son intervention, on était saisi par l'effroi et les effets particulièrement réussis du réalisateur. Malheureusement, il est plus aisé de saborder un ton que de le tenir jusqu'à son terme. Ring par exemple, d'Hideo Nakata: pas une concession au burlesque, pas un soubresaut comique déplacé, rien qu'une peur glaciale qui s'installe lentement jusqu'à son apothéose finale. Autre exemple, The Horseman de Steven Kastrissios: une violence froide, très premier degré, sans répit, sans décalage, un film frontal et dur au corps. Des films qui s'assument quoi et qui ne reculent pas devant le genre auquel ils se frottent. C'est ce qu'on aurait voulu voir dans Insidious.

mardi 21 juin 2011

UNSANE, Maroquinerie

En première partie, un duo guitare/batterie qui joue un rock noise hystérique, par deux mecs qu'on imagine bien se refiler les disques Skin Graft jusqu'a écoeurement et qui jouent dans le public et non sur scène. Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?"Lightning bolt" ? Comment oses-tu, fumier ?

Depuis leur reformation en 2003, je ne crois pas avoir raté un seul des passages d' Unsane à Paris. Pourtant c'est seulement la troisième fois que le trio se pointe en formation "comme sur le disque" depuis 8 ans. Will Sharff de Keelhaul s'en est allé, et le basseux de Cop Shoot Cop aussi, laissant place aux seuls Unsane, les vrais, ceux qui empestent le New York pur jus et qui incarne une autre image de la ville, celle urbaine et sale, loin des groupes en tees trop courts et aux coupes de cheveux Woodstock. Je ne pensais pourtant pas revoir un jour Unsane au complet sur scène, entre les projets des uns (Celan, Pigs, Cutthroats 9, Paradise Club et Storm of light -merci, Vinnie s'est tiré de ce guet apen malsain) et l'éloignement géographique (Mexique, Berlin...) rendant une hypothétique suite à l'aventure assez incertaine. Peut-être la toute dernière tournée, ceci dit. Qui sait ?

Spencer semble assez statique sur scène, mais il n'oublie pas de remplir un grand saut de fluides corporels, à ce niveau là, c'est de l'art et en plus c'est syndical. Le seul membre d'origine du groupe a troqué son frigo d'ampli contre deux petits combos Fender, le même truc redoutable qui équipe aussi son camarade d'Oxbow ou encore KK Null avec Zeni Geva: approuvé par la crême du bruit rock'n'roll "worldwide". Peut-être aussi que c'est plus simple à trimballer tous les 3 mois entre Berlin et Brooklyn. Du coup, avec son équipement aussi impressionnant qu'un groupe amateur à la fête de la musique, il prend en traître. Quand il ne tord pas son manche (?) il gratte et c'est baveux qu'il dégomme quelques paires d'oreilles.

Curran est donc de retour. On l'avait aperçu avec Porn, nous rassurant sur l'état de son visa, aussi sur son approche de la 4 cordes. Si son absence est moins remarquable que celle de Signorelli, Curran prouve qu'il est au même titre que ses deux compères une partie de l'identité "Unsane". Sans l'un des trois, le groupe n'est plus le même. On vient voir le trio, on les regarde tous les trois mettre le public à mal. Pas de leader, pas de personnalité qui se dégage, mais 3 bonhommes au charisme et à la présence incroyable. Outre sa voix bien différente de Spencer (et qui mène un des meilleurs morceaux d' Occupational Hazard), son jeu est lourd et granuleux, sale mais précis. Curran tient la basse pour le groupe depuis le troisième LP, et même en dernière recrue, on espère que personne ne viendra lui prendre sa place sur un éventuel future enregistrement. Ce soir les 4 cordes vibrent comme chez personne d'autre, teigneuses et rouillées, appuyant salement sur l'intestin.

Vincent Signorelli a posé son dermographe et est sortit de sa dernière terre d'accueil, le Mexique, pour tourner avec son posse. Le doyen est toujours un des batteurs les plus impressionnant que j'ai pu voir, pas le meilleur technicien mais un de ces joueurs au feeling improbable et décourageant pour des tonnes de batteur. Entouré de Curran et Spencer, il semble apte à fendre de la cymbale de sa gestuelle ample et serrée.
Unsane peut donc enfin défendre à sa juste valeur Visqueen, comme le souhaitait Spencer, peut-être un des tous meilleurs albums du groupe. Et en glissant les vieilleries au milieu et un enchaînement Scrape/Get off my back impeccable en fin de set, le trio crache à la gueule du public qu'il est maitre ès noise, patron du groove 'made in NYC', et que comme les autres grands du genre, il reste indétrônable- même quand le mec aux lumières n'a jamais été aussi mauvais (ou bourré) que ce soir.

jeudi 16 juin 2011

MELVINS-Sugar Daddy live

Il est un peu plus de 2 heures du matin, et je lis quelques trucs dans la presse musicale qui m'amusent. Tout ça n'a pas grande importance, mais en fond, comme une réponse tacite à ces sentences définitives les Melvins jouent Senile animal et Nude with Boots sur un live officiel. Réponse à l'introuvable live d' Amrep , ou complément au Houdini Live, à toi de voir. Ipecac publie cet album qui ne présente pas grand intérêt sauf pour les quelques égarés au portefeuille sensible. Toshi, avec qui Crover s'amuse dans Altamont et qui enregistre les Melvins depuis quelques années maintenant s'occupe de la prise et du traitement en proposant un son étrangement mat mais justifié, collant avec la lourdeur des toms et des guitares granuleuses. L'exécution est bien sur parfaite parce que les Melvins sont devenus de bons techniciens, contre toute attente. Comme d'habitude, Mackie Osborne a réalisé un emballage très réussi, même si on aurait apprécié plus de photos du concert puisque le photographe est gracieusement remercié dans le livret. Reste à savoir si après l'album de remixs, le live, et 3 albums sensiblement identiques, les Melvins vont à nouveau se renouveller lors d'un prochain essai spectaculaire (cf. Pigs of roman empire, Bootlicker, Colossus of destiny...).

dimanche 12 juin 2011

Suicide Vs Scorn

Un petit aparté estivant avec la collaboration du stylo d'un collègue qui se prête au jeu d'un parallèle entre deux choses qui n'avaient pas forcément à être accolés, mais qui au final ont bien le mérite de cohabiter sur un même article. Des liens de parenté évidents, les grands pères et les tontons d'un mouvement mais aussi une approche du live qui justifie à elle seule l'existence de cet article. Deux mornifles, dans un genre différent, par Daminou donc, que l'on remercie de nous faire partager. Explications et impressions:



Suicide en concert, (Barcelone, Primavera Sound, 26/05/2011)
c'est Martin Rev qui balance des boucles de 2 ou 4 notes, hyper répétitives et qui par dessus nous assomme avec une sorte de chaos sonore, on le voit faire n'imorte quoi sur son synthé, on est à la limite de la cacophonie. A côté de ca, on a un Alan Vega, limite grabataire, sorte de trisomique autiste qui hurle des insanité dans son micro, qui peut à peine se déplacer mais qui pourtant à une présence incroyable. Ils jouent leur premier album, on reconnait pas grand chose, mais ca ne nous empêche pas d'en prendre véritablement plein la gueule. Certains fuient le concert en se bouchant les oreilles. Il faut reconnaitre que pour un concert en extérieur le volume sonore est hallucinant. Mais se faire défoncer les oreilles ne nous fait pas peur, on est en transe, hypnotisés par cette musique. On danse sur place, sans bouger, à la limite de la crise d'épilepsie. Suicide en live c'est véritablement un viol sonore, et à la fin on est épuisés, laminés, mais on en redemande.

Scorn en concert, (Toulouse, Bikini, 09/06/2011)
c'est Mick Harris derrière des machines et un Mac qui envoit des nappes sonores noisy, industrielles, proche du dark ambient. Par dessus, des basses hyper fortes qui nous font véritablement trembler de l'interieur. On sent les vibrations se déplacer à l'intérieur de nous. Il nous transporte véritablement en ajoutant une alternance de percu très froide et de gros beat bien lourd, bien chaud. Cette musique relativement lente, nous hypnotise, on commence un voyage vers l'inconnu, on pense au début que cela va être un aller simple pour l'enfer, puis assez rapidement on se retrouve sur un nuage (peut être bien radioactif). Le son de Harris est cotonneux, on pensait se faire agresser, mais pas du tout, on est simplement hypnotisé, une nouvelle fois en transe, mais d'une manière très différente, on danse, on bouge sur les rythmes lents mais bondissants et résonnants dans nos têtes.
On part vers l'inconnu, se perdant dans ces nombreuses sonorités industrielles. Harris en véritable chef d'orchestre numérique, nous sert de guide pour ce voyage au centre de nous même. On le suit volontier, on ne sait pas où l'on va, mais peu importe, la destination n'a aucune importance, ce voyage là se suffit à lui même. Magique.

L'enfance Rouge - Bar Bari

On l'avait mentionné lors de la sortie récente du split entre Nicolas Dick et Binaire, les disques de plomb enchainent les jolies sorties entre collaborations inédites et réeditions à la gloire du format vinyle. Bar Bari n'est pas un vrai nouvel album de l'enfance rouge. D'abord, l'album était déjà sorti en version cd sur un autre label. Mais surtout, Bar Bari mis à part son morceau d'ouverture est constitué de versions remaniées du précédent (et plus qu'atypique) album Trapani, composé en compagnie d'une troupe d'instruments orientaux qui avait permis à ce trio de toucher à des paysages entre avant rock et world music au sein de leur noise rock ecorché. Ces versions sont en réalité des versions plus classiques du groupe d'origine. Elles sont le squelette décharné de Trapani qui aurait été composé à trois, comme par le passé. Il en ressort ainsi des versions presques méconaissables (peut être à part la petite mort, bien différente) et bien plus distordues, qui forment un tout nouvel album mettant en exergue cette ambiance littéraire, cette alchimie des sonorités lourdes pour faire voyager l'auditeur et y intercaler leur amour des mots (quelque soit la langue utilisée). Un groupe pourtant bien français dans le fond, mais inspiré par quantités de courant rock des années 90's, prenant presque la forme d'un collectif artistique politisé. Des morceaux parfois fascinants, aux climax bien agencés s'enchainent sur ce double dix pouces de toute beauté, à l'artwork encore une fois réussi. Marrant d'entendre dire de la part d'un des musiciens du groupe que le format vinyle est pourri, que le format cd l'est aussi (en moins encombrant) et que mieux vaut profiter d'un bon mp3 (cherchez l'erreur). En attendant, l'initiative des disques de plomb est encore une fois impec. Un bon disque, pour un bel objet, tout ca en vinyle, ou comment enchainer les perles sur un catalogue. Les disques de plomb

jeudi 9 juin 2011

THE PRODIGY- World's on fire CD/DVD

Voilà, dans la toute dernière ligne droite avant de se terrer dans son studio, Howlett accompagné de ses beaux gosses se plante. En soi, cet objet tient plutôt la route avec un son très correct, une performance honnête ( Big Ad nous a conté ce concert ici) et une exécution remarquable (ceux qui ont déjà vu le groupe sur scène le savent, Howlett est un pro de la ligne de clavier bourrée de fausses notes qu'il aime rajouter en live, et pour MK, visiblement, il avait révisé car aucun son ne semble vraiment inadapté. On se souviendra qu'il fut pianiste avant toute chose).
Mais voilà, sur un concert évènement, le groupe avait proposé une set list plutôt bien foutue. Et de ce concert, il ne reste pratiquement que les morceaux du dernier album, et les "gros" tubes. Les deux seules audaces de ce concert conservées sont "Everybody in the place" et surtout "Weather Experience" morceau clé du premier album, écourté mais imposant. Et pour être cohérent avec moi-même, pour une fois, je ne vois pas l'intérêt de ne proposer qu'une copie du dernier album, puisque celui ci est à mon sens le plus proche de leurs concerts. Quand on connaît les morceaux écartés, on reste sceptiques: Charly (?!), Mindfields (le fait est que pour celui ci, il était évident que le groupe n'allait pas le laisser puisqu'ils se sont plantés le grand soir), Poison ( ?!!!), No Good (?!?), Diesel Power (?!????) et enfin World's On fire, a mon humble avis une des meilleurs ouvertures de concert possible, au même titre que l'excellent Wake Up Call sur la tournée de 2004 qui étrangement, donne son nom au disque. La seule réjouissance sera, de fait, d'avoir une version presque officielle du Thunder live, dubstepisé et gonflé aux hormones sur disque.
Et le DVD ? Et bien il est tout aussi décevant. La presse anglaise a plutôt fait de bons retours sur le film (lors de projections en salles...) pourtant le montage hystérique fait vite mal au crane, et voir les gens dans la foule faire une concours de trogne possédé et de danses embrassantes n'arrange pas le truc. On preferera presque les bonus. Ou le live à Brixton de 97 sorti en 2005. Un film usant en somme, et un peu vain. N'ayant pas vu la version Blu ray, je ne peux rien certifier mais la version DVD n'est pas franchement convaincante du point de vue qualité, l'image y est crade. Du coup, ce package reste "intéressant" pour les fans, pour les curieux et pour ceux qui n'ont jamais vu le groupe en concert et qui aimeraient se faire une idée. Hormis pour ces quelques gens, cette sortie est déconcertante.

vendredi 3 juin 2011

Primavera Sound 2011

Troisième édition du festival barcelonais pour moi, aprés un an de hiatus boudeur face à une programmation plus fluokids et pitchfork que de coutume, cette année paraissait chargée. Changement de sponsor de bière, pour une programmation toujours à double tranchant, le festival pouvait à la fois faire le bonheur de l'avide lecteur de la dernière tendance rock pop, comme celui du vieux briscard deconnecté de l'actu depuis pas mal de temps. Et c'est un peu vers le premier visage du festival que la première journée commence avec un concert de blank dogs assez festif, dans une veine années 80, boite à rythmes et claviers sur fond de madchester un peu sombre, rappelant aussi bien joy division que indochine, dans des morceaux plutot fédérateurs. Premier concert attendu, celui de Seefeel, qui a composé un album remarqué par chez nous. Un concert en apesanteur, bien différent de l'image disque plus austère et nordique du groupe. Des basses chaloupées en puissance, à la limite du dub, sur une batterie rappelant le dernier Scorn sur lesquelles se greffent arpèges de guitare et nappes en tous genres. Un concert surprenant, complétement vivant et fragile. On rate les Emeralds et Salem (ahah qui avait envie de les voir déjà?) avec le crew pour se diriger dans le premier trou du festival et écouter PIL (public image limited donc). Etre fan c'est une chose (ridicule qui plus est?) mais profiter de ce spectacle grand guignolesque criant à l'authenticité (comme le suprême NTM) et au non appat du gain avec un rotten qui en fait des tonnes possède quand même son charme. Un petite excursion pour rater la fin de Oneohtrix Point Never (qui avait l'air ,magique, et surtout un des groupes que je tenais absolument à voir dans ce fest, toujours des sacrifices à faire donc) qui semblait perché là haut loin dans les contrées visuelles de ses installations soniques pas loin de Ben frost. Le moment de la soirée où le crew se sépare est sur le croisement Grinderman/Glenn Branca Ensemble. Je m'apréte donc à prendre ma mornifle sur ce parrain des musiques lourdes, cet eveque de la distortion, de la no wave, le papa de Neurosis, mais aussi de Sonic Youth et de la scène 90. On est loin d'être décu, avec ce qui ressemble au meilleur concert du festival. Une musique lourde, une ascension sans fin vers des contrées arides portées par cet ensemble de 5 guitares electriques, une basse et une batterie. Un sérieux et une application loin de toute pose, pour ces musiciens qui écoutent sans faille le chef Glenn, porté par sa musique, plié en deux par le poids de ses envolées qui retombent dans un magma sonore bouillant. Une grande expérience, et surement un des plus gros étonnements ded mes expériences live. La première soirée se termine sur une des tête d'affiche du festival donc: Suicide performant le premier LP en entier. Autant sur disque Suicide est dansant, gentil, amoureux et plein de mélodies, autant les deux martiens en concert sont des guerriers et nous balancent une bouillie sonore méchante, sur le fond des vociférations du boiteux Alan Vega qui abuse et son echo. Ils jouent fort, trés fort, et les claviers sont des murs du son qui rendent quasiment tout méconaissables pour insister sur le côté violent de cet LP. Du coup, on réecoute son disque avec une toute autre oreille.Un viol collectif, orchestré par deux barjos.
Dans les festivals il y a toujours un jour à blanc, et c'était le deuxième. Beaucoup de groupes pop sans saveurs (ou avec saveur, mais qui jouaient en même temps que d'autre choses), et beaucoup de blancs nous font donc passer à côté (avec ou sans regret) de The national, Battles et consorts. Gros moment de la soirée donc sur Pere Ubu qui interprete the Moderne dances (son meilleur album?) et nous explique qu'iul agrémente son set de quelques singles vu que l'album était vraiment le minimum syndical en durée. Un set blues arraché, post punk lancinant, dub dans certaines rythmiques révelent un pere ubu plus que touchant en conteur arraché, qui sirote sa flasque entre quelques anecdotes. On comprend un peu la musique d'oxbow, dans cette façon d'instaurer une ambiance sinistre dans le n'importe quoi, et de nous emporter au gré des maugréments de sa voix raclée. Il n'est pas sting, il le dit lui même, et s'il avait été sting, sting aurait été différent. Un grand moment de ce festival donc, pour ce qui est un groupe qui reste à part dans cette dynastie des années 80, un mélange de The fall, Oxbow et Tom waits. On finit la soirée sur Kode 9 qui interpréte un set de Burial, chouette moment ravagé par ces voix (oui, les mêmes que l'on entend sur Untrue).

Dernier jour, et une grosse journée, qui commence par une organisation désastreuse qui nous fait rater John Cale car en intérieur. On aurait pu nous prévenir qu'il fallait réserver par email. Du coup on ère sans but, entre Warpaint (qui restera le concert le plus désagréable vu à ce jour pour mes oreilles), une minute de Yuck (qu'est ce que c'est que cet immondice?) et la débil, combo espagnol qui mélange Tortoise et Savage republic intercalé entre deux monologues à la Léo ferré. Vient le moment d'Einsturzende Neubauten, un des concerts marquants de ce festival. Marquant pour deux choses. La première c'est que Blixa a vraiment l'air de cette vieille charogne imbue d'elle même, n'hésitant pas à nous vendre des clés USB contenant le concert du soir, dans une attitude mégalo au possible. La deuxième, c'est que Neubauten en 2011 présente toujours un grand interêt, surtout sur cette tournée des Strategies against architecture IV, compilation que j'ai plutot apprecié. Si Neubautent est clairement moins frontal, le groupe est aussi beaucoup plus raffiné dans ses climax et ses tensions soniques. Certains passages sont carrément grisants et l'utilisation de certains objets dans une formation orientée plus rock donne du corps à la musique. Même constat que pour Branca, la musique prend même une sacré ampleur lorsque les musiciens se permettent quelques envolées bruitistes (toujours gérées bien entendu, n'oublions pas que ce sont des vieux). On appréciera moins les quelques passages chantés longuets un peu inutiles (surtout en anglais). Un saut à Pj Harvey le temps de me faire renverser l'equivalent d'une pinte de bière sur le t shirt par une demoiselle enervée de ne pas pouvoir se trouver au premier rang avant de renoncer, sans aucun regret à écouter cette bouillie pop sous morphine bien rébarbative. Quelques mouvements pour entendre un peu de garage sur Davila 666, rater le Jon spencer Blues explosions (et oui....deuxième regret) pour me diriger devant les Swans. Les swans sur disque en 2011, c'est franchement pas trés grisant. Un peu de folk, quelques lourdeurs, beaucoup de chant, pas mal de mélodies et quelques riffs sur des percus, on en avait parlé, le retour ne m'enchantait pas forcément. Grand mal m'en a pris. Les swans sur scène, ce sont les même qu'avant, loin des angels of light. Gira ne chante presque pas ou presque. Il se contente d'orchestrer en grand manitou le déluge sonore et les mantra de percussion, de guitares et de basse tout en nous décrochant le coeur dans certains passages épiques. Rois de la répétition, de la musique à fort volume, des gros riffs et des distortions envolées, les incursions noisy en deviennent salvatrices. Même les morceaux reconnus du dernier album (no words no thoughts ou eden prison) en deviennent des mantras religieux qui sont la suite exacte de cop. Gifle. Fin du festival plus festive avec les black angels aussi sérieux que sur disque, copie conforme de leurs morceaux qui marchent d'ailleurs aussi bien, professionnels dans leur mixture post punk 60's mais surtout Odd future (merci collègue) en seul concert hip hop du fest qui valait plus que le détour tellement on aurait cru voir le wu tang première période devant nos yeux. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'ils nous gratifient d'une reprise du crew précedemment cité, au cours d'un set qui termine en grand n'importe quoi a capella, avec la moitié su public sur scène avec pour mot d'ordre de tout sacager. Poum!

mardi 31 mai 2011

OXBOW, KODE9 & SPACEAPE, Villette Sonique

Chose promise, chose due: cette année, une Villette sonique uniquement chroniquée via les vidéos Youtube.

En fait non, mais pour une fois, le verbe sera rare et la photo plus présente.








Kode9 & Spaceape ont joué devant une foule qui s'est semble-t-il fait chier à en lire quelques réactions sur la toile. Pourtant le duo donne remarquablement vie aux morceaux de leur seconde collaboration récemment sortie sur Hyperdub (le label du premier, si tu l'ignores) qu'on chroniquera un jour. Un son limpide, des basses remuantes, un duo qui fonctionne, solide. Une collection d'hymnes 8 bit et de beats complexes pendant que la voix grave de Spaceape ne cesse jamais, entre incantation SF et mantras obsédés.















Eugene n'a pas pu s'empêcher de se foutre quasi à poil, de se la toucher, de souligner que la ballade dominicale au parc prenait une nouvelle allure ce jour, que les profanes avaient là une sacrée surprise et que la dame qui filme aurait pu être femme de ménage dans un Sofitel, bref, Eugene Robinson mesdames et messieurs, moustachu, combatif, tatoué.
Une musique complexe, un son dégueulasse (non, il n'y avait pas qu'un guitariste !), et un noir skinhead (huh) qui se fout à poil, voilà l'équation magique pour faire fuir la moitié des touristes venus se faire bronzer le dimanche et accessoirement, me faire réaliser que la musique d' Oxbow ne pourrait jamais charmer au delà de quelques connoisseurs. J'ai beau rester admiratif à chaque fois que j'écoute ce groupe, la musique d'Oxbow reste une exigence qui ne sied pas à tout le monde.

Et une coda accoustique au rigoleto, 1h30 plus tard, dans une chaleur intenable et avec un groupe qui dégaine 5 morceaux intenses pour fanatiques. Sympa.

jeudi 26 mai 2011

DEFTONES- Around the fur (LP)

Etienne est un mec bien sous tout rapport. Au lycée, il était vu comme le mec qui aime la musique. Mais qui aime vraiment la musique. A l'époque, il faisait office de résistant: alors que tous ses potes achetaient à tour de bras des "compact discs", lui, via son père, il continuait d'acheter des vinyles. "Le con" se disait certain, "les cons", se disait Etienne. Dans les années 90, le nombre de gars qui le pensaient DJ était important. " Tu mixes ?".

En troisième année de droit à la fac, son pote Nico un jour lui parle d'un truc qui vient de sortir. Nous sommes en 97 et Etienne se tape quelques brocantes et écume la fnac des Italiens quand il a un peu de temps. Il cherche ce truc mais le vendeur lui apprend la terrible nouvelle: non, pas de version 33 tours de "Around the fur". De toute façon Etienne tente de s'en foutre. Le metal c'était cool au lycée, et puis lui il possède la version collector du Ride The Lightning de Metallica, alors le reste... Il a certes pu s'acheter "White Pony" par la suite, mais jamais il n'a pu écouter Around the fur. Il n'a jamais voulu de lecteur CD. Ca sonne pas vraiment bien à ses oreilles. "C'est froid".

Quelques 14 ans plus tard, Etienne va pouvoir enfin se passer "Around the fur" en vinyle. Il va enfin pouvoir entendre ce fameux disque d'un groupe rangé encore ce jour dans le rayon fusion du disquaire et qui n'en porte absolument pas la moindre trace, sa musique étant plutôt un mélange de post hardcore à la Quicksand, Fugazi, de metal bourricot qui se joue à 7 cordes et de rock indé, quelque part entre les Smashing Pumpkins et la pop de Duran Duran. Pudiquement, on tente de corriger le tir sur internet en appelant ça du "metal alternatif". Etienne va pouvoir se passer les classiques "my own summer" et "be quiet and drive", ainsi que les parfaits "Around the fur" ou "Lotion" sans négliger les plus subtils et pourtant impeccable "Mascara" et "dai the flu". Il va quand même souffrir arrivé vers la fin de la face B avec ce répugnant "Head up" avec Maxou, le très surestimé chanteur de Sepultura/Soulfly.

Et puis Etienne ne saura jamais qu'il n'entendra jamais la moindre note de l'excellent "Damone", piste cachée qui n'est honteusement pas reproduite ici. Mais Etienne a aussi bien des chances de ne jamais être au courant qu' Around the fur est enfin disponible en vinyle, parce que 14 ans plus tard, Etienne n'achète plus que quelques disques de temps en temps, et qu'a part le dernier Julien Doré il n'y a rien sur sa liste de course.

vendredi 20 mai 2011

ULVER- War of the roses

Chaque nouvelle tentative de m'enquiller cet album amène tristement le même constat: Ulver n'a pas produit ce coup ci un album mémorable mais un disque pénible et mauvais goût. Il y a toujours eu cette dimension kitsch dans la musique du groupe, mais Garm et ses potes ont franchi le cap du ridicule cette fois en étant incapable d'injecter dans leur bouillie les couches sonores de Shadow Of the Sun. Le concert accompagnant l'album nous avait pourtant mis en garde, avec ses passages Chérie FM et ses roulements de batterie que même Depeche Mode s'interdit. On avait misé sur quelques drones sympathiques et des passages riches en claviers. Mais le quatuor n'a pas enregistré quoi que ce soit d'expérimental ou d'avant gardiste sur War Of The Roses, juste une pop convenue, du sous Pink Floyd peu inspiré et embarrassant. Le morceau avec la Céline Dion des fjords, Siri Stranger, qui avait déja chanté avec le groupe ou avec Wyclef Jean enterre un peu plus l'album dans le pathos. Non, ce n'est pas beau, c'est pompier. Ulver avait jusque là fait illusion, étant vu avec son trip hop appliqué et ses influences soigneuses ( Future Sound Of London, pas les derniers en terme de kitsch mais largement battu ce jour, Coil...) comme le zénith de l'audace musicale par certains restés sur la base d'une mutation black metal improbable. Des bacs à disque entiers dégueulent d'albums plus audacieux que ces 7 morceaux. War of the Roses ne possède pas grand chose pour lui, il semble être un album de paresseux, les idées et le statut du groupe dépassant définitivement sa propre musique. Et ce n'est ni les quelques escapades prog gaulées correctement ici ou là et la fin climat/récitation qui sauveront le tout.

La conquête de Xavier Durringer

La conquête, titre chevaleresque pour un périple relativement épique quand on y repense, s'avançait comme l'un des films évènements de l'année. Son sujet, inédit en France, laissait les uns perplexes (comment peut-on traiter de l'accession d'un personnage pareil aux plus hautes fonctions de l'Etat avec si peu de recul historique?) et en faisait saliver plus d'un. Il faut l'avouer, l'idée de voir comment Nicolas Sarkozy est arrivé à la tête de la France, en savoir un peu plus sur les coulisses de cette longue marche en avant, se délecter des dessous de table, des non-dits, des confidences, ça avait de quoi attirer le badaud.

Et le film ne rate pas le coche, fonçant tête baissée dans ces coulisses peu recommandables d'un pouvoir qui périclite et qui semble désintéressé par sa mission première: l'avenir du pays. Le film commence sur un homme en plein doute. Nicolas Sarkozy, en peignoir, joue avec son alliance, le regard vide. On est au matin de sa victoire en 2007, Cécilia est partie, elle est injoignable, l'homme ne sait que faire. Voilà le vrai drame du film, la seule véritable trame scénaristique. Le reste, est assez accessoire, un habillage de luxe dirons nous, qui étire quelques conspirations par là et quelques bons mots par-ci.

Durringer livre exactement ce qu'un spectateur moyennement informé, moyennement investi, moyennement intéressé recherche: un épisode politique qu'il connaît déjà, assorti d'une histoire d'amour qui change la donne et de quelques bonnes répliques bien senties qui font mouche. Autant dire qu'avec un tel sujet, c'est le service minimum, pour ne pas dire un désolant constat de non-film. Poussive, l'intrigue se promène dans les flash-backs et la fameuse journée de mai 2007, avec une régularité trop rébarbative. La mécanique ne surprend pas, elle ne permet même pas de dévoiler la complexité d'un homme, d'une scène politique, d'une ascension. Durringer échoue à faire de cette conquête une fresque politique digne de ce nom.

Le problème majeur est la simplification extrême des enjeux et du propos. A trop vouloir en mettre, Durringer et Rotman (le scénariste) schématisent, ébauchent, effleurent et ne vont jamais au coeur des intrigues, au fond des dissensions et des affaires. L'important c'est que le spectateur s'y retrouve, qu'il entende à coup de pied dans les oreilles, des noms qu'il a déjà entendu à la télé, comme Clearstream, Gergorin, Atias... Les seconds rôles en deviennent anecdotiques, cantonnés à des places de faire-valoir (le personnage de Rachida Dati, pratiquement pas de répliques). Rotman ne semble en réalité retenir de tout ce parcours que les citations. Chacun aura ainsi l'occasion de se remémorer telle ou telle allocution et de savourer les lapidaires vacheries qui ponctuent chacune des séquences. Mais là encore, la mécanique se répète jusqu'à l'ennui (une séquence = une réplique vacharde cachée). Et la critique de l'hypermédiatisation de se vautrer dans les ornières de celle-ci.

Enfin, Durringer se refuse à prendre un quelconque parti pris esthétique. Son film est d'une neutralité à toute épreuve, sans aucune prise de risque, sans aucune âme visuelle. La pauvreté de la mise en scène est flagrante à chaque plan, n'arrangeant pas, hélas, une direction d'acteur tout aussi émaciée. Car si Podalydès remplit parfaitement son contrat en assimilant les mimiques, le ton, la gestuelle de Nicolas Sarkozy, sans emphase, il n'en est rien de Le Coq, Labarthe ou Pernel. Chargeant dans le mimétisme primaire, ils effacent leur appropriation des personnages derrière une caricature scandaleuse et falote.

On ne retiendra pas grand chose de cette tentative quelconque si ce n'est la performance de son acteur principal. A trop rester en surface, à trop vouloir nous dire que cet homme surmédiatique s'est pris dans son piège et à trop ramener son histoire d'amour sur le même plan que sa prise de pouvoir, La conquête s'inscrit dans la continuité de Président de Lionel Delplanque (avec Albert Dupontel), peu convaincante tentative de décryptage des rouages du politique.

vendredi 13 mai 2011

BEASTIE BOYS- Hot Sauce Committee Part.2

Finalement, il est sorti. Et si le disque a longtemps été retardé, il n'a pas trainé: à peine un mois entre l'annonce de sa sortie avec date précise et la date de disponibilité. Les Beastie boys ont fait les choses vite et bien, comme pour rattraper 2 années de merde. Vu qu'on risque de s'étaler un peu, on va tout de suite aller à l'essentiel: cet album est une réussite. Rendez- vous en bas de page pour les pressés.

En 2009, les Beastie boys s'apprêtent à sortir Hot sauce Committee Part. 1, qui sous entend une "part. 2", effectivement prévu pour le printemps 2011. Le principe est simple: après Hello Nasty (98), les Beastie se sont rendus compte que leur album était alors bien trop important, et refusent dorénavant de s'aventurer dans un album trop long et pire, un double disque. Donc le choix est fait d'étaler sur 2 sorties à 2 ans d'intervalle. Hot Sauce, premier du nom est présenté à la presse, le trio assure un peu de promo, notamment en France où le groupe participe à un shooting photo dans les rues de Paris (disponible sur le net). Dans la foulée, "Too Many Rappers", se fait entendre sur le net, sur scène (quelques concerts sont d'ailleurs donné dont un peu glorieux où le groupe peine à rentrer Sabotage en rappel), suivi de Pop the balloon (pour un jeu vidéo), ou encore "Lee Major comes again" disponible sur quelques 7" gentiment distribués sur l'édition collector de "Check Your Head". La presse est assez claire: l'album semble dense, loin de "To the 5 boroughs" et ces extraits ont tendance à le prouver. En rentrant de promo pourtant, tout se plante, comme l'avion de la pochette de leur premier album: Adam Yauch découvre qu'il est atteint d'un cancer au niveau de la gorge, et tous les projets du groupe sont avortés jusqu'à nouvel ordre- si ce n'est la sortie du 12" de Too Many rappers, comprenant une apparition de Nas (cf. la chronique ici).

2010 s'avère relativement calme pour le trio, MCA semble suivre un traitement qui lui permet progressivement d'envisager l'avenir. Début 2011, la machine s'accélère. Des photos d'un trio d'acteur (Elijah Wood, Seth Rogen, Danny McBride) habillé exactement comme les Beastie Boys dans la vidéo de "You gotta fight for your right (to party)", premier tube/clip débile du groupe en 86 laissent entendre qu'une version "revisited" va être projetée au festival de Sundance. La vidéo est en fait un court métrage de 30 minute, stupide et affichant un casting colossal (Will Ferrell, Susan Sarandon, Steve Buscemi, Laura Dern, Orlando Bloom, Krinsten Dunst, Chloë Sevigny... entre autre). La vidéo est réalisé par MCA, qui se fait un énorme plaisir en conviant tout le monde, et faisant figurer les 3 déguisé en flics, alors qu'au fond du décor, comme un signe de ce qui vient ensuite, l'échoppe "Paul's Boutique" est reproduite.

Outre le plaisir coupable du trio, et la joie de revoir le groupe en pleine forme, se pose, ici et là, l'évidente question de l'utilité du trio en 2011, soit plus de 30 ans après leur début et 25 ans après leur premier carton à l'heure de ce (seulement) 8ème album. La toile fleurit en trentenaire qui ne comprennent pas le retour du groupe, de plus jeunes ne saisissant pas cette musique, ou encore de blogueurs se demandant si le groupe ne devrait pas se renouveller.

La première question est d'une tristesse assez incroyable, sous entendant qu'un groupe qui n'a jamais particulièrement fauté avec un album médiocre (encore que je me souviens parfaitement de mon énorme déception à la première écoute de To The 5 boroughs, le 15 juin 2004) ne peut, finalement, continuer éternellement sans fatiguer son public, essentiellement constitué de trentenaire ayant saigné les disques du groupe dans les années 90. Les Beastie Boys n'ont jamais fait d'album vraiment faible, et n'ont surtout jamais fait de grosse erreur, ou de faute de gout. La fin des années 90 aurait permis au groupe de venir se servir dans le bain "fusion" mais le trio n'a jamais cédé à aucune mode, continuant à faire sa propre mixture. Et c'est sur ce point que l'interrogation du renouvellement peut également être plié: dans les années 90, les Beastie Boys étaient les créateurs de mode et de tendance. Combien de magazine aujourd'hui doivent beaucoup à Grand Royal ? Combien de groupes sont passés par Grand Royal (le label) ou se réclament d'une façon ou d'une autre du trio ? Combien de marque de fringue doivent leur statut à X large ? Les Beastie Boys ont été un moteur de la culture populaire des années 90, et ce , sans jamais faire la moindre concession. Le besoin de se renouveller apparait de toute évidence complètement stérile, de plus, au regard de leur carrière. Reprenons: En 86, ils sont le premier groupe de l'histoire du rap à arriver en tête des charts avec leur premier album. En 89, ils sont parmi les premiers groupes (De La Soul au même moment, et Public Enemy arrive dans peu de temps) à élever le sampling au rang d'art et à ce titre, l'abstract hip hop, le trip hop et la musique électronique en générale tout comme le hip hop au sens très large leur doivent énormément- influence allant ainsi de Dj Shadow à NERD en digressant du coté des Chemical Brothers. Ils sont aussi parmi les premiers à se payer un procès pour les mêmes raisons. En 92, ils sont un des premiers groupes de rap à se produire sur scène avec de véritables instruments (on y reviendra lors d'une chronique de Check Your Head), chose assimilé par la suite aussi bien par les Roots que par Cypress Hill. En 94, ils s'engagent à reverser l'ensemble des droits d'auteurs de certains morceaux de leur nouvel album (ill communication) à une association pour le Tibet, Milarepa, fondé par MCA. En 2000, ils inventent l'utilisation moderne du DVD en étant le premier groupe à proposer un système de multi angle et de changement de bande sonore sur la quasi intégralité de leur clip. En 2006, ils révolutionnent le concert filmé en proposant à 50 personnes du public de capturer eux-même le film.

Alors pourquoi font ils encore de la musique ? Tout simplement parce que ces 3 là ont dépassé le simple stade de "groupe", ils sont juste 3 potes qui produisent de la musique quand ils ont le temps. Et ils n'ont pas besoin de se renouveller puisqu'ils sont perpétuellement en train d'inventer. Personne ne fait de la musique comme eux, ils n'ont pas de pairs. Ils font du Beastie Boys, ils sont seuls. Ni plus ni moins.

Hot Sauce Committee Part. 2 est donc finalement le "part. 1", légèrement modifié, remixé (au sens premier, le mix a été refait) par Zdar (Cassius, MC Solaar), et sort donc à la date initialement prévu. Et que propose-t-il concrètement ? Peut-être l'album le plus Beastie Boys-esque depuis Hello Nasty, tout simplement, et peut-être un de leur meilleurs albums. Après une certaine forme de sécheresse dans la production de To The 5 boroughs et après la petite parenthèse que fut "The Mix Up" (qui aura eu au moins le mérite de ré-injecter le punk dans leur show et leur musique), HSC reprend les choses là où Hello Nasty les avait laissé. Ce dernier était un album à la production royalement complexe, d'une richesse des textures vertigineuse. 13 ans plus tard, son écoute reste un défi pour l'oreille tant il fourmille de milliers de sons enfouis dans les beats. Avec la tournée ayant accompagné The Mix Up le groupe ressortait ses morceaux punk, et ce détail semble avoir ici toute son importance: le son des Beastie Boys est littéralement crade mais ample. Comme au temps de Check Your Head, les morceaux semblent massivement construits sur des squelettes élaborés par le groupe lui-même. Les beats ne sont pas issus de boites à rythme et de boucle, mais de jams. Les lignes de basses sont parmi les plus massives que le groupe ait jamais enregistré. Lorsque l'on compare la version originale de Too Many rappers avec celle obtenu suite au passage de Zdar, on ne peut que féliciter l'apport du Français dans la production du trio. Il y ajoute aussi un clavier grassouillet et entêtant. Say It propose un hip hop atypique, posé sur une ligne de basse qui rappelle forcément les vieux jours hardcore du trio, tout comme "the ratcage" sur l'album précédent. Sur Lee Major Comes Again, la musique est ouvertement punk et pour la première fois (de mémoire, sauf peut-être sur Mullet Head) les 3 chantent par dessus. On se surprend même à réaliser que les B Boys n'ont pas enregistré le moindre morceau punk depuis Aglio E Olio il y a 16 ans. Long Burn The Fire est un morceau à la lourdeur remarquable mais surtout, et c'est assez rare, d'une noirceure peu commune pour le groupe. Mais la constante de l'album est cependant maintenue: guitare fantômatiques, éloignés, mais salement présente, basses rondes ou distrdues et cycliques, beats sales, claviers imposants.

Même si l'album n'est pas autant orienté hip hop que ne le fut " to the 5 boroughs", il se positionne tout de même comme un disque qui affiche moins de diversité et moins de respirations que le trio magique (Check your head- Ill com- hello nasty). A quelques reprises, sans parler des interludes, le groupe s'éloigne de son terrain de jeux. Sur "Don't play the game that I can't win" avec Santigold, ils flirtent avec un reggae granuleux, nettement éloigné du dub électronique un peu tièdasse d' Hello nasty avec Lee Perry (pourtant). Sur Tadlock's glasses, nom originalement prévu pour l'album, les Beastie propose une sorte d'électro irradiée et étonnamment lourde alors que "Multilateral nuclear disarmement" est le seul morceau quasi instrumental -on note une voix vocodé. Des écarts tous réussis.

Les 3 se font un malin plaisir à se retrouver derrière le micro, 7 ans après leur dernier album totalement rap. Les textes sont toujours un mélange foutraque de private joke, d'ego trip 15ème degré, de références télé et d'obsessions pour la bouffe. Horovitz, Diamond et Yauch ont également choisi de reprendre une formule qui avait vu le jour sur Check Your Head (cf. So Watcha Want, Stand Together...) et qui avait trouvé toute son ampleur sur Ill Com (cf... tout l'album mais surtout "All right Hear this" ou sur "the scoop") et qui avait trouvé ses derniers rebonds sur Hello nasty ( "Electrify" ): les voix sont à nouveau traffiquées, maltraitées, gavées de reverb et de distortions. Le trio affiche plus que jamais son identité à travers ses choix de production, chose qu'ils ont toujours faite, mais qui aujourd'hui trouve un écho différent à l'heure où certain essaient de voir où va le groupe. Ils prouvent tout au long de ces titres qu'ils ne vont nulle part puisqu'ils avancent sur un terrain où ils sont seuls, où personne ne peut les y attendre et que eux seuls dicteront la suite.

Au demeurant, et en attendant la suite hypothétique, ce nouvel album des quadras New Yorkais est une réussite. Après leur anthologie (99), il semblait difficile que le groupe puisse étonner son public. Pourtant, cet album est le plus brillant depuis une décennie, et sans enlever des qualités aux deux précédents, affiche un groupe en (relative) excellente forme. Leur musique est d'une épaisseur jouissive, complexe, riche, sans pourtant tomber dans l'excès. MCA avait prévenu en 2009: "It's a combination of playing and sampling stuff as we're playing, and also sampling pretty obscur records. There are a lot of songs on the record and there are a lot of short songs and they kind of all run into each other". La démarche (pas si éloigné de celle que peut avoir Tortoise dans le résultat, ou même une version XXL de BS 2000) est audacieuse et place définitivement le groupe comme une formation toujours essentielle de la musique contemporaine, tout en la plaçant au delà de toute école ou classification. Et si jamais le doute persiste, on se plait à croire que si tous les groupes inutiles disposaient d'autant de savoir faire et de personnalité, les bacs à disques auraient probablement meilleure allure.

jeudi 12 mai 2011

OXBOW- King of the jews

J'ai beau le répéter à chaque fois que je tente de le faire: il m'est totalement impossible d'écrire au plus juste un billet sur Oxbow. Pourtant je m'acharne. Hydrahead propose une nouvelle édition du second album d' Oxbow, le disque le plus tordu et exigeant du groupe, mais aussi celui qui demeure selon Mr Robinson (le chanteur, pour les ignares) son préféré. King of the jews est un album absolument indispensable d'un rock totalement ravagé, esquinté et éreintant, d'un blues vicieux et sec. Robinson sort de ses envies suicidaires (quoique), Wener brode de superbes riffs, pendant qu'Adams glisse des lignes de basses fuyantes et hypnotiques. Ce second enregistrement est probablement l'album le plus complexe du groupe, le plus difficile, qui peut facilement concurrencer un Residents en terme de terreur joviale et de compositions alambiquées. HH sort une version qui semble fidèle à l'original, reprenant notamment le curieux symbole mêlant une étoile de David et une svastika sur le rond central de la face B. Cette édition est semble-t-il limitée, et cet album étant déjà peu commun, il semble urgent de se ruer sur ce nouveau pressage.

mardi 10 mai 2011

WEEDEATER- Jason... the Dragon

Avec un nom pareil, il parait peu probable que le penchant Dungeons & Dragons de Dixie Dave Collins ait pu prendre le pas sur l'admiration de substances stupéfiantes. Pochette et nom d'album sont pourtant là pour nous prendre en traitre. Sort ta bure de moine ou ton armure et ton glaive on fait un grandeur nature dans le jardin. Il n'en est rien, Dixie est un malin qui trompe l'ennemi: le titre de l'album est une référence à une phrase faisant allusion à la consommation d'opium. Bref: Weedeater est de retour, faisant une musique toujours aussi lente que le temps qu'il faut au groupe pour enregistrer un album (on excusera quand même Collins de s'être lui-même dégommé l'orteil à coup de fusil, repoussant l'enregistrement dudit album), et dans la suite logique si ce n'est exact de l'album précédent: God luck and good speed. Jason déploie ce qui était déjà entamé sur le précédent, tout en gonflant le nombre de passage plus calme, americana de grenier sans le banjo limite inquiétant jadis enregistré. Tant de quiétude au milieu de ce blues distordu et poisseux ferait presque peur. Mais la musique de Weedeater, certes grasse comme l'herbe huileuse de leur fumerie, n'est pas aussi pesante que celle des potes d'Eyehategod, de l'ancêtre Buzzov-en, voir même celle qui composait "16 tons". Juste l'amour du riff et de l'ampli qui gueule. Et de matières à retrousser le cerveau (quiconque à déjà vu le garçon sur scène compendra pourquoi). Homecoming à même un coté inédit pour le trio avec son riff presque "Pumpkinien". Les crusts de Weedeater continuent de faire voler une épaisse poudre verte du vinyle quand il se fait épingler par le diamant, et son sludge de faire partie des disques du genre qu'on continue d'écouter soigneusement.

SCORN- Yozza

Scorn ressort un EP "facilement" disponible, chose qui n'était pas arrivé depuis bien 10 piges (chez Hymen en fait), alors que quelques maxis étaient sortis chez Combat (doit y avoir un mot qui traine sur un de ces disques). Yozza sort donc chez Ohm Resistance et se présente comme un prolongement et un complément à Refuse, Start Fires, l'excellent dernier album en date. Yozza se compose de 4 plages qui se situent donc dans la logique tout juste entamée par Harris: une musique terriblement noire, offensante, insultante pour les enceintes, mais qui semble également s'enfoncer comme jamais jusque là dans ses racines dub. Harris, accompagné de Treasey encore, paie son tribut au reggae et au dub. Les kicks sont massifs, les caisses claires résonnent comme des timbales métalliques distordues. Les basses sont les monstres apprivoisés de Scorn: étouffantes, insidieuses. Derrière le bruit reste maitrisé et composé de strates diverses; on devine plus qu' on ne sait ce qui encercle l'audition. Harris est le Lee Perry contemporain, il enflamme son Black Ark. Eprouvant, noir... et recommandé.

BANGS & WORKS Vol. 1 A Chicago Footwork Compilation

Une prochaine évolution de la musique électronique dansable ? Alors que le dubstep est peut-être déjà en train de crever de ses blessures fatales (on y reviendra), voici qu'une forme se développe lentement et semble déjà faire des adeptes. Le moment est crucial car encore totalement underground, et ne concerne encore quelques 12" et quelques fanatiques danseurs notamment situés à ...Chicago (c'est bien y en a qui suivent). Le footstep/footwork est ainsi une mutation étrange, rappelant aussi bien une house primaire qu'un dubstep bourré de glitchs (au sens premier, c'est à dire accidenté, faites vos recherches) ou qu'un R'n'B irradié et effrayant. Le tout ressemble surtout à un ensemble de tentative, d'intro qui n'aboutissent jamais, de breaks sans fin. C'est donc (et de manière assez étonnante) Planet Mu qui se colle au travail de compilation de ce mouvement pour proposer un paysage de ce qui se fait dans le genre, avec en guise de repère Dj Elmoe ou Dj Trouble. S'il se dégage une identité très forte de cette musique, on peut rester scéptique quant à l'absence d'âme de l'ensemble de par une production systématique. Chaque morceau sonne exactement comme un autre, et il est difficile de voir ou se démarque chaque "producteur". les kicks et basses sont tous issus des mêmes samples de boite à rythmes vintage, idem pour l'ensemble des éléments rythmiques. Ca manque d'épaisseur, malgré l'apparente lourdeur des infras qui dégueulent de chaque coté ici. Une compilation qui ne manque pas forcément d'intéret, quoiqu'un peu longue, forcément, et parfois poussive, mais avant de prétendre être le futur de la musique -ou du moins une de ses branches- il va falloir qu'un de ses représentants affirme une réelle différence et tire le tout vers le haut. Et comme bien d'autres mouvements, la question quant à la fiabilité d'une telle musique sur un album reste entière.

PRAXIS- Profanation [Preparation for a coming darkness]

Il semblerait bien qu'après un léger hiatus à la fin des années 90 pour Praxis, la tentative de retour de ses membres d'origine ne pourront emêcher le nauffrage du projet. Mold était un album où Laswell s'entourait d'autres compagnons de route, signant par là même le décès du projet en studio. Quelques live (l'excellent "Tenessee 2004") et tournées avec le line up d'origine (c'est à dire Brian Mantia de Primus, Tom Waits, Godflesh à la batterie, Buckethead à la guitare et surtout Bernie Worrell, de Funkadelic, Talking Heads, Baby Elephant, Mos Def...) plus tard voici enfin disponible chez nous le dernier album studio du groupe. Enfin disponible car l'album date en fait de 2008, mais demeura longtemps disponible uniquement au Japon. Chose réparé via MOD Technologies (MOD pour Method Of Defiance ? Autre projet de Laswell, ce qui laisserait entendre un énième label pour le musicien avec Subharmonic et Axiom) qui propose enfin l'album augmenté de 3 lives.
Le line up de ce "Profanation" est totalement hallucinant, presque aussi imposant que celui de Sacrifist, puisqu'il aligne au coté du presque quatuor (Worrell ne participe qu'à une poignée de morceaux et figure ici en temps qu'invité) PhonographDISK (présent sur les live "Warzsawa", et "Zurich", par exemple) Hawkman (ancien collaborateur de Tricky sur Blowback), Dr Israel (proche de Laswell et ancien Wordsound), Iggy Pop ( chanteur méconnu au sein des Stooges), Killah Priest (un proche de l'église Wu), Otomo Yoshihide (Ground Zero- pas le disquaire), Tatsuya Yoshida (Ruins, Zeni Geva et KK Nulls - on en avait déjà parlé), Serj Tankian (System Of A down), Mike Patton (Mr Bungle, Fantomas, Tomahawk, Faith No More, Melvins...), et feu Rammellzee entre autres. Pourtant, les "gros" line up ne font pas synonymes de qualité, et même si on peut difficilement reprocher des faiblesses musicales à cet ultime album, il faut aussi être honnête qu'on s'ennui un peu.
Derrière cette pochette à la laideur typique Laswell, se cache un album de funk metal galactique pour stade quelque peu épuisant et un peu vain. Il faudra attendre la seconde moitié de l'album, notamment sur une plage comme "Babylon Blackout" pour apprécier les ultra profondes lignes de basses de père Laswell se creuser entre la batterie sobre et les lignes de claviers psychédélique de Monsieur Worrell. Patton s'autoparodie en glapissant vainement sur un grind'n'bass aors qu' Iggy croone tranquilement sur le rythme impeccable du duo Brain/Laswell. Rammellzee, qui enregistrait donc là parmi ses toutes dernières lignes de chant est également fidèle à lui même passant sa voix dans un multi effet cosmique à telle point que sa voix de dictateur de décharge est totalement méconnaissable. Hawkman apparait comme il y a 10 ans au coté de Tricky: toaster qui se pose sans souci sur un rock massif -cf Bury The Evidence sur Blawback. Avec son affiche démesurée, Laswell met donc un terme au projet (annoncé il y a quelques mois) tout en ayant enregistré une épitaphe anecdotique, au regard de quelques autres disques précédent ("Tenessee", "Sacrifist"...) nettement plus remarquables.

mardi 3 mai 2011

Norwegian Wood de Tran Anh Hung

Le réalisateur franco-vietnamien Tran Anh Hung adapte ici un roman de Haruki Murakami, best seller mondial (que je n'ai bien évidemment pas lu) autour d'un amour impossible, celui que porte le jeune Watanabe a Naoko, jeune fille psychologiquement fragilisée depuis la mort de son premier petit ami et qui depuis, souffre d'une incapacité totale à ouvrir son corps à la pénétration.

Si mon entrée en matière est à la fois douce et crue, c'est que Norwegian Wood (La Ballade de l'Impossible) se promène constamment entre la beauté fantasmée du Tokyo de 1968, aux grandes ouvertures et habités par la végétation, écueil d'une certaine idée du romantisme, et l'âpreté de certains dialogues, de certaines douleurs, de certains mots.

Watanabe a perdu l'amour de Naoko le jour où ils ont fait l'amour pour la seule et unique fois. Depuis, malgré toute la tendresse qu'ils se portent et l'intensité des sentiments qui les unis, la jeune fille ne cesse de se détruire et de dépérir. Parallèlement, Watanabe sait qu'un autre amour lui tend les bras, celui de Midori, une jeune étudiante qu'il ne peut satisfaire pour le moment. Car le jeune homme, pris dans l'étau de la culpabilité et certain d'être en parti à l'origine de l'agonie de Naoko, s'est promis de la protéger et de n'aimer qu'elle, tant qu'elle vivrait dans ce monde.

Le contexte d'un Tokyo en révolte n'est qu'un très léger prétexte. D'ailleurs dès qu'il le peut Tran Anh Hung quitte la ville et part retrouver les grands espaces qu'il aime tant. Rarement on aura vu film aussi fleuri, aussi investi par une nature qui marche au rythme des tourments de chacun. Les retrouvailles estivales de Watanabe et Naoko, l'hiver tragique, la violence d'une mer tourmentée, allégorie du chagrin inconsolable du garçon. A l'aise sur tous ces terrains, le réalisateur plane tout de même plus dans ses extérieurs magnifiques où les sentiments sont plus vifs, plus exaltés. Ses intérieurs sont toujours ouverts, offrant à chaque instant une fenêtre, un cadre vers une verdure apaisante et sereine, contrastant avec la douleur qui affleure peu à peu.

Cette douleur est surtout dans les mots. Tran Anh Hung a choisi d'écrire des dialogues sans détour, sans tabou, qui abordent droitement et crument les choses du sexe et les problèmes de Naoko. Cela heurte un peu mais évite tout un détour psychanalytique qui aurait été mal venu. La violence est aussi dans le mouvement. Ainsi Tran Anh Hung demande t-il a ses comédiens de marché rapidement, de créer un rythme par leurs déplacements heurtés, par leurs souffles coupés.

Il y a indubitablement une certaine beauté dans ce Norwegian Wood, quelque chose d'épidermique et sensuel qui nous abreuve de sentiments très hétéroclites. C'est peut-être cela qui fait qu'au final on a du mal à adhérer complètement au travail du réalisateur, tantôt trop emphatique, tantôt trop prudent. Ainsi, alors qu'il souhaitait mettre en avant le côté physique de ses personnages et mettre en évidence leur peau, il traite avec un certain détachement les scènes d'amour, préférant cadrer serrer sur les deux visages qui s'épuisent, délaissant le reste des corps. D'autre part, alors que ses dialogues sont sans travers, les scènes d'amour sont bien chastes, comme si la distance vis à vis des images couvraient la violence des mots.

Il manque peut-être un souffle à Norwegian Wood, qui briserai son côté mélodramatique. Mais au final on retiendra surtout la qualité du travail d'un réalisateur qui a su mettre très érotiquement en valeur une nature qui sert parfaitement le jeu de ses comédiens et qui offre à tout public, un récit intense et parfois poignant.